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Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2203577

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2203577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantITEM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 décembre 2022, 7 juin 2023 et

18 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Gaulmin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision explicite du 25 octobre 2022 du maire de la commune de Vidauban rejetant sa demande de modification du plan local d'urbanisme de la commune en ce que celui-ci a classé les parcelles lui appartenant cadastrées section AP n°3 et AP n°224 en zone N dudit plan ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Vidauban de convoquer le conseil municipal en vue de procéder à la modification du plan local d'urbanisme aux fins de changement de zonage des parcelles AP 3 et AP 224 en zone UA ou UB du plan local d'urbanisme ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Vidauban une somme de 3 600 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le classement de ses parcelles en zone naturelle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la parcelle cadastrée AP n°224 lui appartenant est bordée à l'ouest, à l'est et au sud par des constructions ;

- la seule présence d'un ruisseau, l'Argens, situé au nord de la parcelle, qui se trouve en contrebas, ne peut justifier le classement de ladite parcelle en zone N, eu égard à sa faible dimension ; la commune ne peut pas invoquer les dispositions de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme car il n'est pas démontré que l'ensemble de la parcelle serait susceptible d'être inondable ; il devrait à tout le moins ne classer en zone N que la partie basse de la parcelle ;

- sur les parcelles cadastrées section AP 3 et AP 4 sont déjà édifiés des immeubles à usage d'habitation élevés sur 3 niveaux sur rez-de-chaussée ; sur la parcelle immédiatement voisine est édifié un immeuble à usage d'habitation sur 3 étages sur rez-de-chaussée ; pour accéder aux garages et au parking de cet immeuble, il concède une servitude de passage sur son terrain ;

- un bras de ruisseau se trouve au nord de son terrain, 4 mètres en contrebas par rapport à son terrain ; il dispose d'un enrochement important sur les 4 mètres de hauteur qui touchent ce ruisseau ; la seule présence de ce ruisseau, à 4 mètres en contrebas de la parcelle ne peut justifier le classement de ladite parcelle en zone N ;

- son terrain ne répond à aucun des critères de la zone N.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 mars 2023 et 31 juillet 2023, la commune de Vidauban, représentée par Me Reghin, conclut principalement au rejet de la requête et à titre subsidiaire demande à ce qu'il soit procédé à l'annulation partielle de son plan local d'urbanisme en application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme. Elle demande en tout état de cause à ce qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le moyen de la requête tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement en zone N n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 21 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2023 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mars 2024 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- les observations de Me Gaulmin, représentant M. B ;

- et les observations de Me Reghin, représentant la commune de Vidauban.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. B est propriétaire des parcelles cadastrées section AP 3 et AP 224, d'une superficie totale de 1663 mètres carrés sur le territoire communal. Il est titulaire d'un certificat d'urbanisme en date du 30 mai 2022 indiquant que son terrain est situé en zone UBa-UA et à 90% en zone naturelle N du plan local d'urbanisme de la commune. Le requérant a fait, en date du 9 septembre 2022, une demande au maire de la commune de Vidauban, dans laquelle il lui a demandé de convoquer le conseil municipal afin de procéder à la modification du zonage desdites parcelles. Le maire de la commune de Vidauban a apporté, le 25 octobre 2022, une réponse négative à cette demande, en dépit de son caractère laconique, le courrier se contentant en effet d'indiquer que l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme permet de classer en zone N des terrains soumis au risque de crues dans le but de prévenir lesdits risques. Le requérant, dans la présente requête, doit être regardé comme demandant l'annulation de cette décision du 25 octobre 2022 du maire de la commune de Vidauban.

2. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ". En outre, lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.

3. En outre, selon les dispositions de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 151-8 du même code : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".

4. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

5. Il est constant que le plan local d'urbanisme de la commune de Vidauban a été approuvé par une délibération du conseil municipal du 13 juin 2013, qu'un PPRI inondation a été approuvé sur le territoire de la commune le 14 février 2014 et qu'un PPRIF a également été approuvé par arrêté préfectoral le 17 février 2015. Il n'est ensuite pas contesté, ainsi que le fait valoir la commune sur ce point, qu'une modification simplifiée n°3 a été approuvée par le conseil municipal de la commune de Vidauban le 3 mai 2022, afin de corriger les incohérences rédactionnelles entre le plan local d'urbanisme et les PPRI/PPRIF. En outre, il n'est pas contesté, ainsi que le fait valoir la commune, que la parcelle cadastrée section AP n°224, située au 40 avenue Maximin Martin, est classée en zone R1 du PPRI (zone d'aléa très fort), ainsi que cela ressort du plan de zonage PPRI du secteur de la parcelle en litige.

6. Si le requérant soutient, en produisant à l'instance un procès-verbal de constat d'huissier, que le cours d'eau situé au nord de son terrain, dont il est constant qu'il est un affluent de l'Argens, serait situé en contrebas pour une hauteur de 4 mètres de ce terrain, il ne conteste pour autant pas et ne remet pas en cause utilement les études réalisées dans le cadre de l'élaboration du PPRI. S'il poursuit en soutenant qu'il n'est pas démontré que l'intégralité de son terrain serait situé en zone inondable, il ne remet pas en cause utilement le classement en zone R1 du PPRI de ses parcelles. La commune fait en outre valoir que les terrains situés aux abords du fleuve Argens, dont il n'est pas contesté que ledit fleuve est situé à environ 70 mètres des parcelles appartenant à M. B, ont tous été classés en zone naturelle N. Ainsi, le requérant ne conteste pas utilement qu'un risque d'inondation existe sur sa parcelle, ce qui justifiait que le conseil municipal classe sa parcelle en zone N du plan local d'urbanisme. La commune fait d'ailleurs valoir sur ce point précis que des inondations, causées par le fleuve l'Argens, ont eu des conséquences dramatiques en novembre 2019, aux abords des parcelles en litige.

7. Si le requérant soutient ensuite que ses parcelles cadastrées section AP 3 et AP 4 contiennent des constructions d'une emprise totale de 221 mètres carrés, ainsi que les parcelles cadastrées section AP 208 et 215 situées à proximité à l'est des terrains lui appartenant, la superficie des parcelles appartenant au requérant, cadastrées section AP 3 et AP 224 disposent d'une superficie totale de 1 663 mètres carrés. En outre, il est constant que la parcelle cadastrée section AP 224 ne comprend aucune construction et est laissée à l'état naturel. Le fait, ainsi que le soutient le requérant, que ladite parcelle serait utilisée en tant que servitude de passage pour les voisins rejoignant leurs parkings et garages, n'a pas d'incidence sur le classement de ladite parcelle en zone N. Par ailleurs, ainsi que le fait également valoir la commune sur ce point, les parcelles immédiatement voisines de la parcelle AP 224 et situées au nord, à l'ouest et à l'est de ladite parcelle, ne contiennent aucune construction aux abords du cours d'eau. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que le secteur au sein de laquelle est insérée la parcelle cadastrée section AP 224 serait urbanisé. En tout état de cause, ainsi que le fait valoir la commune sur ce point, le fait que des parcelles soient en partie construites ne fait pas obstacle à ce qu'elles fassent l'objet d'un classement en zone naturelle. En outre, ainsi que vu précédemment, le classement en zone N desdites parcelles est justifié par le risque d'inondation existant sur les parcelles en litige. Enfin, le fait, ainsi que le soutient le requérant, que sa parcelle cadastrée section AP 224 était classée en zone UB du plan d'occupation des sols, et située en marge de la zone UA du même document, n'a pas d'incidence sur le classement opéré aujourd'hui en zone N au sein du plan local d'urbanisme.

8. Enfin, la commune poursuit en faisant valoir, sans être utilement contestée sur ce point, qu'au nord de la parcelle se trouve une ripisylve à préserver (arbres, arbustes, buissons), aux abords du cours d'eau issu de l'Argens tel que décrit précédemment. La commune fait encore valoir, toujours sans être contestée sur ce dernier point, que le terrain comporte une biodiversité particulièrement remarquable. Il ressort en effet des photographies jointes à l'instance que le terrain comporte une végétation particulièrement dense et diversifiée.

9. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le classement en zone N de ses parcelles serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Le conseil municipal a donc pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, classer les parcelles en litige en zone N, par application des dispositions de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme dans ses 3e, 4ème et 5ème alinéas. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de ce classement et de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la décision refusant de convoquer le conseil municipal de la commune de Vidauban en vue de l'abrogation de la délibération ayant approuvé le plan local d'urbanisme en ce qu'elle a classé à 90 % les parcelles cadastrées AP 3 et AP 224 en zone N du plan local d'urbanisme.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la présente requête. Par suite, les conclusions à fin d'annulation ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution, et il y a lieu de rejeter également les conclusions à fin d'injonction de la requête.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions susvisées font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Vidauban, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions. En outre, dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions formulées par la commune de Vidauban sur ce même fondement.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Vidauban sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B et à la commune de Vidauban.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation, la greffière.