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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2300926

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2300926

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2300926
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationAide sociale

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2023, M. C A demande au tribunal d'annuler la contrainte émise par France travail Provence Alpes Côte d'Azur, le 2 mars 2023 en vue du recouvrement de la somme de 4 572,99 euros au titre d'un trop perçu d'allocation de solidarité spécifique (ASS) pour la période du 1er mai 2018 au 10 septembre 2019.

Il soutient que l'indu n'est pas fondé en ce que les textes l'autorisaient à cumuler l'allocation de solidarité spécifique et l'inscription en tant qu'auto-entrepreneur dès lors qu'il n'a pas exercé de façon effective cette activité non salariée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2023, le directeur de France travail PACA direction régionale conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la condamnation de M. A à payer la somme de 4 572,99 euros indûment perçue, augmentée des frais de mise en demeure de 10,31 euros, avec intérêts au taux légal à compter de la réception de la mise en demeure ;

3) à la mise à la charge de M. A des frais et dépens de l'instance et de son exécution.

Il fait valoir que :

- Le moyen invoqué par le requérant n'est pas recevable faute pour lui d'avoir exercé un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) contre l'indu d'ASS ;

- L'indu d'allocation de solidarité spécifique est fondé car le cumul de l'allocation de solidarité spécifique avec une activité non salariée est limité à trois mois.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. A a bénéficié d'un renouvellement de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) en février 2018. Par courrier du 15 novembre 2022, Pôle emploi lui a adressé une notification de trop-perçu d'ASS de 4 562,68 euros, pour la période du 1er mai 2018 au 10 septembre 2019. Par un courrier daté du 21 novembre 2022, M. A a contesté auprès de France travail cet indu. Le 7 février 2023, M. A a envoyé un courriel de contestation au médiateur de France travail qui, le même jour, a réorienté le courriel de M. A auprès des services de France travail qui ont répondu à cette contestation dans un courriel du 10 février 2023, en confirmant l'existence de l'indu. Le 23 janvier 2023, M. A a reçu une mise en demeure de payer la somme indument perçue. Par un courriel du 28 février 2023, M. A a saisi le médiateur de France travail d'une médiation préalable obligatoire (MPO). Le même jour, le médiateur de France travail l'a informé de la mise en œuvre d'une procédure de médiation. Le 2 mars 2023, une contrainte pour le recouvrement de l'indu d'allocation de solidarité spécifique a été émise. Par la présente requête enregistrée le 25 mars 2023, M. A demande au tribunal d'annuler la contrainte ainsi émise par France travail en vue du recouvrement de la somme de 4 572,99 euros relative à un trop perçu d'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er mai 2018 au 10 septembre 2019.

Sur la recevabilité du moyen tiré du caractère infondé de l'indu d'ASS :

2.Aux termes de l'article R.5426-19 du code du travail dans sa version alors en vigueur : " le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations mentionnées aux articles L. 5422-1 et L. 5424-25 qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. Conformément aux dispositions de l'article L. 411-7 du code des relations entre le public et l'administration, lorsque la décision du directeur général de Pôle emploi sur ce recours gracieux n'a pas été portée à la connaissance du requérant dans le délai de deux mois, l'intéressé peut considérer sa contestation comme rejetée. Il peut alors, s'il le souhaite, se pourvoir devant le juge compétent ". Aux termes du I. de l'article L. 5422-1 du code du travail : " Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure () " et aux termes du II. du même article : " Ont également droit à l'allocation d'assurance les travailleurs dont la privation d'emploi volontaire résulte d'une démission au sens de l'article L. 1237-1 ()". Aux termes de l'article L. 5424-25 du code du travail : " Les litiges résultant de l'adhésion au régime d'assurance suivent les règles de compétence prévues à l'article L. 5422-16 ". Aux termes de l'article R. 5312-47 du code du travail : " La procédure de médiation préalable obligatoire prévue par l'article L. 213-11 du code de justice administrative est applicable aux recours contentieux formés contre les décisions individuelles suivantes prises par Pôle emploi et relevant du champ de compétence du juge administratif :() 6° Les décisions relatives au remboursement des allocations, aides, ainsi que toute autre prestation indument versées mentionnées à l'article L. 5426-8-1 ".

3.Il résulte des dispositions précitées qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision de France travail, ordonnant le reversement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de France travail dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions des articles précités.

4. Il résulte de ce qui a été dit au point 1, que M. A a formé le 21 novembre 2022, un recours préalable obligatoire contre l'indu d'allocation de solidarité spécifique, avant de saisir le médiateur régional de Pôle emploi. Dans ces conditions, le moyen qu'il invoque au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la contrainte, tiré du caractère infondé de l'indu d'ASS est recevable, contrairement à ce que fait valoir France travail en défense.

Sur le moyen relatif au bien-fondé de l'indu d'ASS:

5. En vertu de l'article L. 5425-1 du code du travail, les allocations de solidarité peuvent se cumuler avec les revenus tirés d'une activité occasionnelle ou réduite dans les conditions et limites fixées par décret en Conseil d'Etat. Aux termes de l'article R. 5425-2 du code du travail : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée ou non salariée, la rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. Tout mois civil au cours duquel une activité même occasionnelle ou réduite a été exercée est pris en compte pour le calcul de cette période ".

6.Il résulte de ces dispositions que, postérieurement à la reprise d'une activité non salariée, le cumul entre une rémunération tirée de l'exercice de cette activité et l'allocation de solidarité spécifique est possible pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. Pour le calcul de cette période de trois mois, tout mois civil au cours duquel une activité même occasionnelle ou réduite a été exercée est pris en compte. M. A soutient qu'il n'a exercé aucune activité pendant la période en litige, ni perçu aucune rémunération, s'étant seulement immatriculé comme autoentrepreneur pour un projet commercial qui ne s'est jamais réalisé. Pour sa part, France travail ne conteste pas l'absence de rémunération de M. A durant la période de l'indu en litige. Dès lors, aucune activité rémunérée n'ayant été exercée par M. A entre le 1er mai 2018 et le 10 septembre 2019, la période de trois mois au cours de laquelle un cumul entre la rémunération de l'activité et l'allocation spécifique de solidarité est possible n'a pas commencé à courir dès lors que M. A n'a pas exercé d'activité rémunérée durant cette période, même occasionnelle ou réduite. Par suite, l'indu n'étant pas fondé, l'opposition à contrainte formée par M. A doit être accueillie.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'étant pas la partie perdante, les conclusions de France Travail tendant à ce que soit mise à sa charge les frais et dépens de l'instance, en outre non chiffrés, doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er: La contrainte du 2 mars 2023 émise par Pôle emploi aux fins de recouvrement de la somme de 4 572,99 euros correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er mai 2018 au 10 septembre 2019, est annulée.

Article 2 : Les conclusions de France Travail tendant au remboursement des frais et dépens de l'instance sont rejetées.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. A et à France travail.

Copie de la présente décision sera adressée à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

La présidente,

Signé

Mme BLe greffier,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet du Var en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ le Greffier en chef,

La greffière,

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