vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301032 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 avril 2023 et le 16 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Moutoussamy, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle ses recours préalables obligatoires contre des indus de RSA notifiés par décisions des 1ers et 8 avril 2022 et du 31 mai 2022 ont été rejetés ;
2°) d'annuler une décision du 20 janvier 2023 par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Var a rejeté son recours préalable obligatoire formé contre un indu de prime d'activité ;
3°) d'annuler deux décisions de la commission de recours amiable de la CAF du Var pour des montants d'indus de RSA de 2 925, 20 euros et de 1 645,98 euros ;
4°) de prononcer la décharge de payer les montants réclamés ;
5°) d'enjoindre à la CAF et au département du Var de lui rembourser les montants recouvrés et de rétablir rétroactivement le versement des prestations dans un délai de 2 mois ;
6°) de mettre à la charge de la CAF du Var et du département du Var une somme de 1 300 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 191 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- En l'absence de mandat express autorisant la CAF à défendre les intérêts du département du Var, les écritures de la CAF seront écartées en ce qui concerne les indus de RSA ;
- La commission de recours amiable de la CAF n'était pas compétente pour prendre une décision sur ses recours contre les indus de RSA;
- la décision rejetant le recours administratif obligatoire a été prise selon une procédure irrégulière faute de respect de la procédure contradictoire ;
- la décision rejetant le recours formé contre l'indu de prime d'activité n'est pas signée par l'autorité compétente que sont tous les membres de la commission ; seule la lettre d'accompagnement comporte la signature d'un président lequel ne constitue pas un organe de la commission de recours amiable de la CAF ;
- s'agissant du RSA, ses recours n'ont pas été soumis pour avis à la commission de recours amiable (CRA) en méconnaissance des articles L262-47 et R262-87 à R262-91 du code de l'action sociale et des familles ;
- la CAF a mis en œuvre l'exercice du droit de communication prévu par l'article L114-19 du code de la sécurité sociale mais sans l'informer avant de mettre en recouvrement l'indu, en violation de l'article L114-21 du même code ;
- la preuve n'est pas rapportée par la CAF de l'agrément définitif ou provisoire de l'agent qui a effectué le contrôle de sa situation conformément aux dispositions de l'article L114-10 du code de la sécurité sociale ; les considérations du rapport d'enquête ne font donc pas foi et ne sauraient fonder les indus ou une suppression du RSA ;
- il n'est pas établi que l'agent ayant effectué le contrôle était assermenté lorsqu'il a engagé la procédure de contrôle ;
- les indus ne sont pas motivés ;
- les indus sont infondés ; les sommes prêtées par sa mère et la vente de ses effets personnels n'ont pas le caractère de ressources à déclarer dans les déclarations trimestrielles de ressources (DTR).
Par des mémoires enregistrés le 16 août 2023 et le 26 avril 2024, la caisse d'allocations familiales du Var, agissant pour le compte du conseil départemental du Var en vertu de la convention de gestion du RSA signée le 21 novembre 2020, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les écritures de la CAF en défense ne doivent pas être écartées car présentées en application de l'article 3.3 de la convention de gestion du RSA ;
- le moyen tiré de l'incompétence est infondé ; les 2 décisions du 20 janvier 2023 relatives au RSA (ITK et INK001) ont été prises par le directeur de la CAF, en vertu de la convention de gestion signée entre le président du conseil départemental du Var et de la caisse d'allocations familiales du Var ;
-les dispositions de l'article L114-21 du code de sécurité sociale ont été respectées ; un contradictoire a été adressé à l'intéressée le 4 janvier 2022, laquelle l'a complété le 12 janvier 2022 ;
- la décision du 24 octobre 2023 qui accompagne le procès-verbal de la commission de recours amiable rejetant le recours contre l'indu de prime d'activité, comporte le nom et la qualité de la présidente de la commission ainsi que sa signature ; le moyen tiré du défaut de signature sera écarté ;
- les indus de RSA sont fondés ;
- l'indu de prime d'activité est fondé ; l'intéressée n'avait pas déclaré toutes ses ressources.
Mme B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 7 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F ;
- et les observations de Mme D, représentant la caisse d'allocations familiales du Var.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Mme D, pour la caisse d'allocations familiales du Var à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1.Mme B s'est vu notifier des indus de RSA et de prime d'activité après un contrôle de sa situation par la CAF du Var. Par la requête visée ci-dessus, elle demande l'annulation de ces indus, leur décharge et qu'il soit enjoint au département du Var et à la CAF de de lui rembourser les montants recouvrés et de rétablir rétroactivement le versement des prestations.
Sur la demande tendant à écarter des débats les écritures de la CAF du Var en matière de RSA :
2.Aux termes de l'article L262-13 du code de l'action sociale et des familles : " Le revenu de solidarité active est attribué par le président du conseil départemental du département dans lequel le demandeur réside ou a, dans les conditions prévues au chapitre IV du titre VI du présent livre, élu domicile. Le conseil départemental peut déléguer l'exercice de tout ou partie des compétences du président du conseil départemental en matière de décisions individuelles relatives à l'allocation aux organismes chargés du service du revenu de solidarité active mentionnés à l'article L. 262-16. ". Aux termes de l'article L262-25 du même code : " I.-Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ".
3.En vertu d'une part de l'article 3.2 de la convention de gestion entre le conseil départemental du Var et la CAF du Var signée le 21 novembre 2020, le département du Var a délégué à la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var le traitement des recours administratifs préalables obligatoires (RAPO) dont la décision initiale appartient à la CAF, cette compétence déléguée prenant la forme d'une décision prise par la commission de recours amiable (CRA) mentionnée à l'article R142-1 du code de la sécurité sociale. D'autre part en vertu de l'article 3.3 de ladite convention, le département a délégué à ladite CAF le traitement des requêtes contentieuses relatives à une décision initiale de la caisse, à compter de la date de signature de la convention, cette délégation incluant la rédaction du mémoire en défense et la représentation du département en première instance.
4.Il résulte de l'instruction que la CAF du Var, après un contrôle de sa situation, a informé Mme B, par courrier du 31 mai 2022, intitulé " notification de dette ", de ce qu'elle était notamment redevable de deux indus de RSA, respectivement pour les périodes du 1er juillet 2020 au 31 décembre 2020 (1645, 98 euros) et du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021 (3 857,01 euros). L'intéressée a formé un recours administratif préalable obligatoire contre ces indus, lequel a été rejeté par deux décisions de la CRA de la CAF du Var le 20 janvier 2023. Par la requête n°2301032 susvisée, elle a demandé l'annulation des deux indus. Il suit de là que la CAF du Var était compétente pour rédiger un ou des mémoires en défense dans la présente instance et représenter le département devant le tribunal. Par suite les conclusions de Mme B tendant à ce que le tribunal écarte les écritures de la CAF en ce qui concerne le litige relatif au RSA doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation des indus de RSA :
Sur la régularité des indus :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'information sur l'exercice du droit de communication :
5.Aux termes de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles : " Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. ". Aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; () 3° Aux agents de contrôle des organismes de sécurité sociale pour recouvrer les prestations versées indûment à des tiers ou des prestations recouvrables sur la succession. ". Enfin, aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
6.Les articles L. 114-19 et L. 114-20 du code de la sécurité sociale ont instauré, à des fins de contrôle, un droit de communication auprès de tiers limitativement énumérés au bénéfice des organismes de sécurité sociale. En vertu de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, il incombe à l'organisme de sécurité sociale qui fait usage de ce droit de communication d'informer l'allocataire de l'origine et de la teneur des renseignements qu'il a effectivement utilisés pour décider de supprimer l'octroi du revenu de solidarité d'activité et de récupérer un indu de revenu de solidarité active. Cette obligation a pour objet de permettre à celui-ci, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement de l'indu qui en procède, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Ces dispositions instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'administration demeure sans conséquence sur le bien-fondé de l'indu s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
7.Il résulte des mentions du rapport d'enquête rédigé le 19 janvier 2022, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, en application de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, que Mme B, a été informée oralement lors de l'entretien, et sera informée par écrit, de la possibilité pour la caisse d'allocations familiales de mettre en œuvre son droit de communication pour obtenir notamment la communication des documents obtenus des tiers. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas établi que Mme B a été privée de la possibilité de faire valoir ses droits ni privée d'une garantie, dès lors que les sommes identifiées par l'agent de la caisse d'allocations familiales étaient déposées sur le compte bancaire de l'allocataire, dont elle avait nécessairement connaissance, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 5 doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de ce que ses recours contre les indus n'ont pas été soumis pour avis à la commission de recours amiable (CRA) :
8.Aux termes du 1° du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, une convention, conclue entre le département et chacun des organismes payeurs mentionnés à l'article L. 262-16, précise en particulier les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé. Le premier alinéa de l'article L. 262-47 du même code prévoit que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". Aux termes de l'article 3.2 de la convention de gestion relative au revenu de solidarité active conclue entre le département du Var et la caisse d'allocations familiales du Var pour la période 2020-2023 : " Le Département délègue à la CAF le traitement des RAPO (recours administratifs préalables obligatoire ; contestations et demandes de remises de dette) dont la décision initiale appartient à la CAF. Cette prestation est rétribuée selon le barème en vigueur. Le Département demeure compétent pour l'instruction des autres RAPO. Cette compétence déléguée à la CAF prend la forme d'une décision prise par la commission de recours amiable (CRA) mentionnée à l'article R.142-1 du code de la sécurité sociale. ".
9.Ainsi, par la convention de gestion relative au revenu de solidarité active conclue entre le département du Var et la caisse d'allocations familiales du Var pour la période 2020-2023 le département du Var a donné délégation de compétence à la caisse d'allocation familiales du Var pour traiter des recours administratifs préalables obligatoires (RAPO) dont la décision initiale appartient à la CAF. Il résulte de l'instruction que la décision initiale mettant à la charge de Mme B un indu de RSA a été prise, par la CAF, le 21 octobre 2022 et qu'en application des termes précités de la convention passée entre le département du Var et la CAF, les recours administratifs préalables obligatoires (RAPO) formés par Mme B contre les deux indus de RSA mis à sa charge devaient faire l'objet non d'un avis mais d'une décision par la commission de recours amiable (CRA) de la CAF, ce qui d'ailleurs a été fait le 20 janvier 2023. Ainsi, le moyen invoqué par la requérante et tiré de ce que ses recours n'ont pas fait l'objet d'un avis de la CRA est inopérant et doit donc être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la commission de recours amiable (RSA) :
10.Il résulte des dispositions précitées au point 8 que la commission de recours amiable (CRA) de la CAF du Var était compétente pour statuer sur les recours administratifs préalables obligatoires (RAPO) formés par Mme B contre les indus de RSA (INK001 et ITK001). Par suite, le moyen invoqué par Mme B et tiré de l'incompétence de la CRA pour prendre des décisions suite à ses recours contre les deux indus de RSA est infondé et doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de respect de la procédure contradictoire :
11.Le principe général des droits de la défense prévoit que les décisions individuelles défavorables n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales.
12. Mme B fait valoir que ses droits de la défense ont été méconnus dès lors qu'elle n'a pas reçu, malgré sa demande, au demeurant non établie, communication de son dossier d'allocataire. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. Dans ces conditions, elle ne peut sérieusement soutenir qu'elle n'a pas eu connaissance des éléments de son dossier, telles les conclusions de l'enquête menée à son encontre, ni des faits à l'origine des indus. Par suite, le moyen tiré de ce que le département aurait méconnu les droits de la défense doit être écarté.
En ce qui concerne le défaut de motivation des indus :
13.La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision, la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
14.Les décisions contestées d'indu de RSA mentionnent les dispositions du code de l'action sociale et des familles dont il fait application et expose notamment que Mme B a perçu sur ses comptes des sommes qui ne correspondent pas aux revenus qu'elle avait déclarés à la CAF depuis 2018 et qu'elle n'a pas pu justifier de l'ensemble des sommes perçues. Elle mentionne en outre, le montant des sommes réclamées ainsi que la période sur laquelle porte la récupération. Par suite, ces décisions, sont suffisamment motivées. En conséquence, si Mme B a entendu, dans sa requête, invoquer le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions de la CRA du 20 janvier 2023, ce moyen doit être écarté comme infondé.
Sur le bien-fondé des indus :
15.En premier lieu, selon le premier alinéa de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les directeurs agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. () Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire ". Les conditions d'agrément des agents des caisses d'allocations familiales exerçant une mission de contrôle sont définies par un arrêté du ministre de la santé et de la protection sociale et du ministre de la famille et de l'enfance du 30 juillet 2004, qui renvoie aux dispositions de l'article L. 243-9 du code de la sécurité sociale en ce qui concerne les conditions d'assermentation.
16.Il résulte de l'instruction que le contrôle de la situation de Mme B a été effectué par Mme C, contrôleur tuteur et M. G, contrôleur stagiaire qui ont été autorisés à exercer les fonctions d'agent de contrôle des prestations familiales respectivement par décision du 24 septembre 2018 et contrat du 5 août 2021, et sur agrément décerné respectivement le 21 mai 2019 et le 27 septembre 2021. Ils ont en outre prêté serment, pour Mme C devant le tribunal d'instance de Marseille le 24 octobre 2018 et pour M.G devant le tribunal judiciaire de Toulon le 18 novembre 2021. Ces éléments suffisent à établir que les agents disposaient de la qualité nécessaire pour effectuer ledit contrôle et établir le rapport d'enquête. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du contrôle résultant du défaut d'assermentation et d'agrément de l'agent de la caisse d'allocations familiales, qui priverait de caractère probant le rapport établi par cet agent, doit être écarté.
17.En second lieu, aux termes de l'article 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire ". Aux termes de l'article L262-3 du même code : " L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article L262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active. ". Aux termes des dispositions de l'article R262-14 du même code : " Sur décision individuelle du président du conseil départemental au vu de la situation exceptionnelle du demandeur au regard de son insertion sociale et professionnelle, il n'est pas tenu compte des libéralités consenties aux membres du foyer. ".
18.Il résulte de l'instruction que la situation de Mme B, allocataire de la CAF de Haute -Corse puis de celle du Var à compter du 1er janvier 2021, a fait l'objet d'un contrôle au cours duquel le contrôleur assermenté de la CAF a constaté que l'intéressée avait perçu des aides financières, reçu des dépôts d'espèces et des remises de chèques, sans avoir déclaré les montants correspondants depuis le mois de novembre 2018. A la suite de ce contrôle, la CAF du Var a notifié deux indus de RSA à Mme B l'un, référencé ITK 001 pour la période du1er juillet 2020 au 31 décembre 2020, d'un montant de 1645, 98 euros, l'autre référencé INK001 pour la période du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2021 pour un montant de 3 857,01 euros. Pour contester ces indus, Mme B soutient que les sommes en cause n'ont pas le caractère de ressources à déclarer, en faisant valoir qu'il s'agit d'aides financières versées par sa mère, ou du produit de la vente d'objets ou de vêtements dont elle a dû se défaire, pour faire face à une situation financière très difficile, alors qu'elle était seule avec un enfant à charge et sans pension alimentaire versée malgré les termes du jugement de divorce. Pour justifier ses allégations, elle fait référence à la réponse qu'elle a apporté au contrôleur assermenté le 12 janvier 2022 dans le cadre du contradictoire et aux annotations qu'elle a portées dans les tableaux établis par ledit contrôleur et retraçant les sommes, non déclarées, créditant ses comptes, les unes versées par sa mère, les autres sans origine déterminée. Toutefois, elle n'apporte aucune pièce de nature à justifier l'origine et la nature alléguée pour les sommes perçues autres que celles versées par sa mère. Par ailleurs, les textes précités au point 17 n'excluent pas des ressources à déclarer à la CAF, les sommes versées à titre alimentaire à l'allocataire. Ainsi, les aides versées par la mère de Mme B pour l'aider à subvenir à ses besoins et ceux de son enfant devaient être déclarées. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les indus de RSA sont infondés au motif que les sommes, non déclarées, créditant ses comptes, n'auraient pas le caractère de ressources à déclarer et qu'elle en aurait justifié.
19.Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des indus de RSA doivent être rejetées et par conséquent les conclusions à fin de décharge et d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'indu de prime d'activité (IR3 001) de juillet à septembre 2020 :
Sur la régularité :
20.Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration: " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ".
21.Par ailleurs, s'agissant des décisions prises par une autorité administrative de caractère collégial, et sauf à ce que des dispositions régissent leur forme de façon particulière, il est satisfait aux exigences découlant de l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que ces décisions portent la signature de leur président, accompagnée des mentions, en caractères lisibles, prévues par cet article. Il ne peut cependant en aller ainsi, en l'absence de toute disposition législative ou réglementaire imposant une présidence au sein de la commission de recours amiable, que lorsque celle-ci a fait le choix de se doter d'un président. A défaut, il ne peut être satisfait aux exigences découlant des dispositions de l'article L. 212-1 que par la signature de la décision par l'ensemble des membres de la commission, accompagnée pour chacun d'entre eux des mentions, en caractères lisibles, prévues par cet article.
22.Il résulte de l'instruction que la décision par laquelle la commission de recours amiable (CRA) de la CAF du Var a décidé, le 20 janvier 2023, de rejeter le recours préalable formée par Mme B le 2 mai 2022 contre l'indu de prime d'activité, ne comporte aucune signature. Mme B est donc fondée à soutenir que cette décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L212-1 du code des relations entre le public et l'administration, sans que la CAF puisse utilement faire valoir que cette décision est accompagnée d'une lettre de notification du 24 janvier 2023, signée par la présidente de la commission, Mme E. En toute hypothèse, ce courrier d'accompagnement ne mentionne pas les prénom et qualité précise de la signataire et aucune pièce n'est produite pour justifier de ce que la commission a choisi de se doter d'une présidente en la personne de Mme E. Par suite, la décision en cause doit être annulée pour le motif de forme, tiré du défaut de signature de la décision de la CRA, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens relatifs à la régularité de cette décision.
Sur le bien-fondé de l'indu :
23.Il résulte de l'instruction que Mme B, qui a déclaré être micro-entrepreneur à compter du 1er mars 2020, était bénéficiaire du RSA et de la prime d'activité auprès de la CAF de Haute-Corse. Lorsqu'elle s'est installée dans le Var en 2020, la CAF du Var a maintenu le droit aux prestations. Sa situation a fait l'objet d'un contrôle par les services de ladite CAF, diligenté en décembre 2021, pendant lequel l'examen de ses relevés bancaires a révélé qu'elle percevait de nombreuses sommes d'argent ne correspondant pas aux revenus déclarés, sous la forme de dépôts d'espèce, de remises de chèques et d'aides financières versées par sa mère. A l'issue du contrôle de sa situation par deux agents de la CAF, elle s'est vu notifier un indu de prime d'activité de 131,73 euros, versé du 1er juillet 2020 au 30 septembre 2020. Pour contester cet indu Mme B se borne à faire référence à la pièce n°14 jointe à son mémoire du 16 avril 2024, c'est à dire aux explications qu'elle a données dans le cadre du contradictoire pendant le contrôle de sa situation, indiquant que les sommes en cause correspondent d'une part, à des aides financières versées par sa mère compte tenu de sa situation précaire, d'autre part, à des ventes d'objets notamment lors de vide-greniers, et à des remboursements pour des achats effectués pour des personnes de son entourage, sans apporter aucune pièce de nature à établir qu'aucune de ces sommes n'avait le caractère de ressources à déclarer et à prendre en compte dans le calcul de la prime d'activité. Par suite, l'indu de prime d'activité en cause est fondé contrairement à ce que soutient Mme B.
Sur les conclusions à fin d'injonction de remboursement des montants recouvrés :
24. En cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu d'allocation de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée ou s'il décide de prescrire cette mesure d'office, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de légalité externe.
25. Mme B n'allègue pas ni ne justifie que la CAF aurait recouvré une partie de l'indu de prime d'activité avant que le caractère suspensif du recours qu'elle a formé n'y fasse obstacle. Cette circonstance ne résulte pas davantage de l'instruction. Les conclusions à fin de remboursement des sommes recouvrées par la CAF doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'indu :
26. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 22, la présente décision n'implique pas que Mme B soit déchargée de l'indu de prime d'activité (IR3 001) qu'elle conteste. Il en résulte que les conclusions de l'intéressée aux fins de décharge de cet indu doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
27.Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, de faire droit aux conclusions de la requérante présentées sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours amiable de la CAF du Var du 20 janvier 2023 rejetant le recours de Mme B contre l'indu de prime d'activité (IR3 001) est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Moutoussamy, à la ministre du travail de la santé et des solidarités et au département du Var.
Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024 .
La présidente-rapporteure,
Signé
M. FLa greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet du Var, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition
P/le greffier en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026