mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2301082 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 avril 2023, Mme D B, représentée par Me Cecere, demande au tribunal :
1°) l'annulation de la contrainte émise le 23 mars 2023 par la caisse d'allocations familiales du Var pour le paiement d'indus de primes d'activité (IM3/002 et IM3/003) ;
2°) la décharge de l'indu réclamé s'élevant à 522, 41 euros ;
3°) la condamnation de la caisse d'allocations familiales du Var à lui reverser les sommes retenues, soit 1666, 72 euros ;
4°) la condamnation de la caisse d'allocations familiales du Var à lui verser 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
A titre principal :
- L'action de la caisse d'allocations familiales du Var est prescrite ; elle a engagé son action en restitution de prestations indues en dehors des délais prévus par les dispositions de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale ;
A titre subsidiaire :
- La contrainte a été prise selon une procédure irrégulière car, d'une part, elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale et, d'autre part, elle n'a pas été précédée de la mise en demeure prévue en tel cas ;
- La contrainte repose sur deux indus infondés car elle remplissait les conditions exigées durant les périodes considérées pour percevoir la prime d'activité tel que le prévoient les dispositions des articles L. 842-1 et suivants du code de la sécurité sociale ;
- Les irrégularités commises par la caisse d'allocations familiales sont constitutives d'une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité et devant la conduire à restituer les sommes irrégulièrement retenues à l'encontre de Mme A B.
Par un mémoire enregistré le 26 septembre 2023, la caisse d'allocations familiales du Var, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- " la requête est irrecevable " car elle n'a pas été précédée d'un recours administratif préalable obligatoire permettant de contester les indus devant la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var ;
-les indus de prime d'activité ne sont pas prescrits car ils sont qualifiés de frauduleux, la prescription de 5 ans doit s'appliquer à compter du 25 août 2020 ;
-les indus de prime d'activité sont fondés en ce qu'ils résultent de fausses déclarations de ressources ;
- la procédure de recouvrement est régulière car, d'une part, la contrainte a été précédée d'une mise en demeure qui respecte le formalisme exigé par la législation et dans les délais exigés, d'autre part, Mme A B n'apporte pas d'éléments à l'appui de l'opposition à la contrainte.
La requête a été communiquée au préfet du Var qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience :
- le rapport de Mme Doumergue,
- et les observations de Me Cecere, représentant Mme A B, et Mme C pour de la caisse d'allocations familiales du Var.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Mme C pour la CAF, à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a bénéficié de la prime d'activité à compter du mois de mars 2018.Le 12 octobre 2019, suite à un écart constaté entre les montants mentionnés dans les déclarations trimestrielles de ressources (DTR) et les ressources annuelles déclarées à l'administration fiscale, un contrôle de ses ressources et de sa situation lui est notifié. En réponse, Mme A B a transmis à la caisse d'allocations familiales (CAF) une attestation de paiement des indemnités journalières pour la période du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2018 ainsi que ses bulletins de salaire des mois de décembre 2017 et 2018. Un échange automatisé avec la caisse primaire d'assurance maladie(CPAM) fait apparaître la perception, par Mme A B, d'indemnités journalières pour 2019. Le 30 décembre 2019, Mme A B est avisée d'un indu de prime d'activité (IM3 002) de 1 448, 43 euros et est informée que cet indu fera l'objet d'une retenue de 48,50 euros par mois sur ses allocations à partir de janvier 2020. Le 21 janvier 2020, Mme A B est avisée d'un second indu de prime d'activité (IM3 003) de 169,80 euros. Par un courrier du 25 août 2020, une notification de fraude est adressée à Mme A B. Dans un second courrier du 25 août 2020, une notification de dette pour les deux indus de prime d'activité lui est adressé. Le 13 décembre 2022, elle est mise en demeure de payer les indus de prime d'activité. Le 23 mars 2023, une contrainte de 522,41 euros est émise par la CAF correspondant aux indus de prime d'activité portant d'une part sur la période du 1er septembre 2018 au 30 novembre 2019, d'autre part, sur la période du 1er mars 2019 au 31 mai 2019. Par la présente requête enregistrée le 11 avril 2023, Mme A B demande au tribunal d'annuler la contrainte du 23 mars 2023, de la décharger des indus réclamés par cette contrainte soit 522, 41 euros, de condamner la caisse d'allocations familiales du Var à lui reverser les sommes retenues, soit la somme totale de 1666, 72 euros et enfin de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Var le versement d'une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la contrainte :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service ". Aux termes de l'article L. 845-4 du même code : " L'article L. 553-1 est applicable à la prime d'activité ". Aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans () ". Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations fait obstacle à l'application de la prescription biennale au profit de la prescription quinquennale de droit commun. Par ailleurs, si le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations est de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.
4.Il résulte de l'instruction que Mme A B n'avait pas déclaré l'intégralité de ses salaires pour 2018 ni les indemnités journalières versées par la CPAM en 2019 et qu'une notification de fraude lui a été adressée à ce titre le 25 août 2020. Ces dissimulations font obstacle à l'application de la prescription biennale invoquée par Mme A B, au profit de la prescription quinquennale, dont le point de départ est le 25 août 2020, date de découverte des déclarations minorées de ses ressources. Ainsi, le moyen tiré de la prescription biennale invoqué par l'intéressée est infondé et doit être écarté.
5.En deuxième lieu aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée (), le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Selon le second alinéa de l'article R. 133-9-2 du même code, à l'expiration du délai de deux mois qui suit la décision de récupération ou notification de payer, ou après notification d'une décision de rejet du recours préalable obligatoire exercé par l'allocataire : " () le directeur de l'organisme créancier compétent, en cas de refus du débiteur de payer, lui adresse par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception une mise en demeure de payer dans le délai d'un mois qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, les voies et délais de recours et le motif qui, le cas échéant, a conduit à rejeter totalement ou partiellement les observations présentées ".
6.Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il constate un indu de prime d'activité, l'organisme chargé du service de la prestation ou de l'aide doit prendre une décision de récupération d'indu, motivée et notifiée au bénéficiaire de l'allocation, qui lui réclame le remboursement de la somme due et, le cas échéant, l'informe des modalités selon lesquelles cet indu pourra être récupéré par retenues sur les prestations à venir.
7.Mme A B soutient d'une part que la décision attaquée a été prise sans avoir respecté le formalisme prévu à l'article R.133-9-2 du code de sécurité sociale, d'autre part qu'elle est irrégulière faute d'avoir été précédée de la mise en demeure prévue en tel cas. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'une mise en demeure de payer les indus de prime d'activité, datée du 13 décembre 2022, a été adressée à l'intéressée, dont elle a accusé réception le 26 décembre suivant. Par ailleurs le moyen tiré de ce que la contrainte serait irrégulière faute d'avoir respecté les dispositions de l'article R 133-9-2 du code de sécurité sociale est dépourvu de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, les moyens invoqués doivent être écartés.
8.En troisième lieu, aux termes de l'article L. 843-1 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'État, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 ".
9.Il résulte de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale qu'une décision de récupération d'un indu de prime d'activité prise par le directeur d'une caisse d'allocations familiales, ou par délégation de celui-ci, ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre une contrainte émise pour recouvrer un indu de prime d'activité n'est pas, subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours auprès de cette caisse.
10.La CAF du Var fait valoir sans être contestée qu'aucun recours administratif préalable obligatoire n'a été formé par Mme A B pour contester le bien-fondé des indus de prime d'activité qui lui ont été notifiés. Dans ces conditions, la caisse d'allocations familiales du Var est fondée à soutenir que Mme A B, n'est pas recevable à contester le bien-fondé des indus de prime d'activité au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la contrainte contestée.
11. Il résulte de tout ce qui qui précède que les conclusions de la requête de Mme A B tendant à l'annulation de la contrainte émise le 23 mars 2023 par la caisse d'allocations familiales du Var pour le paiement d'indus de primes d'activité (IM3/002 et IM3/003) doivent être rejetées. Par voie de conséquence, le surplus des conclusions de la requête doit être rejeté.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A B et à la ministre de travail, de la santé et des solidarités.
Copie de la présente décision sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
M. DOUMERGUELa greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière,
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