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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2301175

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2301175

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2301175
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a été saisi par le département du Var et la société Eiffage Construction Sud-Est d'une demande d'homologation d'un protocole transactionnel, conclu le 22 août 2024 à l'issue d'une médiation, visant à mettre fin à un litige portant sur l'indemnisation de travaux de rénovation énergétique de collèges. La juridiction a fait droit à cette demande sur le fondement de l'article L. 213-4 du code de justice administrative. Elle a constaté que l'accord, régulièrement signé, comportait des concessions réciproques et équilibrées, ne contrevenait pas à l'ordre public et ne constituait pas une libéralité illicite de la part de la personne publique, conformément aux articles 2044 du code civil et L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration. En conséquence, le tribunal a homologué la transaction et lui a donné force exécutoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un mémoire, enregistré le 8 octobre 2024, le département du Var demande au tribunal, sur le fondement de l'article L. 213-4 du code de justice administrative, d'homologuer la transaction conclue le 22 août 2024.

Par un mémoire, enregistré le 22 octobre 2024, la société Eiffage Construction Sud-Est, représentée par la Selarl Blum Engelhard de Cazalet agissant par Me de Cazalet, demande au tribunal dans ses dernières écritures, sur le fondement de l'article L. 213-4 du code de justice administrative, d'homologuer la transaction conclue le 22 août 2024 et de lui donner acte du désistement de ses conclusions au fond dans l'hypothèse où cette homologation est prononcée.

Vu :

- l'ordonnance n° 2302684 en date du 18 août 2023 par laquelle Mme C B a été désignée pour mener une mission de médiation entre les parties ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Harang,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- Les observations de Me de Cazalet pour la société Eiffage Construction Sud-Est,

- les observations de Mme A représentant le département du Var.

Considérant ce qui suit :

1. Par la requête enregistrée le 20 avril 2023 sous le numéro 2301175, la société Eiffage Construction Sud Est a notamment demandé au tribunal de condamner le département du Var à lui verser la somme de 325 000,00 euros T.T.C. au titre de l'indemnisation d'une partie du travail réalisé pour les besoins de la procédure mise en œuvre pour la rénovation énergétique de sept collèges. Par courriers en date du 27 avril 2023, les parties ont été invitées à se prononcer sur l'opportunité de recourir à une médiation, en application de l'article L. 213-7 du code de justice administrative. Par un courrier, enregistré le 5 mai 2023, la société Eiffage Construction Sud Est a déclaré accepter le recours à une médiation. Par un courrier, enregistré le 25 mai 2023, le département du Var a déclaré, lui aussi, accepter le recours à une médiation. Un processus de médiation a été engagé et a abouti à la signature d'un protocole transactionnel

2. D'une part, aux termes de l'article L. 213-1 du code de justice administrative : " La médiation régie par le présent chapitre s'entend de tout processus structuré, quelle qu'en soit la dénomination, par lequel deux ou plusieurs parties tentent de parvenir à un accord en vue de la résolution amiable de leurs différends, avec l'aide d'un tiers, le médiateur, choisi par elles ou désigné, avec leur accord, par la juridiction ". L'article L. 213-3 de ce code précise que : " L'accord auquel parviennent les parties ne peut porter atteinte à des droits dont elles n'ont pas la libre disposition ". Enfin, l'article L. 213-4 du même code prévoit que : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut, dans tous les cas où un processus de médiation a été engagé en application du présent chapitre, homologuer et donner force exécutoire à l'accord issu de la médiation ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 2044 du code civil : " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître. Ce contrat doit être rédigé par écrit ". L'article L. 423 1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Ainsi que le prévoit l'article 2044 du code civil et sous réserve qu'elle porte sur un objet licite et contienne des concessions réciproques et équilibrées, il peut être recouru à une transaction pour terminer une contestation née ou prévenir une contestation à naître avec l'administration. La transaction est formalisée par un contrat écrit ". Il résulte de ces dispositions que l'administration peut légalement conclure avec un ou des particuliers un protocole transactionnel afin de prévenir ou d'éteindre un litige, sous réserve de la licéité de l'objet de ce dernier, de l'existence de concessions réciproques et équilibrées entre les parties et du respect de l'ordre public.

4. Lorsque le juge est saisi d'une demande d'homologation d'un accord de médiation, il lui appartient d'appliquer les dispositions du code de justice administrative propres à ce type d'accord en s'assurant de l'accord de volonté des parties, de ce que celles-ci n'ont pas porté atteinte à des droits dont elles n'auraient pas eu la libre disposition et de ce que l'accord ne contrevient pas à l'ordre public ni n'accorde de libéralité. Les dispositions de l'article L. 213-1 du code de justice administrative n'imposent pas aux parties de conclure une médiation par une transaction au sens de l'article 2044 du code civil. Toutefois, lorsqu'il est saisi d'une demande d'homologation d'une transaction concrétisant un accord de médiation, le juge doit encore examiner si celle-ci répond aux exigences fixées par le code civil et par le code des relations entre le public et l'administration.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le protocole transactionnel conclu le 22 août 2024 entre la société Eiffage Construction Sud Est et le département du Var a pour objet d'éteindre les différends opposant les parties. Ce protocole a été régulièrement signé, comporte des concessions réciproques et équilibrées et ne contrevient pas à l'ordre public. Enfin, il résulte également de l'appréciation globale de ces concessions que les sommes négociées ne présentent pas un caractère manifestement disproportionné et que cette transaction ne constitue pas une libéralité consentie de façon illicite par la personne morale de droit public. Il résulte de tout ce qui précède que rien ne s'oppose à l'homologation du protocole transactionnel signé le 22 août 2024 entre la société Eiffage Construction Sud Est et le département du Var. En cas d'homologation de la transaction, le juge administratif doit constater le non-lieu à statuer sur la requête ou, dans le cas où la partie requérante aurait subordonné son désistement à l'homologation de la transaction, donner acte de ce désistement. En revanche, le refus d'homologation entraînant la nullité de la transaction, il appartient dans cette hypothèse au juge de statuer sur la requête.

6. La société Eiffage Construction Sud Est a subordonné son désistement à l'homologation du protocole transactionnel conclu le 22 août 2024. Dès lors que cette transaction est homologuée par le présent jugement, rien ne s'oppose à ce qu'il soit donné acte du désistement d'instance et d'action de la société Eiffage Construction Sud Est dans la requête numéro 2301175.

7. Eu égard à l'accord, dont l'homologation est prononcée, il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de la société Eiffage Construction Sud Est.

D E C I D E :

Article 1er : Le protocole transactionnel conclu le 22 août 2024 entre la société Eiffage Construction Sud Est et le département du Var est homologué.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur la requête numéro 2301175 de la société Eiffage Construction Sud Est.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Eiffage Construction Sud Est et au département du Var.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Harang, président ;

- M. Karbal, conseiller

- Mme Montalieu, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

Ph. HarangL'assesseur le plus ancien,

Signé

Z. Karbal

La greffière,

Signé

F. Pouply

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,00

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