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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2301488

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2301488

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2301488
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre - Juge Unique

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la demande de l'indivision A, qui sollicitait un dégrèvement de taxe foncière pour un bien immobilier vacant à la Seyne-sur-Mer. La juridiction a d'abord jugé irrecevables les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet de la réclamation, celle-ci n'étant pas un acte détachable de la procédure d'imposition. Sur le fond, le tribunal a rappelé que, selon l'article 1389 du code général des impôts, le dégrèvement pour vacance est subordonné à la condition que le bien soit "normalement destiné à la location". En l'espèce, les requérants ayant pris la décision de vendre le bien après l'échec de la relocation, le bien n'était plus destiné à la location, ce qui fait obstacle à l'application de l'article 1389. La requête a donc été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mai 2023 et un mémoire enregistré le 21 janvier 2024, Mme E C épouse A, Mme F A et M. B A représentés par Me Hemitouche, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 3 mars 2023 de l'administration fiscale rejetant leur réclamation ;

2°) de prononcer la réduction de la cotisation de taxe foncière à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2022 à hauteur de cinq mois d'inoccupation ;

3°) à défaut, d'enjoindre l'administration de lui accorder le bénéfice du dégrèvement et de réexaminer la situation de l'indivision A dans un délai de 30 jours, assortie d'une astreinte fixée à 10 euros par jour de retard.

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils sont propriétaires d'un bien immobilier sis 49 chemin du Rouquier aujourd'hui dénommé chemin du Docteur D à la Seyne-sur-Mer ;

- alors que le bien a été régulièrement mis en location via une agence immobilière jusqu'au 12 juillet 2022, il n'a, par la suite, pas trouvé preneur ;

- il a été décidé de vendre le bien et un compromis de vente a été signé le 29 janvier 2023 et l'acte de cession du bien a été signé le 2 mai 2023 ;

- la décision de refus de dégrèvement est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- ils sont fondés à obtenir un dégrèvement sur le fondement de l'article 1389 du CGI dès lors que la vacation de la maison faisait suite à une incapacité, de l'agence immobilière, à trouver des locataires et que la maison a été maintenue en bon état à cette fin ; cette impossibilité est avérée pour la période du 12 juillet 2022 au 11 décembre 2022 soit plus de trois mois et la vacance a effectivement concerné la totalité de la maison ;

- la décision portant refus de dégrèvement a rajouté une condition aux dispositions légales en ce qu'elle a imposé que le bien soit toujours destiné à la location.

- or, l'article 1389 du code général des impôts n'interdit pas la mise en vente du bien immobilier pour pouvoir bénéficier du dégrèvement ;

- ils établissent avoir effectué toutes les démarches utiles pour trouver de nouveaux locataires.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2023, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Par lettre du 11 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision portant rejet de leur réclamation préalable qui ne constitue pas un acte détachable de la procédure d'imposition et n'est pas susceptible de recours pour excès de pouvoir.

Un mémoire a été enregistré le 19 septembre 2024 pour les requérants en réponse à cette lettre d'information.

La présidente du tribunal a désigné M. Hamon en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hamon, magistrat désigné a été entendu au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024 lors de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. L'indivision A, propriétaire d'un bien immobilier sis 49 chemin du Rouquier aujourd'hui dénommé chemin du Docteur D à la Seyne-sur-Mer, a été assujetti à la taxe d'habitation au titre de l'année 2022 pour un montant de 2 387 euros. Leur réclamation ayant été rejetée par l'administration fiscale, le requérant demande au tribunal de prononcer la décharge de cette imposition.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de rejet de la réclamation préalable :

2. Les décisions par lesquelles l'administration fiscale statue sur les réclamations contentieuses des contribuables ne constituent pas des actes détachables de la procédure d'imposition, qui ne peut être contestée qu'à l'appui d'une demande tendant à la décharge ou à la réduction des impositions correspondantes. Ainsi les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision en date du 3 mars 2023 par laquelle l'administration fiscale a statué sur la réclamation des requérants sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin de décharge

3. Aux termes de l'article 1415 du code général des impôts : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Aux termes du I de l'article 1389 du même code : " Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée ".

4. La seule circonstance qu'un bien demeurant effectivement proposé à la location soit mis en vente n'est pas de nature à priver le contribuable du bénéfice du dégrèvement prévu au I de l'article 1389 du code général des impôts.

5. Si l'administration a considéré, dans sa décision de rejet du 3 mars 2023, que le bien des requérants devait être regardé comme destiné à être vendu et qu'à ce titre il ne remplissait plus les conditions posées par l'article 1389 du code général des impôts, elle substitue à ce motif la circonstance que les requérants ne démontrent pas que l'absence de location de leur bien sur une partie de l'année 2022 était indépendante de leur volonté. En l'espèce, cette substitution de motif ne prive la requérante d'aucune garantie de procédure.

6. Il résulte de l'instruction que les requérants ont donné un mandat de gestion pour la location de leur bien à l'agence immobilière ORPI Richard à compter du 18 mai 2018, ce mandat se renouvelant tacitement d'année en année pour une durée maximale de trente ans. Par une lettre du 22 mai 2023, l'agence ORPI Richard a attesté que le bien, à la suite des locataires sortants au 15 juillet 2022, n'avait toutefois pas trouvé preneur au 1er janvier 2023. Par ces pièces, les requérants justifient de leur souhait de maintenir à la location le bien en litige dès le 15 juillet 2022, à la sortie des précédents locataires et des diligences accomplies pour que leur bien soit effectivement loué. En l'espèce, l'absence de location du 15 juillet 2022 au 31 décembre 2022 apparait indépendante de la volonté des requérants. Par ailleurs, ainsi qu'il a déjà été dit au point 4, la circonstance que leur bien demeurant effectivement proposé à la location soit mis en vente n'est pas de nature à priver le contribuable du bénéfice du dégrèvement prévu au I de l'article 1389 du code général des impôts. Par suite, c'est à tort que l'administration a considéré que les requérants ne démontraient pas que l'absence de location sur une partie de l'année 2022 de leur bien était indépendante de leur volonté. Il suit de là que l'indivision A est fondée à demander la décharge de la cotisation de taxe foncière à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2022.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants doivent être déchargés de la cotisation de taxe foncière à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2022, sans qu'il soit besoin de statuer sur les conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 euro demandé par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'indivision A est déchargée de la cotisation de taxe foncière à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2022.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C épouse A, Mme F A et M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

L. HAMON

La greffière,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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