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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2302208

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2302208

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2302208
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationAide sociale
Avocat requérantROYERE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2023, après un jugement d'incompétence du tribunal judiciaire de Toulon du 23 juin 2023 et un mémoire enregistré le 13 octobre 2023, Mme E A, représentée par Me Meyer-Royere, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 août 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var lui a notifié des indus de RSA, d'aide exceptionnelle de fin d'année pour les mois de décembre 2019 et 2020 et de prime d'activité pour un total de 10 854,89 euros ;

2°) d'annuler la décision du 25 mars 2022, par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Var a rejeté son recours en matière de prime d'activité, ainsi que la décision implicite rejetant le recours préalable obligatoire contre l'indu de RSA reçu par la commission de recours amiable de la CAF du Var le 7 septembre 2021.

3°) de mettre à la charge de la CAF du Var le versement de la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Les indus sont infondés car elle ne vivait pas en situation de concubinage contrairement à ce qu'a retenu la CAF.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2024, la CAF du Var conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- Les indus de prime d'activité et d'aide exceptionnelle de fin d'année sont fondés dès lors que la requérante a dissimulé sa vie maritale à la CAF du Var.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2024, la CAF du Var, agissant pour le compte du conseil départemental du Var, en vertu de la convention de gestion du RSA signée le 21 novembre 2020, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'indu de RSA est fondé dès lors que la requérante a dissimulé sa vie maritale à la CAF du Var ;

- l'indu référencé INK001 est soldé par retenues sur prestation depuis le 1er avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- Le code civil ;

- Le code de l'action sociale et des familles ;

- Le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme D et les observations de Mme B pour la CAF du Var.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Me B, pour la CAF du Var, à l'audience.

Une note en délibéré présentée par la CAF du Var a été enregistrée le 17 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Madame A est bénéficiaire du RSA et de la prime d'activité depuis une demande du 23 mai 2016, dans laquelle elle a déclaré vivre seule. Après un contrôle de situation réalisé par ses services, la CAF du Var, dans un courrier du 27 août 2021, a notifié à Mme A une dette de 10 854,89 euros pour la période du 1er août 2019 au 31 mai 2021, correspondant à un trop-perçu de RSA et de prime d'activité. Dans un courrier du 3 septembre 2021, Mme A saisit la commission de recours amiable de la CAF du Var, dans lequel elle conteste l'indu et l'existence d'une fraude. Le 25 mars 2022, la commission de recours amiable conclut au rejet du recours en matière de prime d'activité, tandis qu'une décision implicite de rejet a été opposée en matière d'indu de RSA. Le 12 novembre 2021, la requérante a saisi le pôle social du tribunal judiciaire de Toulon qui a décliné sa compétence dans une décision du 23 juin 2023. Dans la présente requête, enregistrée au tribunal administratif de Toulon le 12 juillet 2023, Mme A demande l'annulation d'une part, de la décision du 27 août 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Var lui a notifié les indus de RSA, d'aides exceptionnelles de fin d'année 2019 et 2020 et de prime d'activité précités, d'autre part, de la décision explicite du 25 mars 2022 de la commission de recours amiable de la CAF du Var rejetant son recours en matière de prime d'activité, ainsi que de la décision implicite rejetant son recours contre l'indu de RSA.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 27 août 2021 notifiant des indus de RSA et de prime d'activité :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Il résulte de ces dispositions, qui instaurent un recours préalable obligatoire à la saisine du juge devant le président du conseil départemental, que la décision par laquelle celui-ci rejette, implicitement ou expressément, ce recours introduit devant lui se substitue à celle de l'organisme chargé du versement du revenu de solidarité active. Par suite, s'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, le juge doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.

3. En l'espèce, Mme A ayant exercé un recours administratif préalable le 3 septembre 2021 contre la décision du 27 août 2021, son recours doit être regardé comme uniquement dirigé, en ce qui concerne la prime d'activité, contre la décision explicite de rejet du 25 mars 2022 et contre la décision implicite rejetant son recours préalable en matière de RSA.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet du recours préalable obligatoire :

En ce qui concerne l'indu de RSA :

4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". L'article L. 262-9 du même code dispose en outre que : " Le montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente. ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". L'article 515-8 du code civil dispose que : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".

5. Il résulte de ces dispositions que pour le bénéfice du RSA, le foyer s'entend du demandeur ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. La vie maritale peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

6. En l'espèce, l'indu en litige mis à la charge de Mme A a pour origine la prise en compte d'une situation de concubinage non déclarée. Mme A, pour contester les indus mis à sa charge soutient qu'elle n'a pas vécu maritalement avant 2021 et produit à l'appui de ses dires trois attestations, rédigées par sa mère et deux de ses amis témoignant de son célibat et du fait qu'elle était hébergée à titre gratuit par M. C. Toutefois, il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'enquête établi par un contrôleur assermenté de la CAF du Var le 22 juin 2021, que l'intéressée vit maritalement avec M. C depuis le 6 novembre 2016, date à laquelle elle a emménagé chez lui, et qu'elle participe aux charges inhérentes au logement. En outre, ils se déclarent tous deux, en couple, l'un avec l'autre, sur les réseaux sociaux, depuis mars 2018 selon M. C. Ainsi, malgré les attestations précitées produites par Mme A, il existe plusieurs indices d'une vie maritale dès 2016, alors que Mme A s'est déclarée à la CAF personne isolée en 2016 et a confirmé régulièrement cette situation jusqu'au contrôle de juin 2021. Au surplus, il résulte des termes du rapport déjà cité, que l'intéressée a commis des erreurs lors des déclarations trimestrielles de ses salaires en 2019 et 2020, et qu'elle n'a pas déclaré la totalité des ressources dont elle a disposé en 2020 et 2021. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que la CAF du Var a mis à sa charge les indus de RSA en cause.

En ce qui concerne l'indu de prime d'activité :

7. Aux termes de l'article L. 842-3 du code de la sécurité sociale : " La prime d'activité est égale à la différence entre : 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 842-4 du même code : " les ressources mentionnées à l'article 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu / 2° les revenus de remplacement des revenus professionnels / 3° l'avantage en nature que constitue la disposition d'un logement à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière / 4° Les prestations et aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière / 5° les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ". L'article L. 845-3 du même code dispose que : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que Mme A vivait maritalement sans l'avoir déclaré. Ainsi le bénéfice de la prime d'activité lui a été accordé en qualité de personne seule, alors qu'elle vivait en couple, et donc sans prise en compte des revenus de son compagnon. Par suite, en se bornant à soutenir qu'elle ne vivait pas maritalement, Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des indus de prime d'activité pour la période allant du 1er août 2019 au 31 mai 2021.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année :

9. Aux termes de l'article 3 du décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2019 ou, à défaut, du mois de décembre 2019 ". Aux termes de l'article 3 du décret du 29 décembre 2020 : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2020 ou, à défaut, du mois de décembre 2020, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. () ".

10. En conséquence de ce qui a été dit aux points précédents, Mme A n'avait pas droit au revenu de solidarité active au titre des mois de décembre 2019 et 2020. Par suite, les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année des mois de décembre 2019 et 2020 sont fondés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des indus de RSA, aide exceptionnelle de fin d'année et de prime d'activité doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de la CAF du Var, qui n'est pas la partie perdante, dans la présente instance, une somme à verser à Mme A au titre des frais liés au litige.

DE C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au département du Var.

Copie en sera adressée à la CAF du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. D

La greffière,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet du Var, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

N°2302208

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