jeudi 16 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2302932 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 06 septembre 2023, Mme D B doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 août 2023 de la caisse d'allocations familiales du Var en tant qu'elle ne lui a accordé qu'une remise partielle d'un indu de prime d'activité, à hauteur de la somme de 2 685,04 euros, sur un montant initial de 3580,05 euros, pour la période du 1er janvier 2022 au 31 avril 2023 ;
2°) la remise totale du restant dû de sa dette de prime d'activité soit la somme de 845, 01 euros.
Elle doit être regardée comme soutenant qu'elle est de bonne foi dès lors qu'elle a toujours déclaré sa situation exacte et ses ressources auprès de la caisse d'allocations familiales et qu'elle se trouve en situation de précarité, sa situation financière ne lui permettant pas de rembourser sa dette.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 janvier et le 14 février 2024, la caisse d'allocations familiales du Var, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme B au remboursement de l'indu restant à sa charge après remise partielle.
Elle fait valoir que la bonne foi de Madame B n'est pas remise en cause et que d'ailleurs, elle a bénéficié d'une remise partielle des sommes indûment perçues mais qu'en revanche l'intéressée n'est pas dans une situation de précarité qui permettrait de justifier la remise totale de l'indu.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les observations de Mme A pour la caisse d'allocations familiales du Var.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations de Mme A pour la CAF du Var à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a demandé et obtenu la prime d'activité, en fonction de ses déclarations mensuelles de ressources à compter du 1er janvier 2016. A partir d'octobre 2021, elle a perçu une pension de prévoyance ainsi que des indemnités maladie et une rente d'accident du travail et a déclaré sa pension de prévoyance dans la rubrique des salaires. Après avoir informé la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var que les sommes déclarées comme des salaires, étaient des sommes de prévoyance, la caisse a procédé à un nouveau calcul les droits de Mme B et lui a notifié, par une décision du 23 mai 2023, un indu de prime d'activité d'un montant de 3580,05 euros pour la période du 1er janvier 2022 au 31 avril 2023. Par un courriel du 31 mai 2023, Mme B a formé un recours gracieux contre cette décision auprès de la CAF du Var en demandant la remise totale de cette dette. Dans une décision du 29 août 2023, la CAF du Var lui a accordé une remise partielle de dette pour un montant de 2 685,04 euros. Suite à cette décision, la dette de Mme B s'élève à 845, 01 euros. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 29 août 2023 en tant qu'elle laisse à sa charge un indu de 845, 01 euros et de lui accorder la remise de cet indu.
Sur la demande de remise de dette :
2. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions tenant, d'une part, à la bonne foi du demandeur et, d'autre part, à la précarité de sa situation ne peuvent être regardées comme alternatives.
4. Pour demander la remise gracieuse de la somme laissée à sa charge, Mme B fait valoir qu'elle est de bonne foi et qu'elle se trouve dans une situation précaire.
5. Il résulte de l'instruction que Madame B dispose d'un revenu d'environ 1724 euros fin 2023, début 2024, composé d'indemnités journalières versées par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM), de salaires, d'une pension mensuelle d'invalidité et d'une rente accident du travail-maladie professionnelle versée trimestriellement par la CPAM. En ce qui concerne ses charges, la principale dépense fixe de Mme B, concerne son loyer qui s'élève à 373,94 euros, toutefois, elle perçoit chaque mois l'allocation de logement sociale d'un montant de 291 euros depuis janvier 2024. Si Mme B fait état d'un licenciement à venir, elle n'a produit aucune pièce à la date de la présente décision pour justifier qu'elle se trouverait sans emploi et sans aucun revenu de ce fait. Ainsi, Mme B ne justifie pas être dans une situation de précarité telle qu'elle serait dans l'incapacité de rembourser l'indu restant à sa charge. Par suite, et pour ce seul motif, sa demande de remise de l'indu de prime d'activité restant à sa charge après remise partielle doit être rejetée.
Sur les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales :
6. En application du principe selon lequel une personne morale de droit public ou privé chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même, l'organisme payeur n'est pas recevable à demander au tribunal de condamner un allocataire au remboursement de prestations qu'il a indûment perçues, dès lors qu'il dispose du pouvoir de délivrer une contrainte lui permettant de recouvrer une prestation indument versée qui, sauf opposition fondée, comporte les effets d'un jugement en application de l'article L. 161-1-1 du code de la sécurité sociale. Dans ces conditions, les conclusions de la caisse d'allocations familiales du Var présentées à ce titre sont irrecevables.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales du Var sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
M. C
La greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière,
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