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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2303415

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2303415

mardi 30 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2303415
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantTEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ET ASSOCIES

Résumé IA

Responsabilité de l'État pour manquement à l'obligation de sécurité envers un agent exposé à l'amiante. Le Tribunal administratif de Toulon retient que l'État a commis une faute en ne respectant pas les obligations du décret du 17 août 1977. Cependant, la requête de Mme A... est rejetée car sa créance indemnitaire est prescrite en application de la loi du 31 décembre 1968, le délai de quatre ans ayant commencé à courir en 2012, date à laquelle elle a eu connaissance de l'étendue de son préjudice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2023, Mme B... A..., représentée par la SELARL Teissonnière Topaloff Lafforgue Andreu et associés, demande au tribunal :

1°) de condamner l’État à lui verser la somme de 30 000 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande indemnitaire et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de son exposition aux poussières d’amiante ;

 2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros, au titre de l’article 
L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l’État a commis une faute, dès lors qu’il a été exposé à l’inhalation de poussières d’amiante ;
- ses préjudices extrapatrimoniaux doivent être réparés ;
- le lien de causalité entre la faute et ses préjudices est établi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2025, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la créance de Mme A... est prescrite.

Vu les autres pièces du dossier.
 
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le décret n° 77-949 du 17 août 1977 ;
- le décret n° 2002-832 du 3 mai 2002 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Karbal, conseiller,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- les observations de Me Tizot pour le requérant.


Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 29 juin 2023, adressé au ministre des armées, Mme A... a demandé, en vain, la réparation de préjudices qu’elle impute à son exposition aux poussières d’amiante, durant sa carrière.


Sur la responsabilité de l’Etat :

2. La responsabilité de l’administration, en sa qualité d’employeur, peut être engagée en cas de manquement à l’obligation de sécurité à laquelle elle est tenue envers les agents, lorsqu’elle a ou aurait dû avoir conscience du danger auquel étaient exposés ces derniers et qu’elle n’a pas pris les mesures nécessaires pour les en préserver.

3. D’une part, le décret du 17 août 1977 relatif aux mesures particulières d’hygiène applicables dans les établissements où le personnel est exposé à l’action des poussières d’amiante comportait des dispositions interdisant l’exposition à l’amiante des travailleurs au-delà d’un certain seuil et imposait aux employeurs de contrôler la concentration en fibres d’amiante dans l’atmosphère des lieux de travail, de nature à réduire le risque de maladie dans les établissements concernés.

4. D’autre part, le décret du 3 mai 2002 relatif à la situation des personnels de l'Etat mis à la disposition de l'entreprise nationale DCNS prévue à l'article 78 de la loi de finances rectificative pour 2001, a placé ceux‑ci sous un régime de droit commun après le 31 mai 2003, la DCN étant devenue une société privée le 1er juin 2003. Par suite, l’Etat, qui n’avait plus la qualité d’employeur, ne peut voir sa responsabilité engagée à compter de cette date au titre de l’exposition de l’intéressé.

5. Il résulte de l’instruction, et notamment de l’attestation établie le 11 septembre 2012, que Mme A... a été exposée à de l’amiante dans le cadre de ses fonctions de dessinateur au sein de la direction générale de l’armement du 22 décembre 1982 au 4 octobre 2010. Il n’est pas contesté que l’Etat, en sa qualité d’employeur, ne s’est pas conformé à l’ensemble des obligations initialement mises à sa charge par le décret du 17 août 1977 précité et ne les a pas effectivement mises en œuvre. Dans ces conditions, la carence de l’Etat employeur est de nature à engager sa responsabilité.


Sur l’exception de prescription :

6. Aux termes du premier alinéa de l’article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l’Etat, les départements, les communes et les établissements publics : « Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n’ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l’année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ».

7. Ainsi que l’a estimé le Conseil d’Etat dans son avis n° 457560 du 19 avril 2022, lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens des dispositions citées au point 6, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés. La créance indemnitaire relative à la réparation d’un préjudice présentant un caractère continu et évolutif doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à une année court, sous réserve des cas visés à l’article 3 de la loi du 31 décembre 1968, à compter du 1er janvier de l’année suivante, à la condition qu’à cette date le préjudice subi au cours de cette année puisse être mesuré.

8. En l’espèce, Mme A... doit être regardée comme ayant eu connaissance de l’étendue de son préjudice imputable à l’Etat à compter de la date de réception de l’attestation d’exposition du 11 septembre 2012, soit au plus tard au cours de l’année 2012. Dans ces conditions, le délai de la prescription quadriennale s’est achevé le 31 décembre 2013 et était donc expiré à la date à laquelle Mme A... a formé sa réclamation préalable. Par suite, le ministre des armées est fondé à opposer la prescription à la créance détenue par la requérante sur l’Etat, jusqu’au 31 mai 2003.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée.






D É C I D E :





Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2025.


Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG


La greffière,


Signé


V. VIVES



La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.

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