Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2303766

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2303766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCGCB & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 novembre 2023 et 29 avril 2024, la commune de Grimaud, représentée par Me Clément, demande au tribunal d'annuler la délibération du conseil communautaire de la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez du 21 juin 2023 approuvant la modification n° 1 du schéma de cohérence territoriale (SCOT) du Golfe de Saint-Tropez sur le territoire de la commune de Saint-Tropez, ensemble la décision expresse de rejet de son recours gracieux du 20 septembre 2023.

Elle soutient que :

- il aurait dû être fait appel à la procédure de révision et non à la procédure de modification du SCOT, en application des dispositions de l'article L. 143-29 du code de l'urbanisme ; la modification approuvée le 21 juin 2023 impacte plusieurs des objectifs du document d'orientation et d'objectifs (DOO) relevant de l'article L. 141-10 du code de l'urbanisme ; les modifications, de par leur importance, constituent des changements sur les orientations définies dans le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) ; cette modification approuvée le 21juin 2023 a opéré des changements significatifs portant sur des catégories d'objectifs et orientations visées à l'article L. 141-1 du code de l'urbanisme ; les changements modifient l'objectif global modifiant l'offre de nouveaux logements ; la notion de hameau nouveau intégré à l'environnement a été supprimée ; ainsi, la modification a vocation à modifier la capacité d'accueil de certains secteurs et affecte donc la politique de l'habitat en diminuant l'objectif de nouveaux logements ; des autres secteurs déjà urbanisés (ASDU) précédemment identifiés sur le territoire de la commune de Grimaud ont été supprimés et l'identification d'autres ASDU a été restreinte ;

- la notice de présentation de la modification est insuffisante en méconnaissance des dispositions de l'article R. 151-2 du code de l'urbanisme ; la commission d'enquête a d'ailleurs relevé cette insuffisance dans son rapport ; la notice de présentation ne permet ainsi pas d'apprécier la portée du document soumis à enquête publique ; la même notice de présentation n'explique pas pourquoi la communauté de communes a décidé d'appliquer un critère de vulnérabilité aux risques naturels pour limiter la constructibilité de certains secteurs déjà urbanisés et pas au sein de l'ensemble du territoire de la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez ;

- cette notice de présentation de la modification est frappée d'insuffisance et d'incohérence car des sites de développement de résidences principales sont situés en zone d'aléa fort feux de forêts ; la notice de présentation est incohérente car elle précise que la suppression des ASDU Val de Gilly et la Toure est liée à la vulnérabilité de ces secteurs au risque incendie alors que ces secteurs répondent aux critères définis à l'objectif n° 26 du DOO ; l'addendum à l'enquête publique, qui ne fait pas partie des documents du SCOT en application des dispositions de l'article L. 141-2 du code de l'urbanisme, ne saurait combler les lacunes des autres documents du SCOT et régulariser l'insuffisance de la notice de présentation ;

- la délibération attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 103-2 et L. 600-11 du code de l'urbanisme et la délibération du 24 février 2021 prescrivant la concertation publique car aucune concertation n'a été mise en œuvre pour le second projet de modification ; ce second projet de modification était soumis à concertation car il comportait un volet complément d'évaluation environnementale ; en outre, les modalités de la concertation telles que prévues par la délibération du 24 février 2021, à savoir la mise à disposition permanente d'un registre au siège de la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez et l'organisation d'une réunion publique, n'ont pas été mises en œuvre ; l'absence de concertation a privé le public de l'information des modifications prescrites par le second projet de modification ;

- la modification n°1 du SCOT est illégale en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ; la réduction de l'identification de l'ASDU de l'Avelan, la scission et la réduction des ASDU des Cagnignons et des Cadeous, et la suppression des ASDU dits A, de la Tourre et du Val de Gilly, en introduisant un critère de vulnérabilité par rapport au risque incendie, méconnaissent les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés les 10 janvier 2024 et 21 mai 2024, la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, représentée par Me Barbeau, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Grimaud une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juin 2024 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- les observations de Me Clément, représentant la commune de Grimaud ;

- et les observations de Me Germe, représentant la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez.

Une note en délibéré enregistrée le 17 juin 2024 a été présentée par Me Clément pour la commune de Grimaud.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 143-24 du code de l'urbanisme : " Le schéma de cohérence territoriale est publié et transmis à l'autorité administrative compétente de l'Etat dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales. Le schéma est exécutoire deux mois après sa transmission à l'autorité administrative compétente de l'Etat ". En outre, aux termes de l'article L. 143-25 de ce code : " Toutefois, dans ce délai de deux mois, l'autorité administrative compétente de l'Etat notifie par lettre motivée à l'établissement public prévu à l'article L. 143-16 les modifications qu'il estime nécessaire d'apporter au schéma lorsque les dispositions de celui-ci : 1° Ne sont pas compatibles avec les prescriptions particulières prévues à l'article L. 122-26 et, en l'absence de celles-ci, avec les dispositions particulières aux zones de montagne et au littoral mentionnées à l'article L. 131-1 ; 2° Compromettent gravement les principes énoncés à l'article L. 101-2, sont contraires à un projet d'intérêt général, autorisent une consommation excessive de l'espace, notamment en ne prévoyant pas la densification des secteurs desservis par les transports ou les équipements collectifs, ou ne prennent pas suffisamment en compte les enjeux relatifs à la préservation ou à la remise en bon état des continuités écologiques. Dans ce cas, le schéma ne devient exécutoire qu'après l'intervention, la publication et la transmission à l'autorité administrative compétente de l'Etat des modifications demandées ". L'article L. 143-29 du même code dispose que : " Le schéma de cohérence territoriale fait l'objet d'une révision lorsque l'établissement public prévu à l'article L. 143-16 envisage des changements portant sur : 1° Les orientations définies par le projet d'aménagement et de développement durables ; 2° Les dispositions du document d'orientation et d'objectifs prises en application des articles L. 141-6 et L. 141-10 ; 3° Les dispositions du document d'orientation et d'objectifs relatives à la politique de l'habitat prises en application du 1° de l'article L. 141-12 ayant pour effet de diminuer l'objectif global concernant l'offre de nouveaux logements.". Enfin, selon les dispositions de l'article L. 143-32 dudit code : " Sous réserve des cas où une révision s'impose en application de l'article L. 143-29, le schéma de cohérence territoriale fait l'objet d'une procédure de modification lorsque l'établissement public prévu à l'article L. 143-16 décide de modifier le document d'orientation et d'objectifs ". Par ailleurs, selon les dispositions de l'article L. 141-10 du code précité : " Au regard des enjeux en matière de préservation de l'environnement et des ressources naturelles, de prévention des risques naturels, de transition écologique, énergétique et climatique, le document d'orientation et d'objectifs définit : 1° Les objectifs chiffrés de consommation économe de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain par secteur géographique ; 2° Les orientations en matière de préservation des paysages ainsi qu'en matière d'insertion et de qualité paysagères des activités économiques, agricoles, forestières et de production et de transport d'énergie, les espaces naturels, agricoles, forestiers ou urbains à protéger, notamment en raison de leur participation à l'amélioration du cadre de vie. Il précise la manière dont les paysages vécus et leurs composantes naturelles, historiques et socio-culturelles sont pris en compte dans les choix d'aménagements et veille à limiter les effets de saturation visuelle. Il transpose les dispositions pertinentes des chartes de parcs naturels régionaux à une échelle appropriée ; 3° Les modalités de protection des espaces nécessaires au maintien de la biodiversité et à la préservation ou à la remise en bon état des continuités écologiques et de la ressource en eau. Il peut identifier à cette fin des zones préférentielles pour la renaturation, par la transformation de sols artificialisés en sols non artificialisés ainsi que des zones propices à l'accueil de sites naturels de compensation, de restauration et de renaturation ; 4° Les orientations qui contribuent à favoriser la transition énergétique et climatique, notamment la lutte contre les émissions territoriales de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques, l'accroissement du stockage de carbone dans les sols et les milieux naturels et le développement des énergies renouvelables, au sens de l'article L. 211-2 du code de l'énergie. Le document d'orientation et d'objectifs peut également identifier des zones d'accélération pour l'implantation d'installations terrestres de production d'énergies renouvelables arrêtées en application de l'article L. 141-5-3 du même code () ".

2. D'une part, si la commune de Grimaud soutient qu'une révision du schéma de cohérence territoriale (SCOT) approuvé le 2 octobre 2019 était nécessaire, il ressort toutefois des pièces du dossier, que la modification n° 1 en litige ne modifie pas les objectifs de consommation économe de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain, qui sont définis par l'objectif n° 25 du document d'orientations et d'objectifs, qui n'a pas été modifié entre la version du SCOT approuvée le 2 octobre 2019 et la version modifiée par la délibération en litige du 21 juin 2023, ainsi que le fait valoir la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, sans être contestée sur ce point. Ainsi, la commune de Grimaud n'est pas fondée à soutenir que les objectifs de consommation économe de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain au sens de l'article L. 141-10 du code de l'urbanisme auraient été modifiés.

3. D'autre part, la commune de Grimaud soutient que la modification de la délimitation des autres secteurs déjà urbanisés (ASDU) aurait nécessité une révision, en lieu et place d'une procédure de modification. Toutefois, sur ce point, la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait valoir, sans être utilement contestée, que la délimitation des ASDU est définie par les dispositions de l'objectif n° 26 du document d'orientations et d'objectifs (DOO), inchangées entre la version du SCOT approuvée le 2 octobre 2019 et la version approuvée par la modification n° 1 en litige de ce même document. Si la commune de Grimaud poursuit en soutenant que des changements auraient été effectués s'agissant de la politique de l'habitat, diminuant ainsi l'objectif de nouveaux logements, la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait valoir en réponse que l'objectif n°30 relatif à la politique locale de l'habitat et la production de logements, n'a pas été modifié entre la délibération du 2 octobre 2019 et la modification n°1 du SCOT approuvée le 21 juin 2023. Si la commune soutient encore que la délimitation des ASDU prend en compte un critère de vulnérabilité aux risques naturels, elle n'établit pas que ce critère conduirait, au niveau de l'ensemble du territoire de la communauté des communes du Golfe de Saint-Tropez, à une diminution de l'objectif de production de logements, et aurait des incidences sur la politique de l'habitat au niveau de l'ensemble du territoire du SCOT. La requérante n'établit pas non plus que l'élargissement très important des espaces proches du rivage sur le territoire du SCOT serait susceptible de conduire à une diminution du nombre de logements et aurait un impact sur la politique de l'habitat. Sur ce point d'ailleurs, ainsi que le fait valoir la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, la commission d'enquête a indiqué, dans son avis du 19 avril 2023, que : " La loi ELAN redéfinit les modalités d'application de certaines dispositions de la loi Littoral. Dès lors, les changements apportés par la modification n'ont pas d'impact sur la politique d'habitat, d'objectif d'habitats ou de préservation de ressources qui fondent le Projet d'Aménagement et de Développement Durables (PADD). En revanche, ils portent sur les dispositions du Document d'Orientations et d'Objectifs (DOO), principalement dans les désignations et délimitations des agglomérations, villages et autres Secteurs Déjà Urbanisés (ASDU) et la délimitation des Espaces Proches du Rivage (EPR) ".

4. Il ressort en outre des pièces du dossier, et ainsi que le fait valoir la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, que la délibération litigieuse du 21 juin 2023 indique que " les changements envisagés ne portent ni sur les orientations définies par le PADD, ni sur les dispositions du DOO concernant les objectifs chiffrés de consommation économe de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain, les espaces et les sites naturels, agricoles, forestiers ou urbains à protéger, ni sur les modalités de protection des espaces nécessaires au maintien de la biodiversité et à la préservation ou à la remise en état des continuités écologiques, ni sur les dispositions du DOO relatives à la politique de l'habitat, si les changements ont eu pour effet de diminuer l'objectif global concernant l'offre de nouveaux logements ". Ainsi, la délibération du 21 juin 2023 précise que la modification n°1 du SCOT qu'elle approuve s'inscrit en dehors du champ d'application des dispositions de l'article L. 143-29 du code de l'urbanisme, relatif à la révision du SCOT.

5. Par ailleurs, la commune de Grimaud soutient qu'une révision était nécessaire car la délibération en litige a supprimé les HNIE (Hameaux Nouveaux Intégrés à l'Environnement), qui constituaient une des orientations définies par le PADD du SCOT approuvé le 2 octobre 2019. Toutefois, ainsi que le fait valoir la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez sur ce point, cette suppression dans le SCOT de la référence aux HNIE a été faite dans un souci de respect de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 dite loi " ELAN ". Ainsi, cette modification, qui était en outre demandée par le préfet du Var, ne peut être considérée comme une modification du PADD et du parti d'urbanisme par les auteurs du SCOT, qui aurait de ce fait nécessité une révision du SCOT, conformément aux dispositions de l'article L. 143-29 du code de l'urbanisme.

6. En outre, la commune de Grimaud soutient que les modifications importantes qui ont été réalisées, en particulier pour ce qui concerne la délimitation des espaces proches du rivage, ont nécessairement porté sur des catégories d'objectifs et orientations visées à l'article L. 141-10 du code de l'urbanisme, ce qui aurait nécessité une procédure de révision, et non une procédure de modification. Toutefois, ainsi que le fait valoir la communauté de communes, il résulte des dispositions de la loi " Littoral " que la délimitation des espaces proches du rivage ressort de l'application des dispositions de l'article L. 121-13 du même code et ne relève pas des orientations en matière de prévention des paysages prévues par les dispositions de l'article L. 141-10 du code de l'urbanisme, contrairement à ce que soutient la commune de Grimaud.

7. Il résulte ainsi de ce qui a été exposé aux points 2 à 6 que la commune de Grimaud n'est pas fondée à soutenir qu'une procédure de révision aurait dû être mise en œuvre en lieu et place d'une procédure de modification, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 143-29 du code de l'urbanisme.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation comporte les justifications de : 1° La cohérence des orientations d'aménagement et de programmation avec les orientations et objectifs du projet d'aménagement et de développement durables ; 2° La nécessité des dispositions édictées par le règlement pour la mise en œuvre du projet d'aménagement et de développement durables et des différences qu'elles comportent, notamment selon qu'elles s'appliquent à des constructions existantes ou nouvelles ou selon la dimension des constructions ou selon les destinations et les sous-destinations de constructions dans une même zone ; 3° La complémentarité de ces dispositions avec les orientations d'aménagement et de programmation mentionnées à l'article L. 151-6 ; 4° La délimitation des zones prévues par l'article L. 151-9 ; 5° L'institution des zones urbaines prévues par l'article R. 151-19, des zones urbaines ou zones à urbaniser prévues par le deuxième alinéa de l'article R. 151-20 lorsque leurs conditions d'aménagement ne font pas l'objet de dispositions réglementaires ainsi que celle des servitudes prévues par le 5° de l'article L. 151-41 ; 6° Toute autre disposition du plan local d'urbanisme pour laquelle une obligation de justification particulière est prévue par le présent titre. Ces justifications sont regroupées dans le rapport ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 101-2 de ce code : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : () 5° La prévention des risques naturels prévisibles, des risques miniers, des risques technologiques, des pollutions et des nuisances de toute nature ; () ". Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 141-10 du même code, dans leurs versions applicables à l'espèce, disposent que : " Au regard des enjeux en matière de préservation de l'environnement et des ressources naturelles, de prévention des risques naturels, de transition écologique, énergétique et climatique, le document d'orientation et d'objectifs définit : 1° Les objectifs chiffrés de consommation économe de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain par secteur géographique ; 2° Les orientations en matière de préservation des paysages, les espaces naturels, agricoles, forestiers ou urbains à protéger, notamment en raison de leur participation à l'amélioration du cadre de vie. Il transpose les dispositions pertinentes des chartes de parcs naturels régionaux à une échelle appropriée ; 3° Les modalités de protection des espaces nécessaires au maintien de la biodiversité et à la préservation ou à la remise en bon état des continuités écologiques et de la ressource en eau ; 4° Les orientations qui contribuent à favoriser la transition énergétique et climatique, notamment la lutte contre les émissions territoriales de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques, et l'accroissement du stockage de carbone dans les sols et les milieux naturels ". Enfin, l'article L. 141-2 dudit code, dans sa rédaction applicable à l'espèce, dispose que : " Le schéma de cohérence territoriale comprend : 1° Un rapport de présentation ; 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; 3° Un document d'orientation et d'objectifs. Chacun de ces éléments peut comprendre un ou plusieurs documents graphiques ".

9. La commune de Grimaud soutient d'abord que la commission d'enquête a relevé, dans son avis du 19 avril 2023, l'insuffisance de la notice de présentation, en ce qui concerne la justification de la nouvelle délimitation des espaces proches du rivage, des suppressions des ASDU en 2022 et sur l'absence d'analyse de l'impact environnemental des modifications. La communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez produit à l'instance la notice de présentation des modifications dans son intégralité, qui est un document de 60 pages environ. Si la commune requérante fonde son argumentation sur des extraits du rapport de la commission d'enquête, et en particulier la page 26 de ce rapport, elle produit à l'instance les pages n° 16 et 17 dudit rapport d'enquête. La commune poursuit en soutenant que la notice de présentation ne permet pas d'apprécier la portée exacte du document soumis à enquête publique. La communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait toutefois valoir sur ce point que la commission d'enquête s'est prononcée, non sur la notice de présentation mais sur la complétude du dossier d'enquête. Ainsi, la commune de Grimaud ne peut utilement soutenir sur ce point que l'addendum EP, addendum à l'enquête publique, qui n'est pas un document faisant partie du SCOT, ne peut pallier l'insuffisance des documents du SCOT, puisqu'il a pour vocation précisément de pallier non pas l'insuffisance de la notice de présentation mais celle de l'enquête publique. En outre, à supposer même que la commission d'enquête se soit prononcée sur les lacunes de cette notice de présentation et qu'elle ait indiqué que cette dernière était perfectible et pas facile d'exploitation, un tel constat n'engage que cette commission et n'a pas d'incidence sur l'appréciation que fera le juge sur le caractère complet de ladite notice de présentation.

10. La communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait ensuite valoir que les dispositions de l'article R. 151-2 du code de l'urbanisme, invoquées par la commune de Grimaud dans le cadre du présent moyen, ne sont pas applicables aux SCOT puisqu'elles sont insérées dans un chapitre du code de l'urbanisme intitulé " contenu du plan local d'urbanisme ". La communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait ainsi valoir que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions pourrait être écarté comme étant inopérant.

11. La commune de Grimaud poursuit en soutenant que la notice de présentation n'explique pas pourquoi la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez a limité l'application du critère de vulnérabilité aux risques naturels afin de restreindre la constructibilité à certains ASDU, et ne l'a pas étendu à l'ensemble du territoire couvert par le SCOT. La commune poursuit en indiquant que la carte d'aléas feux de forêt présentée en page 25 de la notice de présentation montre que des ASDU sont présents en zone d'aléas feux de forêt forts. La communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait valoir sur ce point qu'elle a pris en compte le risque incendie sur l'ensemble du territoire du SCOT et pas uniquement sur l'emprise des ASDU. Elle ajoute encore qu'à supposer qu'elle ait pris en compte le risque incendie pour définir la délimitation de ces ASDU, une telle circonstance n'entache pas d'incohérence la notice de présentation. En tout état de cause, la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez précise que la suppression des ASDU du Val de Gilly et de la Tourre du SCOT litigieux, qui figuraient au sein du SCOT approuvé en 2019, relève d'une erreur matérielle, ainsi que la notice de présentation contestée l'indique d'ailleurs.

12. En troisième lieu, l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : 1° Les procédures suivantes : a) L'élaboration et la révision du schéma de cohérence territoriale et du plan local d'urbanisme ; b) La modification du schéma de cohérence territoriale et du plan local d'urbanisme soumise à évaluation environnementale () ". En outre, l'article R. 104-7 de ce code dispose que : " Les schémas de cohérence territoriale font l'objet d'une évaluation environnementale à l'occasion : 1° De leur élaboration ; 2° De leur révision ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 103-3 du même code, " Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : () ; 3° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. Toutefois, lorsque la concertation est rendue nécessaire en application du 2° ou du 3° de l'article L. 103-2 ou lorsqu'elle est organisée alors qu'elle n'est pas obligatoire, les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation peuvent être précisés par le président de l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public compétent ". En outre, aux termes de l'article L. 600-11 dudit code : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées. Les autorisations d'occuper ou d'utiliser le sol ne sont pas illégales du seul fait des vices susceptibles d'entacher cette délibération ou les modalités de son exécution ". A l'issue de cette concertation, le projet peut être modifié par l'organe délibérant, à la condition que ces modifications n'affectent ni la nature, ni les options essentielles du projet.

13. La commune de Grimaud soutient que si deux projets de modification du SCOT ont vu le jour, seul le premier a fait l'objet d'une concertation, et le second projet de modification aurait donc dû faire l'objet également d'une concertation, conformément aux dispositions de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme précitées et respecter les modalités de concertation telles que définies par la délibération du 24 février 2021.

14. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le projet de modification n°1 du plan local d'urbanisme ne nécessitait pas d'évaluation environnementale. Par suite, et en application des dispositions de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme susvisées, le projet n'était pas soumis à une procédure de concertation. Il n'est en outre pas contesté que, par une délibération du 24 février 2021, le conseil communautaire de la communauté des communes du Golfe de Saint-Tropez a prescrit la concertation, en précisant les modalités de cette dernière. Par une délibération du 12 mai 2021, le conseil communautaire a conclu au respect des modalités de la concertation, telles que définies par la prescription du 24 février 2021. Ce bilan de la concertation indique que : " les moyens de concertation et d'information mis en œuvre ont permis d'informer l'ensemble des acteurs du territoire (habitants, associations, partenaires) sur les motivations de cette procédure et sur le contenu du projet de modification du SCoT ". Suite à cette concertation, une enquête publique a été ouverte par un arrêté communautaire du 25 octobre 2021. L'enquête publique a eu lieu du 15 novembre 2021 au 16 décembre 2021.

15. La commune de Grimaud soutient qu'étant donné l'ampleur des modifications entre le premier et le second projet, une concertation était également nécessaire pour le second projet, qui est intervenu suite à l'avis défavorable de la commission d'enquête. Toutefois, la commune de Grimaud n'établit pas, alors qu'il lui appartenait de le faire, que l'économie générale du projet aurait été modifiée entre les deux projets, ou que les objectifs auraient été modifiés. La communauté des communes du Golfe de Saint-Tropez fait d'ailleurs valoir sur ce point que l'économie générale du projet n'a pas été modifiée entre les deux projets, et que les modifications qui ont été réalisées entre les deux modifications s'inscrivent dans la droite ligne des objectifs fixés pour la mise en conformité de ce SCOT.

16. Enfin, si la commune de Grimaud soutient que ce défaut de concertation aurait privé le public d'une garantie, il ressort des pièces du dossier qu'à supposer même qu'une telle concertation eut été nécessaire, le public a été en mesure, ainsi que le fait valoir la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, de formuler ses observations, car une seconde enquête publique a été organisée du 13 février 2023 au 15 mars 2023. Il ressort également des pièces du dossier que la commune de Grimaud a pour sa part, par un courrier daté du 29 novembre 2022, fait part de ses observations sur le projet de modification du SCOT. Enfin, la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez fait valoir, qu'à supposer cette procédure obligatoire et non respectée, il n'est pas démontré que l'absence de seconde concertation aurait été susceptible d'avoir une incidence sur le sens de la décision prise.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 141-7 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable à l'espèce : " Le document d'orientation et d'objectifs peut, dans des secteurs qu'il délimite en prenant en compte leur desserte par les transports collectifs, l'existence d'équipements collectifs et des protections environnementales ou agricoles, déterminer la valeur au-dessous de laquelle ne peut être fixée la densité maximale de construction résultant de l'application de l'ensemble des règles définies par le plan local d'urbanisme ou du document en tenant lieu ".

18. La commune de Grimaud soutient que le fait que le DOO fixe un objectif minimum de production de résidences principales par an, et non une valeur au-dessous de laquelle ne peut être fixée la densité maximale des constructions, méconnaît les dispositions de l'article L. 141-7 du code de l'urbanisme. Toutefois, les dispositions précitées de l'article L. 141-7 du code de l'urbanisme ne sont pas prescriptives et n'obligent pas les auteurs du SCOT à prévoir une valeur, au sein du DOO, au-dessous de laquelle ne peut être fixée la densité maximale des constructions, mais leur offrent seulement une faculté. Par suite, en fixant un objectif minimum de résidences principales par an, les auteurs du SCOT n'ont pas méconnu les dispositions de l'article L. 141-7 du code de l'urbanisme.

19. En outre, et en tout état de cause, la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez établit, en produisant des éléments à l'instance, que l'objectif n° 30, relatif à la politique locale de l'habitat et la production de logements, n'a pas été modifié par rapport à la version du SCOT révisé le 2 octobre 2019.

20. Par suite, la commune de Grimaud n'est pas fondée à soutenir que la délibération attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 141-7 du code de l'urbanisme.

21. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () ".

22. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice de présentation, partie 1 " Intégration des dispositions de la loi ELAN ", que le projet de modification vise à réévaluer l'identification de certains secteurs qui ne répondent pas aux critères, à ajuster les périmètres de localisation sur les schémas du SCOT et à apporter des corrections aux erreurs matérielles d'identification entre le DOO et les annexes cartographiques. En l'espèce, onze secteurs listés dans la notice de présentation annexée à la délibération du 21 juin 2023 seront supprimés. La commune de Grimaud soutient que la réduction de l'identification de l'ASDU de l'Avelan, la scission et la réduction des ASDU des Cagnignons et des Cadeous, et la suppression des ASDU dits A, de la Tourre et du Val de Gilly, en ce qu'ils introduisent un critère de vulnérabilité au risque incendie, méconnaissent les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

23. Il ressort également des pièces du dossier que la partie 3 " analyse des incidences sur l'environnement du projet de modification " mentionne que, d'une part, " La suppression des autres secteurs déjà urbanisés des hameaux de la Tourre, du Val de Gilly à Grimaud, du hameau de l'Amirauté, des secteurs d'Aumarès/Portonfus et de l'Hermittan à Cogolin tient mieux compte de la sensibilité particulière de ces secteurs vis-à-vis du risque incendie ", et, d'autre part, " le redécoupage de certains autres secteurs déjà urbanisés identifiés initialement dans le SCoT approuvé en plusieurs autres secteurs déjà urbanisés de dimensions plus restreintes, permet de limiter les effets de continuum urbain par densification et préserve des espaces agricoles et naturels interstitiels. Il est plus favorable aux continuités écologiques entre les réservoirs de biodiversité principaux et les réservoirs de biodiversité secondaires, et limite les capacités d'accueil de constructions nouvelles sur des secteurs soumis à des aléas incendie fort et moyen. Cette modification contribue donc à réduire la vulnérabilité des habitants aux risques naturels. ". Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir qu'il a été procédé à la suppression des ASDU, uniquement, ni même principalement, en se fondant sur l'existence d'un risque naturel, contrairement à ce que soutient la commune de Grimaud sur ce point.

24. En outre, ainsi que le fait valoir la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, la compatibilité du SCOT avec l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme en tant qu'il détermine les critères d'identification des ASDU et qu'il localise ces secteurs, doit s'apprécier à l'échelle du territoire qu'il couvre en tenant compte de l'ensemble des orientations et prescriptions du SCOT.

25. En l'espèce, et ainsi que le rappelle la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, la prévention des risques naturels prévisibles est un objectif poursuivi par l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme, que le DOO du SCOT intègre. Il ressort en effet des pièces du dossier que le PADD du SCOT comporte une orientation 3 " Un territoire engagé dans la transition énergétique et environnementale " avec un objectif 3.4 " Savoir habiter sur un territoire fortement soumis aux risques naturels " visant notamment à " 3.4.2 Composer avec le risque incendie dans le massif des Maures ". Le DOO modifié du 21 juin 2023 comporte quant à lui une orientation " composer avec le risque d'incendie " avec un objectif 98 " sécuriser les interfaces habitats-forêts ", ainsi qu'un objectif 99 " lutter contre la progression des incendies au sein des espaces d'urbanisation aérée " notamment " Sur les espaces déjà urbanisés, les collectivités engagent une politique de sensibilisation auprès des propriétaires de manière à réaliser les travaux nécessaires pour réduire la vulnérabilité des habitations en fonction de leurs caractéristiques ". En outre, cet objectif a été rappelé par le préfet du Var à la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, dans son avis défavorable du 20 février 2019. Ainsi, la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez, en se référant à la cartographie de l'aléa feux de forêts sur le territoire, a pris soin, dans le cadre de la définition des ASDU, de tenir compte de cette exposition des secteurs concernés aux risques naturels prévisibles, étant précisé qu'il appartiendra aux auteurs des plans locaux d'urbanisme communaux de délimiter les ASDU au plus près des constructions existantes.

26. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 22 à 25 que la commune de Grimaud n'est pas fondée à soutenir que la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez aurait commis une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

27. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la commune de Grimaud n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 21 juin 2023 approuvant la modification du SCOT de la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

28. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions formulées sur ce fondement par la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez.

DECIDE

Article 1er : La requête de la commune de Grimaud est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Grimaud et à la communauté de communes du Golfe de Saint-Tropez.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

La présidente,

Signé :

M. BERNABEU La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.