lundi 12 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2303836 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Aide sociale |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête n°2303836, enregistrée le 27 novembre 2023, Mme D B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'une part d'annuler le titre exécutoire n° 01 100-2023-20137 émis par le département du Var le 17 octobre 2023 mettant à sa charge la somme de 13 007,29 euros, relative à un indu de revenu de solidarité active (RSA) INK 005 pour la période du 1er décembre 2015 au 31 octobre 2019, d'autre part de la décharger du paiement de cette somme ;
2°) à titre subsidiaire, de lui accorder une remise de cette dette ;
3°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
4°) de mettre à la charge du département du Var la somme de 2 000 euros et directement versée à Me Desfarges au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- le titre exécutoire n'est pas signé et à défaut de production d'une copie du bordereau du titre dûment signé, il sera annulé comme pris en méconnaissance de l'article L1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- le titre est entaché d'un défaut de motivation en méconnaissance des articles L211-2 et L211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptabilité publique ;
- elle a contesté le bien-fondé de l'indu, contrairement à ce qu'indique la CAF, par deux recours en 2020, restés sans réponse ;
-l'indu est infondé car elle a répondu à la demande d'explications et de pièces formulée par la CAF le 12 décembre 2019, dans un courrier du 28 décembre 2019 ; dans ces conditions, la CAF du Var et le département du Var ont commis une erreur de droit et d'appréciation en ne prenant pas connaissance de son courrier du 28 décembre 2019 ;
- elle doit bénéficier du droit à l'erreur compte tenu de la complexité de la réglementation et de sa bonne foi, en application de l'article L123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle remplit les deux conditions pour obtenir la remise gracieuse des indus ; elle est de bonne foi et dans une situation particulièrement précaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le département du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le titre exécutoire ne méconnaît pas l'article L.1617-5 du code général des collectivités territoriales car il a été signé par une personne habilitée ;
- l'indu est fondé car, d'une part, Mme B n'a jamais mentionné être propriétaire dans ses déclarations, n'a jamais déclaré les loyers perçus pour ce logement de juin 2018 à septembre 2019 et n'a pas transmis les pièces demandées dans le délai imparti ; d'autre part, le département n'a jamais reçu le courrier du 28 décembre 2019 ;
- le droit à l'erreur ne peut s'appliquer ;
- Mme B est de mauvaise foi et n'est pas dans une situation de précarité telle qu'elle ne pourrait rembourser sa dette.
Par un mémoire enregistré le 18 avril 2024, la caisse d'allocations familiales du Var, conclut à son incompétence pour défendre en matière de RSA.
II-Par une requête n°2303837 enregistrée le 27 novembre 2023, Mme B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre n°01100-2023-18229 émis le 22 septembre 2023 par lequel le département du Var a mis à la charge de Mme B la somme de 1 643,85 euros pour un indu de RSA (INK 004) pour la période du 1er mars 2019 au 31 août 2019.
2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
3°) de mettre à la charge du département du Var la somme de 2 000 euros et directement versée à Me Desfarges au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- le titre exécutoire n'est pas signé et à défaut de production d'une copie du bordereau du titre dûment signé, il sera annulé comme pris en méconnaissance de l'article L1617-5 du code général des collectivités territoriales;
- le titre est entaché d'un défaut de motivation en méconnaissance des articles L211-2 et L211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptabilité publique ;
- l'indu n'est pas fondé car la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var et le département du Var ont commis une erreur de droit et d'appréciation en ne prenant pas connaissance de son courrier du 28 décembre 2019 dans lequel elle répondait aux questions posées et transmettait les documents demandés ;
- elle doit bénéficier du droit à l'erreur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 février 2024, le département du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable car Mme B n'a pas contesté l'indu INK004 en présentant un recours administratif préalable obligatoire auprès du président du conseil départemental du Var ;
- l'indu est fondé car Mme B n'a jamais mentionné être propriétaire dans ses déclarations de ressources, n'a jamais régularisé cet oubli et n'a jamais déclaré les loyers perçus pour le logement dont elle est propriétaire, de juin 2018 à septembre 2019 ;
- l'indu est motivé au regard des courriers envoyés à Mme B lui demandant de régulariser sa situation relative à son statut de propriétaire et à la location de son logement, et restés sans réponse ou ayant fait l'objet de réponse partielle ;
- Mme B est de mauvaise foi, le droit à l'erreur ne peut s'appliquer.
Par un mémoire enregistré le 18 avril 2024, la caisse d'allocations familiales du var, conclut à son incompétence pour défendre en matière de RSA.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour chacune des requêtes par des décisions du 5 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration.
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptabilité publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1.Madame B a formé une demande de revenu de solidarité active (RSA) le 6 août 2015 dans laquelle elle a notamment déclaré vivre seule et être locataire, colataire ou sous-locataire depuis le 15 novembre 2014. Par un courrier du 2 septembre 2019, intitulé " relevé de droits et paiements " la CAF du Var a informé Mme B qu'elle était débitrice d'un indu de RSA (INK 004) d'un montant de 3 150 euros, pour la période du 1er mars 2019 au 31 août 2019 et l'a invitée à s'acquitter de cette somme. Puis, par courrier du 2 mars 2020, un indu de RSA, INK 005, et un indu de prime de fin d'année, ING 1, d'un montant total de 13 159,74 euros, pour la période du 1er décembre 2015 au 31 octobre 2019, ont été notifiés à Mme B par recommandé avec accusé de réception. Le 16 avril 2020, Mme B, a formé un recours auprès de la CAF du Var pour contester l'indu de RSA (INK 005) et d'aide exceptionnelle de fin d'année. Pour le recouvrement des indus de RSA, deux titres exécutoires ont été établis par le conseil départemental du Var, d'une part le titre n°18229 portant sur l'indu RSA référencé INK 004, émis le 22 septembre 2023, d'autre part, le titre n°20137 portant sur l'indu RSA référencé INK 005 émis le 17 octobre 2023. Dans les requêtes susvisées, Madame B demande l'annulation des deux titres exécutoires et, à titre subsidiaire, la remise gracieuse des indus de RSA.
Sur la jonction :
2.Les requêtes n°2303836 et 2303837, susvisées, présentées par Mme B, qui concernent la situation d'une même allocataire du RSA, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 5 février 2024. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation des titres exécutoires :
En ce qui concerne la régularité des titres exécutoires n°18229 et n°20137 :
S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales :
4.D'une part aux termes du 4° alinéa de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ".
5.D'autre part aux termes de l'article L.212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci()Seule une ampliation de cette décision peut être notifiée à la personne concernée ou communiquée à des tiers, l'original signé, qui seul fait apparaître les nom, prénom et qualité du signataire, étant conservé par l'administration ".
6.Il résulte des dispositions citées au point 4, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures d'où les deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les noms, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 5, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
7.En l'espèce, le département produit une extraction des mandats issue du logiciel Hélios qui répertorient le bordereau n°1944 relatif au titre de recettes n°18229 d'un montant de 1 643,85 euros et le bordereau n°2140 relatif au titre de recettes n° 20137 d'un montant de 13 007,29 euros, signés électroniquement par Mme A E. Les captures-d'écran des bordereaux de titres de recettes comportent les numéros de bordereaux de titres de recettes émis, l'identité de la signataire, Mme A E, sa qualité, le lieu de signature, les dates et les montants des états des sommes à payer. Enfin, un extrait du recueil des actes administratifs contenant l'arrêté 2022-1798 portant délégation de signature aux responsables de la direction des finances et comportant le nom de Mme A comme délégataire de signature est fournie au débat. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales invoqué à l'encontre de chacun des titres exécutoires est infondé et doit être écarté.
S'agissant du moyen tiré de l'insuffisante motivation des titres exécutoires n°18229 et n°20137 :
8.Aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 : " Toute créance liquidée faisant l'objet () d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, alors même qu'il n'est pas au nombre des décisions devant être motivées en application des disposition des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
9.En l'espèce, les états exécutoires contestés mentionnent qu'ils correspondent à un indu de solidarité active et portent respectivement la référence " AL1061770DetailInduRSA AR1E00621745359-22/09/2023 " d'un montant de 1 643,85 euros pour le titre n°18229 et " AL1061770 DetailInduRSA AR1E00624064303-17/10/2023 " d'un montant de 13 007,29 euros pour le titre n°20137. En outre, le département du Var fait valoir, sans être contesté, que chacun des titres exécutoires a été précédé d'un courrier envoyé par lettre recommandée avec avis de réception indiquant les bases de liquidation et les éléments de calcul de ses créances. Il résulte des mentions portées dans ces courriers datés des 19 septembre 2023 et 5 octobre 2023, AR n°1E00621745359 et n° 1E00624064303, produits en défense, qu'ils mentionnent le montant, la période, l'objet et le mode de calcul de l'indu. Ainsi, les états exécutoires indiquent les bases de liquidation de chacune des créances pour le recouvrement de laquelle ils ont été et les éléments de calcul sur lesquels ils se fondent par référence aux courriers recommandés précédemment adressés à Mme B. Cette dernière disposait donc de toutes les informations nécessaires pour être en mesure de contester utilement les états exécutoires en cause. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas régulièrement été informée des bases et éléments de calcul des indus de RSA dont il lui était demandé le remboursement. Par suite, le moyen tiré de ce que les titres exécutoires contestés ont été pris en méconnaissance de l'article 24 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012, doit être écarté, comme infondé.
En ce qui concerne le bien-fondé des indus :
10.Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ".
11.Une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci, ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le département du Var dans la requête n° 2303837 tendant à d'annulation du titre exécutoire n° 100-2023-20137 émis par le département du Var le 17 octobre 2023 (RSA INK 004) :
12.Ainsi qu'il a été dit au point 1 de la présente décision, Par courrier du 2 septembre 2019, la CAF du Var a notifié à Mme B un trop perçu au titre du RSA, référencé INK 004, d'un montant de 3 150 euros, pour la période du 1er mars 2019 au 31 août 2019. Mme B fait valoir qu'elle a été informée de cette dette en mars et juin 2020 et qu'elle l'a contestée par deux recours datés des 16 avril et 15 juin 2020. Toutefois, il résulte de ces deux courriers qu'ils contestent l'indu de RSA INK 005. Ainsi, la requérante ne justifie pas avoir formé de recours administratif préalable obligatoire contre l'indu de RSA référencé INK 004. Par suite, le moyen invoqué par Mme B et tiré du caractère infondé de l'indu de RSA INK 004 n'est pas recevable et doit être écarté.
Sur l'indu RSA INK 005 :
S'agissant des moyens tirés de l'erreur de droit et d'appréciation :
13. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. / Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Aux termes de l'article L. 262-46 du même code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () ". Aux termes de l'article R. 262-83 du même code : " Le bénéficiaire du revenu de solidarité active ainsi que les membres du foyer sont tenus de produire, à la demande de l'organisme chargé du service de la prestation et au moins une fois par an, toute pièce justificative nécessaire au contrôle des conditions d'ouverture de droit, en particulier au contrôle des ressources, notamment les bulletins de salaire. En cas de non-présentation des pièces demandées, il est fait application des dispositions de l'article L. 161-1-4 du code de la sécurité sociale () ".
14.Il résulte des dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles que les revenus tirés des biens immobiliers entrent dans les ressources prises en compte pour la détermination du montant du RSA.
15.Il résulte de l'instruction que Mme B est propriétaire d'un bien immobilier à Cavalaire sur mer depuis 2004. Elle n'a déclaré à la CAF ni cette qualité, ni la perception de loyers issus de la location de ce bien dans aucune de ses déclarations trimestrielles de ressources. La CAF du Var a été informée de cette situation lorsque le locataire de l'intéressée a sollicité auprès de cette caisse une aide au logement à compter de septembre 2018 pour un loyer mensuel de 525 euros. Pour contester l'indu de RSA (INK005) mis à sa charge par courrier du 2 mars 2020 pour un montant de 13 007,29 euros, Mme B fait valoir que le département s'est fondé à tort sur une absence de réponse à sa demande d'explications et de pièces datée du 12 décembre 2019, alors qu'elle y a répondu par courrier du 28 décembre 2019, auquel étaient joints ses avis d'imposition des années 2016 à 2019, ses relevés de taxe foncière des années 2015 à 2019 et ses relevés bancaires de septembre 2015 à septembre 2019. Toutefois, le département du Var fait valoir sans être contesté qu'il n'a jamais reçu le courrier cité par Mme B, laquelle n'apporte aucune pièce de nature à justifier de l'envoi et la réception de sa réponse. En toute hypothèse, il résulte de l'instruction et de la comparaison entre la demande de documents émise par le département et la réponse de Mme B que celle-ci n'a pas produit l'acte de propriété du bien situé à Cavalaire, ni la copie du bail, ni ses relevés bancaires de placement et s'est bornée à répondre qu'elle réglait son impôt foncier " par le fruit de son travail (voir relevés bancaires) ". Enfin, elle ne produit dans la présente instance, aucune pièce de nature à démontrer le caractère infondé de l'indu de RSA qu'elle conteste. Par suite elle n'est pas fondée à soutenir que la décision mettant à sa charge l'indu en cause serait entachée d'erreur de droit et d'appréciation.
S'agissant du moyen tiré du droit à l'erreur :
16.Aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l' administration, d'une sanction pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l' administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude ".
17. La décision contestée n'a pour objet que de récupérer les prestations de revenu de solidarité active indûment versées à l'intéressée et ne constitue dès lors, ni une sanction pécuniaire, ni une sanction consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due au sens des dispositions invoquées. Il suit de là que Mme B ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement desdites dispositions, d'un " droit à l'erreur " pour contester le bien-fondé de l'indu mis à sa charge.
Sur les conclusions tendant à obtenir une remise de dette :
18.Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
19. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions de précarité et de bonne foi prévues par ces dispositions présentent un caractère cumulatif.
20.Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 15 que l'indu de RSA INK 005 résulte de fausses déclarations. Dans ces conditions, la requérante ne peut être regardée comme se trouvant en situation de bénéficier d'une remise gracieuse de dette. Par suite, ses conclusions tendant obtenir une remise gracieuse doivent, en toute hypothèse, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
21.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Var, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, les sommes que Mme B demande sur leur fondement.
22.Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions des requêtes de Mme B doit être rejeté.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au département du Var.
Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
M. CLa greffière,
Signé
G. GUTH
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition
P/le greffier en chef,
La greffière
2,2303837
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
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03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
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