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Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2304211

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2304211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, M. C B A, représenté par Me Bochnakian, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, suite à son changement de statut ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 en ce qu'il l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à compter de la notification de cette décision, et qu'il a fixé le pays de destination au Maroc, ou dans tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision, et ce sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est entré en France le 11 septembre 2021 sous couvert d'un visa portant la mention D valable du 29 juillet 2021 au 27 octobre 2021, en qualité de travailleur saisonnier ; il a par ailleurs obtenu une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 8 novembre 2021 au 7 janvier 2023 ;

- le 24 novembre 2022, peu avant l'expiration de son droit au séjour, il a demandé le bénéfice du changement de statut ;

- sa situation est régie par les stipulations de l'article 3 de la convention franco-marocain régissant l'accès à un titre de séjour portant la mention " salarié " ; l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas de changement de statut, le dispensait de disposer d'un visa long séjour, prévu à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a entaché sa décision d'illégalité car il a commis une erreur de droit en n'examinant pas sa demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 avril 2024 le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2024 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- et les observations de Me Bochnakian, représentant M. B A, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B A est un ressortissant de nationalité marocaine né en 1992, et entré en France le 11 septembre 2021 sous couvert d'un visa portant la mention D en qualité de travailleur saisonnier, valable du 29 juillet 2021 au 27 octobre 2021. Il a obtenu une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " saisonnier " valable du 8 novembre 2021 au 7 janvier 2023. Le 24 novembre 2022, M. B A a demandé au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour afin de bénéficier du changement de statut vers la mention " salarié ". Le préfet du Var, par un arrêté du 28 novembre 2023, a rejeté la demande de titre de séjour de M. B A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Il s'agit des décisions attaquées dans la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le requérant soutient que le préfet du Var n'a pas étudié sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car ces dispositions ne sont invoquées ni dans la décision attaquée, ni dans le mémoire en défense du préfet du Var. Toutefois, dans la décision attaquée, le préfet du Var indique que le requérant disposait d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " et qu'il demande la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié ". Le préfet du Var poursuit en indiquant, dans la décision en litige, " qu'il en sollicite le renouvellement avec le bénéfice d'un changement de statut pour celui de " salarié " en faisant valoir qu'il est en possession d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet, avec la société Aillaud Michel () ". Ainsi, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Var, contrairement à ce qui est soutenu, a bien étudié la demande de M. B A de changement de statut de travailleur saisonnier à salarié, même s'il n'a pas mentionné les dispositions ni cité l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var a commis une erreur de droit en ce qu'il n'aurait pas étudié la demande du requérant selon les dispositions juridiques invoquées de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, ce premier moyen doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. () ". En outre, selon l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. () ". L'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle sur un autre fondement que celui au titre duquel lui a été délivré la carte de séjour ou le visa de long séjour mentionné au 2° de l'article L. 411-1, se voit délivrer le titre demandé lorsque les conditions de délivrance, correspondant au motif de séjour invoqué, sont remplies, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Par ailleurs, l'article L. 412-1 du même code dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Enfin, selon les dispositions de l'article L. 411-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France ou du livre II, tout étranger âgé de plus de dix-huit ans qui souhaite séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois doit être titulaire de l'un des documents de séjour suivants : 1° Un visa de long séjour ; 2° Un visa de long séjour conférant à son titulaire, en application du second alinéa de l'article L. 312-2, les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 ou L. 421-13 à L. 421-24, ou aux articles L. 421-26 et L. 421-28 lorsque le séjour envisagé sur ce fondement est d'une durée inférieure ou égale à un an ; () ". Enfin, selon l'article R. 421-34 du même code : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ".

4. Si, en vertu de ces dispositions, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire. Toutefois, l'étranger admis à séjourner en France pour l'exercice d'un emploi à caractère saisonnier en application des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, est titulaire à ce titre de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", lui donnant le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peut dépasser une durée cumulée de six mois par an, et lui imposant ainsi de regagner, entre ces séjours, son pays d'origine où il s'engage à maintenir sa résidence habituelle. Dans ces conditions, sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée d'un an doit être regardée comme portant sur la délivrance d'une première carte de séjour temporaire. La délivrance de cette carte est dès lors subordonnée à la production d'un visa de long séjour, ainsi que le fait valoir le préfet du Var dans sa décision, bien que ne citant pas les dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort donc des pièces du dossier que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var a méconnu les dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les moyens soulevés par le requérant ayant été écartés, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

7. Les conclusions à fin d'annulation ayant été rejetées dans la présente requête, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter également les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C B A et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.