jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2400536 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 février 2024, M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la lettre de relance du 30 juin 2022 par laquelle la paierie départementale du Var l'a invité à régulariser la somme de 17 490,23 euros dont il est redevable au titre de deux indus de revenu de solidarité active de montants respectifs de 4 049,45 euros et 13 440,78 euros ;
2°) d'annuler les avis des sommes à payer valant titres exécutoires n°s 4517 et 4518, émis le 5 avril 2022, à son encontre par la paierie départementale du Var pour recouvrer les deux indus de revenu de solidarité active précités ;
3°) d'annuler la décision du 19 janvier 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var lui a infligé une pénalité administrative d'un montant de 2 735 euros suite à la dissimulation de ses revenus locatifs dans ses ressources annuelles et trimestrielles.
Il soutient que :
- il se trouve dans une situation précaire qui ne lui permet pas de s'acquitter de sa dette ;
- il fait l'objet d'une usurpation d'identité par son ex-compagne depuis 2002, ce qui explique les indus en litige.
Par un courrier du 4 septembre 2024, le tribunal a invité l'auteur de la requête à régulariser celle-ci dans un délai de quinze jours, d'une part, en lui adressant le formulaire prévu par l'article R. 772-7 du code de justice administrative et, d'autre part, en lui demandant de produire la réponse donnée par le président du conseil départemental à son recours administratif préalable obligatoire ou la preuve du dépôt de ce recours, dans un délai de quinze jours, à peine d'irrecevabilité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative ; () / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".
Sur la pénalité administrative :
2. Aux termes de l'article L. 114-17 du code de la sécurité sociale : " I.- Peuvent faire l'objet d'un avertissement ou d'une pénalité prononcée par le directeur de l'organisme chargé de la gestion des prestations familiales ou des prestations d'assurance vieillesse, au titre de toute prestation servie par l'organisme concerné : / () 2° L'absence de déclaration d'un changement dans la situation justifiant le service des prestations, sauf en cas de bonne foi de la personne concernée. () ". Aux termes de l'article L. 114-17-2 du même code : " I.- Le directeur de l'organisme mentionné aux articles L. 114-17 ou L. 114-17-1 notifie la description des faits reprochés à la personne physique ou morale qui en est l'auteur afin qu'elle puisse présenter ses observations dans un délai fixé par voie réglementaire. A l'expiration de ce délai, le directeur : () 3° saisit la commission mentionnée au II du présent article. A réception de l'avis de la commission, le directeur : () c) notifie à l'intéressé la pénalité qu'il décide de lui infliger, en indiquant le délai dans lequel il doit s'en acquitter ou les modalités selon lesquelles elle sera récupérée sur les prestations à venir. La pénalité est motivée et peut être contestée devant le tribunal judiciaire spécialement désigné en application de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire ". Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 () ".
3. Il résulte de ces dispositions que les avertissements ou pénalités pour fraude prononcées par le directeur d'un organisme chargé de la gestion des prestations familiales au titre de toute prestation servie par 1'organisme concerné ne peuvent être contestées que devant le tribunal judiciaire. Par suite, les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 19 janvier 2022 par laquelle le directeur de la CAF du Var lui a infligé une pénalité administrative d'un montant de 2 735 euros ne relèvent pas de la compétence du tribunal administratif et doivent être rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction manifestement incompétent pour en connaître en application des dispositions, précitées au point 1, du 2° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Sur la lettre de relance :
4. La lettre de relance par laquelle le comptable public invite une personne visée par un titre exécutoire à s'acquitter de la somme concernée, en application des dispositions de l'article L. 1615-7 du code général des collectivités territoriales, ne constitue pas un acte faisant grief. Dès lors, ces conclusions de la requête peuvent être rejetées comme entachées d'une irrecevabilité manifeste en application des dispositions, précitées au point 1, du 4° de l'article R 222-1 du code de justice administrative.
Sur les avis des sommes à payer valant titres exécutoires n°s 4517 et 4518 :
5. L'article R. 772-5 du code de justice administrative dispose que : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes relatives aux prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, sans préjudice des dispositions du chapitre VIII s'agissant du contentieux du droit au logement défini à l'article R.778-1 ". Aux termes de l'article R. 772-6 de ce code : " Une requête de première instance ne peut être rejetée pour défaut ou insuffisance de motivation () qu'après que le requérant a été informé du rôle du juge administratif et de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles. S'il y a lieu, le requérant est invité à régulariser sa requête dans un délai qui lui est imparti et dont le terme peut être fixé au-delà du délai de recours. Il est informé qu'à défaut de régularisation les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ". Et aux termes de l'article R. 772-7 du même code : " Les dispositions de l'article R. 772-6 ne sont pas applicables lorsque la requête a été introduite par un avocat ou a été présentée sur un formulaire mis à la disposition des requérants par la juridiction administrative qui contient l'ensemble des informations mentionnées au premier alinéa de cet article ".
6. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. () L'article L. 161-1-5 du même code est applicable pour le recouvrement des sommes indûment versées au titre du revenu de solidarité active. () ". Aux termes de l'article L. 262-47 du même code : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".
7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. () ".
8. Il résulte des dispositions citées au point 6 qu'une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas, en vertu des dispositions citées au point 7, subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental.
9. Pour contester les avis des sommes à payer valant titres exécutoires en litige, M. C soutient que les créances de revenu de solidarité active sont infondées dès lors qu'il a fait l'objet d'une usurpation d'identité par son ex-compagne depuis 2002. Il résulte de l'instruction que le requérant ne justifie pas dans sa requête, avoir formé, préalablement à la saisine du tribunal, le recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles. Il a donc a été invité, par une demande adressée le 4 septembre 2024 sur l'application " Télérecours " et lue le 5 septembre suivant, à régulariser sa requête dans un délai de quinze jours. Ce courrier comportait également la mention suivant laquelle sa demande sera rejetée en l'absence de régularisation. Toutefois, M. C n'a pas, dans le délai imparti, régularisé sa requête en produisant, soit la réponse du président du conseil départemental au recours préalable obligatoire qu'il aurait formulé contre les indus de revenu de solidarité active, faisant l'objet des avis des sommes à payer en litige, soit la preuve de la réception, par ledit président du conseil départemental, de son recours, ni justifié de son impossibilité de produire ces éléments. A cet égard, le courrier du directeur de la CAF du Var daté du 22 novembre 2024, postérieurement à l'introduction de la présente requête, visant une " créance ORM " et indiquant à l'intéressé que toute réclamation devait être effectuée auprès de la direction générale des finances publiques de Toulon ne saurait en tenir lieu. Par suite, il n'est pas recevable à contester le bien-fondé des indus de revenu de solidarité active au soutien des conclusions de la présente requête tendant à l'annulation des avis des sommes à payer valant titres exécutoires émis pour recouvrer lesdits indus.
10. En outre, si le requérant ajoute qu'il se trouve dans une situation précaire qui ne lui permet pas de s'acquitter de sa dette, un tel moyen est sans incidence sur la légalité des titres exécutoires contestés. Malgré l'envoi du formulaire prévu par les dispositions de l'article R. 772-7 du code de justice administrative, qui lui a été adressé par le courrier précité du 4 septembre 2024, réceptionné le 5 septembre suivant, M. C n'a pas complété sa requête.
11. Par suite, les conclusions dirigées contre les titres exécutoires en litige, qui ne sont assorties que d'un moyen irrecevable et d'un moyen inopérant, doivent être rejetées en application des dispositions précitées au point 1, du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C.
Copie en sera adressée, pour information, au département du Var.
Fait à Toulon, le 5 décembre 2024.
La présidente de la 4ème chambre,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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