Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401063
lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 avril 2024, Mme D C, représentée par Me Lebreton, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2023 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étranger malade " ou subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle ne pouvait pas être adoptée dans la mesure où elle devait bénéficier de la délivrance d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions précitées ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mai 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une décision du 4 mars 2024, Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bernabeu ;
- et les observations de Me Lebreton pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante guinéenne née le 7 août 1999 à Conakry (Guinée), a obtenu la délivrance d'une carte de séjour temporaire d'une durée de six mois portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade, valable jusqu'au 20 mai 2023. Par un arrêté du 27 novembre 2023, le préfet du Var en a refusé le renouvellement et a obligé l'intéressée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par sa requête, Mme C demande l'annulation des deux décisions précitées résultant de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens propres au refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Selon l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".
3. Il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet du Var a rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour présentée par Mme C sur le fondement de l'article L. 425-9 précité au motif que le défaut de la prise en charge médicale nécessitée par l'état de santé de l'intéressée ne devrait pas entraîner pour celle-ci des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le préfet ne s'est pas fondé sur l'autre condition de l'article L. 425-9 tenant à ce que l'étranger ne puisse pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, la requérante ne peut utilement faire valoir l'indisponibilité d'un tel traitement en Guinée.
4. En outre, il ressort des pièces médicales versées au dossier que Mme C souffre d'endométriose profonde et d'un macro adénome hypophysaire. S'agissant de la première pathologie, la requérante n'apporte aucune précision permettant de contester utilement l'avis émis le 5 septembre 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel, si l'état de santé de la demanderesse nécessite une prise en charge médicale, le défaut de traitement ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. S'agissant en outre de la présence d'un kyste cérébral, il ressort des pièces produites par la requérante elle-même que ce dernier est bénin, qu'il est sans contact avec les voies visuelles ni compression, qu'il ne nécessite pas le recours à la chirurgie mais uniquement l'administration d'un traitement par hydrocortisone et un contrôle par IRM tous les ans. Ainsi, il ne ressort d'aucune de ces pièces que le défaut de la prise en charge médicale nécessitée par l'état de santé de Mme C pourrait avoir pour celle-ci des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ainsi que le confirme l'avis précité du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet du Var a estimé que la requérante ne remplissait pas les conditions de délivrance du titre de séjour prévu à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Par conséquent, les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'il doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Cependant, ainsi qu'il a été exposé précédemment, Mme C ne remplit pas, à la date de la décision contestée, les conditions posées par les dispositions de l'article L. 425-9 de ce code pour se voir délivrer un titre de séjour. Par suite, le préfet a pu, sans erreur de droit, prononcer la mesure d'éloignement contestée.
7. En second lieu, si la requérante soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, un tel moyen doit être écarté comme non assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
8. Il s'ensuit que les conclusions de Mme C dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur les conclusions accessoires :
9. Par voie de conséquence, doivent être rejetées ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant au remboursement des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Lebreton et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,
- M. A et M. B, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé
M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,
Signé
F. A
La greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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