Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2401086
lundi 22 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2401086 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 avril 2024, la société Groupe Alliance Sécurité représentée la Selas Olszak et Levy agissant par Me Jean-Christophe Serra demande au juge des référés de :
- Suspendre les effets de la décision du 7 mars 2024 par laquelle le Ministère des armées a prononcé la résiliation des accords-cadres n° 2017 010 2018 099 00 00, n ° 2017 010 2018 106 00 00, n° 2017 010 2018 110 00 00, n° 2017 010 2018 111 00 00 ;
- Suspendre les effets de la décision du 14 mars 2024 par laquelle le Ministère des armées a prononcé la résiliation du marchés subséquent n° 2022 008 2022 005 04 00 relatif aux prestations d'accueil, de filtrage, de gardiennage et de sécurité incendie au profit des sites relevant de la base de défense de Lille ;
- Suspendre les effets de la décision du 14 mars 2024, par laquelle le Directeur de la PFC Commissariat EST / division achats public, Service du commissariat des armées, Ministère des armées, a prononcé la résiliation du marchés subséquent n° 2021 008 2021 163 01 00 relatif aux prestations d'accueil, de filtrage, de gardiennage et de sécurité incendie au profit des sites relevant de la base de défense de Besançon ;
- Ordonner la reprise des relations contractuelles des accords-cadres et marchés subséquents susvisés ;
- Condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sans ces contrats, elle ne pourra plus honorer ses engagements financiers, ce qui la conduira vraisemblablement à être placée en redressement ou liquidation judiciaire ;
- c'est à tort que le Ministre des Armées a prononcé la résiliation des accords-cadres, et par suite des marchés subséquents, en invoquant la méconnaissance par elle-même de son obligation de justifier un contrôle élémentaire sans objection alors qu'il ne s'agissait nullement d'une obligation contractuelle ;
- le Ministère de l'Armée justifie sa décision de résiliation des accords-cadres, et par suite des marchés subséquents, au regard des motifs figurant dans la note blanche produite dans l'instance n° 220576 devant le Tribunal administratif de Strasbourg. Or, contrairement à ce qu'indique le Ministère des Armées, la note blanche en question ne concernait pas la société GVS, personne morale, mais seulement M. C B, personne physique. Étant rappelé que les décisions sont motivées, non par une violation de l'obligation d'un contrôle élémentaire des personnes physiques, mais par la circonstance que la société en tant que personne morale ne satisferait pas à l'obligation d'un contrôle élémentaire visée par l'article 5.5 du règlement de la consultation ;
- A supposer même que la décision de résiliation des accords-cadres puisse être regardée comme étant motivée par la circonstance que, compte tenu des faits exposés dans la note blanche à charge de M. C B, ce dernier ne puisse plus justifier d'un contrôle élémentaire sans objection en méconnaissance de l'article 1 du CCAP, ce qui ne ressort nullement des motifs qui y sont pourtant exposés, force est de constater que le Ministère des Armées a commis une erreur dans l'application des stipulations du contrat : le Ministère des Armées a procédé à la résiliation des accords-cadres, puis par voie de conséquence à celle des marchés subséquents, en se fondant sur les motifs exposés dans la note blanche et visant M. B sans laisser la possibilité à la société GVS de procéder à la substitution permise par l'article 8.2 du CCAP.
- La résiliation des accords-cadres, et par suite des marchés subséquents, a été prise au motif qu'elle n'aurait jamais dû obtenir un contrôle élémentaire sans objection si l'autorité le délivrant avait eu connaissance des faits visés dans la note blanche. Toutefois, non seulement certains faits visés dans la note blanche sont faux, mais en plus ils ne figurent pas au nombre de ceux qui permettent de décerner un contrôle élémentaire autre que sans objection ;
- Le Ministre des Armées ne pouvait pas prétendre à l'existence de manœuvres destinées à cacher les faits listés dans la note blanche et qui résultent, comme il l'indique lui-même dans ses écritures de première instance d'une simple consultation du fichier de " Traitement d'Antécédents Judiciaires " (TAJ). Ce n'est donc pas à la suite à de " manœuvres " visant à dissimuler les faits visés dans la note blanche que l'administration a délivré des contrôles élémentaires sans objection et attribué les accords-cadres à la société GVS ;
- La décision de résiliation des accords-cadres, et par suite des marchés subséquents, est manifestement disproportionnée eu égard aux faits visés dans la note blanche ;
- L'erreur manifeste d'appréciation et la disproportion avec la sanction prononcée sont d'autant plus caractérisées que les marchés du Ministère des armées visant à confier des prestations de gardiennage, d'accueil et de filtrage de sites militaires ne constituent pas des contrats relevant du régime des marchés publics de sécurité et défense dès lors qu'ils ne font pas intervenir des informations protégées dans l'intérêt de la sécurité nationale ;
- la demande de reprise des relations contractuelles n'est pas sans objet dès lors que l'échéance des accords-cadres, en l'absence de résiliation est fixée au 31 décembre 2024 et que celles des marchés subséquents est fixée au 28 février 2025 et au 31 janvier 2025
Par un mémoire enregistré le 18 avril 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :
- La condition d'urgence n'est pas remplie ;
- Aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2401088 par laquelle la société Groupe Alliance Sécurité demande l'annulation des décisions attaquées.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. A a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Serra pour la société Groupe Alliance Sécurité ;
- les observations de MM. Chevallier et Coussin pour le ministère des armées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 13 novembre 2018, le service du commissariat des Armées a notifié à la société Groupe Valliance Sécurité sa décision de lui attribuer les lots 2, 9, 13 et 14 de l'accord-cadre ayant pour objet les prestations d'accueil, de filtrage, de gardiennage et de sécurité incendie pour différents services relevant des bases de défense et organismes situés en Corse à Saint-Germain en Laye, à Metz à Metz, Nancy, Phalsbourg, Strasbourg / Haguenau et Colmar, à Besançon, Belfort et Épinal / Luxeuil. Par une décision du 21 octobre 2021, les accords-cadres au titre de ces lots ont été reconduits pour une seconde période de 36 mois à compter du 1 er janvier 2022, soit jusqu'au 31 décembre 2024. Par décision en date du 18 mars 2022, le service de la Sécurité de défense et des Systèmes d'Informations de la Direction générale de l'Armement du ministère des Armées a informé la société Groupe Valliance Sécurité de sa décision de refus d'habilitation de l'entreprise au niveau Secret. Par une décision en date du 3 juillet 2023, le Service du Commissariat des Armées du ministère des Armées a procédé à la résiliation pour faute des accords-cadres précités. Cette décision de résiliation était fondée sur l'absence d'habilitation niveau Secret " autre que sans objection " de la société requérante suite à la décision de refus du 18 mars 2022.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
3. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. De telles conclusions peuvent être assorties d'une demande tendant, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution de la résiliation, afin que les relations contractuelles soient provisoirement reprises. Ces actions sont en particulier ouvertes dans le cas de la résiliation d'une convention d'occupation domaniale.
4. Indépendamment de la condition d'urgence, il incombe au juge des référés, pour déterminer si un moyen est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la validité de la mesure de résiliation litigieuse, d'apprécier si, en l'état de l'instruction, les vices invoqués paraissent d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise à titre provisoire des relations contractuelles et non à la seule indemnisation du préjudice résultant, pour le requérant, de la résiliation. Par ailleurs, pour déterminer s'il y a lieu de faire droit à la demande de reprise à titre provisoire des relations contractuelles, il incombe au juge d'apprécier, eu égard à la gravité des vices constatés et, le cas échéant, à celle des manquements du requérant à ses obligations contractuelles, ainsi qu'aux motifs de la résiliation, si une telle reprise n'est pas de nature à porter une atteinte excessive à l'intérêt général.
5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par la société Groupe Alliance Sécurité n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la validité des décisions de résiliation contractuelle en litige.
6. Il en résulte que les conclusions aux fins de suspension présentées par la requérante doivent être rejetées ainsi que et par voie de conséquences, celles présentées aux fins de reprise des relations contractuelles, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'urgence de la mesure sollicitée est réunie.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions de la société Groupe Alliance Sécurité dirigées contre l'Etat qui n'est pas la partie perdante.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Groupe Alliance Sécurité est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Groupe Alliance Sécurité et au ministre des armées.
Fait à Toulon, le 22 avril 2024.
Le juge des référés,
Signé
Ph. A
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
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