Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402533

mercredi 14 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLLC ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 10 juillet 2024 du maire de Puget-sur-Argens ordonnant la fermeture au public d’un showroom automobile pour non-conformités aux règles de sécurité incendie (issues de secours et désenfumage). Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas établie, la société requérante ne justifiant pas d’une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts. La décision s’appuie sur les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative et du code de la construction et de l’habitation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 juillet 2024 et le 12 août 2024, la SAS Chopard Luxury Cars, représentée par Me Rothdiener, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le maire de la commune de Puget-sur-Argens a prononcé la fermeture au public du " showroom d'exposition permanente de véhicule " ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie en raison de :

* l'absence de délai et de durée mentionnés dans l'arrêté attaqué concernant la fermeture administrative de l'établissement en cause ;

* des charges locatives et salariales dont elle s'acquitte malgré ladite fermeture ;

* l'absence d'impératif majeur à procéder à ladite fermeture eu égard aux deux non-conformités qui fondent l'arrêté attaqué ;

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;

- il est entaché de vices de procédure dès lors que la commission de sécurité des " établissements recevant du public " (ERP) n'a pas rendu d'avis sur la fermeture contestée de l'établissement en cause et qu'elle n'a jamais été invitée à assister à la visite de ladite commission ni de s'y faire représenter ;

- la commune de Puget-sur-Argens ne l'a jamais mis en demeure de réaliser les travaux nécessaires ni de faire valoir ses observations en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il se borne à relever deux non-conformités sans préciser la nature des travaux à réaliser ni même de délai pour y procéder ;

- il est entaché d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que les avis de la commission de sécurité des ERP relatifs à l'autorisation de travaux étaient suffisants, l'établissement en cause n'est pas exploité par CLG Motors Riviera tel qu'il l'est mentionné et les seules non-conformités tenant aux issues de secours et au dispositif de désenfumage ne sont pas suffisantes pour prononcer une telle mesure sans lui permettre de déposer un nouveau dossier de demande de régularisation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 août 2024 et le 12 août 2024, la commune de Puget-sur-Argens, représentée par Me Campolo, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SAS Chopard Luxury Cars une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas établie dès lors que la société requérante projette de déménager pour installer son activité commerciale à Cannes et que sa méconnaissance des non-conformités affectant l'établissement en cause ne peut utilement lui être opposée ;

- les autres moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu la requête au fond, enregistrée le 25 juillet 2024 sous le n° 2402541.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public modifié ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A Quaglierini pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Quaglierini,

- et les observations de Me Dire, substituant Me Campolo, représentant la commune de Puget-sur-Argens.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 10 juillet 2024, le maire de la commune de Puget-sur-Argens a prononcé la fermeture au public de l'établissement " showroom d'exposition permanente de véhicules " situé à Puget-sur-Argens en visant les avis de la commission de l'arrondissement de Draguignan pour la sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public (ERP) et les immeubles de grande hauteur (IGH) et en opposant deux non-conformités tenant aux issues de secours et au dispositif de désenfumage dans un local d'une superficie supérieure à 300 m2. Par sa requête, la SAS Chopard Luxury Cars demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

En ce qui concerne la condition de l'urgence :

4. La décision attaquée prononçant la fermeture administrative immédiate de l'établissement, privant ainsi la SAS Chopard Luxury Cars du droit de l'exploiter commercialement, la condition de l'urgence est remplie quand bien même cette dernière envisagerait de déménager son activité commerciale en septembre 2024, tel que l'oppose la commune de Puget-sur Argens.

En ce qui concerne le doute sérieux :

5. Dans ses mémoires en défense, la commune de Puget-sur Argens fait valoir que la décision attaquée n'est pas entachée de vices de procédure dès lors que la fermeture administrative prononcée procède du pouvoir général de police du maire et concerne, plus particulièrement, " le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies ". Toutefois, la décision attaquée mentionne expressément " la non-conformité des issues de secours " et " l'absence de désenfumage d'un local d'une superficie supérieure à 300 m2 " caractérisant ainsi spécifiquement des manquements à la sécurité des personnes contre les risques d'incendie et de panique dans les ERP, tel que le prévoit notamment l'arrêté du 25 juin 1980 susvisé relevant du pouvoir spécial de police du maire. Si la commune fait valoir qu'elle exerce son pouvoir spécial de police sans préjudice de ses pouvoirs généraux, il ne résulte pas, en l'état de l'instruction, qu'un risque incendie particulier, indépendamment des manquements précités, nécessite l'exercice de tels pouvoirs pour que soit ordonné la fermeture immédiate de l'établissement en cause. La circonstance que le département du Var soit particulièrement sensible au risque incendie ne justifiant pas suffisamment la fermeture contestée. Il s'ensuit que les moyens tirés du vice de procédure sont de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Puget-sur-Argens, partie perdante, le versement à SAS Chopard Luxury Cars d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Pour le même motif, les conclusions présentées par la commune de Puget-sur-Argens sur le fondement de ces dispositions doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 10 juillet 2024 prononçant la fermeture au public de l'établissement " showroom d'exposition permanente de véhicules " est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Article 2 : La commune de Puget-sur-Argens versera à la SAS Chopard Luxury Cars, la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Chopard Luxury Cars et à la commune de Puget-sur-Argens.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Toulon.

Fait à Toulon, le 14 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

B. QUAGLIERINI

Le greffier,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,