Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2402636

mercredi 21 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2402636
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension des décisions des 20 juin et 19 juillet 2024 refusant l'inscription de l'enfant E B en classe de 5ème au collège La Ferrage. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, les requérants n'établissant pas un préjudice suffisamment grave et immédiat, et qu'aucun moyen sérieux n'était de nature à créer un doute sur la légalité des refus. Les décisions contestées ont été examinées au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que des articles D. 331-38 et D. 211-11 du code de l'éducation nationale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 août 2024, M. C et Mme A B, agissant en qualité de représentants légaux de leur fils M. E B et représentés par Me Eglie-Richters, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 20 juin 2024 par laquelle M. G F, principal du collège La Ferrage, a refusé de faire droit à la demande d'inscription en 5ème de leur fils E B au sein du collège La Ferrage à Cuers, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'ordonner sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 19 juillet 2024 par laquelle le directeur des services départementaux de l'Education nationale (DSDEN) du Var a refusé de faire droit à la demande d'inscription en 5ème de leur fils E au sein du collège La Ferrage à Cuers, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au directeur académique des services de l'éducation nationale du Var d'affecter M. E B en classe de 5ème au collègue La Ferrage à Cuers, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au principal du collège La Ferrage d'inscrire M. E B en classe de 5ème au collègue La Ferrage à Cuers, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge du directeur académique des services de l'éducation nationale du Var la somme de 2 000 euros à leur verser, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition tenant à l'urgence est remplie compte-tenu de la configuration et de l'équilibre familial, de l'éloignement géographique des collèges situés à Solliès-Pont et Hyères et de la proximité de la rentrée scolaire ;

- les décisions présentent un doute sérieux quant à leur légalité dès lors qu'elles sont entachées d'incompétence à l'aune de l'article D. 331-38 du code de l'éducation nationale ; elles sont insuffisamment motivées à l'aune des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et elles sont entachées d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation à l'aune de l'article D. 211-11 du code de l'éducation nationale.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2024, le rectorat de l'académie de Nice a conclu au rejet de la requête.

Il fait valoir que la situation d'urgence n'est pas caractérisée et que la légalité de la décision n'est entachée d'aucun doute sérieux.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le même jour sous le numéro 252637 par laquelle les consorts B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'éducation nationale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Eglie-Richters, représentant les requérants, relatives à la situation d'urgence, aux doutes sérieux quant à la légalité des décisions attaquées et au moyen d'ordre public soulevé à l'audience ;

- le rectorat de l'académie de Nice n'étant ni présent ni représenté.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été averties lors de l'audience de ce que la formation de jugement est susceptible de retenir un moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'acte du 20 juin 2024 du principal du collège La Ferrage dès lors qu'il ne s'agit pas d'une décision faisant grief. Elles ont été invitées à formule leurs observations.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. A partir du 6 juin 2024, les époux B en engagé les démarches pour inscrire leur fils E en classe de 5ème au sein du collège La Ferrage à Cuers. Par téléphone le 20 juin 2024, le principal du collège, M. G F, a informé les requérants de la situation de sureffectif de l'établissement pour le 5ème niveau. Par une décision du 19 juillet 2024, la direction des services départementaux de l'Education nationale du Var a refusé de procéder à l'inscription de M. E B en classe de 5ème au sein du collège La Ferrage à Cuers. Les requérants demandent l'annulation des décisions du 20 juin et du 19 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, les requérants soutiennent avoir choisi la ville de Cuers pour emménager à la rentrée 2024 parce qu'elle concentre des établissements scolaires des trois niveaux en centre-ville. Ils soutiennent qu'alors que la scolarisation de leurs trois enfants est partagée entre trois établissements, maternel, primaire et secondaire, la décision contestée est susceptible de troubler l'équilibre familial déjà bousculé par un récent déménagement, en dépit de l'autonomie de leur fils E. Nonobstant la circonstance, alléguée en défense, que l'exécution de la décision litigieuse n'aurait pas pour conséquence de priver l'élève de son légitime droit à l'instruction ni de la poursuite de sa scolarisation en général, il doit néanmoins être considéré, eu égard aux effets de la décision contestée, à la proximité de la rentrée scolaire 2024 et à la circonstance que la décision juridictionnelle au fond serait dépourvue d'effectivité si elle intervenait au-delà de la présente année scolaire, que la condition d'urgence doit, dans ces circonstances, être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. En dernier lieu, aux termes de l'article D. 211-10 du code de l'éducation : " Le territoire de chaque académie est divisé en secteurs et en districts. / Les secteurs de recrutement correspondent aux zones de desserte des collèges. Un secteur comporte un seul collège public, sauf dans le cas prévu au deuxième alinéa de l'article L. 213-1 ou pour des raisons liées aux conditions géographiques. ". Aux termes de l'article D. 211-11 du même code alors en vigueur : " Les collèges et les lycées accueillent les élèves résidant dans leur zone de desserte, sous réserve du respect des règles relatives à la procédure d'affectation. () ".

6. Il résulte de l'instruction que le collège de La Ferrage situé à Cuers est l'unique collège de secteur de M. E B résidant à Cuers. Ainsi, le directeur des services départementaux de l'éducation nationale du Var ne pouvait légalement refuser l'inscription de l'intéressé en classe de 5ème du collège La Ferrage, y compris pour un motif tiré des sureffectifs de l'établissement, au surplus non établi. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit est de nature à créer un doute quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions présentées à fin de suspension de la décision du principal du collège La Ferrage en date du 20 juin 2024, ni sur le bien-fondé des autres moyens soulevés, que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Par suite, l'exécution de la décision du 19 juillet 2024 en litige est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur le fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. La suspension de l'exécution de la décision du 19 juillet 2024 implique uniquement, au regard du motif de suspension et dans les circonstances de l'espèce, le réexamen de la situation de M. E B sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 19 juillet 2024 du directeur des services départementaux de l'Education nationale (DSDEN) du Var est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Nice de réexaminer la demande de M. C et Mme A B, sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera aux consorts B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée aux consorts B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Nice

Fait à Toulon, le 21 août 2024.

La juge des référés,

Signé

H. D

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière.