Le Tribunal Administratif de Toulon a été saisi par Mme B... d'une demande d'indemnisation de 10 000 euros pour le préjudice subi du fait de l'absence de relogement, malgré une décision de la commission de médiation DALO du 5 mai 2022 la déclarant prioritaire et un jugement du 17 novembre 2023 enjoignant au préfet du Var de la reloger avant le 1er février 2024. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la responsabilité de l'État n'était pas engagée. Il a considéré que le préfet justifiait de diligences suffisantes, notamment en proposant la candidature de Mme B... pour un logement, sans que celle-ci soit retenue par la commission d'attribution, et en démontrant l'absence de logements disponibles dans les communes souhaitées. La solution a été fondée sur les dispositions du code de la construction et de l'habitation, en particulier les articles L. 300-1, L. 441-2-3 et R. 441-16-1.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 août 2024 et le 5 décembre 2024, Mme A... B..., représentée par Me Moyaert, demande au tribunal de condamner l’Etat à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice subi en raison de l’absence de relogement depuis la décision de la commission de médiation DALO du Var du 5 mai 2022 ayant reconnu qu’elle était prioritaire et devait être logée d’urgence dans un logement répondant à ses besoins et capacités et du jugement du tribunal administratif de Toulon du 17 novembre 2023.
Elle soutient que :
-le préfet du Var n’a pas assuré son relogement dans le délai imparti par le tribunal administratif dans son jugement du 17 novembre 2023 ;
- elle est fondée à demander l’indemnisation du préjudice qu’elle estime avoir subi et qui se décomposent comme suit dès lors que le logement qu’elle occupe actuellement avec son mari et leurs trois enfants est insalubre et leur cause des problèmes de santé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la candidature de Mme B... a été proposée pour un logement sur la commune de Sainte-Maxime mais elle n’a pas été retenue par la commission d’attribution qui seule peut décider des affectations de logements en raison de l’attribution du logement à un autre demandeur dont la situation était plus urgente et plus ancienne ;
- aucun logement ne s’est libéré depuis le 5 mai 2022 sur la commune de Sainte-Maxime et du Plan de la Tour, qui sont les deux communes souhaitées par l’intéressée ;
- elle ne développe aucun moyen sérieux de nature à établir la réalité du préjudice matériel et moral subi.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Chaumont, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique du 13 novembre 2025 le rapport de Mme Chaumont, magistrate désignée.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, en application des dispositions de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 5 mai 2022, la commission de médiation DALO a reconnu Mme B... prioritaire et devant être relogée dans un logement répondant à ses besoins et capacités de type F4/F5. En l’absence de proposition de relogement dans les six mois qui ont suivi cette décision, Mme B... a saisi le tribunal administratif de Toulon, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, afin d’obtenir que soit ordonné son relogement. Par un jugement du 17 novembre 2023, le tribunal administratif de Toulon a enjoint au préfet du Var de pourvoir au relogement de Mme B... avant le 1er février 2024, sous astreinte de 400 euros par mois de retard à compter de cette date. Par un courrier du 17 mai 2024, réceptionné en préfecture le 21 mai suivant, Mme B... a saisi le préfet du Var d’une demande indemnitaire préalable. Cette demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, Mme B... demande au tribunal de condamner l’Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice subi pour l’absence de relogement dans les délais impartis par ses services.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. D’une part, aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ».
3. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
4. D’autre part, aux termes de l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation : « A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans les départements d'outre-mer et dans les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois ». Il résulte de ces dispositions que le délai applicable au département du Var est de six mois.
5. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B..., par une décision du 5 mai 2022, au motif qu’elle réside dans un logement suroccupé avec deux enfants mineurs à charge et un à naitre. Il résulte de l’instruction que cette situation perdure depuis le 5 novembre 2022, date à laquelle la carence de l’Etat a revêtu un caractère fautif, en dépit des renouvellements successifs de sa demande de logement social. Cette carence fautive lui cause un trouble de toute nature dans ses conditions d’existence. Par ailleurs, d’une part, il résulte de l’instruction qu’une proposition a été faite à l’intéressée mais que celle-ci n’a pas été acceptée par le bailleur social en raison de l’existence d’un dossier plus urgent et ancien que le sien. D’autre part, il résulte également de l’instruction que Mme B... n’a sollicité l’attribution d’un logement que dans les deux villes de Sainte-Maxime et Le Plan de la Tour, limitant ainsi les propositions de relogement qui auraient pu lui être faites. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par la requérante en fixant sa réparation à la somme de 1 000 euros.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu de condamner l’Etat à verser à Mme B... une somme de 1 000 euros en réparation des préjudices subis.
DECIDE
Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme B... une somme de 1 000 (mille) euros.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... et au ministre de la ville et du logement.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2025.
La magistrate désignée,
Signé :
A. CHAUMONT
La greffière,
Signé :
E. PERROUDON
La magistrate désignée,
A. CHAUMONT
La greffière,
E. PERROUDON
La magistrate désignée,
A. CHAUMONT
La greffière,
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.