Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2604313

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2604313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 1er et le 29 septembre 2026, M. A... B... représenté par Me Hoffmann, demande au juge des référés statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la sanction de révocation prononcée le 3 août 2026 ;

2°) d’enjoindre au Centre Hospitalier Intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer de le réintégrer dans un délai de dix jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du Centre Hospitalier Intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer la somme de 3000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- La décision administrative contestée porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que l’urgence soit caractérisée ;
- Les difficultés relationnelles qui lui sont reprochées s'analysent davantage comme le reflet d'une inadaptation à l'exercice de fonctions d’encadrement relevant de l'insuffisance professionnelle ;
- Si la réalisation de l'enquête administrative peut être faire par des acteurs internes à l’administration, elle peut aussi être déléguée à des acteurs externes ; En ce sens, le choix d’un prestataire extérieur dans la réalisation demeure libre. Au regard de l’ampleur des auditions et de la position stratégique de l’agent, il est incompréhensible que cette solution n’ait pas été choisie afin de renforcer l’impartialité des mesures d’enquête. La procédure est donc illégale en raison en raison de la violation du principe d’impartialité ;
- La sanction est donc illégale en raison de la violation du droit de se taire ;
- La communication du seul rapport de synthèse — document de seconde main résumant et interprétant des témoignages qu'il est impossible de contrôler — ne saurait se substituer à la communication des pièces elles-mêmes. Cette privation caractérisée d'une garantie fondamentale suffit, à elle seule, à vicier l'intégralité de la procédure ;
- La confusion ainsi opérée entre les rôles d'enquêteur, d'instructeur et de membre de l'instance délibérante est de nature à faire douter objectivement de l'impartialité du conseil de discipline. Un agent raisonnablement informé et attentif aux exigences du procès équitable ne saurait admettre que ceux qui ont mené l'enquête à charge soient également ceux qui délibèrent sur la sanction à prononcer ;
- L’obligation d’individualisation n’a pas été satisfaite ;
- Le rapport de synthèse de mars 2026, signé le 25 juin 2026, constitue le fondement exclusif de l'intégralité des poursuites engagées. Ce document repose lui-même sur 23 auditions dont les procès-verbaux, les enregistrements et les grilles d'entretien n'ont pas été communiqués : les fautes reprochées ne sont donc pas établies ;
- La méthodologie retenue par le CHITS pour conduire l'enquête administrative appelle des critiques substantielles qui affectent en profondeur la fiabilité intrinsèque du rapport de synthèse et, partant, la valeur probatoire des griefs sur lesquels il repose ; L'ensemble de ces insuffisances méthodologiques — sélection opaque des témoins, défaut total de confrontation, questionnaires possiblement orientés, cumul des fonctions par les enquêteurs — compromet la fiabilité du rapport de synthèse comme fondement probatoire des griefs ;
- Entre la date du signalement de danger grave et imminent (20 janvier 2026) et la date de suspension de l'agent, il a été maintenu dans l'exercice de ses fonctions. Ce maintien est radicalement incompatible avec la qualification de « danger grave et imminent » : s’il représentait réellement une menace immédiate pour les agents du service, l'administration était dans l'obligation d'en tirer sans délai les conséquences. Le fait qu'elle ne l'ait pas fait, prive de crédit la qualification retenue et supprime la portée des griefs ;
- La sanction appliquée n’est, ni individualisée ni proportionnée.

Par un mémoire, enregistré le 28 septembre 2026, le Centre Hospitalier Intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer conclut rejet de la requête et à la condamnation du requérant à lui verser la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
• La condition d’urgence n’est pas remplie ;
• Les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire distinct, enregistré le 28 septembre 2026, non communiqué et présenté en application de l’article R. 412-2-1 du code de justice administrative, le Centre Hospitalier Intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer, a transmis au juge des référés plusieurs pièces confidentielles qu’il indique être soustraites au contradictoire. Ces pièces étant constituées de l’ensemble des témoignages recueillis auprès de collègues du requérant, elles n’ont pas été communiquées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2604307 par laquelle M. A... B... demande l’annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Harang, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience.

Au cours de l’audience publique, M. Harang a lu son rapport et entendu :
• Les observations de Me Hoffmann pour M. A... B..., présent ;
• Les observations de Me Pontier pour le Centre Hospitalier Intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer.

Après avoir prononcé la clôture de l’instruction à l’issue de l’audience.

Une note en délibéré présentée pour le requérant a été enregistrée le 29 septembre 2026.

Une note en délibéré présentée pour Centre Hospitalier Intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer a été enregistrée le 30 septembre 2026.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». Ces dispositions ne permettent au justiciable de demander la suspension d’une décision administrative qu’à la condition qu’une telle décision soit encore susceptible d’exécution.

2. En l’état de l’instruction, aucun des moyens invoqués et analysés ci-dessus n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. L’une des conditions mises à l’application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’étant pas remplie, il y a lieu, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, de rejeter la requête de M. B....







O R D O N N E :





Article 1er : La requête de M. A... B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au Centre Hospitalier Intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer.


Fait à Toulon, le 1er octobre 2026.

Le Vice-président,
Juge des référés

signé

Ph. Harang

La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière