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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-1901645

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-1901645

jeudi 25 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-1901645
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantCABINET OTHMAN FARAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2019, Mme D F veuve G C, représentée par Me H, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la ministre des armées a implicitement refusé, d'une part, de revaloriser à compter du 3 juillet 1962 la pension militaire de retraite et la retraite du combattant M. C et de verser le rappel d'arrérages de pension en résultant, assorti des intérêts capitalisés et, d'autre part, d'allouer à Mme F une pension de réversion à compter du 13 février 1974, avec rappel d'arrérages et intérêts capitalisés ;

2°) de condamner l'Etat à verser des rappels d'arrérages de pensions, assorti des intérêts moratoires capitalisés, au titre de la pension militaire de retraite et de la retraite du combattant versées à M. C et de la pension de réversion versée à Mme F, ces rappels étant liquidés à compter du 3 juillet 1962 ;

3°) d'enjoindre à l'Etat de produire les tableaux des intérêts moratoires capitalisés des arrérages échus antérieurement et postérieurement à leur demande, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 8 000 euros au titre du préjudice causé par sa résistance abusive ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- l'article 68 de la loi du 3 décembre 2002, qui constitue une loi de validation, est une immixtion dans l'exercice de l'autorité judiciaire condamnée par la jurisprudence de la cour européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la règle de la cristallisation de la pension de retraite versée M. C ne pouvait légalement lui être opposée dès lors que, d'une part, ses droits à retraite sont nés antérieurement à l'entrée en vigueur de l'article 71 de la loi du 26 décembre 1959 qui n'est pas applicable en vertu de l'article 15 des accords d'Evian et de la déclaration du 19 mars 1962, d'autre part, que cet article est contraire aux articles L.1 et L. 42 du code des pensions civiles et militaires et, enfin qu'il crée une différence de traitement en fonction de la nationalité et méconnait l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été mise dans l'impossibilité d'agir avant la décision du Conseil d'Etat du 30 novembre 2001 de sorte que la prescription ne leur est pas opposable.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 6 février 2020 et 4 mars 2021, et un mémoire, enregistré le 24 juin 2022 qui n'a pas été communiqué, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que, d'une part, la requérante qui réside à l'étranger n'a pas élu domicile dans le ressort du tribunal, conformément à l'article R. 431-8 du code de justice administrative, et d'autre part, qu'elle ne conteste aucune décision existante ;

- aucun des autres moyens soulevés par la requérante n'est fondé ;

Par deux mémoires, enregistrés les 14 avril et 17 juin 2022, Mme B C, représentée par Mme H, déclare reprendre l'instance en tant qu'ayant droit de Mme F, décédée en cours d'instance, et faire sienne les conclusions présentées par Mme F.

Elle soutient que :

- les pièces produites établissent l'existence d'une identité de personne entre le militaire pensionné et l'époux de Mme F ;

- du mariage célébré en décembre 1958, sept enfants sont issus.

Par ordonnance du 17 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 19 avril 2022.

Par une décision du 13 mai 2022, Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010 ;

- le décret n° 2010-1691 du 30 décembre 2010 ;

- l'arrêté du 30 décembre 2010 portant application du décret du 30 décembre 2010

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges visés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E ;

- les conclusions de M. Plas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le sergent G C, ressortissant algérien, a été rayé des contrôles de l'armée active le 2 octobre 1954 et a obtenu une pension militaire de retraite. M. C est décédé le 12 septembre 1985. Sa fille Mme B C, agissant en qualité d'héritière de Mme D F demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre des armées a rejeté leur demande du 1er septembre 2013 tendant à l'octroi d'une pension d'ayant-cause et à un rappel d'arrérages de la pension de M. G C et, d'autre part, d'allouer à Mme F cette pension avec effet à la date du décès de son époux et de lui verser le rappel des arrérages de pension dus à son époux.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions implicites attaquées :

2. Dès lors qu'il n'est ni établi ni allégué que Mme C aurait sollicité la communication des motifs des décisions implicites attaquées en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code de justice administrative, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté comme non fondé.

Sur le droit à pension militaire de retraite d'ayant cause de Mme F :

3. L'article L. 47 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa rédaction applicable à la date du décès de M. F, subordonne le droit à pension de la veuve à la condition que, depuis la date du mariage jusqu'à celle de la cessation de l'activité du mari, celui-ci ait accompli deux années au moins de services valables pour la retraite. L'article L. 39 du même code, applicable en vertu de l'article L. 47, prévoit toutefois une dérogation à cette règle d'antériorité lorsqu'un enfant, au moins, est issu du mariage ou lorsque le mariage a duré au moins quatre ans.

4. L'annexe 3 de l'arrêté du 30 décembre 2010, pris pour l'application de l'article 211 de la loi du 29 décembre 2010, exige comme seule pièce justificative pour établir la réalité du mariage du demandeur de la pension de réversion avec son ayant cause " l'acte de mariage mentionnant la date de transcription sur les registres d'état-civil ", un tel document fait foi en toutes ses mentions, notamment la date de la célébration, dans les conditions fixées par l'article 47 du code civil.

5. Pour justifier de la réalité de son mariage, Mme F produit la transcription de son mariage sur les registres d'état-civil. Cependant, ce document, sur lequel y est inscrit " le mariage célébré le : en suivant le jugement rendu le a Sougeur ", ne fait pas mention ni de la date ni de la durée de leur mariage. Par ailleurs, les rubriques " nom de l'épouse " et " nom de l'époux " inscrites sur les actes de décès de M. C et Mme F, établis respectivement les 21 juillet 2020 et 8 juillet 2021, ne renseignent aucun nom. En outre, le nouvel acte de mariage daté du 13 avril 2022 indique que M. C et Mme F se sont mariés le 2 septembre 1959 alors que la fiche d'état civil fait état d'un mariage célébré le 2 septembre 1959, mais également d'un mariage célébré en décembre 1958. Enfin, les actes de naissance des enfants de A F ne permettent pas davantage d'établir la réalité du mariage. Compte tenu de l'incertitude portant sur la date et même l'existence de l'union invoquée par la requérante, celle-ci ne peut servir de base à l'octroi d'une pension de réversion en qualité de veuve d'un ancien militaire. Par suite, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au versement d'un rappel d'arrérages de pension militaire de retraite décristallisée dus à M. C :

6. Les demandes tendant à la revalorisation d'une pension cristallisée s'analysent comme des demandes de liquidation de pension au sens du code des pensions civiles et militaires de retraite.

7. M. C n'avait formé, avant son décès, aucune demande de revalorisation de sa pension militaire de retraite. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à prétendre que Mme F aurait hérité de son époux d'un droit à un rappel d'arrérages de cette pension laquelle présente, selon l'article L. 1 du code des pensions civiles et militaires de retraite, le caractère d'une allocation pécuniaire personnelle et viagère.

8. Les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat au versement d'un rappel d'arrérages de pension décristallisée dus à M. C ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au versement d'un rappel d'arrérages de pension de retraite du combattant décristallisée dus à M. C :

9. Aux termes de l'article L. 108 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre, en vigueur à la date de la demande des requérants : " Lorsque, par suite du fait personnel du pensionné, la demande de liquidation ou de révision de la pension est déposée postérieurement à l'expiration de la troisième année qui suit celle de l'entrée en jouissance normale de la pension, le titulaire ne peut prétendre qu'aux arrérages, afférents à l'année au cours de laquelle la demande a été déposée et aux trois années antérieures. "

10. Il résulte de ces dispositions que Mme F ne pouvait prétendre à aucune créance à ce titre dès lors qu'à la date de ses demandes, les 3 octobre 2016 et 19 avril 2018, M. C était décédé depuis plus de quatre années. Au surplus, il ne résulte pas des pièces du dossier que M. C percevait une pension de retraite du combattant. Par suite, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C, ayant cause de Mme F, doit être rejetée. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, les conclusions à fin d'indemnisation présentées au titre de la résistance abusive de l'Etat ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C, ayant cause de Mme F, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, ayant cause de Mme D F, à Me Othman Farah et au ministre des armées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 août 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

D. E La greffière,

Signé

G. FAVARD

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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