mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-1901705 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | RODIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juillet 2019, Mme B A, représentée par Me Rodier et agissant à titre personnel ainsi qu'en sa qualité de représentante légale de son fils mineur, E A C, a demandé au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande du 20 mars 2019 tendant, à titre principal, à la condamnation solidaire du centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers et de son assureur à lui verser en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils une somme de 20 000 euros en réparation des préjudices moraux et physiques qu'elle et ce dernier ont endurés à la suite de la prise en charge de cet enfant et à ce qu'il soit enjoint au CHU de Poitiers de lui communiquer le dossier médical de son fils, à titre subsidiaire, de nommer un expert avec mission de déterminer l'étendue du préjudice subi par son fils, avec octroi d'une provision de 20 000 euros à valoir sur leurs préjudices respectifs et de condamner solidairement le CHU de Poitiers et son assureur à verser à son conseil une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Par un mémoire enregistré le 26 juillet 2019, la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime a indiqué au tribunal n'avoir aucune opposition au principe de l'organisation d'une mesure d'expertise.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2019, le CHU de Poitiers a conclu, à titre principal, au rejet de la requête, subsidiairement à ce que soit ordonnée une expertise, aux frais avancés par la requérante et, en tout état de cause, à ce que soient rejetées les conclusions de la requérante formées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement du 24 novembre 2020, le tribunal administratif de Poitiers a ordonné avant dire droit une expertise médicale aux fins de déterminer, notamment, si un éventuel surdosage d'équivalent phénytoïne a eu des conséquences dommageables pour l'enfant et si cette prescription a pu faire perdre une chance à ce dernier de voir son état de santé s'améliorer ou de réduire les préjudices éventuellement subis.
L'expert désigné a remis son rapport le 12 juillet 2021.
Par un mémoire enregistré le 15 février 2022, Mme A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande d'indemnisation reçue le 20 mars 2019 ;
2°) de condamner solidairement le CHU de Poitiers et son assureur à lui verser en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils une somme de 20 000 euros en réparation des préjudices moraux et physiques qu'ils ont endurés à la suite de sa prise en charge ;
3°) de condamner solidairement le CHU de Poitiers et son assureur à verser à son conseil une somme de 6 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- les médecins du CHU de Poitiers ont commis une faute en prescrivant à son fils de la phénytoïne en surdosage ;
- les effets secondaires inhérents à ce surdosage constituent des préjudices réparables, de même que l'aggravation de l'état de santé de l'enfant qui en est résulté et qui a nécessité son transfert dans un autre établissement ;
- les souffrances endurées par l'enfant et ses propres souffrances liées à l'aggravation de l'état de son fils doivent être intégralement réparées et seront justement indemnisées à hauteur d'une somme globale de 20 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés le 23 août 2021 et le 28 juillet 2022, le CHU de Poitiers conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens de l'instance.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que si, dans ses écritures enregistrées postérieurement au dépôt du rapport d'expertise, Mme A réitère ses conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de la réclamation indemnitaire préalable faite par la requérante le 20 mars 2019 en invoquant notamment le moyen tiré de l'absence de motivation de cette décision, ces conclusions et les moyens correspondants ont déjà été écartés par le jugement avant dire droit du 24 novembre 2020 et le tribunal a, à cet égard épuisé sa compétence, seuls les conclusions et les moyens sur lesquels il n'a pas été statué par cette décision ayant été réservés par le tribunal.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mars 2020.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du 22 décembre 2020 par laquelle la présidente du tribunal a fixé l'allocation provisionnelle à verser à l'expert et mis cette allocation à la charge de l'Etat ;
- le rapport de l'expert enregistré le 12 juillet 2021 ;
- l'ordonnance du 1er septembre 2021 par laquelle le magistrat désigné par la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pinturault,
- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dagonat, représentant le CHU de Poitiers.
Considérant ce qui suit :
1. L'enfant E Dubiez-Benamara est né le 6 mai 2017. A la suite d'une crise épileptique, il a été pris en charge à partir du 19 mars 2018 au centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers, où il a été hospitalisé jusqu'au 21 mars 2018. Lors de sa prise en charge au sein de cet établissement, de la phénytoïne injectable, médicament antiépileptique commercialisé sous le nom de D, lui a été administrée. En raison de l'aggravation des symptômes convulsifs, l'enfant a été transféré au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Tours, où il a été hospitalisé du 21 au 24 mars 2018. Il a enfin été réadmis au CHU de Poitiers du 24 au 26 mars 2018. Par une lettre du 20 mars 2019, Mme B A, mère de l'enfant, a reproché au CHU de Poitiers d'avoir administré à son fils de la phénotéïne en surdosage, ayant eu pour conséquence d'aggraver l'état de ce dernier. Dans cette même lettre, Mme A a demandé au CHU de Poitiers une indemnité de 20 000 euros en réparation des préjudices physiques et moraux subis par son fils et par elle-même. Faute de réponse du CHU, Mme A demande l'indemnisation des préjudices subis par elle-même et par son fils à l'occasion de la prise en charge de celui-ci du 20 au 21 mars 2018.
Sur la demande d'annulation de la décision implicite de rejet de la réclamation préalable :
2. Si, dans ses dernières écritures, la requérante maintient ses conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle le CHU de Poitiers a implicitement rejeté sa demande préalable d'indemnisation, le tribunal administratif a, dans son jugement du 24 novembre 2020, d'ores et déjà rejeté ces conclusions en écartant le moyen sur lequel elles se fondent et tiré du défaut de motivation de cette décision. Dans ces conditions, le tribunal a, à cet égard, épuisé sa compétence, seuls les conclusions et les moyens sur lesquels il n'a pas été statué par cette décision ayant été réservés par le tribunal. Par suite les conclusions que la requérante forme de nouveau aux mêmes fins, sur le fondement du même moyen, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
4. Il résulte de l'instruction et, notamment, du rapport déposé par le médecin expert le 12 juillet 2021, qu'un examen tomodensitométrique réalisé au CHU de Poitiers a permis de confirmer que l'enfant E Dubiez-Benamara est atteint de l'angiomastose de Sturge-Weber, maladie cardiovasculaire congénitale à laquelle sont associés des troubles neurologiques qui se manifestent, notamment, par des crises d'épilepsie. A la suite de la crise convulsive qui a commencé le 18 mars 2018, il a été traité par phénytoïne au CHU de Poitiers le 20 mars 2018. D'une part, le rapport d'expertise relève que, lors de sa prise en charge dans cet établissement, l'enfant a reçu en première ligne deux injections de diazépam (Valium) le 20 mars 2018, avant la répétition des crises. Les injections de D ont été administrées ensuite, conformément à la littérature scientifique selon laquelle ce médicalement doit être utilisé en deuxième ligne si, comme cela a été le cas en l'espèce, le recours aux benzodiazépines ne permet pas de maîtriser l'état du patient. D'autre part, si un surdosage de phénytoïne a été constaté lors de l'admission du patient au service de neurologie pédiatrique du CHRU de Tours, comme cela a été relevé dans des comptes rendus établis par des médecins de ce service, il ne peut cependant en être déduit que le CHU de Poitiers aurait commis une faute dans l'administration de ce produit. Il résulte, au contraire, de l'analyse faite sur ce point par l'expert que la persistance des crises et le risque de séquelles irréversibles dans un contexte très épileptogène lié à la présence d'une malformation vasculaire méningée ont justifié les prescriptions à la fois de diazépam et de D aux posologies indiquées, et que le surdosage transitoire qui a été constaté procède de l'administration successive d'une dose de charge puis d'une dose d'entretien, qui répondent à une nécessité médicale, pour obtenir une concentration plasmatique suffisante. Il résulte, enfin, des conclusions de l'expert que l'état de l'enfant n'a pu être aggravé par les doses de D qui lui ont été administrées dès lors que dans le contexte de l'angiomatose de Sturge-Weber dont il est atteint, les thérapeutiques antiépileptiques qui ont été utilisées étaient conformes aux règles de l'art. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que le CHU de Poitiers aurait commis une faute dans la prise en charge de l'enfant E Dubiez-Benamara et dans les soins qui lui ont été administrés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus () Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel () ".
6. Si Mme A soutient qu'elle n'a pas été informée des raisons réelles du transfert de son enfant au CHRU de Tours, il résulte du rapport d'expertise que le transfert de l'enfant dans cet établissement a été réalisé non pas en raison d'un surdosage en phénytoïne, mais en raison de l'absence, au CHU de Poitiers, d'une unité spécialisée en neuro-pédiatrie à proximité d'une unité en réanimation infantile, et que ce transfert était, selon l'expert, pleinement justifié. L'expert indique également, sans être contredit, que les parents ont pu avoir un entretien avec un médecin qui leur a expliqué la situation. En tout état de cause, aucun surdosage de phénytoïne n'a été constaté au CHU de Poitiers et l'expert indique que le dosage n'a eu aucune conséquence sur l'état de l'enfant. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le CHU de Poitiers a manqué à son obligation d'information.
7. Il résulte de ce qui est exposé aux points 3 à 6 que les conclusions aux fins d'indemnisation présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Il résulte de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article R. 761-1 du code de justice administrative que, lorsque la partie perdante bénéficie de l'aide juridictionnelle totale, et hors le cas où le juge décide de faire usage de la faculté que lui ouvre l'article R. 761-1 du code de justice administrative, en présence de circonstances particulières, de mettre les dépens à la charge d'une autre partie que la partie perdante, les frais d'expertise incombent à l'Etat. Par suite, les frais de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 100 euros par l'ordonnance du 1er septembre 2021, visée ci-dessus, doivent être mis à la charge de l'Etat.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHU de Poitiers, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le CHU de Poitiers au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 100 euros par l'ordonnance du 1er septembre 2021 sont mis à la charge de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime et au centre hospitalier universitaire de Poitiers.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller
M. Pinturault, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
M. PINTURAULT
Le président,
Signé
L. CAMPOY La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026