vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-1901936 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET EQUITALIAVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 12 août 2019, le 10 mai 2021, le 13 octobre 2021, le 21 janvier 2022, le 24 mars 2022 et le 12 avril 2024, la SMABTP, représentée par le cabinet Le Gué, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner in solidum, sur le fondement de leur garantie décennale, la société Technip TPS, devenue WSP, et la société Mabuleau à lui rembourser, d'une part, la somme totale de 15 507,37 euros qu'elle a versée à la région Nouvelle-Aquitaine en sa qualité d'assureur dommages-ouvrage au titre des désordres n°s 12, 18 a), b) et d), 90, 91,92, 93, 110 et 130 ayant affecté le lycée Kyoto de Poitiers, et, d'autre part, la somme de 59 041,68 euros, correspondant au préfinancement des travaux, mesures conservatoires et frais, notamment d'investigations, effectués dans le cadre de l'instruction contractuelle des dommages déclarés ;
2°) de condamner la société Technip TPS, devenue WSP, au titre du désordre n° 12 relatif aux " infiltrations au droit de la porte d'accès aux vestiaires ", des désordres n°s 90, 91, 92, 93 tenant aux " dysfonctionnements des vélums, ventelles, ouvrants des verrières ", du désordre n° 110 affectant les " revêtements de sols souples déchirés dans le restaurant pédagogique " et du désordre n° 130 relatif à l'" humidité des plafonds des salles de stockage ", à la relever et garantir indemne de toute condamnation dont elle pourrait faire l'objet au profit de la région Nouvelle-Aquitaine ;
3°) de condamner la société Mabuleau, au titre des désordres 18 a), b) et d) relatifs aux " infiltrations toitures terrasses ", à la relever et garantir indemne de toute condamnation dont elle pourrait faire l'objet au profit de la région Nouvelle-Aquitaine ;
4°) de mettre à la charge de chacune de ces deux sociétés la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-par une déclaration de sinistre du 9 août 2011, la région Nouvelle-Aquitaine lui a déclaré des désordres de nature décennale, dont les constructeurs d'origine sont présumés responsables ;
-le présent litige relève de la compétence des juridictions administratives, dès lors qu'il est né de l'exécution de marchés de travaux publics ;
-elle démontre être effectivement subrogée dans les droits de la région Nouvelle-Aquitaine pour demander réparation des désordres ayant affecté le lycée " Kyoto ", dès lors qu'elle a versé à la région la somme totale de 1 091 633,64 euros, comprenant 1 024 867,34 euros correspondant au coût des travaux de reprise, 59 041,68 euros au titre des frais d'expertise et d'économiste, et 6 886,63 euros de frais de sapiteur afin de remédier au désordre n° 11 ;
-le délai de garantie décennale n'est pas expiré, au regard de la date de réception des travaux, fixée au 25 août 2009 ;
-l'expertise contractuelle dommages-ouvrage a été réalisée au contradictoire de chacune des parties requises ;
-le rapport définitif de l'expert, à jour du 4 février 2021, met en évidence un coût global de sinistre de 1 024 867,34 euros ;
-elle a encaissé une somme totale de 964 389,70 euros auprès des assureurs des sociétés Merlot, SMTS, Socotec, Soprema, Vinet, Adam, Bellin, Mabuleau, SAPAC, SCAU, Eiffage Construction, Ridoret, Les Alérions et Energie Système, devenue Delta Dore EMS puis Esmée Solutions, au titre du remboursement des sommes qu'elle a versées à la région Nouvelle-Aquitaine pour remédier aux désordres décennaux ayant affecté le lycée Kyoto de Poitiers ;
-la responsabilité décennale de la société Technip TPS est engagée en sa qualité de co-traitante du marché de maîtrise d'œuvre signé en février 2006 relatif à la construction du lycée Kyoto de Poitiers, au titre des désordres n°s 12, 90, 91,92, 93, 110 et 130, pour un montant total de 13 507,37 euros ;
-la société Technip TPS lui est redevable d'un montant de 355,40 euros au titre du désordre n° 12, d'un montant de 8 550,45 euros au titre des désordres n°s 90, 91, 92 et 93, d'une somme de 2 626,63 euros au titre du désordre n° 110 et d'une somme de 3 571,44 euros au titre du désordre n° 130 ;
-la responsabilité décennale de la société Mabuleau, co-titulaire du lot n° 9-22 relatif à l' " isolation thermique par l'extérieur ", est engagée au titre des désordres n°s 18 de a) à i) pour un montant total de 2 000 euros, compte tenu du montant déjà versé de 188,34 euros ;
-elle est fondée à demander la condamnation in solidum des sociétés Technip TPS et Mabuleau à lui rembourser la somme totale de 59 041,68 euros au titre des frais de préfinancement des travaux de reprise qu'elle a versée à la région Poitou-Charentes devenue région Nouvelle-Aquitaine, correspondant aux frais d'expertise de 40 261,55 euros et aux frais d'économiste de 12 845,39 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés le 25 novembre 2019, le 28 septembre 2021, le 29 septembre 2021 et le 10 novembre 2021, la SASU SAPAC, représentée par Me Simon-Wintrebert, conclut, dans le dernier état de ses écritures, d'une part au rejet, à titre principal, des conclusions de la SMABTP dirigées à son encontre, ou, à titre subsidiaire, de la demande de condamnation in solidum de l'ensemble des parties requises à lui rembourser la somme de 59 041,68 euros, ou encore, à titre très subsidiaire, à la condamnation des autres parties requises à la garantir intégralement et la relever indemne en principal, frais et accessoires de toute condamnation au-delà de la somme de 743,11 euros afférente au seul désordre n°18 L qui lui est imputable, d'autre part, au rejet de l'appel en garantie dirigé contre elle par la société SOPREMA, et, enfin, à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la SMABTP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, d'une part, l'action subrogatoire engagée par la SMABTP à son encontre est irrecevable dès lors que la requérante n'établit pas avoir versé la somme de 59 041,58 euros à la région Nouvelle-Aquitaine, son assurée, et, d'autre part, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées à son encontre, au motif du paiement, par son propre assureur, la MMA, de la somme de 764,82 euros réclamée par la SMABTP dans le cadre du recours subrogatoire qu'elle a exercé directement auprès de la MMA ;
- subsidiairement, la demande de condamnation in solidum au remboursement de toutes les parties requises de la somme de 59 041,68 euros, d'une part, est irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre elle, en sa qualité de sous-traitante de la société SOPREMA, co-titulaire du lot n°8, et alors que la SMABTP ne démontre pas être dans l'impossibilité d'agir en justice directement contre la société SOPREMA, et, d'autre part, doit être rejetée dès lors que les constructeurs ne sont responsables que des désordres relevant de leur propre lot ;
- très subsidiairement, l'appel en garantie dirigé à son encontre par la société SOPREMA doit être rejeté au titre de l'ensemble des désordres référencés sous le numéro 18, le seul qui lui est imputable selon l'expert étant le désordre L du n°18.
Par des mémoires en défense enregistrés le 2 juillet 2021, le 24 août 2021, le 31 août 2021, le 14 janvier 2022, le 19 avril 2022 et le 4 janvier 2024, la SASU Esmé Solutions, anciennement dénommée Delta Dore EMS, auparavant Energie Système, représentée par la société d'avocats Ideact, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de toutes les demandes formées par la SMABTP, ou, à titre subsidiaire, à ce que la charge finale de l'obligation de réparer les désordres n°90, 91, 92 et 93 soit répartie à hauteur de 25% pour chacune des sociétés Technip TPS, Les Alérions, la société AXA France IARD en tant qu'assureur de la société SMTS et Esmé Solutions, au rejet de la demande de la SMABTP tendant à sa condamnation in solidum au titre du remboursement des frais de préfinancement, d'un montant de 59 041,68 euros, au rejet de l'appel en garantie formé à son encontre par la société SOCOTEC Construction, et à la condamnation de l'ensemble des parties requises, en principal, frais et accessoires, à la garantir et la relever indemne de toute condamnation au-delà d'un montant de 64 075 euros afférente aux seuls désordres n°90, 91, 92 et 93, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de toute partie défaillante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- à titre principal, l'action contentieuse de la SMABTP est prescrite ;
- à titre subsidiaire, d'une part, les désordres n°90, 91, 92 et 93 sont également imputables à la société SMTS, en tant que co-titulaire du lot " Menuiseries extérieures métalliques, protection solaires et vélums ", et, d'autre part, la charge finale de l'obligation in solidum doit être répartie à parts égales entre les sociétés Technip TPS, Les Alérions, SMTS et Delta Dore EMS ;
- à titre subsidiaire, la demande de condamnation in solidum des constructeurs à rembourser à la requérante la somme de 59 041,68 euros n'est pas fondée dès lors qu'il n'est pas établi que le préfinancement effectué par la SMABTP concerne les désordres n°90 à 93, au seul titre desquels elle est concernée ;
- à titre subsidiaire, la demande de garantie formée par la société SOCOTEC Construction à son encontre n'est pas justifiée ;
- très subsidiairement, il y a lieu de condamner in solidum l'ensemble des parties requises à la garantir et la relever indemne en principal, frais et accessoires de toute condamnation au-delà du montant de 64 075 euros afférents aux seuls désordres n°90 à 93 qui lui sont imputables au vu du rapport d'expertise dommages-ouvrage.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 juillet 2021, le 30 septembre 2021, le 10 novembre 2021, le 25 février 2022 et le 4 avril 2024, la SAS de conception, d'architecture et d'urbanisme (SCAU), représentée par la SCP Drouineau-Veyrier-Le Lain-Barroux-Verger, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à sa mise hors de cause et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de tout défaillant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- les demandes présentées à son encontre par la SMABTP ont perdu leur objet dès lors que son assureur l'a indemnisée à hauteur de 125 222,86 euros, et que la société requérante ne formule plus de demande d'indemnisation à son encontre depuis son mémoire n° 3 enregistré le 24 mars 2022 ;
- à titre subsidiaire, l'appel en garantie formé à son encontre par la société Vinet n'est pas justifié ;
- à titre très subsidiaire, devra être déduite de toute condamnation prononcée à son encontre la somme de 125 222,86 euros versée par son assureur à la SMABTP.
Par des mémoires en défense enregistrés le 23 juillet 2021, le 20 septembre 2021 et le 6 décembre 2021, la SA Groupe Vinet, représentée par la SCP Fliche-Blanché et Associés, conclut, à titre principal, au rejet des demandes de la SMABTP, à titre subsidiaire, au rejet des demandes de la SMABTP en tant qu'elles sont dirigées contre elle, à titre infiniment subsidiaire, au rejet de toute condamnation in solidum au titre des mesures conservatoires et des frais d'investigation, et à la condamnation de la société SCAU et de la société Technip TPS à la relever intégralement indemne de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre au titre des désordres n°16, 17 et 110 et des mesures conservatoires et frais d'investigation, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SMABTP, de la société SCAU et de la société Technip TPS, ou à l'une ou plusieurs d'entre elles, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, l'action contentieuse engagée par la SMABTP à l'encontre des intervenants à l'acte de construire est prescrite, et, faute de produire un justificatif de paiement de l'indemnité qu'elle soutient avoir versée à la région Nouvelle-Aquitaine, elle ne démontre pas être subrogée effectivement dans ses droits ;
- à titre subsidiaire, les désordres n°16, 17 et 110 ne sont pas éligibles à la garantie décennale, à défaut de revêtir un caractère de gravité, et, en l'absence de toute faute de sa part, ne sont pas susceptibles d'engager sa responsabilité contractuelle ;
- le désordre n°16 relève de la responsabilité de la société SCAU, en sa qualité de maître d'œuvre, ou de celle de la société Technip TPS, ingénieur ;
- une simple mesure d'entretien aurait pu remédier au désordre n°17 ;
- la cause du désordre n°110 trouve son origine dans un défaut de conception et non un défaut d'exécution, le caniveau ayant été mal positionné pour permettre le nettoyage des sols ;
- la SMABTP n'est pas fondée à demander, pour chaque désordre, à être relevée et garantie indemne de toute condamnation dont elle pourrait faire l'objet au profit de la région Nouvelle-Aquitaine, ;
- la demande de condamnation in solidum de versement de la somme de 59 041,68 euros de la SMABTP au titre de mesures conservatoires et de frais d'investigation n'est pas justifiée, dès lors que les mesures conservatoires et investigations sont comprises dans le chiffrage de l'indemnisation des travaux de reprise, et que chaque entreprise ne peut être condamnée à rembourser que les investigations concernant les désordres qui lui sont imputables ;
- concernant le désordre n°16, il y a lieu de diminuer la somme qui lui est réclamée du montant déjà versé par la société SCAU à la SMABTP.
Par des mémoires en défense enregistrés le 23 juillet 2021, le 28 septembre 2021, le 12 novembre 2021 et le 21 janvier 2022, la société Merlot, représentée par Me Simon-Wintrebert, conclut, dans le dernier état de ses écritures, d'une part, à titre principal, au rejet des conclusions de la SMABTP dirigées à son encontre, ou, à titre subsidiaire, au rejet de la demande de la requérante de condamnation in solidum dirigée à son encontre et à celle de l'ensemble des parties requises, ou encore, à titre très subsidiaire, à la condamnation des autres parties requises à la garantir intégralement et la relever indemne en principal, frais et accessoires de toute condamnation au-delà de la somme de 6 223,21 euros afférente au seul désordre n°18 C qui lui est imputable, d'autre part, au rejet de l'appel en garantie dirigé contre elle par la société SOPREMA, et toute réclamation dirigée à son encontre, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SMABTP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, l'action subrogatoire engagée par la SMABTP à son encontre est irrecevable dès lors que, d'une part, la requérante n'établit pas avoir versé la somme de 59 041,58 euros à la région Nouvelle-Aquitaine, son assurée, et, d'autre part, sa demande principale d'indemnisation de 66 684,33 euros, énoncée pour la première fois dans son mémoire du 13 octobre 2021, est prescrite compte tenu de l'expiration du délai de garantie décennale, et, enfin, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées à son encontre, au motif du paiement, par son propre assureur, AXA, de la somme de 6 223,21 euros réclamée par la SMABTP dans le cadre du recours subrogatoire qu'elle a exercé directement auprès d'AXA ;
- subsidiairement, la demande de condamnation in solidum au remboursement de toutes les parties requises de la somme de 59 041,68 euros doit être rejetée dès lors que les constructeurs ne sont responsables que des désordres relevant de leur propre lot ;
- très subsidiairement, l'appel en garantie dirigé à son encontre par la société SOPREMA doit être rejeté au titre de l'ensemble des désordres référencés sous le numéro 18, le seul qui lui est imputable selon l'expert étant le désordre C du n°18.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2021, la société SOPREMA, représentée par la SELARL Cabinet Ben Zenou, conclut, à titre principal, au rejet de toute demande dirigée contre elle par la SMABTP au-delà de la somme de 51 419,75 euros, correspondant à la part des travaux et frais qui lui ont été imputés par l'expert dommages-ouvrage, à ce qu'il soit pris acte de ce qu'elle accepte de prendre en charge le montant des travaux nécessaires à la reprise des désordres qui lui sont imputables aux termes du rapport d'expertise dommages-ouvrage, pour une somme de 51 419,75 euros, en limitant l'indemnisation à la somme effectivement réglée par la SMABTP, ou, à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum des sociétés Eiffage, Merlot, SAPAC, SMTS et Mabuleau à la garantir et la relever de toute condamnation prononcée à son encontre en principal, frais et accessoires, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de tout succombant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la recevabilité de l'action récursoire de la SMABTP est subordonnée à la régularité de la subrogation de celle-ci dans les droits de la région Nouvelle-Aquitaine ;
- sur le montant de 51 419,75 euros déterminé par l'expert correspondant à la reprise des désordres qui sont imputables, la SMABTP n'est fondée à exercer son recours à son encontre que sur la somme de 38 520,78 euros, dès lors que la SMABTP n'établit pas avoir indemnisé son assurée du total des désordres référencés n°18 A, B, C, F, G et H ;
- le principe même de la demande de condamnation in solidum, qu'il s'agisse des travaux de reprise ou des frais accessoires, n'est pas justifié, dès lors que tous les désordres ne sont pas imputables à tous les intervenants à l'acte de construire, et elle ne peut être condamnée, le cas échéant, que pour sa part de responsabilité, au titre de certains désordres n°18 ;
- la demande de condamnation de la SMABTP à rembourser la somme de 65 928,31 euros n'est pas fondée au regard des frais d'investigations et mesures conservatoires déjà compris dans le cadre des travaux de reprise des désordres, et, s'agissant plus particulièrement des frais de sapiteur de 6 886,63 euros, ils concernent le désordre n°11, qui ne lui est pas imputable ;
- subsidiairement, les désordres n°18 étant également imputables aux sociétés Eiffage, Merlot, SAPAC, SMTS et Mabuleau, elles devront être condamnées à la garantir et la relever si elle était condamnée malgré sa proposition de règlement.
Par des mémoires en défense enregistrés le 22 décembre 2021, le 24 janvier 2022 et le 24 mars 2022, la SA SOCOTEC Construction, représentée par la SELARL Parthema Avocats, conclut à titre principal au rejet des demandes de la SMABTP dirigées à son encontre et à sa mise hors de cause, ou, à titre subsidiaire, à ce que l'assiette du recours de la SMABTP soit limitée à l'équivalent de la part de responsabilité des sociétés Adam, Bellin et Eiffage dans la survenance des désordres n°11, 12 et 13, à la condamnation de la société SCAU à la garantir à hauteur de 92,4% au titre du désordre n°11, de la société Technip TPS à hauteur de 90% au titre du désordre n°12 et de 85% au titre du désordre n°130, et des sociétés SCAU et SMTS, in solidum, à hauteur de 90% au titre des dommages n°13 et n°15, à ce que les sociétés SCAU, Technip TPS, SMTS, Groupe Vinet, SOPREMA, Mabuleau, SAPAC, Merlot, Les Alérions et Energie Système devenue Delta Dore EMS soient condamnées in solidum les, à la garantir de toute mise à sa charge de sommes en application des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la SMABTP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la SMABTP n'est plus fondée à maintenir ses conclusions à son encontre, dès lors que son assureur a honoré le recours exercé par la requérante à hauteur de la somme qu'elle réclamait, soit 41 572,93 euros ;
- aucun des désordres en litige ne lui est imputable, dès lors qu'ils ne relèvent pas d'aléas qu'elle était chargée de prévenir dans le cadre de sa mission de contrôle technique, en application de l'article L. 111-24 du code de la construction et de l'habitation ;
- les sociétés SCAU pour le désordre n°11, Technip TPS pour les désordres n°12 et 130, ainsi que SCAU et SMTS pour les désordres n°13 et 15, doivent être condamnées à la garantir au titre de leur responsabilité quasi-délictuelle ;
- l'assiette du recours subrogatoire de la SMABTP, au titre des désordres n°11, 12 et 13, doit être réduit de la part de responsabilité des sociétés Adam, Bellin et Eiffage construction déterminée par l'expert dommages-ouvrage, en tant qu'elles sont assurées auprès de la requérante ;
- subsidiairement, elle est fondée à solliciter la condamnation in solidum des sociétés SCAU, Technip TPS et SMTS, à hauteur de leur part respective de responsabilité dans la survenance des désordres n°11, 12, 13, 15 et 130.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 septembre 2023, la société Eiffage Construction, représentée par la SCP Equitalia, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SMABTP.
Elle soutient que :
- à titre principal, d'une part, les demandes dirigées à l'encontre de la société Eiffage Construction, dont le siège est situé à Vélizy-Villacoublay, sont irrecevables pour ne pas avoir été dirigées à l'encontre de la société Eiffage Construction Poitou-Charentes, titulaire de plusieurs lots du marché en cause, et, d'autre part, l'action intentée à son encontre est prescrite ;
- à titre subsidiaire, les désordres n° 13, 18 c) et 130 ne lui sont pas imputables ;
- à titre très subsidiaire, le quantum de la condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre doit s'établir à 6 360,21 euros, montant qu'elle a payé au titre de sa franchise contractuelle dommages-ouvrages de 6 360,21 euros à son assureur dommages ouvrage, la SMABTP, lequel a d'ores et déjà réglé à la société SMABTP requérante le montant demandé de 6 546,01 euros ;
- à titre infiniment subsidiaire, les demandes de condamnation in solidum présentées à son encontre au titre du désordre n° 18 pour 66 684,33 euros et du préfinancement des travaux pour 59 041,68 euros ne sont pas justifiées, tous les désordres n'étant pas imputables à l'ensemble des constructeurs ;
- elle est fondée à être garantie et relevée indemne de toute condamnation prononcée à son encontre par l'ensemble des parties requises responsables des désordres, in solidum, en principal, frais et accessoires.
Par des mémoires en intervention enregistrés le 21 janvier 2022 et le 13 décembre 2023, la société AXA France IARD, assureur de la société SMTS, représentée par Me Simon-Wintrebert, conclut à la mise hors de cause de la société SMTS et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SMABTP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- à titre principal, d'une part, l'action subrogatoire de la SMABTP est irrecevable concernant les frais de préfinancement à hauteur de 59 041,58 euros en l'absence de preuve du paiement de cette indemnité à la région Nouvelle-Aquitaine, et, d'autre part, les demandes dirigées à l'encontre de la société SMTS, énoncées pour la première fois le 13 octobre 2021, soit plus de dix ans après la réception des travaux, sont prescrites ;
- à titre subsidiaire, d'une part, la SMABTP ne justifie pas de l'imputabilité des désordres à la société SMTS au titre desquels elle demande sa condamnation, et, d'autre part, le principe d'imputabilité des désordres fait obstacle à une prononciation des éventuelles condamnations in solidum ;
- à titre très subsidiaire, elle est fondée à être intégralement garantie et relevée indemne in solidum par l'ensemble des parties requises en principal, frais et accessoires de toute condamnation qui serait prononcée à l'encontre de la société SMTS.
Par un mémoire enregistré le 2 janvier 2024, la SMABTP déclare se désister de l'instance et de l'action engagée à l'encontre de la société SOPREMA.
Par un mémoire enregistré le 16 janvier 2024, la société SOPREMA déclare accepter le désistement de la SMABTP et se désister des demandes reconventionnelles qu'elle a formulées à l'encontre de la société requérante, et conclut à ce que les entiers dépens de l'instance soient mis à la charge de tout succombant.
Elle soutient que les appels en garantie présentés par certaines parties à son encontre sont désormais dépourvus d'objet et doivent être, en conséquence, rejetés.
Par un mémoire enregistré le 25 mars 2024, la SMABTP déclare se désister de l'instance et de l'action engagée à l'encontre de la société Esmé Solutions, anciennement dénommée Delta Dore EMS, auparavant Energie Système.
Par un mémoire enregistré le 11 avril 2024, la société Esmé Solutions déclare accepter le désistement de la SMABTP et se désister de ses propres demandes à l'encontre de la société requérante, et conclut à ce que soient mis à la charge de tout succombant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- à titre principal, l'appel en garantie présenté par la société Socotec Construction doit être rejeté en conséquence des désistements ;
- subsidiairement, il y a lieu de condamner in solidum l'ensemble des parties requises à la garantir et relever indemne de toute condamnation prononcée à son encontre sans lien avec les désordres n° 90, 91, 92 et 93.
Par un mémoire enregistré le 12 avril 2024, la SMABTP déclare se désister de l'instance et de l'action engagée à l'encontre de la société SCAU.
Par un mémoire enregistré le 16 avril 2024, la SMABTP déclare se désister de l'instance et de l'action engagée à l'encontre des parties requises, à l'exception des sociétés Technip TPS et Mabuleau.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 26 avril 2024.
La société WSP, anciennement dénommée Technip TPS, représentée par la SELARL Ben Zenou, a produit un mémoire enregistré le 30 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction et non communiqué.
Un mémoire enregistré pour la société Groupe Vinet le 31 mai 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Par un courrier du 4 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions de la SMABTP tendant à ce que les sociétés Technip TPS et Mabuleau la relèvent et la garantissent indemne des condamnations qui pourront être prononcées à son encontre, le cas échéant, à la demande de la région Nouvelle-Aquitaine, sont irrecevables, en l'absence de conclusions présentées par la région à l'instance.
Une réponse à ce moyen relevé d'office a été enregistrée le 10 juin 2024 et communiquée pour la SMABTP.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances ;
- le code civil ;
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- les observations de Me Finkelstein, représentant la société SCAU et de Me Loubeyre, représentant la société Eiffage Construction.
Considérant ce qui suit :
1. La région Poitou-Charentes a fait construire, en tant que maître d'ouvrage, le lycée Kyoto à Poitiers. La réception des travaux et ouvrages réalisés est intervenue le 25 août 2009. La maîtrise d'œuvre a été confiée à un groupement de deux entreprises, composé de la société SCAU, mandataire du groupement, et de la société Technip TPS. La mission de contrôle technique a été prise en charge par la société Socotec. La région Poitou-Charentes, devenue région Nouvelle-Aquitaine, a déclaré le 9 août 2011, auprès de la SMABTP, son assureur dommages-ouvrage (DO), des dommages affectant le lycée Kyoto, dont elle est propriétaire, pour un montant de 1 091 633,34 euros. Le 7 octobre 2011, la SMABTP a notifié un accord de garantie partielle correspondant à un montant total de travaux de 1 024 867,64 euros. L'instruction contractuelle dommages-ouvrage a été conduite par l'expert dommages-ouvrage de la SMABTP pour " compte commun ", au contradictoire de toutes les parties requises, locateurs d'ouvrage. L'expert a déposé pour le " compte commun " des assureurs des sociétés impliquées un rapport définitif, mis à jour au 4 février 2021, d'après lequel le coût global de sinistre pour l'ensemble des dommages garantis s'élève à 1 024 867,34 euros.
2. Après avoir sollicité l'engagement de la responsabilité décennale de la société SCAU, en qualité de mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre au titre des désordres n° 11, 13, 15, 16, 20, 120, de la société Technip TPS en qualité de cotraitant de la mission de maîtrise d'œuvre complète au titre des désordres n° 12, 90, 91, 92, 93, 110 et 130, de la société SOCOTEC Construction, en qualité de titulaire de la mission de contrôle technique au titre des désordres n° 11, 12, 13, 15, 130, de la société SMTS, titulaire du lot " Menuiseries extérieures métalliques protections solaires " au titre des désordres n°13,114,18,20,100, de la société Groupe Vinet, titulaire des lots " Revêtements de sols et murs colles " et " revêtements de sols et murs en dur ", au titre des désordres n° 16, 17, 110, de la société SOPREMA, titulaire du lot " Etanchéité " au titre du désordre n° 18, de la société Mabuleau, co-titulaire du lot " Isolation thermique par l'extérieur " au titre du désordre n° 18, de la société SAPAC, co-titulaire du lot " Isolation thermique par l'extérieur " au titre du désordre n° 18, de la société Merlot, titulaire du lot " Bardage bois " au titre du désordre n° 18, de la société Les Alérions, titulaire du lot " Verrière " au titre des désordres n° 91, 93 et de la société Energie Système, devenue Delta Dore puis Esmé Solutions, titulaire du lot " Gestion technique du bâtiment " au titre des désordres n° 91, 92, 93, la SMABTP s'est désistée de l'ensemble de ses conclusions hormis celles qu'elle dirige à l'encontre des sociétés Technip TPS, devenue WPS, et Mabuleau.
3. Par sa requête, la SMABTP demande la condamnation in solidum des sociétés Technip TPS et Mabuleau à lui rembourser, d'une part, la somme totale de 15 507,37 euros qu'elle a versée à la région Nouvelle-Aquitaine en sa qualité d'assureur dommages-ouvrage au titre des désordres ayant affecté le lycée Kyoto de Poitiers, et, d'autre part, la somme de 59 041,68 euros, correspondant au préfinancement des travaux et aux mesures conservatoires effectuées.
Sur l'étendue du litige :
En ce qui concerne les désistements intervenus :
4. D'une part, si rien ne s'oppose à ce qu'il soit donné acte au désistement pur et simple d'un requérant, il y a toutefois lieu de statuer sur les conclusions du recours incident du défendeur dès lors que ce dernier n'a pas accepté ledit désistement.
5. Il résulte de l'instruction que, par son mémoire récapitulatif du 12 avril 2024, la SMABTP se désiste d'instance et d'action à l'égard de l'ensembles des parties dont elle demandait initialement la condamnation au titre de leur responsabilité décennale, hormis pour les sociétés Technip TPS et Mabuleau. En outre, par des mémoires respectivement enregistrés les 16 janvier 2024 et 11 avril 2024, les sociétés SOPREMA et Esmé Solutions ont accepté le désistement de la SMABTP et se sont désistées de leurs propres conclusions dirigées à son encontre. Rien ne s'oppose à ce qu'il soit donné acte du désistement de la SMABTP de ses conclusions dirigées à l'encontre des sociétés SCAU, SOCOTEC Construction, SMTS, Groupe Vinet, SOPREMA, SAPAC, Merlot, Les Alérions, Eiffage Construction et Energie Système, devenue Delta Dore puis Esmé Solutions, ni du désistement des sociétés SOPREMA et Esmé Solutions de leurs conclusions dirigées à l'encontre de la SMABTP. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu présentée par les sociétés SCAU, SAPAC Merlot et SOCOTEC, au motif que leurs assureurs respectifs ont d'ores et déjà remboursé à la SMABTP les sommes qu'elle leur réclamait doit être écartée.
6. D'autre part, hormis concernant les sociétés Technip TPS et Mabuleau, l'instance prenant fin en conséquence du désistement pur et simple de la requérante à l'égard des sociétés citées au point précédent, l'intervention en défense présentée par l'assureur AXA de la société SMTS devient sans objet.
En ce qui concerne la recevabilité des conclusions à fin de garantie de la SMABTP :
7. La région Nouvelle-Aquitaine n'ayant présenté aucune conclusion à l'encontre de la SMABTP dans le cadre de l'instance, les conclusions présentées par la SMABTP tendant à ce que les sociétés Technip TPS et Mabuleau soient condamnées à la relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre au profit de la région Nouvelle-Aquitaine dans le cadre de sa garantie dommages-ouvrages, au titre des désordres affectant le lycée Kyoto, sont irrecevables.
Sur le recours subrogatoire de la société SMABTP à l'égard des constructeurs :
En ce qui concerne l'étendue du recours subrogatoire :
8. Aux termes du premier alinéa de l'article 1346-4 du code civil : " La subrogation transmet à son bénéficiaire, dans la limite de ce qu'il a payé, la créance et ses accessoires, à l'exception des droits exclusivement attachés à la personne du créancier ". Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur ; qu'il incombe à l'assureur qui entend bénéficier de la subrogation prévue par l'article L. 121-12 précité du code des assurances d'apporter la preuve du versement de l'indemnité d'assurance à son assuré, et ce par tout moyen ". Il résulte de ces dispositions que la subrogation légale ainsi instituée a lieu dans la mesure de ce qui a été payé et dans la limite de la créance détenue par l'assuré contre le responsable. En revanche, dès lors qu'elle est subordonnée au seul paiement à l'assuré de l'indemnité d'assurance en exécution du contrat d'assurance, il appartient seulement à l'assureur, pour en bénéficier, d'apporter par tout moyen la preuve du paiement de l'indemnité.
9. En application des dispositions de l'article L. 121-12 du code des assurances, la subrogation de l'assureur dans les droits et obligations de son assuré, quelle que soit la nature de la garantie souscrite, ne joue qu'à concurrence du montant de l'indemnité dont il apporte la preuve, par tout moyen, du paiement effectif à son assuré.
10. D'une part, il résulte de l'instruction que le directeur de la construction et de l'immobilier de la région Nouvelle-Aquitaine a, par un courrier signé et daté du 11 octobre 2021, certifié que la région avait reçu de la SMABTP les sommes de 556 230,39 euros et de 468 636,95 euros, cette dernière somme ayant fait l'objet d'un virement le 3 février 2021 sur le compte de la collectivité, soit un montant total de 1 024 867,34 euros. S'agissant de cette somme, la SMABTP doit donc être regardée comme démontrant être subrogée dans les droits de la région Nouvelle-Aquitaine, et pouvant ainsi agir en lieu et place de cette collectivité pour demander la condamnation des constructeurs à l'opération de travaux ayant donné lieu à la reprise des désordres n°s 1 à 18 compris, 20, 30, 40, 50, 60, 70, 90, 100, 110, 120 et 130 au titre desquels la SMABTP a apporté sa garantie à la région. Par suite, il y a lieu d'examiner la demande de condamnation des sociétés Technip TPS et Mabuleau pour le montant de 15 507,37 euros correspondant aux travaux de reprise en vue de remédier aux désordres n°s 12, 18 a) et b), 110 et 130, lesquels font partie des dommages ayant donné lieu à un paiement de la SMABTP à la région au titre de sa garantie dommages-ouvrage.
11. D'autre part, si la SMABTP demande aux sociétés Technip TPS et Mabuleau de lui rembourser un montant de 59 041,68 euros correspondant aux travaux préfinancés, mesures conservatoires et frais, notamment d'investigation, engagés dans le cadre de l'instruction contractuelle des dommages par l'expert, il résulte de l'instruction que l'ensemble des factures afférentes ont été réglées aux sociétés SOPREMA, Groupe Vinet et Ridoret. Dans ces conditions, et alors que la SMABTP sollicite le remboursement du montant total de 59 041,68 euros, dans le cadre de son recours subrogatoire, aux seules sociétés Technip TPS et Mabuleau, dont la responsabilité n'est, en tout état de cause, susceptible d'être engagée que pour certains désordres, elle n'établit pas avoir payé cette somme à la région Nouvelle-Aquitaine au titre de sa garantie dommages-ouvrage. Par suite, en l'absence de subrogation légale, les conclusions de la SMABTP tendant à ce que les sociétés Technip TPS et Mabuleau soient condamnées à lui rembourser in solidum la somme de 59 041,68 euros doivent être rejetées.
En ce qui concerne la nature décennale des désordres :
12. Aux termes de l'article 1792 du code civil : " Tout constructeur d'un ouvrage est responsable de plein droit, envers le maître ou l'acquéreur de l'ouvrage, des dommages, même résultant d'un vice du sol, qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou qui, l'affectant dans l'un de ses éléments constitutifs ou l'un de ses éléments d'équipement, le rendent impropre à sa destination. Une telle responsabilité n'a point lieu si le constructeur prouve que les dommages proviennent d'une cause étrangère. ". L'article 1792-4-1 dispose : " Toute personne physique ou morale dont la responsabilité peut être engagée en vertu des articles 1792 à 1792-4 du présent code est déchargée des responsabilités et garanties pesant sur elle, en application des articles 1792 à 1792-2, après dix ans à compter de la réception des travaux ou, en application de l'article 1792-3, à l'expiration du délai visé à cet article. ".
13. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. La garantie décennale ne s'applique pas à des désordres qui étaient apparents lors de la réception de l'ouvrage. Toutefois, il n'appartient pas au juge administratif de rechercher d'office, sans y être invité par les parties, si les désordres invoqués entrent dans le champ d'application de la garantie décennale.
14. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert dommages-ouvrage précité, que les désordres imputables aux sociétés Technip TPS et Mabuleau revêtent un caractère décennal. Par suite, ils sont de nature à engager la responsabilité de ces deux sociétés.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres couverts par le recours subrogatoire :
15. En premier lieu, il résulte du rapport d'expertise que la société Technip TPS est responsable à hauteur de 20 % du désordre n° 12 relatif aux infiltrations au droit de la porte d'accès aux vestiaires du gymnase, à hauteur de 15 % des désordres 91, 92 et 93 concernant le dysfonctionnement des velums, des ventelles et des ouvrants de verrière, à hauteur de 15 % du désordre n° 110 affectant le revêtement de sol souple du restaurant pédagogique déchiré devant les deux accès vers la cuisine pédagogique, et, enfin, à hauteur de 45 % du désordre n° 130 relatif à l'humidité et aux moisissures des plafonds des locaux de stockage au rez-de-jardin.
16. En second lieu, selon le rapport de l'expert dommages-ouvrage, la responsabilité décennale de la société Mabuleau est engagée à raison de 50 % des désordres n°s 18 a) et b), correspondant à de multiples infiltrations à travers les toitures-terrasses devant l'entrée et à l'intérieur du centre de documentation et d'informations, et à hauteur de 100 % du désordre n° 18 d) concernant ces mêmes infiltrations entraînant le décollement du revêtement de sol dans la coursive du deuxième étage.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
17. En premier lieu, s'agissant des désordres imputables à la société Technip TPS exposés au point 14, il y a lieu d'indemniser ce poste de préjudice par l'octroi à la SMABTP d'un montant total de 13 423,25 euros, tel qu'il a été validé par l'expert, incluant 355,40 euros au titre du désordre n° 12, 8 550,45 euros au titre des désordres n°s 91, 92 et 93, 2 626,63 euros au titre du désordre n° 110 et 1 890,77 euros au titre du désordre n° 130, la SMABTP ne justifiant pas, concernant ce dernier désordre, la somme qu'elle demande de 3 571,44 euros.
18. En second lieu, concernant les dommages relevant de la responsabilité de la société Mabuleau exposés au point 15, il y a lieu de condamner cette société à verser à la SMABTP la somme qu'elle réclame de 2 000 euros, couvrant son indemnisation au titre des désordres n° 18 a), b) et d) évalués par l'expert au montant total de 2 806,36 euros.
En ce qui concerne la solidarité :
19. La condamnation in solidum de deux constructeurs n'est possible que si, du fait de leurs fautes respectives, ils sont tous deux à l'origine des mêmes désordres. Il résulte de ce qui a été précédemment dit que la société Technip TPS et la société Mabuleau ne sont pas responsables des mêmes désordres, faisant ainsi obstacle à la mise en œuvre d'une condamnation solidaire entre eux. Par suite, les conclusions de la SMABTP tendant à ce que ces deux sociétés soient condamnées solidairement à lui verser l'indemnité totale qui lui est due doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SMABTP, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que les sociétés SOPREMA, Esmé Solutions, SCAU, SOCOTEC Construction, AXA, Groupe Vinet, SAPAC, Merlot, Les Alérions et Eiffage Construction demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Technip TPS et de la société Mabuleau une somme de 1 000 euros à verser chacune à la SMABTP.
21. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des sociétés Technip TPS et Mabuleau les sommes demandées par les sociétés SOPREMA, Esmé Solutions, SCAU, SOCOTEC Construction, AXA, Groupe Vinet, SAPAC, Merlot, Les Alérions et Eiffage Construction au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement partiel de leurs conclusions par la SMABTP, la SCAU et la société Esmé Solutions.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur l'intervention de la société AXA.
Article 3 : La société WSP est condamnée à verser à la SMABTP une somme de 13 423,25 euros.
Article 4 : La société Mabuleau est condamnée à verser à la SMABTP une somme de 2 000 euros.
Article 5 : Les sociétés WSP et Mabuleau verseront chacune une somme de 1 000 euros à la SMABTP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la SMABTP, à la société SCAU, à la société WSP, à la société SOCOTEC construction, à Me Deslorieux liquidateur judiciaire de la société SMTS, à la société Groupe Vinet, à la société SOPREMA, à la société Mabuleau, à la société SAPAC, à la société Merlot, à la société Les Alérions, à la société Esmé Solutions, à la société Eiffage Construction Poitou-Charentes, à la société Eiffage Construction, à la société Ridoret et à la société AXA.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLELa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026