mercredi 14 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2000504 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 février 2020, M. A B, représenté par Me Teissonnière, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat, en tant qu'employeur, à lui verser la somme totale de 30 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la demande d'indemnisation présentée à l'administration et de leur capitalisation, en réparation du préjudice moral et des troubles causés dans ses conditions d'existence qu'il subit du fait de son exposition à l'inhalation de poussières d'amiante durant sa carrière dans la Marine nationale ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été exposé à l'inhalation de poussières d'amiante au cours de sa carrière professionnelle dans la Marine, notamment sur divers navires dans lesquels l'amiante était largement utilisée comme protection contre le feu, sans bénéficier de protection ou d'information efficaces, ce qui constitue une carence fautive du ministère des armées ;
- en raison de cette exposition, il subit un préjudice moral dû à la crainte de contracter une maladie grave et des troubles dans ses conditions d'existence dus au suivi médical auquel il est astreint.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable faute de démonstration de l'existence, avant la saisine de la commission de recours des militaires, d'un rejet d'une demande d'indemnisation ;
- le ministre entend opposer l'exception de prescription quadriennale en application de l'article 1er de la loi n° 68-1250, M. B ayant eu pleine connaissance de l'étendue du préjudice dont il demande réparation par la délivrance, le 14 juin 2010, de l'attestation d'exposition à l'amiante le concernant, ainsi que par le suivi médical régulier organisé depuis 2010.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 ;
- le décret n° 77-949 du 17 août 1977 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,
- les observations de Me Macouillard, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né en 1951, a travaillé dans la Marine nationale de 1968 à 1985. Estimant avoir été exposé, sur divers bâtiments sur lesquels il a servi, à l'inhalation de poussières d'amiante sans avoir bénéficié de protection ou d'information efficaces, il a demandé le 24 juin 2019 au ministre des armées de l'indemniser du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il dit subir du fait de sa crainte de développer une maladie grave due à l'amiante. Par une décision du 6 décembre 2019 qu'il conteste, la ministre des armées a, après avis de la commission de recours des militaires, explicitement rejeté le recours préalable obligatoire qu'il avait formé contre la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire.
Sur l'exception de prescription quadriennale :
2. L'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics dispose : " Sont prescrites, au profit de l'Etat (), sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ". Aux termes de l'article 3 du même texte : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance () ". Il résulte de ces dispositions que le point de départ de la prescription quadriennale est la date à laquelle la victime, en fonction des informations auxquelles elle a pu avoir accès, est en mesure de connaître de façon suffisante l'origine et la gravité du dommage qu'elle a subi ou est susceptible de subir.
3. M. B, qui n'a pas contracté de maladie due à l'amiante, soutient qu'il supporte, du fait de la carence de l'Etat à faire assurer une protection suffisante des marins sur les navires de la Marine nationale, d'une part, un préjudice moral dû à la conscience des graves maladies qu'il encourt et à l'anxiété qui en résulte, d'autre part, des troubles dans les conditions d'existence résultant de la nécessité d'un suivi médical régulier.
4. Si l'exposition potentielle à l'amiante de M. B a pris fin au plus tard en 1985, date à laquelle il a cessé de servir sur les bâtiments à risque de la Marine nationale, il peut être regardé comme ayant ignoré légitimement l'existence de la créance qu'il dit détenir sur l'Etat jusqu'à l'établissement, le 14 juin 2010, de l'attestation du directeur du personnel militaire de la Marine qui récapitule précisément ses affectations sur cinq bâtiments de la Marine nationale et indique que pendant ces affectations ou mises pour emploi, d'une durée totale de treize ans et huit mois, l'intéressé, en dernier lieu maître principal, " a été [] exposé aux risques présentés par l'inhalation de poussières d'amiante ". M. B ne fait état d'aucun autre élément de sa situation personnelle, postérieur à cette date, qui aurait pu retarder la prise de conscience de son exposition à l'amiante ou des conséquences que cette exposition pourrait avoir pour lui, notamment en matière de suivi médical. Dans ces conditions, le point de départ de la prescription quadriennale doit être fixé au 1er janvier 2011 et le délai pour faire valoir la créance contre l'Etat expirait le 31 décembre 2014.
5. Il résulte de ce qui précède que la créance dont se prévaut M. B était en tout état de cause prescrite lors de la réception par l'administration de sa demande d'indemnisation, le 24 juin 2019 selon les pièces du dossier. Il y a donc lieu d'accueillir l'exception de prescription quadriennale opposée en défense et les conclusions indemnitaires de la requête ne peuvent en conséquence, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas partie perdante, verse au requérant la somme qu'il demande au titre des frais exposés pour son recours au juge.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Pellissier, présidente,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.
L'assesseur le plus ancien,
Signé
Y. CROSNIER
La présidente rapporteure,
Signé
S. C La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef par intérim,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026