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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2000992

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2000992

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2000992
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantBOUTAOUROUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 avril 2020 et le 19 décembre 2020, Mme A D, représentée par Me Boutaourout, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 septembre 2019 par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande de réversion de la pension militaire du sergent C B, décédé le 25 août 1998 ;

2°) d'enjoindre à la ministre des armées de procéder au versement de la pension de réversion réclamée à compter du décès de son époux, assortie des intérêts au taux légal ;

3) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que son acte de naissance et l'acte de mariage sont authentiques et attestent de sa qualité de bénéficiaire de la pension de réversion en qualité d'ayant cause de M. B.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 octobre 2020 et un second mémoire non communiqué enregistré le 24 novembre 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les copies des actes de naissance de la requérante et de M. B ne peuvent être prises en considération, ces documents étant établis postérieurement à l'acte de mariage ;

- aucune mention du mariage n'est inscrite sur les actes de naissance de Mme D et de M. B ;

- la production d'actes de naissance d'enfants ne suffit pas à établir l'existence d'un mariage ;

- les actes produits par la requérante ne peuvent être regardés comme réguliers au titre des dispositions de l'article 47 du code civil et sont dépourvus de valeur probante ;

- en tout état de cause, si la demande était accueillie, il y aurait lieu de faire application des dispositions de l'article L. 53 du code des pensions civiles et militaires de retraite limitant le versement des arrérages de la pension.

Par une ordonnance du 17 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010, notamment son article 211 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. E ;

- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le sergent C B, ressortissant tchadien, a été rayé des contrôles de l'armée le

25 février 1964 et a obtenu le bénéfice d'une pension militaire de retraite proportionnelle. Il est décédé le 25 août 1998. Mme A D a demandé, le 31 juillet 2013, le bénéfice d'une pension de réversion du chef de M. C B. Elle sollicite l'annulation de la décision du 16 septembre 2019 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande.

2. D'une part, aux termes de l'article 211 de la loi du 29 décembre 2010 de finances pour 2011, applicable aux demandes de pension de réversion : " I. - () les pensions civiles et militaires de retraite () servies aux ressortissants des pays ou territoires ayant appartenu à l'Union française ou à la Communauté ou ayant été placés sous le protectorat ou sous la tutelle de la France sont calculées dans les conditions prévues aux paragraphes suivants. () / V. - Les demandes de pensions présentées en application du présent article sont instruites dans les conditions prévues par le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et par le code des pensions civiles et militaires de retraite. () / VIII. - Un décret fixe les modalités d'application du présent article, notamment () les modalités de présentation et d'instruction des demandes mentionnées aux III, IV et V./ () / XI. - Le présent article entre en vigueur au 1er janvier 2011 ". Aux termes de l'article L. 4 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa version en vigueur à la date du décès de M. C B : " Le droit à la pension est acquis : / 1° Aux fonctionnaires après quinze années accomplies de services civils et militaires effectifs ; / (). ". Aux termes de l'article L. 39 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa version en vigueur à la même date : "Le droit à pension de veuve est subordonné à la condition : / a) Si le mari a obtenu ou pouvait obtenir une pension accordée dans le cas prévu à l'article L. 4 (1°), que depuis la date du mariage jusqu'à celle de la cessation de l'activité du mari, celui-ci ait accompli deux années au moins de services valables pour la retraite, sauf si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage antérieur à ladite cessation ; / Nonobstant les conditions d'antériorité prévues ci-dessus, le droit à pension de veuve est reconnu : / 1° Si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage ; / 2° Ou si le mariage, antérieur ou postérieur à la cessation de l'activité, a duré au moins quatre années. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 47 du code civil français : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Cet article pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question.

4. Au soutien de sa demande de pension de réversion, Mme D produit son acte de naissance établi le 14 avril 1964, un acte de mariage n°09/65 du 25 juillet 1965 et une attestation de l'authenticité de son mariage avec M. B établie le 8 avril 2020 par Me Namadingar, notaire au siège de la cour d'appel de N'Djamena au Tchad. Il résulte cependant de l'instruction que si, dans sa requête du 14 avril 2020, le conseil de la requérante affirme que le mariage a bien eu lieu en 1965, dans son mémoire du 19 décembre 2020, ce dernier affirme que le mariage a eu lieu en 1962. Par ailleurs, si, lors de sa demande au ministère des armées, la requérante avait produit des copies des actes de naissance de ses huit enfants, la naissance d'enfants ne permet pas d'établir que la requérante et l'ancien militaire étaient unis par un mariage légal dans la mesure où, pour l'application de la législation française des pensions civiles et militaires de retraite, la preuve de la réalité ou de la date d'un mariage ne peut être faite que par la production de son inscription sur un registre d'état-civil. Par ailleurs, l'attestation notariée du 8 avril 2020, produite par la requérante, certifiant que le mariage a été célébré en 1965, ne permet pas de lever les incertitudes entourant les pièces du dossier. Par conséquent, eu égard aux divergences et contradictions affectant les pièces justificatives produites à l'appui de sa demande de pension d'ayant cause, le bénéfice d'une pension réversion du chef du sergent C B a légalement pu être refusé à Mme D.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 septembre 2019 par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande de réversion de la pension militaire du sergent C B. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre des armées.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le magistrat désigné,La greffière,

Signé Signé

A. EG. FAVARD

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

N° 20099

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