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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2001499

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2001499

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2001499
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP DROUINEAU - BACLE - LE LAIN - BAROUX - VERGER - NOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 juin 2020, le 29 juin 2021 et le 24 septembre 2021, la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société Distribution d'Equipements d'Environnement et de Loisirs (D.E.E.L.O.), représentée par la SELARL Atlantic Juris, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes Lavalette Tude Dronne à lui verser, au titre du règlement du marché de réhabilitation de la piscine d'été de Gardes le Pontaroux, pour le lot n°1, la somme de 37 266 euros TTC, majorée des intérêts moratoires depuis le 28 juillet 2016 sur le montant de 14 346 euros TTC, correspondant à la situation n°6, et depuis le 5 septembre 2016 sur le montant de 22 920 euros TTC, correspondant à la situation n°7, et, pour le lot n°3, la somme de 87 924 euros TTC, majorée des intérêts moratoires depuis le 28 juillet 2016 sur le montant de 48 096 euros TTC, correspondant à la situation n°7, et depuis le 5 septembre 2016 sur le montant de 39 828 euros TTC, correspondant à la situation n°8, outre la capitalisation annuelle des intérêts échus ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes de Lavalette Tude Dronne une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la résiliation des lots n°1 et 3 du marché de réhabilitation de la piscine d'été de Gardes le Pontaroux, aux frais et risques de la société Distribution d'Equipements d'Environnement et de Loisirs (D.E.E.L.O.), qu'elle représente en tant que liquidatrice de la liquidation judiciaire, est irrégulière, dès lors que la société D.E.E.L.O. n'a, ni été convoquée par la communauté de communes à des opérations tendant aux constatations des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, à l'inventaire des matériaux approvisionnés ainsi qu'à l'inventaire descriptif du matériel et des installations de chantier, au sens des articles 47.1.1 et 48.3 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux, approuvé par arrêté du 8 septembre 2009, ni été destinataire, en conséquence, du procès-verbal supposé être établi à la suite de ces opérations ;

- la communauté de communes n'a pas notifié à la société D.E.E.L.O. les marchés de substitution qu'elle prétend avoir passés à la suite de la résiliation en cause ;

- elle est fondée à recevoir le paiement des décomptes finaux qu'elle a établis au titre des marchés résiliés, et transmis à la communauté de communes, qui comprend le versement des sommes réclamées au titre des situations n°6 et 7 du lot n°1 et des situations n°7 et 8 du lot n°3, et les intérêts moratoires afférents.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 mai 2021 et le 16 août 2021, la communauté de communes de Lavalette Tude Dronne, représentée par la SCP Drouineau-Bacle-Veyrier-Le Lain-Barroux-Verger, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête de la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires est irrecevable au motif qu'elle ne dispose pas d'un intérêt pour agir au nom de la société D.E.E.L.O., en sa qualité de liquidatrice de la liquidation judiciaire ;

- à titre subsidiaire, la décision de résiliation aux frais et risques des marchés attribués à la société D.E.E.L.O. est devenue définitive faute d'avoir été contestée valablement et régulièrement, et elle n'est pas en mesure d'établir les décomptes de liquidation des marchés résiliés dès lors que le marché de substitution conclu avec la SAS A n'a pas fait l'objet d'un règlement définitif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code monétaire et financier ;

- la loi n°2013-100 du 28 janvier 2013 ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- les observations de Me Gobé, représentant la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires, et les observations de Me Finkelstein, représentant la communauté de communes Tude Dronne.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre du marché de travaux de réhabilitation de la piscine d'été de Gardes le Pontaroux, passé par la communauté de communes Horte et Lavalette, devenue la communauté de communes Lavalette Tude Dronne, les lots n°1 et 3, respectivement relatifs aux travaux de " démolitions, gros œuvre, VRD, étanchéité ", et de " fluides hydrauliques ", ont été attribués à la société D.E.E.L.O., et lui ont été notifiés le 13 novembre 2015, pour une durée d'exécution de sept mois. Par un courrier du 19 septembre 2016, la communauté de communes Horte et Lavalette a informé la société D.E.E.L.O. que ces marchés étaient résiliés à ses frais et risques, avec effet au 5 août 2016. Par un courrier du 29 septembre 2016 adressé à la communauté de communes, la société D.E.E.L.O. a contesté le bien-fondé de la résiliation des lots prononcée à ses frais et risques et a mis en demeure la collectivité d'honorer le paiement des factures qu'elle avait émises les 26 juin 2016 et 22 août 2016 pour le règlement de ces marchés. Par deux courriers du 7 mai 2019, Me Pelletier, en qualité de liquidateur judiciaire de la société D.E.E.L.O., a transmis à la communauté de communes Lavalette Tude Dronne les projets de décomptes finaux des lots n°1 et n°3, pour des montants respectifs de 43 122,49 euros TTC, et 101 863,38 euros TTC. Par un courrier du 12 juin 2019, la communauté de communes a indiqué ne pas donner de suite favorable à cette demande, compte tenu de ce que les marchés de substitution n'avaient pas été définitivement réglés. Par une lettre du 17 juillet 2019, Me Pelletier a mis en demeure la communauté de communes Lavalette Tude Dronne d'établir les décomptes des lots n°1 et 3. Par la présente requête, la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires, agissant en qualité de liquidateur judiciaire de la société D.E.E.L.O., demande au tribunal d'établir les soldes des décomptes généraux de ces deux lots respectivement à 43 122,49 euros TTC pour le lot n°1, et 101 863,38 euros TTC pour le lot n°3, et de condamner la communauté de communes Lavalette Tude Dronne à lui verser ces sommes.

Sur la recevabilité des conclusions de la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires :

2. Aux termes de l'article L. 313-23 du code monétaire et financier : " Tout crédit qu'un établissement de crédit, () ou qu'une société de financement consent à une personne morale de droit privé ou de droit public, (), peut donner lieu au profit de cet établissement, () ou de cette société, par la seule remise d'un bordereau, à la cession ou au nantissement par le bénéficiaire du crédit, de toute créance que celui-ci peut détenir sur un tiers, personne morale de droit public ou de droit privé (). / Peuvent être cédées ou données en nantissement les créances liquides et exigibles, même à terme. Peuvent également être cédées ou données en nantissement les créances résultant d'un acte déjà intervenu ou à intervenir mais dont le montant et l'exigibilité ne sont pas encore déterminés ". L'article L. 313-24 de ce code dispose : " () la cession de créance transfère au cessionnaire la propriété de la créance cédée. / Sauf convention contraire, le signataire de l'acte de cession ou de nantissement est garant solidaire du paiement des créances cédées ou données en nantissement ". Il résulte de ces dispositions qu'un mécanisme de garantie entre cessionnaire et cédant est instauré en cas de cession d'une créance détenue par le cessionnaire sur un tiers.

3. Il résulte de l'instruction que la société D.E.E.L.O. a cédé à la société Bpifrance Investissement, par deux actes du 1er décembre 2015, les créances qu'elle détenait sur la communauté de communes Lavalette Tude Dronne, au titre des lots n°1 et n°3 dont elle était titulaire dans le cadre du marché de réhabilitation de la piscine d'été de Gardes le Pontaroux. En outre, Me Pelletier a été désigné, en qualité de liquidateur de la liquidation judiciaire de la société D.E.E.L.O., par jugement du tribunal de commerce de La Roche-sur-Yon du 12 octobre 2016. Dès lors, la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires, prise en la personne de Me Pelletier, est substituée à la société D.E.E.L.O. dans les droits résultant des créances cédées. A ce titre, elle est garante solidaire de la société Bpifrance Investissement concernant le paiement de ces créances. Dès lors que la requérante, en tant que débitrice cédée, doit sa garantie à la société cessionnaire, elle conserve un intérêt à agir dans le cadre de la présente instance. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la communauté de communes Lavalette Tude Dronne en défense, tirée du défaut d'intérêt pour agir de la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires, doit être écartée.

Sur la régularité de la procédure de résiliation :

4. Aux termes de l'article 47.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés en litige : " 47.1.1. En cas de résiliation, il est procédé, le titulaire ou ses ayants droit, tuteur, administrateur ou liquidateur, dûment convoqués dans les conditions prévues par les documents particuliers du marché, aux constatations relatives aux ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, à l'inventaire des matériaux approvisionnés ainsi qu'à l'inventaire descriptif du matériel et des installations de chantier. Il est dressé procès-verbal de ces opérations dans les conditions prévues à l'article 12. Ce procès-verbal comporte l'avis du maître d'œuvre sur la conformité aux dispositions du marché des ouvrages ou parties d'ouvrages exécutés. / Ce procès-verbal est signé par le maître de l'ouvrage. Il emporte réception des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, avec effet de la date d'effet de la résiliation, tant pour le point de départ du délai de garantie défini à l'article 44 que pour le point de départ du délai prévu pour le règlement final du marché à l'article 13.3.2. / 47.1.2. Dans les dix jours suivant la date de signature de ce procès-verbal, le représentant du pouvoir adjudicateur fixe les mesures qui doivent être prises avant la fermeture du chantier pour assurer la conservation et la sécurité des ouvrages ou parties d'ouvrages exécutés. () / A défaut d'exécution de ces mesures par le titulaire dans le délai imparti par le représentant du pouvoir adjudicateur, le maître d'œuvre les fait exécuter d'office. / Sauf dans les cas de résiliation ouvrant droit à indemnité, ces mesures sont à la charge du titulaire ". Aux termes de l'article 48 de ce document : " () 48.4. En cas de résiliation aux frais et risques du titulaire, les mesures prises en application de l'article 48.3 sont à la charge de celui-ci. Pour l'achèvement des travaux conformément à la réglementation en vigueur, il est passé un marché avec un autre entrepreneur. Ce marché de substitution est transmis pour information au titulaire défaillant. Par exception aux dispositions de l'article 13.4.2, le décompte général du marché résilié ne sera notifié au titulaire qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le cocontractant de l'administration dont le marché a été résilié à ses frais et risques ne peut obtenir le décompte général de ce marché, en vue du règlement des sommes dues au titre des travaux exécutés, qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux. Les conclusions présentées au juge du contrat en vue d'obtenir le règlement des sommes contractuellement dues avant le règlement définitif du nouveau marché sont ainsi irrecevables. Ces dispositions, applicables lorsque le marché a été régulièrement résilié, ne font cependant pas obstacle à ce que, sous réserve que le contentieux soit lié, le cocontractant dont le marché a été résilié à ses frais et risques saisisse le juge du contrat afin de faire constater l'irrégularité ou le caractère infondé de cette résiliation et demander, de ce fait, le règlement des sommes qui lui sont dues, sans attendre le règlement définitif du nouveau marché après, le cas échéant, que le juge du contrat a obtenu des parties les éléments permettant d'établir le décompte général du marché résilié.

6. D'une part, la requérante soutient que la société D.E.E.L.O. n'a pas été convoquée par la communauté de communes à une opération destinée à constater les travaux réalisés et à dresser les inventaires des matériaux approvisionnés, du matériel et des installations de chantier. Si la collectivité allègue qu'une telle opération s'est déroulée, en présence d'un représentant de la société D.E.E.L.O., le 5 août 2016, et qu'un " compte-rendu sur les réserves " aurait été rédigé le même jour, à supposer ces circonstances établies, il est constant que, d'une part, ce compte-rendu ne comprend pas d'inventaire des approvisionnements, ni du matériel et des installations de chantier, et que, d'autre part, il n'est pas signé par le maître d'ouvrage. En outre, malgré la production, par la communauté de communes Lavalette Tude Dronne, de comptes rendus de chantier des 29 avril 2016, 24 juin 2016 et 1er juillet 2016, ainsi que d'un premier " compte-rendu sur les réserves " daté du 12 juillet 2016, qui font état de multiples manquements de la société D.E.E.L.O. à ses obligations contractuelles, et quand bien même au moins un représentant de l'entrepreneur défaillant aurait assisté à la plupart des visites du chantier préalables à l'établissement de ces documents, il ne résulte pas de l'instruction que le maître de l'ouvrage aurait établi et signé un procès-verbal de constatations des ouvrages exécutés et d'inventaire au sens des dispositions précitées, ni qu'il aurait dû différer l'ouverture de l'équipement au public, effective à compter du 28 juin 2016 pour la saison estivale.

7. D'autre part, si la communauté de communes soutient avoir notifié à la requérante quatre marchés de substitution pour terminer les prestations que la société D.E.E.L.O. devait réaliser dans le cadre de l'exécution des lots n°1 et 3 précités, elle se borne à produire un courrier de transmission, daté du 24 avril 2017, d'un marché de travaux de peinture attribué à M. A, sans démontrer qu'il aurait été notifié à la société D.E.E.L.O.. S'agissant des trois autres marchés de substitution, signés respectivement le 14 février 2017, le 15 février 2017 et le 23 février 2017 avec la société Tradi Design, la société CP Composites et la société Eiffage Energie Thermie Atlantique, la communauté de communes n'apporte pas davantage la preuve de leur notification au titulaire défaillant. Dans ces conditions, à supposer même les manquements de la société D.E.E.L.O. à ses obligations contractuelles établis, le maître d'ouvrage ne peut être regardé comme ayant régulièrement résilié les marchés qui lui ont été attribués.

Sur le décompte de liquidation :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 47.2.3 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés en litige : " Le décompte de liquidation est notifié au titulaire par le pouvoir adjudicateur, au plus tard deux mois suivant la date de signature du procès-verbal prévu à l'article 47.1.1. Cependant, lorsque le marché est résilié aux frais et risques du titulaire, le décompte de liquidation du marché résilié ne sera notifié au titulaire qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux. Dans ce cas, il peut être procédé à une liquidation provisoire du marché, dans le respect de la règlementation en vigueur ".

9. Il résulte des motifs exposés aux points 6 et 7 qu'eu égard au caractère irrégulier des résiliations litigieuses, la requérante est fondée à demander à la communauté de communes Lavalette Tude Dronne le règlement des sommes qui lui sont dues, sans attendre le règlement définitif des marchés de substitution qui ont été conclus.

9. En deuxième lieu, d'une part, l'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché de travaux publics est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. L'ensemble des conséquences financières de l'exécution du marché est retracé dans ce décompte même lorsqu'elles ne correspondent pas aux prévisions initiales. En outre, sans égard au caractère justifié de la décision de résiliation, le titulaire d'un marché a droit à la rémunération des prestations exécutées et admises et des prestations en cours d'exécution dont le maître d'ouvrage accepte l'achèvement.

10. D'autre part, il résulte de l'instruction que le cahier des clauses administratives particulières, applicable aux deux lots en litige, prévoit que, par dérogation à l'article 13.4.4 du CCAG Travaux, " - le pouvoir adjudicateur disposera d'un délai de trente jours à compter de la réception du projet de décompte général signé par le titulaire pour lui notifier le décompte général. / - lorsque le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé, il indique expressément dans son envoi vouloir faire application des dispositions de l'article 13.4.4 du CCAG et qu'en l'absence de notification du décompte général par le représentant du pouvoir adjudicateur dans un délai de trente jours de la réception de documents, le décompte général deviendra tacitement le décompte général et définitif. / A défaut de cette indication, en l'absence de notification du décompte général dans ce délai, le décompte général signé par le titulaire ne pourra devenir le décompte général et définitif ". Or, la communauté de communes Lavalette Tude Dronne, comme le maître d'œuvre, ont réceptionné les projets de décomptes finaux des lots n°1 et 3 en litige le 13 mai 2019, et la SELARL Pelletier a expressément mentionné, dans les courriers destinés à la collectivité, qu'elle entendait " faire application de l'article 13.4.4 du CCAG de sorte qu'en l'absence de notification du décompte général dans un délai de trente jours " par la communauté de communes, les projets de décomptes transmis deviendraient " tacitement " décomptes généraux et définitifs. Le maître de l'ouvrage n'ayant notifié aucun projet de décompte général dans le délai de trente jours à compter du 13 mai 2019, et compte tenu du caractère irrégulier de la résiliation des lots n°1 et 3, les projets de décomptes finaux établis par la requérante sont devenus les décomptes généraux et définitifs des marchés en litige.

11. Il résulte de l'instruction que la requérante a notifié à la communauté de communes, par deux courriers du 7 mai 2019, les projets de décomptes finaux des lots n°1 et n°3, pour des montants respectifs de 43 122,49 euros TTC, et 101 863,38 euros TTC, incluant le montant de factures émises par la société D.E.E.L.O. les 26 juin 2016 et 22 août 2016 concernant les situations n°6 et 7 du lot n°1, et n°7 et 8 du lot n°3, pour un montant total de 125 190 euros TTC. Si la communauté de communes Lavalette Tude Dronne soutient avoir acquitté une partie de la situation n°6 du lot n°1, pour un montant de 8 346 € TTC sur la somme réclamée de 14 346 € TTC, par un mandat n°1161 du 12 octobre 2016, elle ne produit, ni une copie de ce mandat, ni aucun autre élément à l'appui de cette allégation. En outre, elle n'apporte aucune précision ni aucune pièce de nature à justifier des paiements qu'elle affirme avoir réalisés directement auprès d'entreprises sous-traitantes, qu'au demeurant elle n'identifie pas, au titre des situations n°6 et 7 du lot n°1, et n°7 et 8 du lot n°3. Si la collectivité soutient également ne jamais avoir été destinataire de la situation n°8 du lot n°3, il résulte toutefois de l'instruction qu'elle a réceptionné, le 3 octobre 2016, le courrier du 29 septembre 2016, par lequel la société D.E.E.L.O. lui demandait le règlement de la situation n°8 du lot n°3 pour un montant de 39 828 euros TTC, et que la demande d'établissement de décompte final du lot n°3, formulée par le courrier de la requérante du 7 mai 2019, dont la communauté de communes a accusé réception le 13 mai 2019, inclut la situation n°8 en cause.

11. Dans ces conditions, il y a lieu de fixer le solde du décompte général du lot n°1 résilié à la somme de 37 266 euros TTC, et le décompte général du lot n°3 résilié à la somme de 87 924 euros TTC.

Sur les intérêts moratoires :

12. Les articles 1er et 2 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique, dans leur version applicable aux marchés en litige, fixent le délai de paiement à trente jours pour les collectivités territoriales, à compter de la date de réception de la demande de paiement. Aux termes de l'article 7 de ce décret : " Lorsque les sommes dues en principal ne sont pas mises en paiement à l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement, le créancier a droit, sans qu'il ait à les demander, au versement des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévus aux articles 39 et 40 de la loi du 28 janvier 2013 " portant diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière. L'article 8 du même décret dispose : " I. - Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. / Les intérêts moratoires courent à compter du jour suivant l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. / Les intérêts moratoires appliqués aux acomptes ou au solde sont calculés sur le montant total de l'acompte ou du solde toutes taxes comprises, diminué de la retenue de garantie, et après application des clauses d'actualisation, de révision et de pénalisation ". Enfin, aux termes de l'article 13.4.3 du CCAG applicable aux marchés litigieux : " () Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. La date de sa notification au pouvoir adjudicateur constitue le départ du délai de paiement ".

13. Il résulte de ces dispositions, la requérante n'établissant pas la date de réception de chacune des facturations au titre desquelles elle sollicite le versement des intérêts moratoires, que le point de départ du délai de paiement des soldes des lots n°1 et 3 doit être fixé au 13 mai 2019, date à laquelle le maître d'ouvrage a réceptionné les projets de décomptes finaux. Ainsi, la communauté de communes Lavalette Tude Dronne disposait d'un délai de trente jours à compter du 13 mai 2019 pour régler le solde des lots n°1 et 3 attribués à la société D.E.E.L.O., soit jusqu'au 12 juin 2019 inclus. Dès lors, les intérêts moratoires au taux de 8 % courent de plein droit, à compter du 13 juin 2019, sur la somme totale de 125 190 euros TTC.

Sur la capitalisation des intérêts :

15. La SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires, en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société D.E.E.L.O., a droit à la capitalisation des intérêts à compter du 13 juin 2020, date à compter de laquelle les intérêts étaient dus depuis un an, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

16. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, verse à la communauté de communes Lavalette Tude Dronne la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

37. D'autre part, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté de communes Lavalette Tude Dronne la somme de 2 000 euros à verser à la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires, en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société D.E.E.L.O., en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La communauté de communes Lavalette Tude Dronne est condamnée à verser à la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires, en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société D.E.E.L.O., la somme de 125 190 euros TTC, assortie des intérêts moratoires au taux de 8% à compter du 13 juin 2019, et de leur capitalisation le 13 juin 2020 et à chaque date anniversaire.

Article 2 : La communauté de communes Lavalette Tude Dronne versera à la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires, en sa qualité de liquidateur judiciaire de la société D.E.E.L.O., une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la communauté de communes Lavalette Tude Dronne présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL Pelletier et Associés Mandataires judiciaires et à la communauté de communes Lavalette Tude Dronne.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

La présidente,

Signé

S. BRUSTONLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

N. COLLET

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