vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2001992 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DUPUY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 août 2020, Mme B A, représentée par Me Dupuy, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 171 010 euros en réparation du préjudice que lui a causé la décision de l'inspectrice du travail autorisant son licenciement pour motif économique ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en autorisant son licenciement pour motif économique sans réellement procéder à un examen de la situation économique du groupe auquel appartient l'entreprise dont elle était salariée, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ; l'inspection du travail, qui avait manifestement connaissance de ce que la société par actions simplifiée (SAS) Comptoir charentais de chauffage (CCC) qui l'employait appartenait au groupe Martin Belaysound Expansion, n'a pas procédé à l'examen de la santé financière de ce groupe mais de la seule société ; trois autres salariées de la société licenciées pour le même motif, qui ont contesté la rupture de leur contrat de travail, ont obtenu, par trois arrêts du 19 septembre 2018 de la chambre sociale de la Cour d'appel de Poitiers la reconnaissance de l'absence de cause réelle et sérieuse de leur licenciement faute pour la société CCC de justifier de véritables motifs économiques ;
- elle a subi des préjudices financier et moral ; elle a été mise à la retraite à compter du 1erdécembre 2015 à la suite de son licenciement pour motif économique ; elle est affectée psychologiquement par la perte de son emploi après plus de quarante années de services au sein de la société.
La requête a été communiquée au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1.Mme B A, née le 16 décembre 1954, était salariée depuis 1973 de la société par actions simplifiée (SAS) Comptoir charentais de chauffage (CCC) et exerçait depuis le 11 février 2014 un mandat en qualité de membre titulaire du collège employé de la délégation unique du personnel. Le 20 juillet 2015, la SAS CCC a demandé à l'inspection du travail de la Charente-Maritime de l'autoriser à licencier Mme A pour motif économique. Cette autorisation lui a été accordée le 11 septembre 2015 et par un courrier du 18 septembre suivant, Mme A s'est vu notifier son licenciement par son employeur pour ce motif. Le 17 avril 2020, Mme A a formé une demande préalable auprès de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi Nouvelle-Aquitaine pour obtenir réparation du préjudice qu'elle estimait avoir subi du fait de la décision autorisant son licenciement. Faute de réponse de l'administration, elle demande la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 171 010 euros en réparation des différents chefs de préjudice qu'elle allègue avoir subis du fait de son licenciement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié, en tenant compte notamment de la nécessité des réductions envisagées d'effectifs et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié dans l'entreprise ou au sein du groupe auquel appartient cette dernière. Pour apprécier la réalité des motifs économiques allégués à l'appui d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé présentée par une société qui fait partie d'un groupe, l'autorité administrative est tenue de faire porter son examen sur la situation économique de l'ensemble des sociétés du groupe intervenant dans le même secteur d'activité que la société en cause. A ce titre, le groupe s'entend, ainsi qu'il est dit au I de l'article L. 2331-1 du code du travail, de l'ensemble constitué par les entreprises placées sous le contrôle d'une même entreprise dominante dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce.
3.Il résulte de l'instruction que la SAS CCC, au sein de laquelle Mme A était salariée depuis 1973, a été cédée au cours du mois d'octobre 2014 au groupe Martin Belayoud Expansion (MBE) et est ainsi devenue une filiale de la société Tereva, structure la plus proche au sein du groupe par son activité (bâtiment) de la société CCC, entrainant, par la suite, une réorganisation et la suppression de certaines fonctions supports, dont le poste de Mme A au sein de la société CCC. Si, dans sa décision du 11 septembre 2015 autorisant le licenciement pour motif économique de l'intéressée, l'inspectrice du travail relève les difficultés économiques de la société CCC, cette décision ne prend en compte ni l'existence éventuelle de difficultés économiques au niveau du secteur d'activité commun à la société Tereva et à la société CCC, ni la nécessité de procéder à une réorganisation pour sauvegarder la compétitivité de ce secteur d'activité, au jour du licenciement de la requérante, alors même que selon les mentions non contestées des arrêts de la Cour d'appel de Poitiers relatifs aux licenciement de trois autres salariés de la société CCC, la société Tereva avait réalisé au cours des exercices 2013 et 2015 des bénéfices très largement supérieurs aux pertes enregistrées par la société CCC et ce, notamment, au cours de l'année du licenciement de Mme A. Dans ces conditions, et en l'absence de toute défense par le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, Mme A est fondée à soutenir que l'administration n'a pas réellement examiné la réalité du motif économique fondant son licenciement. Par suite, en autorisant le licenciement de l'intéressée le 11 septembre 2015, l'inspectrice du travail doit être regardée comme ayant commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne le préjudice :
4.En premier lieu, Mme A réclame l'indemnisation du préjudice financier résultant de sa mise à la retraite " forcée " ainsi que d'un syndrome dépressif réactionnel consécutif à son licenciement. Toutefois, la requérante, qui compte tenu de son âge pouvait continuer à rechercher un emploi après son licenciement, ne justifie pas avoir accompli les diligences nécessaires pour ce faire, ne prétend pas davantage s'être retrouvée sans emploi et n'apporte aucun élément permettant d'expliquer la raison pour laquelle elle aurait, selon elle, été contrainte de faire valoir ses droits à la retraite trois mois seulement après son licenciement. De même, le lien de cause à effet entre la décision de l'administration et le syndrome dépressif dont prétend souffrir Mme A ne peut être regardé comme établi dès lors que le préjudice qu'elle invoque trouve sa cause première dans la décision de son employeur de procéder à son licenciement et non dans la décision de l'administration d'autoriser son licenciement. Par suite, il n'y a pas lieu d'indemniser les différents chefs de préjudice susmentionnés, dont le montant n'est d'ailleurs pas justifié, faute pour la requérante de justifier de ses conditions d'indemnisation par Pôle emploi entre la date de son licenciement et celle de sa mise à la retraite, et de ses revenus à compter de cette mise à la retraite.
5. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'autorisation administrative de procéder au licenciement de Mme A est à l'origine d'un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en condamnant l'Etat à lui verser une indemnité de 1 500 euros.
Sur les frais liés au litige :
6.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A une indemnité de 1 500 euros au titre de son préjudice moral.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Nouvelle Aquitaine.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pinturault, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
Le rapporteur,
signé
Y. C
Le président,
signé
L. CAMPOY La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef par intérim,
La greffière,
signé
D.GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026