jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2002101 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | FOURNIER-PIEUCHOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 26 août 2020, 18 août 2022, 7 et 26 septembre 2022, M. et Mme A B, représentés par la SCP KPL Avocats, demandent au tribunal :
1°) de condamner la commune de Croix-Chapeau à leur verser les sommes de 21 386,94 euros et de 10 000 euros en réparation respectivement du préjudice financier et du préjudice moral qu'ils estiment avoir subis à la suite de la délivrance par le maire, le 17 juillet 2017, d'un certificat d'urbanisme en application de l'article L. 410-1 a) du code de l'urbanisme puis, le 4 septembre 2018, d'un certificat d'urbanisme tacite ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Croix-Chapeau la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la commune a commis une faute en leur délivrant, le 17 juillet 2017, un certificat d'urbanisme en application de l'article L. 410-1 a) du code de l'urbanisme, dès lors que ce certificat ne mentionnait pas la possibilité d'un éventuel sursis à statuer sur de futures demandes d'autorisations d'urbanisme alors que le débat sur les orientations du projet d'aménagement et développement durables du futur plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté d'agglomération de La Rochelle a eu lieu le 13 octobre 2016 ;
- ils ont déposé le 4 juillet 2018 une nouvelle demande de certificat d'urbanisme en application de l'article L. 410-1 b) du code de l'urbanisme, demande qui n'a jamais reçu de réponse et qui est à l'origine d'un certificat tacite en date du 4 septembre 2018 ;
- c'est à bon droit qu'ils ont estimé que les terrains en cause pourraient à l'avenir faire l'objet de constructions, aucun certificat d'urbanisme ne mentionnant la possibilité qu'un sursis à statuer leur soit opposé ;
- le maire a commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune dès lors qu'ils ont acquis ces terrains en pensant qu'ils étaient constructibles ;
- à la suite de l'acquisition de ces terrains, classés en zone A par le plan d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté d'agglomération de La Rochelle approuvé le 19 décembre 2019, ils ont subi un préjudice financier de 21 386,94 euros et un préjudice moral de 10 000 euros dont ils sont fondés à demander réparation à raison de la faute commise.
Par des mémoires en défense enregistrés les 9 mars 2021, 6 et 12 septembre 2022, la commune de Croix-Chapeau, représentée par Me Fournier-Pieuchot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle n'a commis aucune faute et que les préjudices invoqués ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Plas, rapporteur public,
- et les observations de Me Kolenc, représentant les requérants, et de Me Fournier-Pieuchot, représentant la commune de Croix-Chapeau.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B ont acquis, le 22 septembre 2017, dans la commune de Croix-Chapeau au lieu-dit " Les Vallées ", deux terrains d'un seul tenant composé des parcelles cadastrées section AA n°338 et 347 d'une superficie totale de 2 455 m2. Ils demandent la condamnation de la commune de Croix-Chapeau à leur verser les sommes de 21 386,94 euros et de 10 000 euros en réparation respectivement du préjudice financier et du préjudice moral qu'ils estiment avoir subis à la suite de la délivrance par le maire, le 17 juillet 2017, d'un certificat d'urbanisme en application de l'article L. 410-1 a) du code de l'urbanisme puis, le 4 septembre 2018, d'un certificat d'urbanisme tacite.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
En ce qui concerne le certificat d'urbanisme du 17 juillet 2017 :
Sur la faute :
2. M. et Mme B soutiennent que le maire de Croix-Chapeau a commis une faute en leur délivrant, le 17 juillet 2017, en application de l'article L. 410-1 a) du code de l'urbanisme, un certificat d'urbanisme sans mentionner la possibilité d'un éventuel sursis à statuer sur de futures demandes d'autorisations d'urbanisme et que, dès lors, ils ont acquis ces terrains en pensant qu'ils étaient constructibles alors qu'ils ont été classés en zone agricole par le plan d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté d'agglomération de La Rochelle approuvé le 19 décembre 2019.
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ". Aux termes de l'article L. 424-1 du même code : " Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus () aux articles L. 153-11 () du présent code ". Aux termes de l'article A. 410-4 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme précise () e) Si un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis ; () ".
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction, d'une part, que le débat sur les orientations du projet d'aménagement et développement durables du futur PLUi de la communauté d'agglomération de La Rochelle a eu lieu le 13 octobre 2016 et, d'autre part, que le certificat d'urbanisme délivré aux requérants le 17 juillet 2017 ne mentionnait pas la possibilité pour la commune d'opposer un sursis à statuer à une déclaration préalable ou à une demande de permis de construire. En l'absence d'une telle mention, ce certificat a été pris en méconnaissance des dispositions précitées et il est, par suite, partiellement illégal pour ce motif. Il en résulte que le maire a commis une faute de nature à engager la responsabilité de la commune.
Sur les préjudices :
5. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité et de donner lieu à indemnisation, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain et que soit établi un lien de causalité entre ce dernier et la faute.
6. D'une part, aux termes de l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme : " Les zones à urbaniser sont dites " zones AU ". Peuvent être classés en zone à urbaniser les secteurs destinés à être ouverts à l'urbanisation. / Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone et que des orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement en ont défini les conditions d'aménagement et d'équipement, les constructions y sont autorisées soit lors de la réalisation d'une opération d'aménagement d'ensemble, soit au fur et à mesure de la réalisation des équipements internes à la zone prévus par les orientations d'aménagement et de programmation et, le cas échéant, le règlement. /
Lorsque les voies ouvertes au public et les réseaux d'eau, d'électricité et, le cas échéant, d'assainissement existant à la périphérie immédiate d'une zone AU n'ont pas une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de cette zone, son ouverture à l'urbanisation est subordonnée à une modification ou à une révision du plan local d'urbanisme comportant notamment les orientations d'aménagement et de programmation de la zone. ".
7. D'autre part, aux termes du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Croix-Chapeau alors en vigueur, la zone 1AU est ainsi définie : " Caractéristiques de la zone. Est classé en zone A urbanisée 1AU, un secteur naturel destiné à l'urbanisation où les équipements en périphérie de la zone n'ont pas une capacité suffisante pour desservir l'ensemble des constructions à implanter dans la zone. Zone fermée à l'urbanisation. ". Aux termes de l'article 1AU 1 : " Occupations et utilisations du sol interdites. Les voies publiques et les réseaux d'eau d'électricité existant à la périphérie immédiate de la zone n'ayant pas la capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter dans l'ensemble de la zone, toute construction est interdite. ". Aux termes de l'article 1AU 2 : " Occupations et utilisations du sol soumises à des conditions particulières. L'ouverture à l'urbanisation de cette zone est déterminée par une modification ou une révision simplifiée du PLU. ".
8. Le certificat d'urbanisme du 17 juillet 2017, qui est antérieur à l'acquisition par M. et Mme B des parcelles en cause, mentionnait expressément que celles-ci étaient classées en zone 1AU, laquelle était fermée à l'urbanisation en application des dispositions précitées du règlement du PLU communal. Dans ces conditions, la faute commise par le maire n'a pu avoir pour effet d'induire en erreur les requérants. Les requérants ne peuvent utilement faire valoir à cet égard que les auteurs du PLU communal auraient à tort appliqué à une zone 1AU les dispositions de l'article R. 151-20 du code de l'urbanisme, qui précisent les modalités d'ouverture à l'urbanisation des zones d'urbanisation futures à court et long terme, le classement en zone 1AU de ces parcelles, qui ne disposaient pas de réseaux dans leur périphérie immédiate, étant conforme à ces prescriptions.
En ce qui concerne le certificat d'urbanisme tacite :
9. Les requérants font valoir qu'à la suite de leur demande déposée le 4 juin 2018 au titre de l'article L. 410-1 b) du code de l'urbanisme concernant la création d'un lotissement de huit lots, ils étaient titulaires d'un certificat d'urbanisme opérationnel tacite intervenu le 4 septembre 2018. Toutefois, alors que cette demande a été présentée postérieurement à l'acquisition des parcelles, il résulte de l'instruction qu'un certificat d'urbanisme " opération non réalisable " leur a été régulièrement notifié par le maire de la commune de Croix-Chapeau le 15 septembre 2018, lequel mentionnait que la création d'un tel lotissement était de nature à compromettre l'exécution du futur PLUi et qu'un sursis à statuer serait opposé à toute demande d'autorisation concernant des constructions sur ces terrains en application des articles L. 153-11 et L. 424-1 et suivants du code de l'urbanisme. Par suite, le maire n'a commis à ce titre aucune faute de nature à engager la responsabilité de la commune.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de M. et Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Croix-Chapeau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants sur ce fondement. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme B la somme de 1 200 euros à verser à la commune de Croix-Chapeau au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : M. et Mme B verseront à la commune de Croix-Chapeau la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à la commune de Croix-Chapeau.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
M. Lacaïle, premier conseiller,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. C
Le président,
Signé
A. LE MEHAUTE La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, La greffière en chef par intérim,
Signé
G. FAVARD
N ° 2002101
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026