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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2002154

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2002154

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2002154
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantDUCKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2020, Mme A C, représentée par Me Ducki, demande au tribunal

1°) d'annuler la décision du 7 avril 2020 du directeur général du centre national d'enseignement à distance (CNED) rejetant son recours gracieux contre la décision du 16 janvier 2020 refusant d'annuler son inscription en première année " BTS comptabilité et gestion " ;

2°) de condamner le CNED à lui rembourser l'intégralité de la formation qu'elle a réglée pour un montant total de 1 120 euros ;

3°) de condamner le CNED à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice ;

4°) de mettre à la charge du CNED la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le 14 janvier 2020, elle a sollicité du CNED le remboursement de sa formation au motif, d'une part, qu'elle a dû imprimer elle-même l'intégralité des cours et, d'autre part, qu'elle n'était toujours pas en mesure d'accéder au logiciel CEGID ;

- elle n'a jamais eu accès au logiciel de comptabilité CEGID en raison d'un dysfonctionnement du service en dépit de ses messages adressés au CNED l'informant des problèmes de connexion rencontrés ;

- ainsi, le CNED n'a pas exécuté les obligations inhérentes à la formation qui lui a été vendue en méconnaissance des stipulations de l'article 7.1 des conditions générales de vente ;

- elle n'a pas été en mesure d'accéder au logiciel CEGID, ce qui lui a interdit de travailler la matière et de rendre des devoirs alors qu'elle a été informée en janvier 2020 qu'elle ne pourrait rattraper son retard et se présenter à l'examen ;

- elle a subi un préjudice du fait de la défaillance du CNED dans la mesure où elle a perdu une année de formation et la somme de 1 200 euros qu'elle a acquittée lors de son inscription, son préjudice devant être indemnisé à hauteur de 2 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2022, le CNED conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dépourvue de tout moyen de légalité, que la méconnaissance des stipulations d'un contrat ne peut être utilement invoquée comme moyen de légalité à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé à l'encontre d'une décision administrative et que les conclusions indemnitaires n'ont pas été précédées d'une réclamation préalable ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Plas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C s'est inscrite le 28 octobre 2019 en première année de formation " BTS comptabilité et gestion " auprès du CNED au titre de l'année scolaire 2019-2020 pour un montant de 1 120 euros. Le 14 janvier 2020, elle a sollicité le remboursement intégral de sa formation au motif, d'une part, qu'elle a dû imprimer elle-même l'intégralité des cours et, d'autre part, qu'elle n'était toujours pas en mesure d'accéder au logiciel de comptabilité CEGID. Cette demande a été rejetée par une décision du directeur général du CNED du 16 janvier 2020, qui lui a accordé toutefois un remboursement de 20%, complété par une remise supplémentaire de 10%, et proposé de regarder sa demande comme une cessation anticipée de formation. La requérante demande, à titre principal, l'annulation de la décision du 7 avril 2020 du directeur général du CNED rejetant son recours gracieux contre la décision précitée du 16 janvier 2020 et la condamnation de l'établissement à lui rembourser la somme de 1 120 euros correspondant au montant de son inscription.

Sur les conclusions en annulation :

2. La méconnaissance des stipulations d'un contrat, si elle est susceptible d'engager, le cas échéant, la responsabilité d'une partie vis-à-vis de son co-contractant, ne peut être utilement invoquée comme moyen de légalité à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé à l'encontre d'une décision administrative. Par suite, Mme C ne peut se prévaloir utilement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision attaquée du 7 avril 2020 de la méconnaissance des stipulations du contrat qu'elle a souscrit auprès du CNED au titre de son inscription en première année de " BTS comptabilité et gestion " pour l'année scolaire 2019-2020. Ces conclusions ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les conclusions en remboursement :

3. Pour justifier sa demande de remboursement de sa formation auprès du CNED, Mme C fait valoir que l'établissement n'a pas exécuté ses obligations contractuelles dès lors, d'une part, qu'elle a dû imprimer elle-même l'intégralité des cours dans la mesure où aucun document en version papier ne lui a été adressé et, d'autre part, qu'elle n'était toujours pas en mesure, au 14 janvier 2020, d'accéder au logiciel CEGID nécessaire au suivi des enseignements auxquels elle s'était inscrite.

4. D'une part, aux termes de l'article 3 des conditions générales de vente des formations du CNED applicable en l'espèce : " Les caractéristiques et descriptifs de chaque formation, et le cas échéant, les conditions administratives, pédagogiques et les périodes d'inscription, sont précisées dans les documentations spécifiques à chaque formation et sur le site Cned.fr. () ". Aux termes de l'article 7.1 des mêmes conditions : " Suite à son inscription, l'inscrit reçoit les identifiants nécessaires pour accéder à son espace de formation et bénéficier des contenus et services (). "

5. La documentation spécifique à la formation à laquelle Mme C s'est inscrite pour l'année scolaire 2019-2020, qui lui était accessible sur le site du CNED à compter du 5 novembre 2019 après réception de son identifiant personnel, précisait qu'il s'agissait d'une " formation en e-learning " se déroulant " sur une plateforme en ligne (Moodle) accessible via cned.fr ", cette plateforme lui donnant accès à des ressources pédagogiques constituées de cours, d'applications, d'exercices et d'évaluations, à des corrections électroniques, ainsi qu'à un forum d'échanges à distance entre étudiants et avec contacts individuels et enfin à un guidage aux fins d'assistance. Par ailleurs, le message de confirmation d'inscription adressé par le CNED à l'intéressée précisait, en ce qui concerne la mise à disposition des documents pédagogiques, que " la formation se déroule en ligne " et que " les documents pédagogiques (cours, applications, évaluations) sont téléchargeables sur votre site de formation, au fur et à mesure de leur disponibilité ". Ainsi, contrairement à ce que soutient la requérante, le CNED n'était pas tenu de lui adresser l'ensemble du matériel pédagogique correspondant à sa formation sous un format papier.

6. D'autre part, aux termes de l'article 9 des conditions générales de vente précitées : " () Le client dispose d'un délai de 14 jours calendaires à compter de la date de validation de l'inscription pour se rétracter. () ". Aux termes de l'article 10 de ces mêmes conditions : " () Si la demande de cessation anticipée est acceptée, il restera à la charge du client : () - 80% du montant total dû pour toute interruption intervenant dans les 15 jours calendaires qui suivent l'expiration du délai de 15 jours ci-dessus (soit une diminution de 20% du montant total dû) (). "

7. En l'espèce, Mme C a souscrit son inscription le 28 octobre 2019 et celle-ci a été enregistrée par les services du CNED le 5 novembre suivant. Dès lors, le délai de rétractation prévu par l'article 9 précité était expiré lorsqu'elle a, par message du 14 janvier 2020, indiqué qu'elle souhaitait annuler son inscription et demandé le remboursement de la somme de 1 120 euros acquittée à cette occasion.

8. Enfin, au soutien de sa demande de remboursement intégral du coût de la formation, la requérante fait valoir que le CNED n'a pas rempli les obligations qui lui incombaient en raison des dysfonctionnements importants de sa plate-forme en ligne, caractérisés par l'impossibilité d'accéder au logiciel de comptabilité CEGID, ce qui lui a interdit de travailler la matière et de rendre des devoirs. Toutefois, si les pièces versées à l'instance permettent d'établir en effet l'existence des dysfonctionnements rencontrés du 13 novembre 2019 au 14 janvier 2020 par Mme C pour accéder au logiciel CEGID, ces dysfonctionnements sont en revanche insuffisants pour caractériser le mauvais fonctionnement permanent allégué de la plate-forme en ligne du CNED, alors qu'il résulte de l'instruction, d'une part, que la formation en cause comprend des enseignements pour un volume annuel total de 1 098 heures, dont seulement 108 heures d'ateliers professionnels à l'aide du logiciel CEGID et, d'autre part, ainsi qu'il a été dit plus haut, qu'une réduction totale de 30% de la somme due a été accordée à l'intéressée, laissant seulement à sa charge la somme de 854 euros.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander un remboursement total ou supplémentaire de la somme ainsi laissée à sa charge par le CNED.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. L'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

11. Mme C demande la condamnation du CNED à lui verser la somme de 2 000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de la défaillance de l'établissement, dans la mesure où elle a perdu une année de formation et la somme de 1 200 euros qu'elle a acquittée lors de son inscription. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas allégué par la requérante qu'une demande en ce sens aurait été adressée à l'administration sur ce fondement, ni préalablement à la présente instance, ni au cours de celle-ci. Par suite, ces conclusions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CNED, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme C sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au Centre national d'enseignement à distance.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Lemoine, président,

M. Lacaïle, premier conseiller,

M. Bureau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. B

Le président,

Signé

A.LE MEHAUTELe greffier d'audience,

Signé

JP. CHANTECAILLE

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, La greffière en chef par intérim,

Signé

G. FAVARD

N ° 2002154

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