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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2002623

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2002623

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2002623
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP DENIZEAU - GABORIT - TAKHEDMIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 octobre 2020, Mme B A, représentée par Me Souet, demande au tribunal :

1°) de condamner la chambre de métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine à lui verser la somme de 5 562,20 euros en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi en raison des fautes commises dans la gestion de sa situation administrative ;

2°) de mettre à la charge de la chambre de métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la chambre de métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité, d'une part, en maintenant son salaire au cours des périodes d'arrêt de travail comprises entre le 11 février et le 23 mai 2019, ce qui a généré un trop-perçu de rémunération et, d'autre part, en engageant tardivement une procédure de licenciement pour inaptitude physique ;

- ces fautes dans la gestion de sa situation administrative lui ont causé un préjudice financier qu'elle évalue à la somme de 5 562,20 euros correspondant au montant du trop-perçu mis à sa charge par son employeur.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 décembre 2020, la chambre de métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine, venant aux droits de la chambre de métiers et de l'artisanat des Deux-Sèvres, représentée par Me Bardoul, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que sa responsabilité n'est pas engagée dès lors qu'elle n'a commis aucune faute dans la gestion de la situation administrative de la requérante.

Par un courrier du 21 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'indemnisation du préjudice résultant du versement fautif d'indemnités journalières sur la période comprise entre le 11 février et le 23 mai 2019.

Un mémoire présenté par la chambre des métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine a été enregistré le 26 juin 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, intervenue trois jours francs avant l'audience en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Une note en délibéré présentée pour Mme A a été enregistrée le 30 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 ;

- le statut du personnel administratif des chambres de métiers et de l'artisanat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Brunet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée en qualité d'assistante administrative par la chambre de métiers et de l'artisanat des Deux-Sèvres, aux droits de laquelle vient la chambre de métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine, au mois de mars 2005, puis titularisée le 1er janvier 2013. Placée en congé parental d'éducation du 27 octobre 2015 au 30 novembre 2018, l'intéressée s'est trouvée dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions pour raisons de santé et a été placée en arrêt de travail du 11 février au 23 mai 2019. Son employeur lui a versé des indemnités journalières au cours de sa période d'arrêt de travail. Le 4 mai 2019, Mme A a été reçue en visite de pré-reprise par le médecin du travail avant d'être déclarée inapte de manière totale et définitive à toutes fonctions le 24 mai 2019. Après l'avoir convoquée à un entretien préalable le 14 août 2019, la chambre des métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine a prononcé son licenciement pour inaptitude physique définitive par une décision du 23 septembre 2019. Par un courrier du 2 octobre 2019, cet établissement l'a informée qu'elle était redevable de la somme de 5 562,20 euros correspondant aux indemnités journalières qui lui ont été versées au titre de la subrogation de paiement. La demande préalable adressée par Mme A, par un courrier du 21 juillet 2020, a été implicitement rejetée. Mme A demande au tribunal de condamner la chambre de métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine à lui verser la somme de 5 562,20 euros en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi en raison des fautes commises dans la gestion de sa situation administrative.

Sur la compétence de la juridiction administrative s'agissant du préjudice résultant du versement fautif d'indemnités journalières :

2. D'une part, aux termes du I de l'article 48 du statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat, dans sa rédaction applicable au litige : " En cas de maladie ou d'accident mettant l'agent dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, il est de droit mis en congé. () / L'agent en congé pour maladie ou accident bénéficie : 1) pendant trois mois de la différence entre ses émoluments et le montant de l'indemnité journalière qui lui est effectivement versée par la sécurité sociale ; / 2) pendant les trois mois suivants, de la moitié de cette différence. / En cas de congés successifs, ces avantages cessent dès que l'agent totalise, pendant douze mois consécutifs, six mois d'interruption de travail pour maladie ou accident ayant donné lieu aux indemnités prévues ci-dessus. Pour déterminer les droits de l'agent lors de chaque arrêt de travail, il y a lieu de prendre en considération les indemnités versées au titre des 1 et 2 ci-dessus pendant les douze mois précédant la date dudit arrêt ".

3. D'autre part, selon les articles L. 321-1 et suivants du code de la sécurité sociale, l'assurance maladie comporte pour l'assuré social le droit au versement d'indemnités journalières s'il se trouve dans l'incapacité physique d'exercer ses activités professionnelles constatée par le médecin traitant, notamment du fait de maladie. Aux termes de l'article L. 161-9 du même code : " En cas de reprise du travail, les personnes bénéficiaires () du congé parental d'éducation prévu à l'article L. 122-28-1 du code du travail, retrouvent leurs droits aux prestations en espèces de l'assurance maladie, maternité, invalidité et décès, pendant une période fixée par décret. / En cas de non-reprise du travail à l'issue du congé parental d'éducation, en raison d'une maladie ou d'une nouvelle maternité, les personnes retrouvent leurs droits aux prestations en espèces du régime antérieur au congé parental d'éducation dont elles relevaient. Ces dispositions s'appliquent pendant la durée de l'arrêt de travail pour cause de maladie ou du congé légal de maternité postérieur au congé parental () ". Aux termes de l'article R. 323-11 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " () La caisse primaire de l'assurance maladie n'est pas fondée à suspendre le service de l'indemnité journalière lorsque l'employeur maintient à l'assuré, en cas de maladie, tout ou partie de son salaire ou des avantages en nature, soit en vertu d'un contrat individuel ou collectif de travail, soit en vertu des usages, soit de sa propre initiative. / Toutefois, lorsque le salaire est maintenu en totalité, l'employeur est subrogé de plein droit à l'assuré, quelles que soient les clauses du contrat, dans les droits de celui-ci aux indemnités journalières qui lui sont dues. / Lorsque, en vertu d'un contrat individuel ou collectif de travail, le salaire est maintenu en totalité ou en partie sous déduction des indemnités journalières, l'employeur qui paie tout ou partie du salaire pendant la période de maladie sans opérer cette déduction est subrogé de plein droit à l'assuré dans ses droits aux indemnités journalières pour la période considérée, à condition que le salaire maintenu au cours de cette période soit au moins égal au montant des indemnités dues pour la même période. / Dans les autres cas, l'employeur est seulement fondé à poursuivre auprès de l'assuré le recouvrement de la somme correspondant aux indemnités journalières, dans la limite du salaire maintenu pendant la même période. () ".

4. Enfin, les articles L. 142-1 à L. 142-3 du code de la sécurité sociale attribuent compétence au juge judiciaire pour connaître des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale. En ce qui concerne les fonctionnaires ou agents de l'Etat ou des collectivités publiques, le critère de la compétence des organismes de sécurité sociale est lié, non à la qualité des personnes en cause, mais à la nature même du différend.

5. Il résulte des dispositions du code de la sécurité sociale citées aux points 3 et 4 que les indemnités journalières prévues aux articles L. 321-1 et suivants du code de la sécurité sociale, qui ne résultent pas de l'application de dispositions statutaires spécifiques aux personnels des chambres de métiers et de l'artisanat, sont des prestations du régime spécial de sécurité sociale applicable à ceux-ci. Par suite, il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire, à qui il incombe de connaître des contestations relatives au contentieux de la sécurité sociale, de statuer sur les éventuelles illégalités fautives entachant les décisions des autorités administratives se prononçant sur les droits ouverts aux ressortissants de ce régime.

6. Il résulte du principe rappelé au point précédent que le versement des indemnités susceptibles d'être octroyées en application des dispositions citées au point 3 ressortit à la seule compétence de la juridiction judiciaire. Par suite, les conclusions de Mme A tendant à la condamnation de la chambre des métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine à l'indemniser du préjudice subi résultant du versement fautif d'indemnités journalières par voie de subrogation de la CPAM des Deux-Sèvres durant ses périodes de congé pour cause de maladie entre le 11 février et le 23 mai 2019 relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître, en tant qu'elle tend à la réparation du préjudice subi du fait du versement fautif d'indemnités journalières par son employeur.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation du préjudice résultant du retard fautif dans l'engagement de la procédure de licenciement :

8. D'une part, aux termes de l'article 40 du statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat, dans sa rédaction issue de l'avis de la CPN 52 du 26 mars 2019, publié au Journal officiel de la République française du 30 mai 2019 : " Le licenciement résulte : () / - du fait que l'agent cesse de remplir une des conditions spécifiées à l'article 7 notamment au regard de son aptitude physique (art 48-III) () ". Aux termes du III de l'article 48 du même statut : " () L'agent qui, avant le terme des trois ans de congé continus ou successifs pour cause de maladie ou d'affection de longue durée ou d'accident, fait l'objet d'un avis d'inaptitude définitive à l'emploi occupé établi par le médecin du travail en application des dispositions de l'article D. 4624-47 du code du travail, peut être reclassé sur un emploi susceptible de lui correspondre ou licencié pour inaptitude physique ou, s'il en remplit les conditions, admis à la retraite. Par ailleurs, l'agent qui, avant le terme de ces droits à congé, fait l'objet d'un avis d'inaptitude définitive à tout emploi, établi par le médecin du travail, en application des dispositions de l'article D. 4624-47 du code du travail, est licencié pour inaptitude physique ou, s'il en remplit les conditions, admis à la retraite. / A compter de la demande de reclassement de l'agent pour inaptitude, l'employeur a un délai de trois mois, pour proposer un reclassement à l'agent. / Passé ce délai, si l'agent déclaré inapte n'est pas reclassé ou s'il n'est pas licencié, l'employeur lui verse, le traitement correspondant à l'emploi que celui-ci occupait et à son positionnement dans la grille indiciaire avant la déclaration d'inaptitude établie par le médecin du travail () ".

9. D'autre part, aux termes de l'article 44 du même statut : " - I - En cas de licenciement, l'agent titulaire bénéficie d'une indemnité de licenciement. La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la rémunération mensuelle indiciaire brute. (). / 3) En cas de licenciement pour inaptitude physique, l'indemnité de licenciement est égale aux trois quarts de la rémunération servant de base définie au premier alinéa multipliée par le nombre d'années de service en tenant compte des mois de service accomplis au-delà des années pleines, dans les établissements mentionnés à l'article 1er valables, pour la retraite, sans que le nombre d'années retenues pour ce calcul puisse être supérieur à vingt-quatre () ".

10. Il résulte de l'instruction que le licenciement pour inaptitude physique de Mme A a été prononcé par une décision du 23 septembre 2019 après que l'intéressée a été convoquée à un entretien préalable le 14 août par un courrier du 30 juillet 2019. S'il est constant que la chambre de métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine a tenté, au préalable, de procéder au reclassement de l'intéressée dans le réseau des chambres des métiers et de l'artisanat en sollicitant à cet effet différentes chambres consulaires alors que le médecin du travail l'avait déclarée inapte à ses fonctions et avait écarté toute possibilité de reclassement dans son avis du 24 mai 2019, il résulte du courrier du 2 octobre 2019 produit en défense que Mme A a bénéficié du versement intégral de sa rémunération par la chambre des métiers et de l'artisanat dès le 24 mai 2019 et ce, jusqu'à la date du prononcé de son licenciement. Par conséquent, l'intéressée n'a subi aucune perte financière entre la date à laquelle elle a été déclarée inapte de manière totale et définitive à toutes fonctions et le prononcé de son licenciement. Dans ces conditions, il n'existe aucun de lien de causalité direct et certain entre la date à laquelle est intervenu le licenciement de la requérante, à le supposer tardif, et le préjudice allégué de 5 562,20 euros qu'elle invoque, lequel trouve sa cause non dans la décision de licencier l'intéressée mais dans le maintien intégral de sa rémunération sur la période d'arrêt de travail comprise entre le 11 février et le 23 mai 2019, soit à une date antérieure à laquelle il a été décidé d'engager une procédure de licenciement à son égard. Il s'ensuit que les conclusions par lesquelles Mme A demande l'indemnisation du préjudice matériel qu'elle estime avoir subi doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. D'une part, dès lors que la présente instance n'a donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées pour Mme A à ce titre doivent être rejetées.

12. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la chambre de métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine qui n'est pas, dans le cadre de la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la chambre de métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine sur le fondement des mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître en tant qu'elle tend à la condamnation de la chambre des métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine à l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait du versement fautif d'indemnités journalières durant ses périodes de congé pour cause de maladie entre le 11 février et le 23 mai 2019.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la chambre de métiers et de l'artisanat de Nouvelle-Aquitaine.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Laclautre, conseillère,

Mme Bréjeon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

N. C La présidente,

Signé

S. BRUSTONLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la préfète de région Nouvelle-Aquitaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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