jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2003109 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BERTRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 21 et 23 décembre 2020 et 22 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Bertrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2020 par laquelle la directrice des ressources humaines du site d'Angoulême-Ruelle de la société Naval Group a rejeté sa demande du 2 octobre 2020 sollicitant sa nomination dans le groupe T6bis avec effet au 1er janvier 2011 ;
2°) de condamner cette société à lui verser la somme de 21 104 euros à titre de dommages et intérêts correspondant à la perte de rémunération qu'elle a subie en raison d'une inégalité de traitement dont elle estime avoir été victime suite à sa nomination tardive dans le groupe T6bis ;
3°) de mettre à la charge de la société Naval Group la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a été nommée dans le groupe T6bis que très récemment, après 9 ans d'ancienneté dans le groupe T6 contre 6 ans en moyenne pour ses collègues masculins, et a obtenu son avancement au groupe T6 en 2010 avec un délai supérieur à ces mêmes collègues ou même à la moyenne générale du déroulement de carrière d'un technicien à statut ouvrier, soit après 17 ans en T5B contre 14 ans en moyenne, alors que la moyenne d'avancement est un critère important de choix ;
- elle a été victime de discrimination dès lors que ses collègues masculins occupent des fonctions identiques, leur ancienneté ainsi que leur âge étant comparables ;
- alors que ses entretiens annuels d'appréciation sont bons, elle a été victime d'une inégalité de traitement au regard de la situation de ses collègues masculins qui s'est traduite par une perte de rémunération ;
- elle aurait dû être nommée dans le groupe TBbis depuis le 1er janvier 2011 et a subi une perte de rémunération dont elle demande l'indemnisation à hauteur de 21 104 euros.
Par des mémoires en défense enregistré les 14 janvier 2022 et 23 avril 2022, la société Naval Group conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés et, à titre subsidiaire, que l'indemnité à laquelle Mme C pourrait prétendre ne saurait excéder 17 600 euros dès lors que le passage d'un groupe à un autre représente 5,5% d'augmentation en moyenne.
La clôture de l'instruction a été fixée au 27 avril 2022 par ordonnance du 24 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;
- l'instruction n° 311293/ARM/SGA/DRH-MD du 3 août 2017 relative aux conditions d'avancement des ouvriers de l'Etat du ministère des armées ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Plas, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a été recrutée en 1987 en qualité de technicienne à statut ouvrier (TSO) du ministère des armées pour y exercer des fonctions d'électronicienne, puis mise à disposition de la société Naval Group à compter du 1er juin 2003, date de la transformation de la direction des constructions navales en société privée. Elle a été nommée dans le groupe T5 bis le 1er juillet 1993 puis dans le groupe T6 le 1er janvier 2010 et, enfin, dans le groupe T6 bis le 1er janvier 2019. Par courrier du 2 octobre 2020, l'intéressée a sollicité sa nomination dans le groupe T6bis avec effet au 1er janvier 2011. Mme C doit être regardée comme demandant, à titre principal, l'annulation de la décision du 27 octobre 2020 par laquelle la directrice des ressources humaines du site d'Angoulême-Ruelle de la société Naval Group a rejeté sa demande.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'indemnisation :
2. D'une part, aux termes de l'article 6 bis de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur: " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leur sexe. / () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 1er de la loi du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations, qui a transposé en droit interne les dispositions de la directive n° 2000/78 du Conseil du 27 novembre 2000 portant création d'un cadre général en faveur de l'égalité de traitement en matière d'emploi et de travail : " Constitue une discrimination directe la situation dans laquelle, sur le fondement de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sa religion, ses convictions, son âge, son handicap, son orientation sexuelle ou son sexe, une personne est traitée de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne l'aura été dans une situation comparable./ Constitue une discrimination indirecte une disposition, un critère ou une pratique neutre en apparence, mais susceptible d'entraîner, pour l'un des motifs mentionnés au premier alinéa, un désavantage particulier pour des personnes par rapport à d'autres personnes, à moins que cette disposition, ce critère ou cette pratique ne soit objectivement justifié par un but légitime et que les moyens pour réaliser ce but ne soient nécessaires et appropriés.() ". Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination au sens de la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
3. D'autre part, aux termes de l'article 1 de l'instruction n° 311293 du 3 août 2017 relative aux conditions d'avancement des ouvriers de l'Etat du ministère des armées : " La présente instruction a pour objet de définir les modalités d'avancement des ouvriers de l'Etat qui s'articulent autour des trois axes suivants : () - le mode d'avancement de groupe et d'échelon () ". Aux termes de l'article 2 de l'instruction : " Cette instruction est applicable () aux ouvriers de l'Etat en fonction : () - mis à disposition de l'entreprise Naval Group ou de ses filiales ; () ". Aux termes de l'article 4.2 de l'instruction : " Les avancements de groupe peuvent être prononcés, après réussite à un examen professionnel ou par la voie du choix. La détermination de ces modes d'avancement est fixée par le directeur d'établissement après avis de la commission d'avancement sous réserve des dispositions ci-après et dans le respect des conditions particulières définies par l'instruction n° 154/ARM/SGA/DRH-MD du 13 janvier 2017 relative à la nomenclature des professions ouvrières. () ". Aux termes de l'article 5.1.1.6 de l'instruction : " Une commission d'avancement est mise en place au sein de chaque établissement de l'entreprise Naval Group et de ses filiales. () ". Il résulte de ces dispositions que l'avancement au choix ne constitue pas un droit et relève d'une appréciation des mérites individuels des candidatures.
4. Les statistiques produites par Mme C, relatives à l'évolution professionnelle entre 1993 et 2018 des techniciens à statut ouvrier exerçant des fonctions d'électronicien dans son établissement d'affectation, font apparaître que celle-ci a bénéficié d'avancements au choix aux groupes T6 et T6bis plus tardifs que ses six collègues masculins. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des différents compte-rendu d'entretiens d'évaluation professionnelle versés à l'instance, que l'intéressée a fait valoir, au titre de l'année 2011, qu'elle ne désirait pas, au regard de son travail actuel, assumer des responsabilités supplémentaires, appréciation qu'elle a réitérée en 2014 en exprimant le souhait d'évoluer " vers un autre poste avec moins de responsabilités ". En outre, le compte-rendu de son évaluation pour 2015 mentionne des difficultés rencontrées dans l'organisation de son travail et celui de 2018 que Mme C est " consciente qu'il lui faut parfaire sa communication pour se retrouver en climat de confiance dans son milieu professionnel ". En outre, la société Naval Group fait valoir, sans être sérieusement contredite, que deux collègues masculins de Mme C ont bénéficié d'avancements avec une ancienneté dans le groupe précédent plus ancienne que la sienne. Par ailleurs, si la requérante soutient qu'elle a assuré pendant 25 ans la conception de matériel électronique avant d'intégrer en octobre 2018 le service des essais et que les appréciations portées sur sa manière de servir au long de sa carrière sont satisfaisantes, la promotion au choix ne constitue pas un droit pour l'agent mais relève d'une appréciation comparée et approfondie des seuls mérites et de la qualité des services des agents promouvables. Dans ces conditions, alors que Mme C ne justifie d'aucun élément de fait suffisamment circonstancié susceptible de faire présumer la discrimination qu'elle invoque, le moyen tiré de la rupture d'égalité de traitement entre agents masculins et féminins doit être écarté.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée du 27 octobre 2020 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce que la société Naval Group soit condamnée à verser à Mme C la somme de 21 1014 euros correspondant à la perte de rémunération qu'elle estime avoir subie suite à sa nomination tardive dans le groupe T6bis doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Naval Group, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société sur le fondement du même article L. 761- 1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la société Naval group présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la société Naval Group.
Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Le Méhauté, président,
M. Lacaïle, premier conseiller,
M. Bureau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. B
Le président,
Signé
A.LE MEHAUTELa greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, La greffière en chef par intérim,
Signé
G. FAVARD
N ° 2003109
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026