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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100005

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100005

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100005
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 janvier 2021, le 6 juillet 2021 et le 31 janvier 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Si do ré, représentée par Me Goimier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction à hauteur de 64 620 euros des cotisations de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 à raison de l'établissement situé 23 rue des Salières à Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime) ;

2°) la restitution de cette somme, assortie des intérêts au taux légal ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration estime que le tarif majoré " distribution de carburant " devait s'appliquer à la taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM) due par l'hypermarché et qu'elle lui refuse, à ce titre, un dégrèvement supplémentaire de 12 138 euros par l'application du tarif majoré de 35,70 euros/m², en lieu et place du tarif de 34,12 euros/m² ; sa station-service et son hypermarché sont situés sur deux sites différents au sens de l'article L. 752-3 du code de commerce auquel renvoie les dispositions du 9ème alinéa de l'article 3 la loi du 13 juillet 1972, dès lors que la disposition des lieux fait obstacle à ce que la même clientèle se rende de l'un à l'autre des deux établissements ; les deux bâtiments sont séparés par une voie de circulation et une dizaine de bâtiments appartenant à des tiers qui constituent un obstacle à la circulation de la clientèle entre les deux commerces ; les entrées respectives des deux ensembles immobiliers sont distantes de plusieurs centaines de mètre et pas en face l'une de l'autre ; aucune modalité de communication entre les deux magasins ne permet à la clientèle de circuler de l'un à l'autre.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 juin 2021, le 20 août 2021 et le 28 juin 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement de 52 482 euros prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- en dégrevant partiellement la taxe sur les surfaces commerciales due au titre des années 2018 et 2019, l'administration a accepté d'exclure le chiffre d'affaire de la station-service et la majoration de surface de l'assiette de la TASCOM de l'hypermarché ;

- les moyens soulevés par la SAS Si do ré ne sont pas fondés.

Par un courrier du 30 novembre 2022, le président de la formation de jugement a informé la société requérante qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative le tribunal était susceptible de fonder sa décision sur un moyen relevé d'office et tiré de ce qu'en l'absence de litige né et actuel opposant la requérante au comptable en ce qui concerne le remboursement de la somme prélevée assortie des intérêts au taux légal, les conclusions tendant au remboursement de cette somme sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972 ;

- le code de commerce ;

- le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée devant une formation collégiale de jugement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Suire, représentant la SAS Si do ré.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Si do ré exploite à Saint-Martin-de-Ré (Charente-Maritime) un magasin hypermarché, situé 23 rue des Salières, et une station-service sous la même enseigne commerciale. La station-service, précédemment située dans le prolongement du parking de l'hypermarché, a été déplacée à compter du 20 septembre 2017 au 10, 12 et 12 A de la rue du Vieux Marais, à environ 150 mètres de son ancien emplacement. Dans ses déclarations de taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM), la SAS Si do ré a, pour les années 2018 et 2019, inclus l'intégralité du chiffre d'affaires réalisé par la station-service en 2017 et 2018 dans celui de l'hypermarché, majoré la surface de cet hypermarché prise en compte pour l'assiette de cette taxe de 70 mètres carrés par position de ravitaillement de la station-service et a appliqué la majoration de taux " carburant " de 35,70 euros/m², en lieu et place du tarif ordinaire de 34,12 euros/m². Par une réclamation du 22 novembre 2019, la SAS Si do ré a demandé à l'administration fiscale la rectification de ces trois erreurs ainsi que, par voie de conséquence, la réduction, à hauteur de 64 620 euros, de la TASCOM à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019. Par une décision du 6 novembre 2020, l'administration fiscale a rejeté cette demande. La SAS Si Do Ré demande la réduction de ces impositions.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 21 juin 2021, postérieure à l'introduction de la requête, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne a dégrevé de 26 241 euros chacune les impositions litigieuses en acceptant d'exclure le chiffre d'affaire de la station-service de celui de l'hypermarché et de ne pas tenir compte de la majoration de surface de l'hypermarché par position de ravitaillement de la station-service. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en réduction de ces impositions à hauteur de la somme totale de 52 482 euros.

Sur les conclusions tendant à la restitution des sommes prélevées assorties des intérêts au taux légal :

3. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés ().

4. En l'absence de litige né et actuel opposant la société requérante au comptable, les conclusions de la SAS Si do ré tendant au remboursement de l'imposition litigieuse assortie des intérêts au taux légal sont prématurées et doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions aux fins de réduction :

S'agissant du terrain de la loi fiscale :

5. Aux termes de l'article 3 de la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972 : " Il est institué une taxe sur les surfaces commerciales assise sur la surface de vente des magasins de commerce de détail, dès lors qu'elle dépasse 400 mètres carrés des établissements ouverts à partir du 1er janvier 1960 quelle que soit la forme juridique de l'entreprise qui les exploite ()Pour les établissements dont le chiffre d'affaires au mètre carré est supérieur à 12 000 €, le taux [de cette taxe] est fixé à 34, 12 €. / (), le(s) taux mentionné(s) à l'alinéa précédent [est] () porté(s) à () 35, 70 € lorsque, sur un même site ou au sein d'un ensemble commercial au sens de l'article L. 752-3 du code de commerce :/ ' l'établissement a également une activité de vente au détail de carburants ; / ' ou l'établissement contrôle directement ou indirectement une installation de distribution au détail de carburants ; ' ou l'établissement et une installation de distribution au détail de carburants sont contrôlés directement ou indirectement par une même personne ".

6. L'article L. 752-3 du code de commerce dispose : " I. - Sont regardés comme faisant partie d'un même ensemble commercial, qu'ils soient ou non situés dans des bâtiments distincts et qu'une même personne en soit ou non le propriétaire ou l'exploitant, les magasins qui sont réunis sur un même site et qui / 1° Soit ont été conçus dans le cadre d'une même opération d'aménagement foncier, que celle-ci soit réalisée en une ou en plusieurs tranches ; / 2° Soit bénéficient d'aménagements conçus pour permettre à une même clientèle l'accès des divers établissements ; / 3° Soit font l'objet d'une gestion commune de certains éléments de leur exploitation, notamment par la création de services collectifs ou l'utilisation habituelle de pratiques et de publicités commerciales communes ; / 4° Soit sont réunis par une structure juridique commune, contrôlée directement ou indirectement par au moins un associé, exerçant sur elle une influence au sens de l'article L. 233-16 ou ayant un dirigeant de droit ou de fait commun. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que le taux de la taxe sur les surfaces commerciales d'un établissement est majoré lorsque cet établissement procède, outre son activité commerciale principale, à une activité de vente de carburant au sein d'un ensemble commercial, constitué ou non de bâtiments distincts, situés sur un même site et bénéficiant d'aménagements conçus pour permettre à la clientèle d'accéder aux différents points de vente.

8. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'hypermarché qu'exploite la SAS Si do ré est situé au 23 rue des Salières à Saint-Martin-de-Ré tandis que sa station-service est installée depuis le 20 septembre 2017 aux 10, 12 et 12 A de la rue du Vieux Marais sur cette même commune, à environ 150 mètres de l'hypermarché, sans communication, ni accès commun entre ces deux établissements qui sont désormais séparés par une route et plusieurs commerces et services distincts. Ainsi, cet hypermarché et cette station-service ne peuvent être regardés comme implantés sur le même site au sens des dispositions de l'article L. 752-3 du code de commerce précité. Par suite, en l'absence d'ensemble commercial constitué entre l'hypermarché et la station-service, et quand bien même ces établissements sont contrôlés par la société requérante, l'administration n'est pas fondée à appliquer à l'hypermarché le tarif majoré de 35,70 euros/m², au titre de la distribution de carburant.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, les cotisations de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles la SAS Si do ré a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 à raison de l'établissement situé 23 rue des Salières à Saint-Martin-de-Ré doivent être réduites de 12 138 euros.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à la SAS Si do ré au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer à concurrence des dégrèvements prononcés en cours d'instance par l'administration au titre des années 2018 et 2019, pour un montant total de 52 482 euros.

Article 2 : Les cotisations de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles la SAS Si do ré a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 à raison de l'établissement situé 23 rue des Salières à Saint-Martin-de-Ré sont réduites de 12 138 euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : L'Etat versera à la SAS Si do ré la somme de 1 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Si do ré et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

Y. A

Le président,

Signé

L. CAMPOY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

Signé

G. FAVARD

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