lundi 13 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100319 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CHENEVAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 février 2021 et le 22 mars 2022, M. F D et Mme C B, représentés par Me Rahmani, demandent au tribunal :
1°) de condamner le département de la Charente à leur verser une somme totale de 6 642,72 euros au titre de l'allocation " tiers dignes de confiance ", de l'inscription au collège de M. A et de frais d'optique le concernant ;
2°) de mettre à la charge du département de la Charente une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
-la décision du 14 janvier 2019 de refus d'admission de M. A au titre de l'aide sociale à l'enfance est illégale dès lors que le tribunal pour enfants a reconnu la minorité de M. A pour la période du 14 janvier 2019 au 13 février 2020 ;
-le département a méconnu les dispositions de l'article L. 228-3 du code de l'action sociale et des familles qui lui imposent la prise en charge des frais scolaires et médicaux de M. A, au titre de l'aide sociale à l'enfance ;
-le refus du département méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors qu'il lui appartenait de prendre en charge M. A du fait de sa minorité ;
-ils sont fondés à solliciter du département de la Charente une indemnisation d'un montant total de 6 642,72 euros, au titre d'une allocation " tiers digne de confiance ", qu'ils évaluent à la somme de 5 642 euros pour la période de janvier 2019 au 14 février 2020, au titre de l'inscription scolaire de M. A pour l'année scolaire 2019-2020, et en réparation des frais d'optique qu'ils ont avancés, pour un montant de 92,22 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés le 10 mars 2022 et le 2 février 2023, le département de la Charente, représenté par Me Cheneval, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'il n'a commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cheneval, représentant le département de la Charente.
Considérant ce qui suit :
1. M. G A, ressortissant guinéen présumé né le 15 novembre 2002, a déclaré être arrivé en France, à Angoulême, le 27 août 2018. Il a été immédiatement pris en charge par le service d'aide sociale à l'enfance du département de la Charente dans le cadre de l'accueil d'urgence. Après un passage au centre départemental de l'enfance, un appartement lui a été attribué jusqu'au 14 janvier 2019, date à laquelle le département a pris un arrêté de refus d'admission au titre de l'aide sociale à l'enfance, à l'issue de son évaluation sociale, au motif que M. A aurait en réalité été majeur. M. A a saisi le 1er mars 2019 le juge des enfants afin de contester cette décision. Par un jugement du 14 février 2020, le juge des enfants a ordonné le placement de M. A chez M. D et Mme B, en leur qualité de tiers dignes de confiance, à compter du jour du jugement et jusqu'à sa majorité, en se fondant sur l'état de minorité de M. A. Par une ordonnance en assistance éducative du 9 mars 2020, les requérants ont reçu le pouvoir de signer les documents susceptibles de concerner M. A en matière de scolarité et de formation, de contrat d'apprentissage, d'inscription à un club de sport et d'ouverture d'un compte bancaire au nom et pour le compte d'un mineur. Par un courrier du 31 août 2020, les requérants ont demandé au département de la Charente le versement d'une somme de 5 642 euros, à parfaire, au titre de l'allocation due aux tiers dignes de confiance pour la période de janvier 2019 à février 2020, le règlement de la somme de 908,50 euros correspondant à l'inscription scolaire de M. A, et de 92,22 euros au titre de frais d'optique. Par un courrier du 7 décembre 2020, le département de la Charente a rejeté cette demande, au motif que les requérants n'ont été désignés tiers dignes de confiance qu'à compter du 14 février 2020, date du jugement en assistance éducative. Par leur requête, les requérants doivent être regardés comme demandant la condamnation du département de la Charente à leur verser la somme totale de 6 642,72 euros, correspondant aux sommes précitées, en raison de l'illégalité fautive qu'il a commise.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / () 4° Pourvoir à l'ensemble des besoins des mineurs confiés au service et veiller à leur orientation () ". L'article L. 222-5 du même code dispose que : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () / 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil, des articles 375-5 () du même code ". L'article L. 223-2 de ce code prévoit que : " Sauf si un enfant est confié au service par décision judiciaire ou s'il s'agit de prestations en espèces, aucune décision sur le principe ou les modalités de l'admission dans le service de l'aide sociale à l'enfance ne peut être prise sans l'accord écrit des représentants légaux ou du représentant légal du mineur ou du bénéficiaire lui-même s'il est mineur émancipé. / En cas d'urgence et lorsque le représentant légal du mineur est dans l'impossibilité de donner son accord, l'enfant est recueilli provisoirement par le service qui en avise immédiatement le procureur de la République. / () / Si, dans le cas prévu au deuxième alinéa du présent article, l'enfant n'a pas pu être remis à sa famille ou le représentant légal n'a pas pu ou a refusé de donner son accord dans un délai de cinq jours, le service saisit également l'autorité judiciaire en vue de l'application de l'article 375-5 du code civil () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 375 du code civil : " Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public () ". L'article 375-1 du même code dispose que : " Le juge des enfants est compétent, à charge d'appel, pour tout ce qui concerne l'assistance éducative () ". L'article 375-3 du même code prévoit que : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : () 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () ". Aux termes de l'article 375-5 de ce code : " A titre provisoire mais à charge d'appel, le juge peut, pendant l'instance, soit ordonner la remise provisoire du mineur à un centre d'accueil ou d'observation, soit prendre l'une des mesures prévues aux articles 375-3 et 375-4. / En cas d'urgence, le procureur de la République du lieu où le mineur a été trouvé a le même pouvoir, à charge de saisir dans les huit jours le juge compétent, qui maintiendra, modifiera ou rapportera la mesure () ".
4. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il est saisi par un mineur d'une demande d'admission à l'aide sociale à l'enfance et que le ou les représentants légaux de celui-ci ne sont pas en mesure, notamment en raison de leur éloignement géographique, de donner leur accord à cette admission, le président du conseil départemental peut seulement, au-delà de la période d'accueil provisoire de cinq jours prévue par l'article L. 223-2 du code de l'action sociale et des familles, décider de saisir l'autorité judiciaire, mais ne peut en aucun cas décider d'admettre le mineur à l'aide sociale à l'enfance sans que l'autorité judiciaire ne l'ait ordonné. Si le président du conseil départemental refuse de saisir l'autorité judiciaire, notamment lorsqu'il estime que le jeune a atteint la majorité, celui-ci peut saisir le juge des enfants en application de l'article 375 du code civil. L'existence de cette voie de recours permet à un mineur d'obtenir du juge qu'il ordonne son admission à l'aide sociale à l'enfance, y compris à titre provisoire pendant l'instance, sans que son incapacité à agir en justice ne puisse lui être opposée.
5. Les requérants soutiennent que, par son jugement en assistance éducative du 14 février 2020, qui ordonne le placement de M. A auprès d'eux en leur qualité de tiers dignes de confiance jusqu'à sa majorité, le juge des enfants près le tribunal judiciaire d'Angoulême a reconnu la minorité de ce jeune, impliquant une prise en charge rétroactive, par le département, de M. A au titre de l'aide sociale à l'enfance, depuis le 14 janvier 2019, date à laquelle le président du département de la Charente a décidé que M. A ne relevait pas du dispositif de la protection de l'enfance, en raison de sa majorité. Toutefois, il résulte du jugement en assistance éducative du 14 février 2020 que, malgré la requête de M. D et de Mme B tendant à ce que le juge des enfants ordonne, dans l'attente de l'audition de M. A, son placement rétroactif auprès de l'aide sociale à l'enfance de la Charente, le juge n'a ordonné son placement, jusqu'à sa majorité, chez les requérants, en leur qualité de tiers dignes de confiance, qu'à compter de la date de son jugement. Ainsi, cette décision de justice fait obstacle à la prise en charge, par le département de la Charente, de M. A au titre de l'aide sociale à l'enfance, antérieurement au 14 février 2020. A cet égard, quand bien même les requérants auraient engagé des dépenses de scolarité et de santé au profit de M. A entre le mois de janvier 2019 et le 14 février 2020, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du refus du département de prendre en charge M. A au titre de l'aide sociale à l'enfance et d'accorder aux requérants une allocation en leur qualité de tiers dignes de confiance, antérieurement à la date du jugement en assistance éducative précité.
6. L'article 3-1 de convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. En refusant de verser aux requérants les sommes qu'ils lui réclament pour l'entretien et l'éducation de M. A entre le mois de janvier 2019 et le 14 février 2020, soit pour la période déjà écoulée, le département de la Charente n'a pas davantage porté atteinte à l'intérêt supérieur de M. A.
8. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'illégalité fautive susceptible d'engager la responsabilité du département, les conclusions de M. D et de Mme B tendant à la condamnation du département de la Charente à leur verser une somme totale de 6 642,72 euros doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Charente, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. D et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par le département de la Charente au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D et de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du département de la Charente présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et Mme C B, ainsi qu'au département de la Charente.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
La présidente,
Signé
S. BRUSTONLa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026