vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100327 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | JUFFROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2021, La SARL Cointet et associés, représentée par la SELURL SBA, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Saint-Michel à lui verser la somme de 24 475 euros hors taxes à titre d'indemnité d'imprévision à raison des charges extracontractuelles qu'elle a dû assumer dans le cadre de l'exécution du marché de maîtrise d'œuvre portant sur les travaux de réhabilitation partielle de la Cité scolaire ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Michel la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est fondée à invoquer la théorie de l'imprévision, dès lors que les conséquences de la pandémie de covid-19 sont anormales, imprévisibles et indépendantes de la volonté des parties ;
- elle n'a pas refusé de continuer d'assurer sa mission, mais était dans l'impossibilité de contrôler à distance les travaux des locateurs d'ouvrage, dans la mesure où les préconisations de l'organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics n'avaient ni été mises en place, ni validées par la commune, la maîtrise d'œuvre et le coordonnateur sécurité et protection de la santé (SPS) ;
- les mesures de confinement national ont bouleversé les conditions d'exécution du contrat et en ont allongé la durée à hauteur de sept mois supplémentaires ;
- la clause 7.6 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) permettait de tenir compte des modifications de phasage et des délais de réalisation des études et des travaux ;
- le préjudice financier de la société requérante s'élève à 24 475 euros hors taxes et la met dans une situation préjudiciable, dans la mesure où elle a dû à continuer à assurer ses missions sans rémunération ;
- le préjudice financier se subdivise en une perte de 17 475 euros hors taxes au titre de la phase de direction et d'exécution des travaux (DET) et en une perte de 7 000 euros hors taxes au titre de la mission d'ordonnancement, pilotage et coordination (OPC), correspondant à un allongement de sept mois de ces deux phases, dans la mesure où les missions DET et OPC devaient s'achever au mois de juillet 2020, mais se sont finalement achevées le 30 avril 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2022, la commune de Saint-Michel, représentée par Me Juffroy conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SARL Cointet et associés la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conditions d'application de la théorie de l'imprévision ne sont pas réunies, dès lors que la requérante n'est pas en mesure de justifier d'un déficit d'exploitation au moyen d'éléments précis et étayés, et ce d'autant plus qu'elle a sous-traité certaines missions comme la mission OPC, et qu'elle n'établit ni n'allègue qu'elle aurait contrôlé davantage de situations dans le cadre du nouveau calendrier de travaux ;
- la condition d'extériorité n'est pas non plus remplie, dès lors que le calendrier de travaux a également été allongé du fait de la position de la requérante, qui s'est opposée à la reprise des travaux sans justifier de risques irréfutables ou d'une impossibilité avérée, tandis que le coordonnateur SPS et l'organisme gérant la mission OPC y étaient favorables ;
- la requérante ne peut pas justifier qu'elle a travaillé gracieusement pour exécuter ce marché du fait du rallongement de la période de travaux qui, en tout état de cause, est rémunéré de manière forfaitaire ;
- le montant demandé par la requérante au titre de l'imprévision, à savoir 24 475 euros hors taxes, correspond à une rémunération supplémentaire liée à l'allongement de la durée des travaux et ne correspond en aucun cas à un déficit d'exploitation ;
- la requérante ne peut utilement se prévaloir, dans le cas d'espèce, des sujétions techniques imprévues qui constituent une notion autonome de la théorie de l'imprévision, dès lors que la crise sanitaire ne saurait constituer un aléa technique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pipart,
- les conclusions de Mme Thévenet-Bréchot, rapporteure publique,
- et les observations de Me Juffroy, représentant la commune de Saint-Michel.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Saint-Michel a confié, le 14 mars 2017, au groupement conjoint composé de la SARL Cointet et associés, mandataire solidaire, de la société C2J et de la société Acoustex, la maîtrise d'œuvre de l'opération de réhabilitation partielle de sa cité scolaire par l'attribution d'un marché n°2-2017 signé et notifié le même jour. Le marché a été conclu pour un montant forfaitaire de 131 900 euros hors taxes, porté à un montant de 134 985,69 euros hors taxes par un avenant n°1 au contrat du 3 septembre 2018. Par un acte de sous-traitance du 29 janvier 2018, la société APMS16 a été acceptée en qualité de sous-traitant par la commune de Saint-Michel, pour la mission OPC, pour un montant maximum de 12.600 euros hors taxes et, à titre partiel, pour la mission DET, pour un montant maximum de 7.400 euros hors taxes. Les travaux devaient initialement s'achever le 13 juillet 2020. Suite aux mesures gouvernementales prises dans le cadre du confinement national, la commune de Saint-Michel a ajourné les travaux par un ordre de service du 25 mars 2020, ces derniers ayant repris le 2 juin 2020, conformément à un ordre de service du 27 mai 2020. Puis, par un ordre de service du 13 juillet 2020, le délai d'exécution des travaux a été reporté au 30 avril 2021. La SARL Cointet et associés a alors adressé, le 30 juin 2020, un courrier électronique, confirmé par un courrier recommandé avec accusé de réception du 9 octobre 2020, réclamant une rémunération complémentaire de 24 475 euros hors taxes au titre de l'imprévision, et ce afin de tenir compte de ce nouveau calendrier. La commune de Saint-Michel a rejeté cette demande par un courrier du 8 décembre 2020. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal de condamner ladite commune à lui verser une indemnité à hauteur de 24 475 euros hors taxes au titre de l'imprévision.
Sur la demande présentée sur le fondement de la théorie de l'imprévision :
2. Dans l'hypothèse où un événement extérieur aux parties, imprévisible au moment de la conclusion du contrat, a pour effet de bouleverser son économie, le titulaire du marché est en droit de réclamer au maître d'ouvrage une indemnité représentant la part de la charge extracontractuelle qu'il a supportée en exécutant les prestations dont il avait la charge. Ainsi, dans le cadre d'une perte financière alléguée, une situation d'imprévision suppose un déficit d'exploitation qui soit la conséquence directe d'un événement imprévisible, indépendant de l'action des cocontractants, ayant entraîné un bouleversement de l'économie du contrat.
3. Il résulte de l'instruction que, si les conséquences de la crise sanitaire, se traduisant par une période de confinement national affectant la réalisation des travaux sont avérées, d'une part, la mission de maîtrise d'œuvre était, selon les termes de l'article 7.6 du cahier des clauses administratives et techniques particulières (CCATP) signé le 7 mars 2017, rémunérée sur une base forfaitaire proportionnelle au montant des travaux réalisés et, d'autre part, la SARL Cointet et associés, en se bornant à faire état d'un surcoût de 24 475 euros hors taxes, correspond aux sommes de 17 475 euros hors taxes pour la mission DET et de 7 000 euros hors taxes pour la mission OPC, justifiés, selon elle, par la seule extension de la période de travaux, ne démontre la réalité d'aucune perte financière. Dans ces conditions, les missions de la société requérante n'ayant au demeurant pas été modifiées, elle ne justifie pas d'un bouleversement de l'économie du contrat.
4. Au surplus, si la SARL Cointet et associés soutient que la crise sanitaire constituait un événement extérieur de nature à bouleverser l'économie du contrat, il résulte de l'instruction que, en dépit de ce contexte, celle-ci n'a pas pris toutes les dispositions pouvant permettre l'exécution du contrat, dans la mesure où elle a adopté une position de principe n'autorisant pas la reprise des travaux, alors même que le coordonnateur SPS et le représentant de la mission OPC avaient donné leur accord, et que des mesures alternatives de suivi des travaux auraient pu être envisagées en vue de poursuivre la mission de maîtrise d'œuvre. Par suite, la SARL Cointet et associés ne justifie pas davantage de la condition d'extériorité.
5. Il résulte de ce qui précède que la demande d'indemnisation de la société requérante au titre de la théorie de l'imprévision ne peut qu'être rejetée.
Sur les frais du procès :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Michel, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SARL Cointet et associés demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
7. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article précité, de mettre à la charge de la SARL Cointet et associés une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par la commune de Saint-Michel et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Cointet et associés est rejetée.
Article 2 : La SARL Cointet et associés versera à la commune de Saint-Michel une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Société à responsabilité limitée Cointet et associés et à la commune de Saint-Michel.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bruston, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
R. PIPART
La présidente,
Signé
S. BRUSTON La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026