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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100387

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100387

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100387
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 février 2021 et le 1er mars 2022, la société civile immobilière (SCI) Les deux ailes, représentée par Me Aide, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 ainsi que la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2017 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration a procédé à une évaluation excessive de la base d'imposition de la taxe sur la valeur ajoutée dès lors qu'en application de l'article 268 du code général des impôts et conformément aux instructions administratives 3 A-9-10 du 29 décembre 2010 (paragraphe n° 91) et BOI-TVA-IMM-10-20-10 du 23 janvier 2013 (paragraphe n° 270), elle pouvait inclure, dans le coût total du bien immobilier qu'elle a revendu en 2017 et sur lequel elle a réalisé une marge taxable, un ensemble de charges diverses liées, notamment, à la viabilisation du terrain d'un montant de 109 642 euros ; il en résulte que la base d'imposition doit être réduite à la somme de 298 euros et le montant de la taxe sur la valeur ajoutée dû pour l'exercice 2017 à la somme de 60 euros, au lieu de la somme de 18 820 euros réclamée à ce titre, en droits, par l'administration fiscale ;

- en ce qui concerne les rectifications qui lui ont été notifiées au titre de l'impôt sur les sociétés, elle justifie des charges qu'elle a déduites des bénéfices imposables et justifie, du fait de ces charges, d'un résultat négatif pour l'année 2017 ;

- l'administration n'était pas fondée à appliquer aux impositions en litige la majoration de 40 % dès lors que les rectifications en litige ne résultent pas d'une intention de se soustraire à l'impôt.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 3 août 2021 et le 16 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI Les deux ailes ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Aide, représentant la SCI Les deux ailes.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) Les deux ailes, qui exerce une activité de construction-vente immobilière, est, à ce titre, soumise à l'impôt sur les sociétés et assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Par un acte du 10 mars 2008, elle a acquis auprès d'un particulier, sur la commune de Marçay (Vienne), au lieu-dit " Le Champ des Ouches ", neuf parcelles de terrain à bâtir, cadastrées section H, numéros 313 à 322. Par un acte du 8 novembre 2010, enregistré par le service de la publicité foncière le 28 décembre 2010, elle a réparti les parcelles ainsi achetées en six lots distincts, le lot n° 3 étant entièrement et exclusivement constitué de la parcelle cadastrée section H n°315, d'une superficie de dix hectares et vingt-neuf centiares. Par un acte du 27 novembre 2017, la SCI Les deux ailes a vendu ce terrain, sur lequel elle avait commencé à faire bâtir un immeuble, en déclarant n'avoir réalisé aucune marge imposable à la TVA lors de cette vente. Par une proposition de rectification du 13 août 2020, l'administration fiscale a, d'une part, rappelé la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé la vente de la parcelle susmentionnée à hauteur de 18 820 euros en droits et de 8 732 euros en pénalités, selon la procédure de rectification contradictoire, et, d'autre part, assujetti la société à l'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2017 à concurrence de 18 744 euros en droits et de 8 509 euros en pénalités, selon la procédure d'imposition d'office. La SCI Les deux ailes demande la réduction de ce rappel de TVA et la décharge de cette cotisation d'impôt sur les sociétés.

Sur le rappel de taxe sur la valeur ajoutée :

En ce qui concerne la charge de la preuve et l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. () ". Le rappel de TVA litigieux ayant été tacitement accepté en l'absence de réponse à la proposition de rectification, il appartient à la requérante d'apporter la preuve du caractère exagéré de ce rappel.

3. Aux termes de l'article 257 du code général des impôts : " I. - Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée () 2. Sont considérés : / 1° Comme terrains à bâtir, les terrains sur lesquels des constructions peuvent être autorisées en application d'un plan local d'urbanisme, d'un autre document d'urbanisme en tenant lieu, d'une carte communale ou de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme () ". Selon l'article 268 du même code : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir (), si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : / 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; / 2° D'autre part () : a) () les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain ou de l'immeuble () ". Il résulte de ces dispositions que, dans le cas de revente par lot d'un immeuble ou d'un terrain à bâtir acheté en une seule fois pour un prix global, chaque vente de lot constitue une opération distincte, à raison de laquelle le vendeur doit acquitter une taxe calculée sur la base de la différence entre, d'une part, le prix de vente de ce lot et, d'autre part, son prix de revient estimé en imputant à ce lot une fraction du prix d'achat global de l'immeuble ou du terrain. Pour la détermination du prix d'acquisition des immeubles, qui constitue le second terme de la différence sur laquelle est assise l'imposition à la taxe sur la valeur ajoutée des affaires réalisées par les marchands de biens à l'occasion de la revente d'immeubles précédemment acquis, il y a lieu de retenir la totalité des dépenses qui ont été effectivement exposées en vue d'acquérir l'immeuble dont il s'agit, sans distinguer entre les sommes versées au précédent propriétaire et celles qui ont dû être versées à des tiers, mais à la condition que ces versements aient été stipulés dans l'acte réalisant le transfert de propriété ou soient nécessaires pour que le transfert de propriété soit régulier et opposable aux tiers.

4. Il est constant que, lors de leur acquisition par la SCI Les deux ailes, le 10 mars 2008, les terrains que cette société a allotis par la suite étaient destinés à la construction d'un immeuble d'habitation et que la société requérante a revendu le lot n° 3 en tant que terrain à bâtir. Il résulte de l'instruction que pour calculer le montant de la marge réalisée par la société requérante lors de la revente de ce terrain, le 27 novembre 2017, l'agent vérificateur s'est fondé sur la différence entre, d'une part, le prix d'acquisition du bien correspondant au lot n° 3, tel qu'il figure dans l'acte de vente conclu le 27 novembre 2017, à savoir 15 902 euros, et, d'autre part, le prix hors taxe de cession de ce bien, c'est-à-dire la somme de 110 000 euros, ce dont il résulte une marge taxable de 94 098 euros et un rappel de TVA au taux de 20 % de 18 820 euros.

5. La SCI Les deux ailes demande, quant à elle, la prise en compte, pour le calcul de la marge taxable, de différentes dépenses d'aménagement, des honoraires de bornage ainsi que des dépenses de publicité liées à la vente du terrain, ainsi que différentes taxes acquittées au titre des années 2011 à 2013. Or, d'une part, le montant des dépenses d'étude préalables et celles relatives à des travaux d'aménagement effectués entre l'achat et la revente des immeubles taxés sur la marge sont exclus du second terme prévu par l'article 268 du code général des impôts, dès lors qu'elles n'ont pas été supportées par le marchand sur le fondement de l'acte d'acquisition et qu'elles n'ont pas davantage été nécessaires pour que le transfert de propriété soit régulier et opposable aux tiers, étant, au demeurant, observé que les multiples factures produites par la requérante ne permettent pas, de toute façon, de rattacher spécifiquement les dépenses correspondantes aux seuls travaux et opérations réalisés sur la parcelle en cause. D'autre part, il n'est pas démontré que la facture de bornage produite par la SCI Les deux ailes, qui est la seule dépense susceptible d'être comptabilisée dans le prix d'acquisition, aurait été payée par la société requérante pour la délimitation cadastrale du seul fonds en cause, alors que cette facture a été établie au nom d'une autre société et pour le bornage de plusieurs lots dont la désignation n'est pas précisée. Dans ces conditions, la société requérante ne démontre pas, comme elle en a la charge, que le coût d'acquisition de ce terrain aurait été supérieur au montant que l'administration fiscale a retenu, à bon droit, comme étant le second terme de l'opération définie à l'article 268 du code général des impôts.

En ce qui concerne le bénéfice de la doctrine administrative :

6. Si le paragraphe 91 de l'instruction 3 A-9-10 du bulletin officiel des impôts du 29 décembre 2010 et le paragraphe 270 du bulletin officiel des impôts BOI-TVA-IMM-10-20-10 du 23 janvier 2013 rappellent que doivent être comptabilisées dans le prix d'achat, pour le calcul de la marge, les dépenses supportées par l'acquéreur, cette doctrine, qui exclut d'ailleurs expressément les dépenses ouvrant droit à déduction de taxe sur la valeur ajoutée, ne comporte pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle qui a été faite au point 5. Par suite, la société requérante ne peut utilement s'en prévaloir.

En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :

7. Aux termes de l'article 1729 du CGI : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

8. La SCI Les deux ailes a demandé le 1er février 2016 le dégrèvement de la cotisation des entreprises en faisant valoir qu'elle avait définitivement cessé ses activités le 31 mai 2014, alors qu'elle ne justifie d'aucune démarche en vue de déclarer cette cessation d'activité et qu'elle a réalisé des ventes postérieurement à cette date. En outre, il n'est pas contesté qu'elle n'a pas déclaré son chiffre d'affaires, ni la taxe sur la valeur ajoutée correspondante au titre de deux ventes immobilières réalisées le 17 juillet 2015 et le 18 novembre 2015 d'un montant de 335 000 et 140 000 euros. En dernier lieu, elle a réalisé le 27 novembre 2017, lors de la vente à l'origine du litige, une marge taxable à la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle n'a pas davantage déclarée. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme établissant l'intention de la requérante de se soustraire à l'imposition litigieuse. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a appliqué aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée qu'elle a mis en recouvrement la majoration de 40 % de l'article 1729 du code général des impôts.

Sur les cotisations d'impôt sur les sociétés :

9. D'une part, selon les dispositions de l'article 38-1 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation () 3. Pour l'application des 1 et 2, les stocks sont évalués au prix de revient ou au cours du jour de la clôture de l'exercice, si ce cours est inférieur au prix de revient () ". Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () ".

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. "

11. Pour évaluer à la somme de 83 098 euros le bénéfice imposable réalisé par la SCI Les deux ailes pendant l'exercice 2017, l'agent vérificateur a déduit du chiffre d'affaires, constitué par le prix de revente de l'immeuble en cause (110 000 euros), un montant de charges composé à la fois du prix d'acquisition de cet immeuble (15 902 euros) et d'autres charges évaluées de manière forfaitaire à 11 000 euros. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion de l'instruction de sa réclamation préalable, la SCI Les deux ailes a déposé une déclaration pour l'exercice 2017, qui fait apparaître un déficit de 7 675 euros. Toutefois, si la société requérante invoque, factures à l'appui, les dépenses de notaire et d'architectes ainsi que les travaux de viabilisation et de raccordement effectués sur les parcelles alloties de 2011 à 2013, ces pièces ne sont pas, elles-mêmes, en l'absence de pièces comptables antérieures à 2014, de nature à justifier les sommes comptabilisées dans les charges de l'exercice 2017 et, notamment, la somme de 111 842,54 euros inscrite au titre d'un report " à nouveau " issu de l'exercice précédent. Les liasses fiscales relatives aux exercices 2014 à 2016, jusqu'ici non déposées et produites a posteriori pour les besoins de la cause, sont également dénuées de valeur probante en l'absence de pièces comptables justificatives pour chacun des exercices concernés. Au surplus, si la société requérante produit le tableau d'amortissement de l'emprunt qu'elle a souscrit au crédit agricole pour acheter les terrains qu'elle a revendus, il résulte de ce document que, pour la totalité de la somme empruntée, les intérêts se sont élevés à la somme de 20 512,32 euros, et non à la somme de 40 699 euros comme elle le fait valoir en y ajoutant les intérêts d'un autre emprunt, dont il résulte de son tableau d'amortissement, également produit, qu'il était soldé depuis 2010 et qu'il ne portait plus aucun intérêt. Enfin, en 2017, l'encours restant des intérêts de l'emprunt n'a représenté que la somme de 898,04 euros, le reste des intérêts ayant été acquitté par le paiement des échéances des années antérieures, en sorte que le prix de ce crédit a été soldé à la fin de l'exercice 2017. Dans ces conditions, la société requérante ne démontre pas la réalité des charges et du déficit qu'elle allègue avoir supportés au titre de son exercice 2017 ni, partant, le caractère exagéré de l'évaluation que l'administration fiscale a faite de son bénéfice imposable pour cette même année.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la SCI Les Deux ailes ne peuvent qu'être rejetées, y compris les conclusions qu'elle présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Les deux ailes est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Les deux ailes et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

M. PINTURAULT

Le président,

signé

L. CAMPOYLa greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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