mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100423 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | FALACHO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 février 2021 et le 16 novembre 2022, M. A B, assisté par l'association tutélaire et d'insertion (ATI) agissant en qualité de curatrice de l'intéressé et représenté par Me Falacho, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) des Deux-Sèvres suite à son recours indemnitaire en date du 27 décembre 2019 ;
3°) de condamner la MDPH des Deux-Sèvres à lui verser la somme de 38 353,12 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts en réparation du préjudice que lui a causé la décision de l'exclure de l'établissement et service d'aide par le travail (ESAT) du Tallud ;
4°) de mettre à la charge de la MDPH des Deux-Sèvres une somme de 3 600 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 35 et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la MDPH a commis une faute en décidant de l'exclure de l'ESAT du Tallud ainsi que l'a jugé à deux reprises le tribunal administratif de Poitiers ;
- ses préjudices sont composés d'une perte de revenus pour la somme de 32 493,12 euros, de frais de réclamation et de démarches juridiques pour la somme de 860 euros et d'un préjudice moral pour la somme de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2021, la MDPH des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Falacho, représentant M. B et de Mme D, représentant la MDPH des Deux-Sèvres.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né le 18 septembre 1962, bénéficie depuis 1988 d'une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé. Placé sous curatelle renforcée, il est assisté par l'association tutélaire et d'insertion (ATI). Le 17 septembre 2009 la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) de la Maison départementale des personnes handicapées des Deux-Sèvres (MDPH) l'a admis au sein de l'établissement et service d'aide par le travail (ESAT) du Tallud. Après plusieurs prolongations, il a été mis fin à son maintien dans l'ESAT à compter du 14 septembre 2017 en raison de son état de santé et des difficultés rencontrées dans son travail. Par un jugement du 9 octobre 2018, le tribunal administratif de Poitiers a annulé cette décision au motif que la situation physique et mentale de M. B nécessitait que la CDAPH lui propose une adaptation ou un changement de poste en tenant compte de ses capacités professionnelles et de ses soutiens médicaux, éducatifs, sociaux et psychologiques et a enjoint à la MDPH de réexaminer sa situation. Par une décision du 8 novembre 2018, la CDAPH a confirmé sa décision de sortie de M. B de l'ESAT du Tallud. Cette décision, qui se fondait sur les mêmes éléments anciens et non actualisés que la précédente, sans tenir compte de l'évolution des capacités et des besoins du requérant, a été annulée pour ces motifs par le tribunal administratif de Poitiers le 17 septembre 2019. Le 27 décembre 2019, M. B a formé une demande préalable auprès de la MDPH pour obtenir réparation du préjudice qu'il estimait avoir subi du fait de sa sortie de l'ESAT du Tallud. Faute de réponse, il demande la condamnation de la MDPH des Deux-Sèvres à lui verser la somme de de 38 353,12 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts en réparation des différents chefs de préjudice qu'il allègue avoir subis du fait de cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2021. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
3. L'article L. 5213-2 du code du travail prévoit que : " La qualité de travailleur handicapé est reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées mentionnée à l'article L.241-5 du code de l'action sociale et des familles. Cette reconnaissance s'accompagne d'une orientation vers un établissement ou service d'aide par le travail, vers le marché du travail ou vers un centre de rééducation professionnelle. () ". Aux termes de l'article R.243-3 du code de l'action sociale et des familles : " La commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées peut décider d'orienter vers les établissements et services d'aide par le travail des personnes handicapées dont la capacité de travail est supérieure ou égale au tiers de la capacité normale lorsque leur besoin d'un ou de plusieurs soutiens médicaux, éducatifs, sociaux, psychologiques, expressément motivés dans la décision, le justifie et ne peut être satisfait par une orientation vers le marché du travail. / Le directeur de l'établissement ou du service d'aide par le travail doit saisir la maison départementale des personnes handicapées, dans les conditions prévues à l'article R.146-25, du cas des travailleurs handicapés qui viendraient en cours d'activité et d'une façon durable à dépasser cette capacité de travail. La commission apprécie alors le bien-fondé du maintien de ces travailleurs handicapés dans un établissement ou un service d'aide par le travail en fonction des critères mentionnés à l'alinéa précédent. / Dans les mêmes conditions, il appartient au directeur de l'établissement ou du service d'aide par le travail de faire connaître toutes propositions de changement d'orientation des personnes handicapées qui apparaissent souhaitables. ".
4. En fonction de la situation particulière d'une personne à laquelle la qualité de
travailleur handicapé a été reconnue, la CDAPH décide de son orientation professionnelle, en
tenant compte de ses capacités professionnelles et de ses besoins de soutiens médicaux,
éducatifs, sociaux et psychologiques.
5. Il résulte de l'instruction que M. B souffre depuis 2017 de pathologies
récurrentes de l'appareil locomoteur. Par deux décisions des 7 avril 2016 et 16 mars 2017, la
CDAPH a décidé du maintien de son orientation à l'ESAT avec une préconisation de travail à temps partiel. Un bilan de l'ESAT en date du 10 juillet 2017 a fait état de ses absences, justifiées médicalement mais très fréquentes, et des difficultés rencontrées tant dans son comportement que dans l'exécution des tâches qui lui étaient confiées pour demander l'arrêt de la prise en charge de M. B à l'ESAT. Au vu de ces éléments, la CDAPH a par sa décision du 14 septembre 2017 fait sortir M. B de l'ESAT du Tallud, sans toutefois faire état de l'évolution de ses capacités ni même d'une évaluation personnalisée de ses handicaps qui auraient pu conduire à lui proposer une adaptation ou un changement de poste tenant compte de ses capacités professionnelles et de ses besoins de soutiens médicaux, éducatifs, sociaux et psychologiques. Pour ce motif, le tribunal administratif de Poitiers a annulé cette décision par son jugement n°1800655 du 9 octobre 2018 et enjoint à la MDPH de réexaminer la situation de M. B. Le 8 novembre 2018, la CDAPH a confirmé sa précédente décision sur la base des mêmes informations non actualisées, laquelle a été également annulée pour les mêmes motifs par le tribunal par son jugement n°1901273 du 17 décembre 2019. Par suite, la CDAPH doit être regardée comme ayant commis une faute de nature à engager la responsabilité de la MDPH des Deux-Sèvres.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du préjudice matériel :
7. Si une personne handicapée souhaite contester la décision par laquelle la CDAPH considère que son état de santé n'est plus compatible avec son maintien en ESAT, il appartient à elle seule de lever le secret relatif aux informations médicales qui la concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents versés au contradictoire.
8. En l'espèce, il résulte de l'instruction, que les bilans de l'ESAT sur la situation de M. B relèvent que, si celui-ci a toujours nécessité un accompagnement éducatif permanent pour lui permettre de mener à bien les travaux, même les plus simples qui lui étaient demandés, son comportement s'est progressivement dégradé à partir de 2016, se traduisant par des absences importantes et en augmentation constante, une inattention croissante source de risques d'accidents et de dégradation des relations avec ses collègues et par un manque d'intérêt flagrant pour son travail ne permettant plus de l'accueillir au sein de la structure. Ces éléments sont corroborés par le fait que M. B n'a pas demandé son admission en ESAT en 2021 à l'occasion de sa demande de reconnaissance de qualité de travailleur handicapé, ainsi que par le contenu du certificat établi par un médecin psychiatre joint à sa demande dont il n'est pas contesté qu'il décrit le handicap de l'intéressé comme " sévère avec un retentissement impactant la gestion de la sécurité important ", ni qu'il confirme que les troubles psychiatriques dont souffre celui-ci portent atteinte à sa vie relationnelle, sociale et familiale avec, en particulier des symptômes obsessionnels permanents centrés sur son automobile qui étaient déjà présents dans les bilans rédigés par l'ESAT en 2016 et 2017. Si les informations ainsi actualisées par la MDPH restent succinctes, le secret médical interdisait à cette dernière de révéler plus d'informations sur la nature et la gravité des pathologies dont souffre le requérant, lequel avait la possibilité de contester ces éléments en levant ce secret médical, ce qu'il n'a pas jugé bon de faire. Dans ces conditions, dès lors, d'une part, qu'il ressort de ces éléments que M. B est inemployable en ESAT, d'autre part, que la MDPH, à laquelle le respect des règles du secret médical interdit de révéler des informations sur les pathologies dont souffre M. B, ne peut apporter davantage de précisions sur son employabilité dans une telle structure et, enfin, que M. B n'apporte lui-même aucun élément indiquant qu'il était médicalement capable d'occuper un tel emploi, l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre le préjudice financier que celui-ci estime avoir subi du fait de sa privation de salaires et l'illégalité fautive des décisions de la MDPH du 14 septembre 2017 et du 8 novembre 2018, ne peut être tenu pour établie. La demande indemnitaire de M. B doit donc, sur ce point, être rejetée.
S'agissant des frais de démarches juridiques et de réclamation :
9. M. B n'apporte aucun élément permettant de justifier des frais qu'il allègue avoir engagés pour faire valoir ses droits. Par suite, il n'est pas fondé à en demander l'indemnisation.
S'agissant du préjudice moral :
10. Il résulte de l'instruction que les décisions fautives de la CDAPH du 14 septembre 2017 et du 8 novembre 2018 sont à l'origine d'un préjudice moral. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant la Maison départementale des personnes handicapées des Deux-Sèvres à verser à M. B une indemnité de 1 000 euros.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
11. M. B a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point précédent à compter du 30 décembre 2019, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par la MDPH.
12. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. En l'espèce, la capitalisation des intérêts a été demandée le 16 février 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter de cette date à laquelle était due une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de M. B.
Article 2 : La Maison départementale des personnes handicapées des Deux-Sèvres est condamnée à verser à M. B une indemnité de 1 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 décembre 2019. Les intérêts échus à la date du 16 février 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à l'association tutélaire et d'insertion et à la Maison départementale des personnes handicapées des Deux-Sèvres.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M.Pinturault, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.
Le rapporteur,
signé
Y. C
Le président,
signé
L. CAMPOY La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
signé
D.GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026