mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100679 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre - JU |
| Avocat requérant | SCP BAKER & MCKENZIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mars 2021, la société anonyme (SA) L'Immobilière Leroy-Merlin France, représentée par Me Meier, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à raison de ses locaux situés 1 rue de la Belgique à Puilboreau (Charente-Maritime) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la délibération fixant le taux de taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre des années 2019 et 2020 méconnaît les dispositions de l'article 1520 du code général des impôts, en raison du caractère manifestement excessif de ce taux eu égard au coût de fonctionnement du seul service de collecte et de traitement des déchets ménagers ;
- le montant de la taxe excède de 3 781 040 euros pour 2019, soit de 57,49 %, et de 8 215 240 euros pour 2020, soit 67,42 %, le coût du service de collecte et de traitement des déchets ménagers estimé à 80 % du coût de ce service non couvert par des recettes fiscales, soit 24 002 960 euros pour 2019 et 23 739 760 euros pour 2020, compte tenu du fait que les déchets non ménagers représentent 20 % du volume total des déchets collectés et traités sur la base du rapport de la Cour des comptes de l'année 2011, complété par les rapports de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) et de l'association AMORCE ; l'administration n'apporte pas, en l'espèce, la preuve que ce pourcentage serait différent ;
- dans le cas où une redevance spéciale pour la collecte et le traitement des déchets non ménagers est instituée, le produit de cette redevance doit financer en totalité l'élimination des déchets non ménagers sans que celle-ci puisse être financée par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par la SA L'Immobilière Leroy-Merlin France ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article 1639 A du code général des impôts, elle demande que dans l'hypothèse où les délibérations par lesquelles la communauté d'agglomération de La Rochelle a fixé le taux de TEOM pour les années 2019 et 2020 seraient jugées illégales, au taux fixé pour 2019 soit substitué celui voté pour 2020 et au taux fixé pour 2020 soit substitué celui appliqué pour 2019.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 2015-1786 du 29 décembre 2015 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal par intérim a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société anonyme (SA) L'Immobilière Leroy-Merlin France est propriétaire de locaux situés 1 rue de Belgique à Puilboreau (Charente-Maritime), à raison desquels elle a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères au titre des années 2019 et 2020. Elle demande la décharge de cette imposition.
2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction issue du V de l'article 57 de la loi du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015, applicable à compter du 1er janvier 2016 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales s'entendent des déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières. Aux termes de l'article L. 2333-78 du même code, dans sa rédaction issue de la loi du 19 décembre 2015 précitée : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. / Ils sont tenus de l'instituer lorsqu'ils n'ont institué ni la redevance prévue à l'article L. 2333-76 du présent code ni la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prévue à l'article 1520 du code général des impôts. / Ils ne peuvent l'instituer s'ils ont institué la redevance prévue à l'article L. 2333-76 () / Elle est calculée en fonction de l'importance du service rendu, notamment de la quantité des déchets gérés. Elle peut toutefois être fixée de manière forfaitaire pour la gestion de petites quantités de déchets ". Aux termes du 2 bis du III de l'article 1521 du code général des impôts, issu de la loi du 29 décembre 2015 : " Les conseils municipaux peuvent exonérer de la taxe les locaux dont disposent les personnes assujetties à la redevance spéciale prévue à l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales () ".
3. Il résulte de ces dispositions que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales cité au point 2 et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets ménagers comme des déchets non ménagers, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du même code, relatives à ces opérations.
4. Il appartient au juge de l'impôt, pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, de rechercher si le produit de la taxe, tel qu'estimé à la date de l'adoption de la délibération, les éléments définitifs postérieurs, notamment résultant du compte administratif, n'étant pris en compte qu'à défaut de précisions dans les dépenses estimées, n'est pas manifestement disproportionné par rapport au coût de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 précité, tel qu'il pouvait être estimé à cette même date, non couvert par les recettes non fiscales affectées à ces opérations.
5. La SA L'Immobilière Leroy Merlin France se prévaut de ce que le produit de la redevance spéciale mise en place par la communauté d'agglomération de La Rochelle est insuffisant au regard des déchets non ménagers pris en charge, en se référant, à l'appui de ses allégations sur ce point, à des rapports de la Cour des comptes, de l'association AMORCE et de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), aux termes desquels les déchets d'activité économique représentent environ 20% des déchets pris en charge par le service public. Elle en déduit que le coût réel du service de collecte et de traitement des déchets ménagers représente 80 % du coût global du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et non ménagers, et que, en fonction des montants reportés dans le compte administratif de la collectivité pour les exercices de 2019 et 2020, sur la base d'un coût global, tous déchets confondus, de 24 002 960 euros pour 2019 et de 23 739 760 euros pour 2020, et après déduction des recettes non-fiscales (8 040 000 euros pour 2019 et 11 555 000 euros pour 2020), hors redevance spéciale, le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères perçu par la collectivité a excédé 3 781 040 euros pour 2019 (23,69 %) et de 8 215 240 euros pour 2020 (67,42 %) le coût net réel du service d'enlèvement et de traitement des déchets ménagers, qui est le seul que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères avait pour objet de financer.
6. En premier lieu, en ce qui concerne le rapport entre le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères et le coût réel du service de collecte et d'enlèvement des déchets, contrairement à ce que soutient la société requérante, la circonstance que la collectivité a choisi d'instaurer une redevance spéciale pour collecter et traiter une partie des déchets non ménagers est sans incidence sur la possibilité, en application des dispositions de l'article 1520 du code général des impôts dans leur rédaction issue du V de l'article 57 de la loi du 29 décembre 2015, de financer par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères le traitement d'une autre partie des déchets assimilés. Il suit de là que les données statistiques dont elle se prévaut, qui ont été établies avant la modification législative précitée, pour soutenir que les dépenses liées au traitement des ordures non ménagères doivent être fixées à hauteur de 20 % du coût de la gestion du service, et en particulier le taux moyen national établi par la Cour des comptes dans son rapport 2011 et le rapport conjoint de l'association AMORCE et de l'ADEME établi en septembre 2010 relatif à la redevance spéciale pour les déchets non ménagers, ne peuvent à elles seules démontrer l'insuffisance de la redevance spéciale instaurée, ni davantage la disproportion critiquée de la taxe d'enlèvement qui peut désormais financer même pour partie des déchets non-ménagers au sens des dispositions précitées de l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales.
7. En deuxième lieu, en ce qui concerne la détermination du coût réel de fonctionnement du service d'enlèvement et de traitement des déchets, il résulte des extraits des budgets primitifs pour 2019 et 2020 que le montant des dépenses de ce service, comprenant les dépenses de fonctionnement réel exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 précité, ainsi que les dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, s'élève, hors charges exceptionnelles, à la somme de 29 848 200 euros pour 2019 et de 29 659 800 euros pour 2020. Le produit des recettes non fiscales s'élève quant à lui, en y incluant le produit de la redevance spéciale d'un montant de 350 000 euros pour les deux années 2019 et 2020, et en déduisant, pour l'année 2020, les reprises de provisions pour risques et charges exceptionnelles, qui ne présente pas un caractère récurrent, à la somme de 8 390 000 euros pour 2019 et à la somme de 8 205 000 euros pour 2020. Le montant des dépenses de fonctionnement relatives aux déchets ménagers et aux déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, non couvertes par des recettes non fiscales, s'élève ainsi au minimum à 21 458 200 euros en 2019 et à 21 454 800 euros en 2020. Dans ces conditions, dès lors que le produit attendu de TEOM, qui a été de 19 744 000 euros pour l'année 2019 et de 20 400 000 euros pour l'année 2020, a été, pour chacune des deux années en litige, inférieur au coût réel du service d'enlèvement et de traitement des déchets ménagers et assimilés non couvert par des recettes non fiscales, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le taux de TEOM voté pour ces deux années a été manifestement disproportionné. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les délibérations de la communauté d'agglomération de La Rochelle ayant fixé le taux de cette taxe pour les années 2019 et 2020 est illégale comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SA L'Immobilère Leroy-Merlin France doit être rejetée, y compris les conclusions qu'elle a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SA L'Immobilière Leroy-Merlin France est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme L'Immobilière Leroy-Merlin France et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
signé
M. A La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026