jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100735 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BRG BOISSONNET - RUBI - RAFFIN - GIFFO - VENDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 mars 2021, 17 mai 2022, 20 janvier 2023 et 11 juillet 2023, l'institution interdépartementale du bassin de la Sèvre niortaise (IIBSN), représentée par la SELARL d'Avocats Interbarreaux BRG, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner in solidum l'Etat et la société ISL Ingénierie à lui verser, au titre de leur responsabilité décennale, la somme de 586 046,05 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 janvier 2021, date de réception de sa demande préalable, et de la capitalisation de ces intérêts à compter de leur date d'anniversaire puis à chaque échéance annuelle ;
2°) de mettre à la charge in solidum de l'Etat et de la société ISL Ingénierie, d'une part, la somme de 30 226,88 euros au titre des dépens de l'instance, assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 mars 2021, et de leur capitalisation, et, d'autre part, la somme de 8 310 euros, ou de 2 500 euros si les frais de conseil liés à l'expertise sont intégrés aux dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir dès lors qu'elle a financé, en sa qualité de maître de l'ouvrage, les travaux de réfection des portes amont de l'écluse du Brault réceptionnés en 2006 ;
- la responsabilité décennale de l'Etat et de la société ISL Ingénierie est engagée au titre des désordres ayant affecté l'écluse du Brault ;
- ces désordres, causés par la corrosion généralisée des boulons et des pièces de fixation des vantaux de l'écluse du Brault, revêtent un caractère décennal dès lors qu'ils induisent un dysfonctionnement de l'ouvrage qui porte atteinte à sa solidité et le rende impropre à sa destination ;
- ils sont exclusivement imputables à l'Etat et la société ISL Ingénierie auxquels les missions de maîtrise d'œuvre incombaient dans l'opération de travaux de réfection des portes de l'écluse réalisée en 2006 ;
- elle est fondée à obtenir l'indemnisation de ses préjudices par l'Etat et la société ISL Ingénierie à hauteur de la somme totale de 586 046,05 euros Toutes Taxes Comprises (TTC), à raison des travaux de reprise de l'ouvrage pour un montant de 491 302,05 euros, comprenant les montants de l'avenant n° 1, d'assistance à maîtrise d'ouvrage et de sécurité et protection de la santé, des frais de personnel qu'elle a exposés dans le cadre des travaux de réfection pour un montant de 24 744 euros, et, enfin, des frais de remise en état de la piste cyclable voisine de l'écluse pour 70 000 euros ;
- l'Etat et la société ISL Ingénierie doivent également être condamnés à lui rembourser les dépens de l'instance, qui s'établissent à la somme de 30 226,88 euros, dont 24 416,88 euros au titre de l'expertise judiciaire et 5 810 euros au titre des frais de conseil qu'elle a exposés dans le cadre de la procédure d'expertise.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 octobre 2021 et le 17 août 2022, la préfète des Deux-Sèvres conclut, à titre principal, au rejet de la requête, ou, à titre subsidiaire, au rejet de la demande d'indemnisation de l'IIBSN ou, à défaut, à la condamnation des sociétés ISL Ingénierie, Mécanique Charpente Chaudronnerie (MCC), et Océlian, anciennement dénommée Vinci construction maritime et fluvial, venant aux droits de la SAS entreprise Tournaud, à indemniser l'IIBSN en faisant application d'un coefficient de vétusté minimal de 30 % et en limitant à 251 914 le montant du préjudice indemnisable, correspondant à la seule reprise des travaux, ou, à titre très subsidiaire, à la condamnation des sociétés ISL Ingénierie, MCC et Océlian à la garantir de toute condamnation prononcée à l'encontre de l'Etat.
Elle soutient que :
- les désordres affectant les portes amont de l'écluse du Brault relèvent de la responsabilité décennale des constructeurs ;
- à titre principal, la responsabilité décennale de l'Etat n'est toutefois pas susceptible d'être engagée malgré les missions de maîtrise d'œuvre qui lui ont été confiées, d'une part, au motif que la convention conclue entre l'Etat et l'IIBSN le 10 octobre 2001 ne constitue ni un contrat de louage d'ouvrage, ni un contrat de vente, et, d'autre part, l'Etat n'ayant pas agi en qualité de mandataire de l'IIBSN dans l'opération de travaux en cause ;
- à titre subsidiaire, les désordres sont imputables, d'une part et de manière prépondérante, au groupement composé de la société MCC et de la société Vinci Construction venue aux droits de l'entreprise Tournaud, la société MCC ayant manqué à son devoir de conseil en s'abstenant de proposer au maître de l'ouvrage une boulonnerie présentant des garanties de durabilité équivalentes à celles du cahier des clauses techniques particulières (CCTP), et ayant mal exécuté le marché en mettant en œuvre des boulons qui n'étaient pas en acier inoxydable, et, d'autre part, à la société ISL Ingénierie, qui est à l'origine du défaut de conception relevé par l'expert dès lors qu'elle a été seule rédactrice du CCTP, et qui a délivré son visa sur les plans d'exécution non conformes au CCTP s'agissant de la composition de la boulonnerie ;
- aucun défaut d'entretien ne peut être reproché à la direction départementale de l'équipement (DDE) des Deux-Sèvres, le lien de causalité entre les désordres constatés et un tel défaut d'entretien n'étant, en tout état de cause, pas établi ;
- à titre très subsidiaire, seule une faute d'inattention dans le contexte de la surveillance des travaux réalisés par la société MCC peut lui être reprochée, dont les conséquences sont en outre atténuées par le consentement du maître de l'ouvrage aux options techniques mises en œuvre par la société titulaire ;
- l'Etat est fondé à demander à être garanti par les sociétés MCC, Vinci Construction et ISL Ingénierie en cas de condamnation prononcée à son encontre ;
- en cas de condamnation de l'Etat, celle-ci devra être limitée à sa part de responsabilité, et le montant de l'indemnisation, auquel un coefficient de vétusté au moins égal à 30 % devra être appliqué, devra exclure le coût des anodes sacrificielles pour 40 560 euros TTC, celui de l'assistance à maîtrise d'ouvrage pour 3 762 euros TTC, le montant correspondant aux frais de personnel de 24 744 euros TTC ainsi que celui qui a été exposé au titre des frais de remise en état de la piste cyclable pour 70 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 27 avril 2022, 30 mai 2023 et 7 juin 2023, la SAS ISL Ingénierie, représentée par la SCP EQUITALIA, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet des conclusions de l'IIBSN comme irrecevables, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire de l'Etat et de l'IIBSN en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens comprenant notamment les frais d'expertise, ou, à titre très subsidiaire, à ce que toute condamnation soit prononcée Hors Taxes (HT) en la limitant aux travaux de reprise correspondant au montant de 38 321 euros HT, en en déduisant le montant des subventions reçues par l'IIBSN, en y appliquant un coefficient de vétusté de 70 % et en attribuant à l'IIBSN une part de 50 % de responsabilité dans la survenue du préjudice, et à la condamnation de l'Etat et de la société MCC à la relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre en principal, frais, intérêts et accessoires, et, enfin, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire de l'Etat et de la société MCC en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens comprenant notamment les frais d'expertise.
Elle soutient que :
- à titre principal, d'une part, l'IIBSN ne dispose pas d'un intérêt à agir faute d'avoir financé les travaux de réfection de la porte de l'écluse, et, d'autre part, les désordres qui lui sont reprochés ne lui sont pas imputables, le défaut de conception relevant de la responsabilité de la maîtrise d'œuvre assurée conjointement par la DDE des Deux-Sèvres et l'IIBSN, et de celle de l'IIBSN s'agissant de la rédaction du cahier des charges ;
- elle a accepté la mise en place d'une boulonnerie en acier zingué recouverte d'une protection anticorrosion conforme aux règles de l'art et au cahier des clauses administratives particulières (CCAP), validée par la DDE qui a aussi été destinataire des plans établis par la société MCC, les boulons d'assemblage ne pouvant, en tout état de cause, être en acier inoxydable pour des raisons de résistance mécanique ;
- les désordres ont pour origine un défaut de peinture imputable à la société MCC et un défaut d'entretien imputable à l'Etat ;
- à titre subsidiaire, un coefficient de vétusté de 70 % doit être appliqué aux sommes allouées, en euros HT, à titre d'indemnisation, laquelle sera alors limitée au remplacement de la boulonnerie à raison d'un montant de 38 321 euros HT, à l'exclusion notamment des anodes sacrificielles apportant une plus-value à l'ouvrage, des frais de personnel et du coût de réfection de la piste cyclable.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 janvier 2023 et 2 juin 2023, la société MCC, représentée par Me Bertrand, conclut au rejet de la requête et des appels en garantie formulés par l'Etat et la société ISL Ingénierie à son encontre, et à ce que la somme de 10 000 euros soit mise à la charge de toute partie succombante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- à titre principal, les désordres ne revêtent pas de caractère décennal dès lors qu'ils concernent la porte aval et qu'aucun dysfonctionnement de la porte amont de l'écluse du Brault n'a été constaté lors de l'inspection du scaphandrier le 20 mai 2014 ni postérieurement, soit pendant plus de dix ans à compter de la date de réception de l'ouvrage ;
- les boulons en inox ne bénéficiant que d'une garantie de sept ans et les boulons à serrage contrôlé en inox n'existant pas, seul le défaut d'entretien des portes incombant à l'IIBSN est à l'origine des désordres constatés, alors qu'en tout état de cause, la corrosion des boulons a été constatée au-delà du délai de garantie, soit douze ans après leur mise en œuvre ;
- l'indemnisation demandée au titre des anodes sacrificielles et de la réfection de la piste cyclable n'est pas justifiée ;
- à titre subsidiaire, la société ISL Ingénierie ne démontre pas le défaut de peinture qu'elle lui reproche alors qu'elle a signé le procès-verbal de réception des travaux sans réserve, de même que la DDE qui a validé l'option technique retenue consistant à appliquer une peinture anticorrosion sur la boulonnerie en acier zingué ;
- aucune faute ne peut lui être reprochée dans le choix de boulons en acier zingué alors que le marché de réfection des portes amont de l'écluse prévoit le remplacement de la boulonnerie à l'identique.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 février 2024, la société Océlian, anciennement dénommée Vinci construction maritime et fluvial venant aux droits de la société Tournaud, représentée par la SCPA Claudon et Associés, conclut au rejet de la requête et de toutes les demandes dirigées à son encontre par l'Etat, et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, les désordres affectant la boulonnerie des portes de l'écluse ne revêtent pas de caractère décennal en l'absence d'altération du fonctionnement de l'ouvrage par la corrosion des boulons ;
- à titre subsidiaire, l'Etat ne démontre pas la faute que le groupement d'entreprises titulaire du marché, composé des sociétés MCC et Tournaud, aurait commise alors que la société MCC a appliqué une peinture anticorrosion sur la boulonnerie ;
- à titre très subsidiaire, les désordres sont exclusivement imputables à un défaut d'entretien de l'IIBSN, et la remise en état de la piste cyclable n'est pas liée aux désordres constatés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 1601518 du 22 décembre 2020, par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. A.
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Vu :
- le code civil ;
- le code général des impôts ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des marchés publics ;
- le décret n°93-1268 du 29 novembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gibson-Théry,
- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,
- les observations de Me Vendé, représentant l'IIBSN, de Me Bertrand, représentant la société MCC, de Me Loubeyre, représentant la société ISL Ingénierie, et de Me Grandpierre, représentant la société Océlian.
Considérant ce qui suit :
1. L'IIBSN a lancé, le 20 juin 2005, un appel d'offres en vue du remplacement des portes amont et du pont tournant de l'écluse du Brault située dans la commune de Charron (17). Le marché a été attribué, par un acte d'engagement signé le 19 septembre 2005, à deux entreprises groupées en cotraitance, la SARL MCC et la SAS Entreprise Tournaud, la sous-traitance des prestations d'" hydraulique " ayant été confiées à la société IVEA. En vertu de l'article 1-3.4 et 1-3.7 du CCAP du marché de travaux, la maîtrise d'œuvre ainsi que la mission d'ordonnancement, coordination et pilotage du chantier ont été prises en charge par la subdivision Sèvre et Marais de la DDE des Deux-Sèvres. L'IIBSN a attribué le 5 janvier 2005 à la société ISL Ingénierie un marché relatif à une " Etude pour la restauration des portes amont et du pont tournant de l'écluse du Brault ". Par un courrier du 15 octobre 2005, l'IIBSN a également confié à la société ISL Ingénierie une mission complémentaire de " contrôle externe des études et plans d'exécution / opération remplacement des portes amont et du pont tournant de l'écluse du Brault ". Les travaux ont été réceptionnés le 29 août 2006, après exécution de prestations visant à lever les réserves précédemment émises le 27 juillet 2006. Après une première inspection réalisée à la demande de l'IISBN par un artisan scaphandrier, dont le rapport du 24 septembre 2014 mentionne la corrosion importante de toutes les boulonneries de fixation des butées et contre-butées des huit vantaux de l'écluse, une expertise demandée par l'IIBSN conclut, dans un rapport du 10 février 2016, à la multiplicité de facteurs à l'origine de la corrosion, affectant essentiellement les boulons. Par une ordonnance n° 1601518 du 16 janvier 2017, le président du tribunal administratif de Poitiers a confié l'expertise sollicitée par l'IIBSN à M. A, qui a rendu son rapport final le 14 décembre 2020. L'IIBSN a adressé à la préfecture une réclamation préalable tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estimait avoir subis, par un courrier du 15 janvier 2021. L'IIBSN demande au tribunal, d'une part, de condamner in solidum l'Etat et la société ISL Ingénierie à lui verser, au titre de leur responsabilité décennale, la somme totale de 586 046,05 euros en réparation de ses préjudices consécutifs, selon elle, à leurs manquements dans l'exécution de l'opération de remplacement des portes amont de l'écluse du Brault, et, d'autre part, de mettre à leur charge in solidum la somme globale de 30 226,88 euros au titre des dépens de l'instance et de 8 310 euros au titre des frais de conseil dans le cadre de l'expertise.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la société ISL Ingénierie :
2. Si la société ISL Ingénierie entend soutenir que l'IIBSN ne disposerait d'aucun intérêt à agir en arguant que le coût des travaux entrepris pour remédier aux désordres affectant les portes amont de l'écluse du Brault aurait été pris en charge par l'Etat et les départements de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime, d'après un article paru dans le journal Ouest-France du 13 novembre 2018, il est toutefois constant que l'IIBSN a agi dans l'opération eu cause comme dans celle qui a été exécutée en 2005 et 2006 en qualité de maître de l'ouvrage de l'écluse, peu important, à cet égard, l'origine des financements de l'opération. En tout état de cause, l'IIBSN produit un bilan financier signé par le comptable de la paierie départementale des Deux-Sèvres et sa présidente attestant que l'institution a dépensé la somme de 440 302,06 euros TTC au titre des travaux concernant les portes amonts de l'écluse du Brault. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt pour agir de l'IIBSN ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans, dès lors que les désordres leur sont imputables, même partiellement et sauf à ce que soit établie la faute du maître d'ouvrage ou l'existence d'un cas de force majeure.
En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'une corrosion avancée de toutes les boulonneries de fixation des butées et contre butées de la tête amont de l'écluse du Brault a été constatée lors d'une inspection subaquatique des huit vantaux de l'écluse, amont et aval, réalisée les 17 et 18 septembre 2014 par un artisan scaphandrier. Le rapport issu de cette inspection relève notamment, s'agissant des huit vantaux, que " tous les boulonnages des butées centrales et contre les murs rive droite et rive gauche sont corrodés à 100 % au niveau des écrous et de 50 à 95 % sur les vis ", concluant ainsi que " pratiquement toutes les fixations observées, en amont comme en aval sont dans cet état très critique de corrosion ". Dès lors, contrairement à ce que soutient la société MCC, la circonstance qu'une inspection du même artisan scaphandrier effectuée le 20 mai 2014 ait porté uniquement sur les portes aval de l'écluse du Brault, ne permet pas d'exclure toute corrosion des portes amont de l'écluse, constatée lors de l'exploration réalisée quelques semaines plus tard soit moins de dix ans après l'expiration du délai de garantie décennale, acquise le 29 août 2016, au bout de dix ans à compter de la réception sans réserve des travaux prononcée le 29 août 2006.
5. En second lieu, en vertu du rapport d'expertise du 14 décembre 2020, la corrosion provient d'un phénomène galvanique qui s'est produit en raison du contact entre les deux métaux différents des ventaux, en acier, et des boulons, en acier galvanisé contenant ainsi du zinc, plongés dans l'eau, facteur électrolytique. L'expert précise que la vitesse de corrosion est d'autant plus importante que, d'une part, la surface des deux métaux en contact est petite, expliquant la corrosion " préférentielle " des boulons en raison de leur petite surface, et que, d'autre part, les pièces d'appui, qui permettent d'ouvrir et de fermer les ventaux, sont soumises à un phénomène de frottement entre les pièces " dépassivant " le métal, engendrant une usure mécanique qui se combine avec la corrosion des boulons. L'expert en déduit que l'usure accélérée des boulons rend les portes impropres à leur destination en raison de l'instabilité de la butée qui peut tomber et empêcher ainsi la porte de fonctionner normalement. Dans ces conditions, et alors que la corrosion avancée et accélérée de la boulonnerie des portes amont de l'écluse est de nature à compromettre leur ouverture comme leur fermeture, ces désordres sont susceptibles d'engager, au titre de la garantie décennale, la responsabilité des constructeurs auxquels ils sont imputables, la circonstance qu'au jour du rapport d'expertise aucun dysfonctionnement n'ait été constaté étant à cet égard sans influence, les boulons trop corrodés ayant dû être changés par l'IIBSN préalablement à l'expertise.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :
S'agissant des désordres imputables à l'Etat et l'IIBSN :
6. En cas de mise à disposition des départements ou de leurs groupements des services déconcentrés du ministère de l'équipement et de prise en charge des dépenses de ces services, les conventions portant mise à disposition des services ou parties de services déconcentrés du ministère de l'équipement sont conclues à titre onéreux. Si elles prévoient que l'intervention de ces services est de droit si ces collectivités le demandent, elles ne mettent toutefois pas à la charge des départements ou de leurs groupements une obligation d'y recourir, ceux-ci restant libres de faire appel à d'autres prestataires pour assurer la maîtrise d'œuvre de leurs travaux. Dès lors, ces conventions constituent des contrats de louage d'ouvrage dont l'inexécution ou la mauvaise exécution est susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat selon les conditions de droit commun applicables à de tels contrats.
7. En premier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que l'IIBSN, établissement public interdépartemental créé en 1987 entre les départements de la Vendée, des Deux-Sèvres et de la Charente-Maritime, a conclu avec l'Etat une convention de partenariat le 31 octobre 2001 relative aux ouvrages de régulation du réseau principal du marais poitevin, dont fait partie l'écluse du Brault. L'article 2 de cette convention prévoit que l'IIBSN " assure la maîtrise d'ouvrage et le financement des travaux d'investissement " concernant les ouvrages du réseau principal appartenant à l'Etat, et " finance, hors personnel, les frais de grosses réparations des ouvrages en télégestion ". En outre, en vertu de son article 3, " l'Etat prend en charge la masse salariale du personnel de la DDE affecté à ces opérations de restauration, de modernisation et d'entretien, ce qui comprend : / - les études techniques ou autres effectuées en régie / - le pilotage des études confiées à des sociétés privées / - la direction des travaux / - l'entretien courant, tel que défini à l'annexe II, de ses ouvrages ainsi que des ouvrages en télégestion du réseau principal ". Enfin, l'article 5 de la convention relatif au règlement des dépenses prévoit seulement que les dépenses de personnel supportées par l'Etat font l'objet d'un bilan détaillé dans le rapport d'activité annuel. En vertu de ces stipulations, les prestations de maîtrise d'œuvre relèvent des dépenses de personnel liées au pilotage des études confiées à des sociétés privées et à la direction des travaux, sans que la convention n'impose à l'IIBSN de recourir aux services de l'Etat pour la maîtrise d'œuvre des travaux de réparation des ouvrages concernés, mais à charge pour l'Etat, si tel est le cas, de mettre à disposition gratuitement son personnel à chaque demande en ce sens exprimée par l'IIBSN, laquelle n'exerce, en outre, aucune autorité sur les services de la DDE dans le cadre de l'exécution de la convention. Dans ces conditions, si le critère relatif à la liberté de recourir aux services étatiques pour assurer la maîtrise d'œuvre des travaux en litige est en l'espèce rempli, le caractère onéreux de la convention du 31 octobre 2001 précitée n'est pas établi concernant spécifiquement les prestations de maîtrise d'œuvre que l'Etat prend en charge. Par suite, le contrat de maîtrise d'œuvre liant l'Etat à l'IIBSN conclu dans le cadre de la convention du 31 octobre 2001 précitée ne constitue pas un contrat de louage d'ouvrage dont l'inexécution ou la mauvaise exécution permettrait d'engager la responsabilité décennale de l'Etat, dans les conditions du droit commun, à l'égard de l'IIBSN, à laquelle il appartient en l'espèce d'assumer les conséquences dommageables des fautes commises par les services déconcentrés de l'Etat dans sa mission de maîtrise d'œuvre.
8. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise que les services de l'Etat ont commis des fautes, d'abord dans la conception des travaux portant sur les portes amont de l'écluse concurremment avec la société ISL Ingénierie, en prévoyant dans le CCTP une boulonnerie en inox sans aucune autre précision quant à la qualité des aciers des boulons de fixation des pièces d'appui, puis en s'abstenant de vérifier la qualité de la boulonnerie proposée par la société MCC, et, enfin, en omettant de relever, conjointement avec la société ISL Ingénierie, la non-conformité aux prescriptions du CCTP de la boulonnerie mise en œuvre au cours du chantier. Comme le relève l'expert, le CCTP prévoit, à son article 2.6.1 Métaux, que la boulonnerie est en " acier inoxydable ", sans distinguer entre la " petite boulonnerie " et la boulonnerie des appuis de butée, ni préciser l'alliage requis. Toutefois, il est constant que les boulons mis en place par la société MCC étaient des boulons en acier zingué, en l'absence de toute modification contractuelle en ce sens. Dans ces conditions, et alors que la direction des travaux de réfection des portes amont de l'écluse incombait à l'Etat, en application de la convention du 31 octobre 2001 précitée, les services déconcentrés de l'Etat ont commis des fautes dans l'exécution des prestations de maîtrise d'œuvre, de nature à engager la responsabilité de l'IIBSN dans la survenue des désordres affectant les portes amont de l'écluse du Brault.
8. En second lieu, si les sociétés ISL Ingénierie, MCC et Océlian allèguent que les désordres ont pour origine un défaut d'entretien de l'ouvrage, et bien que l'expert attribue une part de responsabilité à l'Etat et à l'IIBSN dans la survenue des désordres en raison de ce défaut d'entretien, dont 10 % incombant à l'IIBSN, il résulte toutefois des propres conclusions de l'expert que l'entretien ne devait être assuré par l'IIBSN qu'à compter de l'année 2015, soit postérieurement à l'apparition des désordres, et que la corrosion galvanique accélérée des boulons n'aurait pas pu être évitée par l'entretien des portes de l'écluse réalisé conformément à l'annexe 2 du CCAP, qui incombait à l'Etat jusqu'en 2014. La circonstance que l'Etat n'établisse pas, par les pièces produites, avoir effectué l'entretien des portes amont de l'écluse en respectant les clauses du CCAP n'a donc aucune influence sur la survenue des désordres en litige. Par suite, en l'absence de lien de causalité entre la corrosion de la boulonnerie et le défaut d'entretien allégué en défense, ni la responsabilité de l'Etat, ni celle de l'IIBSN ne sont susceptibles d'être engagées à ce titre.
S'agissant des désordres imputables aux autres constructeurs :
Quant à la responsabilité de la société ISL Ingénierie :
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société ISL Ingénierie s'est vue confier par l'IIBSN, dans le cadre du marché notifié le 5 janvier 2005 portant sur l'" Etude pour la restauration des portes amont et du pont tournant de l'écluse du Brault " dont elle était titulaire, la rédaction de l'ensemble des pièces techniques du dossier de consultation des entreprises (DCE) de l'appel d'offres ouvert à lancer concernant la restauration des portes amont et du pont tournant de l'écluse, soit, selon l'article IV-2 du marché, la rédaction du CCTP, des plans directeurs, d'une note portant sur les conditions techniques de réalisation du chantier, du bordereau de prix, du cadre du détail estimatif et des éléments financiers du coût de l'ouvrage, à l'exception des pièces administratives, " établies par le maître de l'ouvrage ". Dès lors, si la maîtrise d'œuvre avait été confiée, ainsi qu'en atteste la première page du cahier des charges, à la DDE de Deux-Sèvres, il ne résulte pas des termes du marché conclu le 5 janvier 2005 que l'IIBSN devait participer conjointement à la rédaction du CCTP avec la société ISL Ingénierie, ni, d'ailleurs, que cette mission de rédaction relevait également de la responsabilité de la DDE. Dans ces conditions, le défaut de conception relevé par l'expert, tenant au caractère imprécis de la rédaction du CCTP, qui, ainsi qu'il a été dit précédemment, ne spécifie pas l'alliage des boulons en acier inoxydable selon leur emplacement, est principalement imputable à la société ISL Ingénierie.
10. En deuxième lieu, il est constant que la société ISL Ingénierie était titulaire d'une mission complémentaire de contrôle externe des études et plans d'exécution à réaliser dans le cadre de l'opération de remplacement des portes amont et du pont tournant de l'écluse du Brault, pour un montant de 22 290 euros HT, qui lui a été attribuée le 15 octobre 2005. A ce titre, il ressort du rapport d'expertise que la société ISL Ingénierie a procédé à la validation du plan d'exécution établi par la société MCC prévoyant la mise en œuvre de boulons zingués sans émettre d'observations à cet égard, après avoir rappelé, par la voix de son représentant, lors de la réunion de chantier du 17 mars 2006, que le CCTP ne prévoyait que de l'inox pour toute la boulonnerie et la visserie et que les éventuels changements souhaités par l'entreprise devaient être approuvés. Si la société ISL Ingénierie soutient que la mise en place d'une boulonnerie en acier zingué recouverte d'une protection anticorrosion est conforme aux règles de l'art et que les boulons d'assemblage ne peuvent, en tout état de cause, comme l'invoque d'ailleurs la société MCC, être en acier inoxydable pour des raisons de résistance mécanique, elle ne produit aucun élément permettant de l'établir ni ne démontre que cette prescription était techniquement irréalisable, la société MCC se bornant également à affirmer qu'" il n'existe pas de boulon haute résistance en inox ". A cet égard, il résulte du manuel de corrosion et protection des ouvrages en site aquatiques édité par la direction du Centre d'études et d'expertise sur les risques, la mobilité et l'aménagement (CEREMA) en 2020, produit par l'autorité préfectorale, que les aciers ou alliages inoxydables offrent une " grande résistance à la corrosion généralisée d'où l'appellation inoxydables " dans les domaines industrialo-portuaires, notamment maritimes, en raison du film passif présent sur l'ensemble de la surface du matériau concerné, bien que tous les alliages ne soient pas adaptés à une utilisation en immersion. Par ailleurs, la société ISL Ingénierie ne peut utilement se prévaloir des dispositions du chapitre I du fascicule 56 du cahier des clauses techniques générales (CCTG) auquel le CCAP du marché en litige fait référence à son article 9-7.1, celui-ci ne renvoyant à ce fascicule qu'en ce qui concerne les modalités de garanties " particulières " applicables aux matériaux métalliques qui ont fait l'objet d'une peinture, alors que l'article 3.9.4 relatif à la protection contre la corrosion du CCTP exclut " les pièces en acier inoxydable " de cette protection par système de peinture homologué de classe Im2 ANI de la norme ISO 12944. Par suite, en validant les plans établis par la société MCC prévoyant des boulons et visserie en acier zingué, en l'absence d'accord contractuel, et en s'abstenant de contrôler la qualité des boulons mis en œuvre en cours de chantier, la société ISL Ingénierie a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité décennale à l'égard de l'IIBSN.
Quant à la responsabilité de la société MCC :
11. Si la société MCC se prévaut de ce que le rapport d'expertise mentionne que " les boulons normalement prévus par l'équipe de maîtrise d'œuvre (pour la rédaction du CCTP) en inox protégés par un système de peinture conforme ACQPA permettent une garantie anti-corrosion de 7 ans ", il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le CCTP excluait expressément la protection anti-corrosion par peinture des pièces en acier inoxydable, dont toute la boulonnerie. Dès lors, la société MCC ne peut utilement se prévaloir d'une durée de garantie de sept ans concernant les boulons et visseries en litige, qui n'est opposable qu'en cas d'application d'un traitement anti-corrosion par peinture homologuée, ni du défaut d'entretien de ces équipements. En outre, elle ne peut pas davantage utilement s'appuyer sur la documentation technique qu'elle produit tenant en une page, qui préconise une vérification annuelle de l'usure des butées de rives et des pièces d'appui tous les cinq ans, en l'absence de toute indication de la source de ces données et des matériaux qui en font l'objet, et alors que ce document ne revêt pas de caractère contractuel. Enfin, est sans incidence sur le manquement contractuel qu'elle a commis la circonstance que les travaux de reprise ultérieurs n'auraient pas consisté en la mise en œuvre de boulons en acier inoxydable. Par suite, la société MCC a commis une faute de nature à engager sa responsabilité décennale en s'affranchissant des exigences contractuelles relatives à la composition de la boulonnerie qu'elle a mise en place.
Quant à la responsabilité de la société Océlian :
12. La société Océlian, anciennement dénommée Vinci Construction, venue aux droits de la société Tournaud, soutient, sans être contredite, que cette dernière n'est intervenue que pour les travaux de génie civil et de maçonnerie, qui ne sont pas en cause dans les désordres en litige. Il suit de là que sa responsabilité décennale n'est pas susceptible d'être engagée dans le cadre du présent litige.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les responsabilités de l'IIBSN et des sociétés ISL Ingénierie et MCC sont engagées au titre des désordres affectant les boulons et les visseries des portes amont de l'écluse du Brault.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du coût des travaux de reprise des désordres :
14. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 256 B du code général des impôts : " Les personnes morales de droit public ne sont pas assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'activité de leurs services administratifs, sociaux, éducatifs, culturels et sportifs lorsque leur non assujettissement n'entraîne pas de distorsions dans les conditions de la concurrence ". Aux termes du I de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales : " Les attributions ouvertes chaque année par la loi à partir des ressources du Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée des collectivités territoriales visent à compenser la taxe sur la valeur ajoutée acquittée par les collectivités territoriales et leurs groupements sur leurs dépenses d'investissement ainsi que sur leurs dépenses pour : / 1° L'entretien des bâtiments publics et de la voirie ; / () ".
15. Le montant du préjudice dont le maître de l'ouvrage est fondé à demander réparation aux constructeurs en raison des désordres affectant l'ouvrage qu'ils ont réalisé correspond aux frais générés par les travaux de réfection indispensables à engager afin de le rendre à nouveau conforme à sa destination. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations.
16. Il résulte de l'article 256 B du code général des impôts que les collectivités territoriales ne sont pas assujetties à la TVA pour l'activité de leurs services administratifs. Si, en vertu de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales, le fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA) vise à compenser la TVA acquittée par les collectivités territoriales notamment sur leurs dépenses d'investissement, il ne modifie pas le régime fiscal des opérations de ces collectivités. Ainsi, ces dernières dispositions ne font pas obstacle à ce que la TVA grevant les travaux de réfection d'un immeuble soit incluse dans le montant de l'indemnité due par les constructeurs à une collectivité territoriale, maître d'ouvrage, alors même que celle-ci peut bénéficier de sommes issues de ce fonds pour cette catégorie de dépenses.
17. Il résulte de l'instruction que les travaux de reprise ont été pris en charge par l'IIBSN pour un montant total de 491 302,05 euros TTC, comprenant le marché conclu avec la société AROC le 3 mai 2018, l'avenant n° 1 augmentant le montant du marché de 6 177,59 euros TTC, le contrat de la mission de coordination sécurité et protection de la santé d'un montant de 1 794 euros TTC et un contrat d'assistance à maîtrise d'ouvrage de 1 968 euros TTC. Toutefois, ainsi que le relève l'expert, la fourniture et la pose de protections cathodiques pour un montant de 40 560 euros TTC, qui ne correspond pas aux exigences techniques initiales du CCTP circonscrites à la composition en acier inoxydable de la boulonnerie, ne correspond pas à un préjudice indemnisable. Il en va donc également ainsi du marché d'assistance à maîtrise d'ouvrage d'un montant de 1 968 euros TTC, dont il résulte de l'instruction qu'elle a été limitée à une assistance à la mise sous protection cathodique par anodes galvaniques des portes amont de l'écluse. Il s'ensuit que le montant total des travaux de reprise pouvant donner lieu à réparation s'élève à la somme de 448 774,05 euros TTC, qui correspond au coût du marché de reprise, de son avenant et du contrat de mission de coordination sécurité et protection de la santé, duquel il y a lieu d'ôter le coût de mise en œuvre des anodes sacrificielles.
18. En second lieu, si la vétusté d'un ouvrage peut donner lieu, lorsque la responsabilité contractuelle ou décennale des entrepreneurs et architectes est recherchée à l'occasion de désordres survenus sur un ouvrage, à un abattement affectant l'indemnité allouée au titre de la réparation des désordres, il appartient au juge administratif, saisi d'une demande en ce sens, de rechercher si, eu égard aux circonstances de l'espèce, les travaux de reprise sont de nature à apporter une plus-value à l'ouvrage, compte tenu de la nature et des caractéristiques de l'ouvrage ainsi que de l'usage qui en est fait.
19. Il ne résulte pas de l'instruction que les travaux de réfection indemnisables aient eu pour effet d'apporter à l'ouvrage en cause une plus-value autre que celle qui est la conséquence de la disparition des désordres, dès lors qu'aucune durée de garantie n'a été précisée s'agissant de la boulonnerie en acier inoxydable qui aurait dû être posée, et alors qu'en tout état de cause, il n'est pas démontré que les boulons ayant été mis en œuvre devaient être changés périodiquement. Il s'ensuit qu'il n'y a pas lieu d'appliquer un abattement pour plus-value au montant du préjudice défini au point 17 de 448 774,05 euros TTC.
20. Il résulte de ce qui précède que la société ISL Ingénierie doit être condamnée à verser à l'IIBSN une indemnité de 224 387,03 euros TTC correspondant à 50 % du montant total de reprise des désordres, compte tenu de la part de responsabilité de l'IIBSN dans leur survenue à hauteur de 50 %.
S'agissant des autres préjudices :
21. En premier lieu, si l'IIBSN demande la réparation des frais de personnels qu'elle a engagés dans le cadre des travaux de reprise pour la réfection des portes de l'écluse à raison d'un montant de 24 744 euros, il ne résulte pas de l'instruction que cette opération aurait nécessité le recours à du personnel extérieur à ses effectifs ni qu'ils excèderaient les charges découlant de l'exercice courant de son activité. Dans ces conditions, les frais de personnel dont l'IIBSN demande à être indemnisée ne peuvent être regardés comme résultant spécifiquement et directement des désordres occasionnés, et ne peuvent donc donner lieu à réparation.
22. En deuxième lieu, la fin des rapports contractuels entre le maître d'ouvrage et l'entrepreneur, consécutive à la réception sans réserve d'un marché de travaux publics, fait obstacle à ce que, sauf clause contractuelle contraire, l'entrepreneur soit ultérieurement appelé en garantie par le maître d'ouvrage pour des dommages dont un tiers demande réparation à ce dernier, alors même que ces dommages n'étaient ni apparents ni connus à la date de la réception. Il n'en irait autrement - réserve étant faite par ailleurs de l'hypothèse où le dommage subi par le tiers trouverait directement son origine dans des désordres affectant l'ouvrage objet du marché et qui seraient de nature à entraîner la mise en jeu de la responsabilité des constructeurs envers le maître d'ouvrage sur le fondement des principes dont s'inspirent les articles 1792 et 2270 du code civil - que dans le cas où la réception n'aurait été acquise à l'entrepreneur qu'à la suite de manœuvres frauduleuses ou dolosives de sa part.
23. Si l'IIBSN sollicite la réparation des frais de remise en état de la voie cyclable voisine de l'écluse appartenant au département de la Charente-Maritime, pour 70 000 euros, compte tenu des dommages causés à cette voie par une grue dans le cadre des travaux de reprise effectués à l'automne 2018, il résulte de l'instruction que ce préjudice n'a pas été directement causé par les désordres décennaux ayant justifié ces travaux. Par suite, il n'y a pas lieu de réparer ce poste de préjudice.
24. En troisième lieu, l'IIBSN demande l'indemnisation des frais de conseil qu'elle a exposés dans le cadre de l'expertise judiciaire, dont il résulte de l'instruction qu'ils s'élèvent à la somme totale de 8 232 euros, et qu'ils ne sont pas sérieusement contestés. Par suite, il y a lieu de condamner la société ISL Ingénierie à verser à l'IIBSN la somme de 4 116 euros au titre de ce poste de préjudice, correspondant à sa part de responsabilité de 50 % dans la survenue des désordres.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
25. L'IIBSN a droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité totale de 228 503,03 euros TTC à compter du 18 janvier 2021, date de réception de sa demande préalable, et à la capitalisation de ces intérêts à compter du 18 janvier 2022, date à compter de laquelle les intérêts étaient dus depuis un an, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les appels en garantie :
26. Le recours entre constructeurs, non contractuellement liés, ne peut avoir qu'un fondement quasi-délictuel. Les coauteurs obligés solidairement à la réparation d'un même dommage ne sont tenus entre eux que chacun pour sa part, déterminée à proportion du degré de gravité des fautes qu'ils ont personnellement commises, caractérisées par un manquement dans les règles de leur art. Ils ne peuvent, en outre, être solidairement condamnés à garantir l'un d'eux que si leur faute personnelle a concouru à la survenance d'un dommage commun.
27. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les désordres constatés sur les portes amont de l'écluse du Brault ont eu pour causes, au stade de la conception, l'imprécision des prescriptions techniques du CCTP quant à l'alliage de la boulonnerie en acier inoxydable, imputable à la société ISL Ingénierie en charge de la rédaction de cette pièce sous l'autorité de la DDE agissant en qualité de maître d'œuvre, et, au stade de l'exécution, le non-respect des prescriptions techniques du CCTP concernant la qualité de la boulonnerie proposée par la société MCC, acceptée par la société ISL Ingénierie ayant validé les plans d'exécution prévoyant des boulons en acier zingué. En outre, le contrôle de la mise en œuvre de ces équipements au cours du chantier incombait tant à la société ISL Ingénierie qu'à la DDE, en charge de la direction des travaux. Dans ces conditions, eu égard aux constatations de l'expert, il sera fait une exacte appréciation des circonstances de l'espèce en évaluant à 50 % la part de responsabilité de la société ISL Ingénierie dans les conséquences dommageables des désordres et à 15 % celle de la société MCC.
28. Il y a lieu, dès lors, de condamner la société MCC à garantir la société ISL Ingénierie de la condamnation prononcée à son encontre au titre de la reprise des travaux et des frais de conseil exposés par l'IIBSN dans le cadre de l'expertise judiciaire à hauteur de 15 % des sommes mises à sa charge.
29. En l'absence de condamnation, par le présent jugement, de l'Etat et de la société Océlian, les appels en garantie que l'Etat a formés à l'encontre des sociétés ISL Ingénierie, MCC et Océlian doivent être rejetés.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
30. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " les dépens comprennent les frais d'expertise () ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () " ;
31. Il y a lieu de répartir en deux parts égales entre l'IIBSN et la société ISL Ingénierie la charge définitive des frais et honoraires de l'expert, taxés et liquidés à la somme de 24 416,88 euros par une ordonnance n° 1601518 du 22 décembre 2020, et de condamner la société MCC à garantir la société ISL Ingénierie à hauteur de 15 % de la somme ainsi mise à sa charge.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
32. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'IIBSN et l'Etat, qui ne sont pas les parties perdantes, versent aux sociétés ISL Ingénierie et Océlian les sommes qu'elles réclament au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
33. D'autre part, sur le fondement de ces mêmes dispositions, il y a lieu de condamner la société ISL Ingénierie à verser à l'IIBSN une somme de 1 600 euros.
34. Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce et sur le fondement de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de la société ISL Ingénierie la somme que la société MCC réclame au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La société ISL Ingénierie est condamnée à verser à l'IIBSN une somme de 228 503,03 euros en réparation des désordres affectant les portes amont de l'écluse du Brault, assortie des intérêts au taux légal à compter du 18 janvier 2021 et de leur capitalisation le 18 janvier 2022 et à chaque date anniversaire.
Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés par ordonnance du 22 décembre 2020 à la somme de 24 416,88 euros sont mis à la charge de la société ISL Ingénierie à hauteur de 50 % de cette somme, soit 12 208,44 euros.
Article 3 : La société MCC garantira la société ISL Ingénierie des sommes pouvant lui être réclamées par l'IIBSN en exécution du présent jugement à concurrence de 15 % des sommes visées aux articles 1er et 2 ci-dessus.
Article 4 : La société ISL Ingénierie versera à l'IIBSN une somme de 1 600 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à l'institution interdépartementale du bassin de la Sèvre niortaise, à la préfète des Deux-Sèvres, à la société ISL Ingénierie, à la société MCC et à la société Océlian.
Copie en sera adressée, pour information, à M. B A, expert.
Délibéré après l'audience du 6 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Madame Duval-Tadeusz, première conseillère,
Mme Gibson-Théry, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
S. GIBSON-THERY
Le président,
Signé
P. CRISTILLELa greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026