vendredi 8 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2100812 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP DENIZEAU - GABORIT - TAKHEDMIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mars 2021, M. B, représenté par Me Gaborit, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre de l'exercice clos en 2015 pour un montant de 28 179 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'encaissement bancaire de 7 000 euros du 16 mai 2014 correspond à une vente privée ou à une recette à caractère exceptionnel au sens de la doctrine BOI-BIC-DECLA-10-10-20 et ne doit pas être pris en compte pour l'appréciation de son chiffre d'affaires ;
- le chiffre d'affaires de l'exercice 2014, une fois déduite la somme de 7 000 euros, est inférieur au seuil prévu à l'article 50-0 du code général des impôts et lui donne droit à bénéficier du régime des micro-entreprises au titre de l'exercice 2015 ;
- le montant du chiffre d'affaires de l'exercice 2015 doit être diminué d'une somme de 7 500 euros payée par un chèque dont il est démontré qu'il ne correspond pas à une vente de métaux, ferrailles ou véhicules.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'imposition supplémentaire ne s'élevant qu'à 26 165 euros, la requête n'est recevable que dans cette limite ;
- aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B exerce, à titre individuel, une activité de vente de métaux et de ferraille. Il a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices 2015, 2016 et 2017. Par une proposition de rectification du 20 décembre 2018, le service lui a notifié les rehaussements de bénéfices industriels et commerciaux envisagés au titre de l'exercice 2015. Par une proposition de rectification du 25 avril 2019, le service lui a notifié les rehaussements de bénéfices industriels et commerciaux envisagés au titre des exercices 2016 et 2017. Les impositions supplémentaires d'impôt sur le revenu ont été mises en recouvrement le 31 janvier 2020 pour un montant total de 27 914 euros en droits et pénalités au titre de l'année 2015 et 1 143 euros au titre de l'année 2017. La réclamation préalable du contribuable au titre de l'exercice 2015, en date du 2 octobre 2020 et complétée par un courrier du 9 novembre 2020, a été rejetée par le service le 25 janvier 2021. Par la présente requête, M. B demande la décharge des cotisations supplémentaires mises à sa charge au titre de l'impôt sur le revenu 2015.
Sur le montant du chiffre d'affaires réalisé au titre de l'exercice 2014 et le régime applicable à l'exercice 2015 :
En ce qui concerne le terrain de la loi fiscale :
2. Aux termes de l'article 50-0 du code général des impôts dans sa version en vigueur du 6 juin 2015 au 1er janvier 2016 : " 1. Sont soumises au régime défini au présent article [régime des micro-entreprises] pour l'imposition de leurs bénéfices les entreprises dont le chiffre d'affaires hors taxes () respecte les limites mentionnées au 1° du I de l'article 293 B, s'il s'agit d'entreprises relevant de la première catégorie définie au dernier alinéa du présent 1, ou les limites mentionnées au 2° du même I, s'il s'agit d'entreprises relevant de la deuxième catégorie () / Le résultat imposable, avant prise en compte des plus ou moins-values provenant de la cession des biens affectés à l'exploitation, est égal au montant du chiffre d'affaires hors taxes diminué d'un abattement de 71 % pour le chiffre d'affaires provenant d'activités de la 1re catégorie et d'un abattement de 50 % pour le chiffre d'affaires provenant d'activités de la 2e catégorie () ". Selon les dispositions de l'article 293 B dans sa version applicable au litige, le régime de micro-entrepreneurs était applicable, en 2015, aux entreprises exerçant une activité de vente de marchandises, si leur chiffre d'affaires n'excédait pas 82 200 euros l'année civile précédente ou 90 300 euros l'année civile précédente lorsque le chiffre d'affaires de la pénultième année n'avait pas excédé le montant de 82 200 euros. Ces seuils étaient identiques en 2014 et respectivement de 81 500 euros et 89 600 euros en 2013.
3. En l'absence de présentation par le contribuable de toute pièce comptable, le service a reconstitué le résultat imposable à partir d'une part, des encaissements bancaires et d'autre part, en l'absence de justificatifs des charges, des cotisations au régime social des indépendants mentionnées sur les déclarations d'auto-entrepreneur, soit 6 042 euros pour l'année 2015. Il s'est notamment appuyé sur le procès-verbal d'investigation n° D3-02 du 8 janvier 2018 obtenu dans le cadre du droit de communication auprès du Procureur de la République, qui indique que le montant des encaissements bancaires réalisés par M. B s'est élevé à 94 527 euros en 2014, dont 15 400 euros en mai 2014, et à 78 475 euros en 2015. M. B soutient que certains des chèques encaissés en mai 2014 ne correspondent pas à des ventes de métaux, telles que mentionnées par le procès-verbal d'investigation n° D3-03 du 9 janvier 2018, qui retrace pour sa part le montant des seules ventes de métaux réalisées par M. B auprès de ses six clients habituels et résultant des comptes de ceux-ci. Selon ce procès-verbal, les ventes réalisées auprès de ces clients se sont élevées à 85 245,22 euros en 2013, 92 686,78 euros en 2014 - dont 5 887,57 euros en mai 2014 - et 90 092,16 euros en 2015. Par suite, le montant du chiffre d'affaires réalisé en 2014 et résultant de ventes de métaux étant en tout état de cause supérieur à 90 300 euros, ce que M. B ne conteste pas utilement, le service était fondé à considérer que le contribuable était imposable, au titre de l'exercice 2015, selon les modalités du régime réel simplifié et non selon le régime de micro-entreprise.
En ce qui concerne le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
4. La doctrine BOI-BIC-DECLA-10-10-20 précise : " 1. Le chiffre d'affaires à comparer aux limites d'application du régime des micro-entreprises (micro-BIC) comprend l'ensemble des opérations que les contribuables concernés réalisent annuellement avec les tiers dans l'exercice de l'activité normale et courante de leurs établissements, que ceux-ci forment ou non une même entreprise. () / Cette définition des opérations à retenir pour l'appréciation des chiffres d'affaires limites n'englobe pas () les recettes à caractère exceptionnel telles que le produit de la cession des immobilisations affectées à l'exploitation (fonds de commerce, matériels, etc.) () ".
5. Le requérant soutient qu'un encaissement bancaire, en date du 16 mai 2014 pour un montant de 7 000 euros, ne correspond pas à une vente de métaux et ne doit donc pas être pris en compte pour l'appréciation de son chiffre d'affaires. Toutefois, en se bornant à produire des copies du chèque et de la remise de chèque ainsi qu'une attestation de l'acheteur indiquant avoir acheté à M. B un lot de godets et une pince à balles, il n'apporte pas d'élément permettant d'établir qu'il s'agirait d'une vente privée ou d'une cession d'immobilisation affectée à l'exploitation, constituant une recette à caractère exceptionnel au sens de l'instruction fiscale précitée.
Sur le montant du chiffre d'affaires réalisé au titre de l'exercice 2015 :
6. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises () ". Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () ". Aux termes de l'article 12 du même code : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Aux termes de l'article 158 du même code : " () 7. Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par un coefficient de 1,25. Ces dispositions s'appliquent : / 1° Aux titulaires de revenus passibles de l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux ou des bénéfices agricoles, réalisés par des contribuables soumis à un régime réel d'imposition : / a) Qui ne sont pas adhérents d'un centre de gestion, association ou organisme mixte de gestion agréés définis aux articles 1649 quater C à 1649 quater K ter () ".
7. Comme dit ci-dessus au point 2, pour procéder à la reconstitution des bénéfices industriels et commerciaux de l'exercice 2015, le service a pris en compte, d'une part les encaissements figurant sur les relevés bancaires du contribuable, soit un montant total de 78 475 euros, et d'autre part, les seules charges justifiées correspondant aux cotisations au régime social des indépendants, soit un montant de 6 042 euros. Ainsi, le résultat des bénéfices industriels et commerciaux a été fixé à 72 433 euros. Après application du coefficient multiplicateur de 1,25, dès lors que le requérant n'est pas adhérent à un centre de gestion agréé, le montant des bénéfices industriels et commerciaux imposés s'est élevé à 90 541 euros.
8. Le requérant soutient que l'encaissement bancaire de 7 500 euros du 18 mars 2015 ne constitue pas le produit d'une vente de métaux, mais correspond à la contrepartie d'une vente privée ou d'une recette à caractère exceptionnel dès lors qu'il s'agit d'un chèque de banque émis par le Crédit Agricole Sud Rhône Alpes. Toutefois, en se bornant à produire les copies du chèque et de la remise de chèque, il n'apporte pas d'élément précis permettant d'établir qu'il s'agirait effectivement d'une recette privée, alors qu'il est constant que le contribuable ne tenait aucune comptabilité professionnelle.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions de M. B doivent être rejetées, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Pellissier, présidente,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
M. Pinturault, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.
La rapporteure,
signé
A. THEVENET-BRECHOT
La présidente,
signé
S. PELLISSIER La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026