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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100864

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100864

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100864
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP RJB ROUXEL JEHANNOT DE BARTILLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Château de Saint-Loup, représentée par Me Rouxel, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2014 au 30 septembre 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle doit être déchargée des rappels correspondant à la TVA collectée qui représentent la somme totale de 31 823 euros ; une partie de ces rappels repose sur l'imposition à cette taxe du produit de la location de locaux nus qui en est exonérée en application de l'article 261 D du code général des impôts ; l'administration ne démontre pas que les salles données en location pour divers évènements et pour lesquelles elle a remis en cause l'exonération de cette taxe, auraient été louées meublées ; l'administration ne peut lui opposer sur ce point la régularité formelle des factures qu'elle a présentées pour justifier de l'équipement occasionnel des locaux en cause, qui est sans incidence sur son droit à déduction de la TVA, conformément au principe rappelé par la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt 516/14 du 15 septembre 2016 en ce qui concerne les modalités d'exercice du droit à déduction prévues dans la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2012 ;

- en ce qui concerne la TVA déductible, dès lors qu'elle exerce des activités différentes de location de chambres meublées d'une part et de location de salles nues d'autre part, le coefficient de taxation et le coefficient d'assujettissement doivent être déterminés dépense par dépense ;

- dès lors que les parties du château occupées par son dirigeant, à titre privatif, n'excèdent pas 5 % de l'ensemble, le coefficient d'assujettissement qui doit être appliqué ne peut être inférieur à 95 %, ce qui correspond à sa proportion d'utilisation pour la réalisation d'opérations imposables au sens du II de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts ;

- conformément au 2° du I de l'article 209 de l'annexe II au code général des impôts, dès lors que ses activités ne sont pas soumises à des dispositions identiques au regard de la TVA, l'une (locations meublées) étant imposable et l'autre (locations de locaux nus) en étant exonérée, il convient, pour déterminer les coefficients d'assujettissement et de taxation applicables à chaque dépense, de déterminer au préalable son affectation précise à telle ou telle activité, et non d'appliquer, pour toutes les dépenses, des coefficients forfaitairement fixés ;

- les dépenses exposées pendant les périodes en litige et relatives à la rénovation du pigeonnier, qui a vocation à être loué aménagé, ouvrent droit à déduction de TVA, conformément au paragraphe n° 60 de l'instruction BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-30 du 12 septembre 2012 ;

- les dépenses entièrement affectées aux chambres données en location meublée doivent se voir appliquer un coefficient de déduction égal à l'unité, ce qui inclut, notamment, pour 2014 et 2016 les dépenses exposées pour l'installation de carreaux, pour 2015 les dépenses d'installation de radiateurs et pour 2017 les dépenses de rénovation des chambres et des salles de bain ;

- la circonstance que la société n'est pas elle-même propriétaire des biens qu'elle exploite n'est pas un obstacle à son droit à déduction comme rappelé au paragraphe 20 de l'instruction BOI-TVA-DED-40-30 ;

- les dépenses mixtes exposées en 2014 doivent se voir appliquer un coefficient de déduction de 0,58 par application d'un coefficient de taxation de 0,61, celles exposées en 2015 un coefficient de déduction de 0,56 par application d'un coefficient de taxation de 0,59, celles exposées en 2016 un coefficient de déduction de 0,78 par application d'un coefficient de taxation de 0,82 et celles exposées en 2017 un coefficient de déduction de 0,73 par application d'un coefficient de taxation de 0,77, toutes les périodes concernées devant se voir appliquer pour le surplus des éléments qui déterminent le coefficient de déduction un coefficient d'assujettissement de 0,95 et un coefficient d'admission égal à l'unité.

Par un mémoire en défense enregistrés le 22 septembre 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de l'EURL Château de Saint-Loup ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault,

- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Rouxel, représentant l'EURL Château de Saint-Loup.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Château de Saint-Loup exerce une activité de réception et d'hôtellerie dans un château situé dans la commune de Saint-Loup-Lamairé (Deux-Sèvres). A l'issue d'une vérification de comptabilité portant, en matière de taxe sur la valeur ajoutée (TVA), sur la période du 1er janvier 2014 au 30 septembre 2017, l'administration a remis en cause l'exonération de TVA que l'EURL Château de Saint-Loup avait appliquée aux recettes issues de son activité de location de salles et de dépendances du château, au motif que ces locaux ne pouvaient être considérés comme des locaux nus pour l'application de l'exonération prévue à l'article 261 D du code général des impôts. Elle a également estimé qu'une partie de la TVA que la société requérante avait déduite au titre des dépenses qu'elle avait exposées pendant la période en litige pour l'achat et l'entretien d'éléments mobiliers et immobiliers, n'était pas déductible dès lors que toutes ces dépenses étaient concurremment affectées à des activités imposables et à un usage privé étranger au champ de la TVA, et que le coefficient d'assujettissement exprimant la proportion d'utilisation de ces dépenses pour la réalisation d'une activité entrant dans le champ d'application de cette taxe ne pouvait excéder un taux de 11 à 14 % sur l'ensemble de la période vérifiée. Elle a enfin rappelé la TVA figurant sur une facture ayant fait l'objet d'un avoir non comptabilisé. L'EURL Château de Saint-Loup demande la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités résultant de ces différents chefs de rectification.

Sur le bénéfice de l'exonération de l'article 261 D du code général des impôts :

2. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ". Selon l'article 256 A de ce code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention () Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées () ". Aux termes de l'article 261 D du même code : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : () 2° Les locations de terrains non aménagés et de locaux nus () ".

3. Doit être regardée comme une location de locaux nus, au sens des dispositions du 2° de l'article 261 D du code général des impôts, celle qui porte sur des locaux qui ne sont pas pourvus des aménagements nécessaires, c'est-à-dire de ceux sans lesquels l'exploitation commerciale à laquelle ils sont destinés n'est pas possible. A l'exception des cas où, eu égard à la procédure d'imposition mise en œuvre, la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si une entreprise contribuable remplit les conditions légales d'une exonération.

4. L'EURL Château de Saint-Loup soutient que la plupart des éléments de mobilier et d'équipements dont la présence a été constatée dans des locaux dont elle ne conteste pas qu'il s'agit de ceux qu'elle prétend donner en location nus, s'y sont trouvés de manière occasionnelle et non pas de sa propre initiative, mais à l'initiative et à la charge de ses clients, à l'occasion par exemple de mariages dont l'organisation nécessite des équipements beaucoup plus nombreux et beaucoup plus conséquents que les seuls meubles dont elle dispose et qui sont destinés à pourvoir au confort de la clientèle de son activité de chambres d'hôtes.

5. D'une part, il résulte de l'instruction qu'au cours de la période en litige, la société requérante a investi 7 287,32 euros d'immobilisations comprenant l'achat de 20 chaises de style Louis XV, un piano, une cuisinière, un réfrigérateur, un fourneau et une armoire réfrigérée et que pendant la même période, elle a comptabilisé dans ses charges des dépenses d'ameublement, de décoration et d'entretien ou de restauration de meubles ou d'équipements, pour une valeur totale cumulée de 24 840,54 euros. Sur des clichés des lieux diffusés sur le site internet de l'entreprise, les salles du château apparaissent équipées et aménagées. L'administration ajoute dans son mémoire en défense, sans être utilement contredite sur ce point, que ces photographies n'ont pas été prises qu'à l'occasion d'évènements conséquents, comme des mariages, pour lesquels les meubles présents peuvent avoir été installés à l'initiative et aux frais des clients, mais représentent également des salles aménagées pour des réunions professionnelles et des séminaires dont les meubles et les équipements sont manifestement installés à demeure. Tandis qu'aucun des équipements que la requérante prétend avoir destinés à l'ameublement des chambres d'hôtes situées dans le donjon n'y ont été retrouvées par le vérificateur, une vingtaine de chaises de style Louis XV, qui sont précisément incluses dans les meubles achetés pendant les périodes vérifiées, apparaissent précisément sur les photos d'une salle aménagée pour accueillir des réunions ou des séminaires, lesquelles apparaissent aussi, sur certains clichés, équipées d'un système de vidéo-projection. En outre, sur des sites spécialisés dans le référencement des locations évènementielles, divers équipements sont annoncés comme mis à la disposition des clients, comme la cuisine pour le traiteur, la piste de danse, des tables et des chaises, un vestiaire, un vidéo-projecteur, l'équipement son, un paper-board et autres. Au surplus, la société requérante ne conteste pas, comme l'a relevé le service dans la réponse qu'il a faite à sa réclamation préalable, que lors des deux visites qu'il a faites sur place, le vérificateur a constaté la présence de mobilier dans les caves du château. Enfin, si elle produit aux débats plusieurs attestations selon lesquelles des clients ont dû fournir eux-mêmes des éléments mobiliers, ces attestations ne suffisent pas à démontrer que l'ensemble des locations de salles ou de dépendances du château étaient faites sans aucun élément mobilier. Enfin, à supposer que la requérante entende, sur la base de ces attestations, demander la décharge de TVA pour ces opérations ponctuelles de location, elle ne fournit, de toute façon, aucun élément permettant de déterminer la proportion que ces locations ont représenté dans ses recettes et, notamment, aucune facturation correspondante.

6. D'autre part, l'EURL Château de Saint-Loup ne peut utilement se prévaloir, pour démontrer le caractère nu des salles et dépendances du château, d'un bon de commande pour la livraison de divers matériels en vue de l'organisation d'un mariage en juin 2018, ce document ayant été établi postérieurement à la période en litige et ne démontrant pas, en lui-même, que ces locaux sont dépourvus des aménagements nécessaires à leur exploitation. La société requérante ne produit d'ailleurs aucun élément sur les conditions dans lesquelles ses clients sont mis en relation avec les fournisseurs de matériels complémentaires, ni aucun élément indiquant que la fourniture de tels équipements ferait l'objet, à supposer qu'elle soit distincte de la location, d'une facturation distincte, ou encore d'une refacturation par la société requérante.

7. Enfin, l'EURL Château de Saint-Loup ne peut utilement invoquer, à l'appui de sa contestation de la remise en cause du principe de l'exonération de TVA, le principe dégagé par la Cour de justice de l'Union européenne sur les conséquences à tirer, dans la justification du droit à déduction de TVA, de l'irrégularité formelle des factures présentées à l'administration, dans la mesure où il résulte de la proposition de rectification du 30 mai 2018 que le vérificateur n'a pas entendu se fonder sur l'irrégularité des factures produites par l'intéressée pour remettre en cause le principe d'une telle exonération.

8. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que l'EURL Château de Saint-Loup dispose pour les salles et dépendances qu'elle met en location des équipements nécessaires à l'exploitation de ces locaux. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a remis en cause l'exonération de TVA des recettes que la société requérante a réalisées, pendant les périodes en litige, au titre de cette même activité.

Sur le droit à déduction de TVA :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

9. D'une part, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ". Dès lors que la requérante a contesté les rehaussements qui lui ont été notifiés dans le cadre d'une rectification contradictoire, c'est à l'administration qu'il incombe d'établir le bien-fondé du coefficient qu'elle a appliqué pour déterminer son droit à déduction de TVA.

10. D'autre part, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () ". Selon l'article 205 de l'annexe II à ce code : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction. " L'article 206 de cette annexe précise : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. / II. - Le coefficient d'assujettissement d'un bien ou d'un service est égal à sa proportion d'utilisation pour la réalisation d'opérations imposables. Les opérations imposables s'entendent des opérations situées dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée en vertu des articles 256 et suivants du code général des impôts, qu'elles soient imposées ou légalement exonérées. / III. - 1. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est égal à l'unité lorsque les opérations imposables auxquelles il est utilisé ouvrent droit à déduction. / 2. Le coefficient de taxation d'un bien ou d'un service est nul lorsque les opérations auxquelles il est utilisé n'ouvrent pas droit à déduction. / 3. Lorsque le bien ou le service est utilisé concurremment pour la réalisation d'opérations imposables ouvrant droit à déduction et d'opérations imposables n'ouvrant pas droit à déduction, le coefficient de taxation est calculé selon les modalités suivantes : / 1° Ce coefficient est égal au rapport entre : / a. Au numérateur, le montant total annuel du chiffre d'affaires afférent aux opérations ouvrant droit à déduction, y compris les subventions directement liées au prix de ces opérations ; / b. Et, au dénominateur, le montant total annuel du chiffre d'affaires afférent aux opérations imposables, y compris les subventions directement liées au prix de ces opérations. / Les sommes mentionnées aux deux termes de ce rapport s'entendent tous frais et taxes compris, à l'exclusion de la taxe sur la valeur ajoutée () IV. - 1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4 () ".

11. L'EURL Château de Saint-Loup, qui a comptabilisé et déduit la totalité de la TVA déductible mentionnée sur les factures d'entretien, de réparation et de rénovation du domaine, ainsi que sur les factures d'acquisition et d'entretien du mobilier d'habitation qu'elle a acquittées au cours des périodes en litige, revendique, au stade contentieux, d'une part, un droit à déduction complet pour des dépenses relatives aux chambres données en location meublée, ce qui inclut notamment, pour les années 2014 et 2016, les dépenses exposées pour l'installation de carreaux, pour 2015, les dépenses d'installation de radiateurs et, pour 2017, les dépenses de rénovation des chambres et des salles de bains, et, d'autre part, l'application d'un coefficient d'assujettissement égal à 0,95 et d'un coefficient de taxation qui oscille, selon les périodes et en fonction du ratio entre le chiffre d'affaires de son activité de location de chambres et celui de l'activité de location de locaux qu'elle prétend nus et exonérés, entre 0,59 et 0,82 pour le surplus des dépenses engagées. Elle réclame également, en toute hypothèse, la constitution d'un secteur d'activité distinct pour les dépenses affectées à la rénovation et à l'aménagement d'un pigeonnier, pour lequel la TVA ayant grevé ces dépenses ouvre, selon elle, en totalité droit à déduction, dès lors que ce bâtiment a vocation à être entièrement dévolu à une activité de location meublée, non exonérée de cette taxe.

12. En premier lieu, même si les dépenses exposées par l'EURL Château de Saint-Loup portent sur des locaux utilisés dans le cadre de son activité économique et même si, en ce qui concerne le pigeonnier, ce bâtiment a vocation à recevoir une activité évènementielle et à être aménagé et équipé à cette fin, la société requérante ne conteste pas sérieusement que le propriétaire des locaux, qui est également son dirigeant et dont le domaine constitue la résidence principale, en dispose entièrement pour son usage personnel, sous la seule réserve des périodes de location qui interviennent essentiellement pendant le week-end et entre le mois de mai et le mois de septembre. En outre, l'EURL Château de Saint-Loup occupe le domaine dans le cadre d'un bail verbal, qui ne formalise aucune délimitation des locaux et des dépendances qu'elle exploite. De surcroît, alors que la superficie totale du domaine représente plusieurs milliers de mètres carré, la consistance des locaux déclarés comme ayant un usage professionnel, selon les mentions portées dans un formulaire de déclaration de local à usage commercial ou professionnel déposé le 16 février 1998, n'excède pas 447 m². Par ailleurs, la superficie des espaces annoncés comme proposés à la location, selon les informations fournies au public sur les différents sites internet où le domaine de Saint-Loup est référencé, est de 535 m². Dans ces conditions, il est non seulement établi que l'espace utilisé pour l'activité commerciale de la société requérante et exclusif de toute utilisation privative ne représente pas, comme le prétend celle-ci, une part qui ne pourrait être inférieure à 95 % de l'ensemble, mais, au contraire, une part réduite, mais encore que, eu égard au caractère résiduel et occasionnel de cette occupation professionnelle, et en l'absence de tout élément permettant de délimiter précisément des espaces exploités dans le cadre de l'activité de location, les dépenses exposées pour l'entretien, la rénovation, l'aménagement et l'équipement des locaux en cause doivent être regardées comme étant concurremment affectées à l'activité économique de la société et à l'usage personnel du propriétaire.

13. Par ailleurs, il résulte des dispositions précitées que l'administration, lorsque, comme en l'espèce, elle procède à la détermination du coefficient de déduction mentionné à l'article 205 du code général des impôts, doit tenir compte, pour le calcul de ce coefficient, de l'ensemble des activités d'une entreprise sans pouvoir procéder, comme la réclame la requérante, à la détermination de plusieurs secteurs d'activités distincts. Par suite, et quand bien même le pigeonnier qu'elle a aménagé aurait vocation à être entièrement dévolu à une activité de location meublée, non exonérée de TVA, la société requérante ne peut utilement revendiquer, pour cet équipement, la constitution d'un secteur distinct affecté d'un coefficient de déduction égal à l'unité.

14. Il résulte de ce qui est exposé aux points 12 et 13 que c'est à bon droit que l'administration fiscale a, d'une part, estimé que l'ensemble des dépenses de la société requérante, constituaient des dépenses mixtes, affectées concurremment à l'exploitation commerciale du domaine et à l'utilité personnelle de son occupant, et qu'elle a, d'autre part, pour le calcul du droit à déduction de la TVA, appliqué à la totalité de ces dépenses un seul et même coefficient de déduction.

15. En second lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante et pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés plus haut, le coefficient d'assujettissement ne peut correspondre au taux d'au moins 95 % que revendique la société requérante en ce qui concerne la proportion d'occupation professionnelle du domaine, dès lors que ce domaine n'est utilisé pour l'activité de l'entreprise que dans une proportion restreinte et qui n'a pu en tout cas excéder la superficie des locaux qui avaient été déclarés à usage professionnel ou, tout au plus, celle annoncée au public comme étant disponible à la location.

16. En l'absence de tout élément de la part de la société requérante permettant de déterminer avec un degré suffisant de précision et de vraisemblance les surfaces affectées à un usage strictement professionnel, le vérificateur a déterminé le coefficient d'assujettissement en calculant le taux d'emploi des chambres et des salles dans l'activité de location. Pour calculer le taux de location des chambres, il a d'une part divisé le produit total des locations de chambres par le prix moyen des nuitées et par le nombre de chambres disponibles, et d'autre part divisé le montant total de la taxe de séjour comptabilisée par le tarif de cette taxe et le nombre de chambres disponibles. Pour calculer le taux d'utilisation professionnelle des salles, il a affecté chaque recette comptabilisée au titre de l'activité de " location nue de salle " d'un nombre de jours de location en fonction du montant facturé et des tarifs publiés. Il résulte de l'application de cette méthode, qui n'est aucunement critiquée par la société requérante, des taux de location de 14 % pour les périodes du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 et de 11 % pour les périodes du 1er janvier 2016 au 30 septembre 2017, soit respectivement, pour chacune de ces périodes successives, des coefficients d'assujettissement de 0,14 et de 0,11.

17. Par ailleurs, compte tenu de la remise en cause de l'exonération de TVA sur les locations de salles par le service vérificateur, c'est à bon droit que l'administration a appliqué, pour l'ensemble de la période vérifiée, un coefficient de taxation égal à l'unité à l'ensemble des opérations engagées pour la réalisation d'opérations imposables, à savoir les locations de chambres, les locations de salles et les prestations accessoires.

18. Enfin, il est constant que les dépenses en cause n'entrant dans aucune des catégories d'exclusion du droit à déduction prévues aux 2 à 4 du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts, le coefficient d'admission est, là encore, égal à l'unité.

19. Par suite, c'est à bon droit que, pour les périodes en litige, l'administration fiscale a appliqué, pour calculer la TVA déductible des dépenses exposées par l'EURL Château de Saint-Loup, des coefficients de déduction de 0,11 et de 0,14, tels qu'ils résultent, conformément aux dispositions de l'article 206 de l'annexe II du code général des impôts, du produit du coefficient d'assujettissement, du coefficient de taxation et du coefficient d'admission.

En ce qui concerne le bénéfice de la doctrine administrative :

20. L'EURL Château de Saint-Loup ne peut utilement se prévaloir du paragraphe 60 de l'instruction BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-30 du 12 septembre 2012 et du paragraphe 20 de l'instruction BOI-TVA-DED-40-30, qui ne comportent pas d'interprétation de la loi fiscale distincte de celle qui est faite ci-dessus.

Sur le surplus des conclusions aux fins de décharge :

21. L'EURL Château de Saint-Loup ne dirigeant aucun moyen contre la part des impositions qu'elle conteste qui résulte du rappel d'une partie de la TVA figurant sur une facture ayant fait l'objet d'un avoir, le surplus de ses conclusions aux fins de décharge doit être rejeté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'EURL Château de Saint-Loup doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Château de Saint-Loup est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Château de Saint-Loup et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Crosnier, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

M. PINTURAULT

Le président,

Signé

L. CAMPOY La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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