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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2100997

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2100997

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2100997
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP CORNET-VINCENT-SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 avril 2021 et le 12 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Lopes, demande au tribunal :

1°) de condamner le département de la Vienne à lui verser une somme de 3 808,14 euros au titre de l'indemnité de mise à la retraite d'office ;

2°) de condamner le département de la Vienne à lui verser une somme de 10 389,48 euros bruts au titre de l'indemnité compensatrice de préavis, assortie d'une indemnité compensatrice de congés payés de 10% soit 1 038,95 euros ;

3°) de condamner le département de la Vienne à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des autres préjudices de toute nature causés par l'illégalité de sa mise à la retraite d'office ;

4°) de mettre à la charge du département de la Vienne la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-aucune des dispositions du code de l'action sociale et des familles n'encadre la mise à la retraite d'office des assistants familiaux ;

-la mise à la retraite d'office est une rupture du contrat de travail à l'initiative de l'employeur et doit donc être regardée comme un licenciement ouvrant droit à indemnité ;

-le licenciement des agents contractuels de la fonction publique est régi par les articles 43 et suivants du décret n°88-145 du 15 février 1988.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2021, le département de la Vienne, représenté par la SELARL Cornet-Vincent-Segurel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-834 du 13 septembre 1984 ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Bréjeon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Grandon, représentant Mme A, et de Me Couetoux-du-Tertre, représentant le département de la Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été employée par le département de la Vienne en qualité d'assistante familiale en contrat à durée indéterminée à compter du 19 août 1982. Elle a fait valoir ses droits à la retraite et a bénéficié d'une pension à taux plein à compter de l'année 2011, tout en continuant son activité d'assistante familiale au titre d'un cumul emploi-retraite. Par un courrier du 8 juillet 2020, elle a été informée que le département de la Vienne envisageait de procéder à une mise à la retraite d'office la concernant, dès lors qu'elle avait dépassé la limite d'âge. Par un courrier du 1er octobre 2020, le département de la Vienne a confirmé sa mise à la retraite d'office à compter du 1er septembre 2020. Par un courrier du 4 décembre 2020, elle a sollicité le versement de l'indemnité de départ à la retraite à laquelle elle estimait avoir droit, ainsi qu'une indemnité compensatrice de congés payés, une indemnité de préavis, une indemnité de majoration pour sujétions exceptionnelles, et une indemnité d'attente. Sa demande a été rejetée par une décision du 8 février 2021. Mme A demande au tribunal de condamner le département de la Vienne à lui verser une somme totale de 20 236,57 euros au titre des indemnités dont elle estime devoir bénéficier.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 422-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les assistants maternels et les assistants familiaux employés par des collectivités territoriales sont des agents non titulaires de ces collectivités. Les dispositions particulières qui leur sont applicables compte tenu du caractère spécifique de leur activité, sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 422-21 du même code : " Sauf lorsque le licenciement intervient soit pour faute grave ou lourde, soit au cours ou à l'expiration d'une période d'essai, une indemnité de licenciement calculée dans les conditions fixées par l'article D. 773-1-5 du code du travail est due à l'assistant maternel justifiant d'une ancienneté d'au moins deux ans au service du même employeur : 1° Qui a fait l'objet d'un licenciement dans les conditions prévues aux articles L. 773-7 et L. 773-12 du code du travail ; 2° Qui, engagé à terme fixe, a été licencié avant ce terme ; 3° Qui a été licencié dans les conditions prévues à l'article R. 422-11. / L'assistant maternel dont le contrat de travail a été rompu postérieurement à l'entrée en jouissance d'une pension au taux plein du régime général d'assurance vieillesse de la sécurité sociale bénéficie de l'indemnité prévue à l'alinéa précédent s'il justifie d'une ancienneté d'au moins deux ans au service du même employeur et s'il n'a pas été l'objet d'un licenciement pour faute grave ou lourde ".

3. D'une part, les dispositions de l'article R. 422-21 du code de l'action sociale et des familles sont insérées dans la section 4 du chapitre II du titre II du Livre IV du code, intitulée " licenciement ", et fixent les cas dans lesquels un assistant familial employé par des personnes de droit public peut bénéficier d'une indemnité de licenciement. Ces dispositions, qui constituent les seules figurant dans cette section, doivent être regardées comme fixant les cas de licenciement et les conditions dans lesquelles un assistant familial employé par des personnes de droit public, et le cas échéant, déjà titulaire d'une pension de retraite au moment de son licenciement, peut bénéficier d'une indemnité de licenciement.

4. D'autre part, il résulte des dispositions combinées du I de l'article 6-1 de la loi du 13 septembre 1984 relative à la limite d'âge dans la fonction publique et le secteur public, du II de l'article 115 de la loi du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique, du II de l'article 28 de la loi du 9 novembre 2010 portant réforme des retraites et du I de l'article 8 du décret du 30 décembre 2011 portant relèvement des bornes d'âge de la retraite des fonctionnaires, des militaires et des ouvriers de l'État, que l'augmentation de la limite d'âge de 65 ans à 67 ans a été mise en œuvre de manière progressive. La limite d'âge est notamment restée fixée à 65 ans pour les personnes nées, comme la requérante, avant le 1er juillet 1951.

5. Enfin, la survenance de la limite d'âge des agents publics, telle qu'elle est déterminée par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur, entraîne de plein droit la rupture du lien de ces agents avec le service.

6. Il est constant que Mme A, née le 20 février 1951, était âgée de 69 ans lorsque le département de la Vienne l'a informée, par courrier du 8 juillet 2020, de sa mise à la retraite d'office en raison du dépassement de la limite d'âge. Cette décision n'a eu ni pour objet ni pour effet de licencier l'intéressée, qui avait dépassé l'âge limite de départ à la retraite, circonstance ayant entrainé de plein droit la rupture du lien avec le service. Par suite, Mme A n'est pas fondée à solliciter le bénéfice d'une quelconque indemnité de licenciement.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

Sur les frais du litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de la Vienne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par le département de la Vienne sur le fondement de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,

Mme Gibson-Théry, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

A. THEVENET-BRECHOTLa présidente,

Signé

S. BRUSTON

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef par intérim,

La greffière,

N. COLLET

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