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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101218

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101218

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101218
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET SANZALONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 mai 2021 et le 21 septembre 2021, Mme B D, représentée par la SELARL Océanis Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre de recettes émis et rendu exécutoire par la commune de Surgères le 26 février 2021, mettant à sa charge une somme de 14 263,20 euros au titre de l'enlèvement de produits dangereux dans l'immeuble sis 66 rue Audry Puyravault à Surgères ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme correspondante ;

3°) de rejeter la demande indemnitaire de la SELARL Pharmacie de l'Aunis ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Surgères une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les conclusions présentées par la SELARL Pharmacie de l'Aunis sont irrecevables dès lors qu'elle n'est pas concernée par le litige et les juridictions administratives sont incompétentes pour en connaître ;

- l'avis des sommes à payer attaqué est entaché d'un vice de forme tiré de son défaut de signature ;

- il est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne comporte pas la mention des bases de liquidation de la créance et de son fondement légal ;

- la créance n'est pas fondée, dès lors qu'elle repose sur un arrêté préfectoral méconnaissant l'article L. 1311-4 du code de la santé publique, en tant, d'une part, que les produits dangereux en cause n'étaient pas entreposés au sein d'un habitat mais de greniers faisant office de réserve pour la pharmacie, et, d'autre part, que l'arrêté n'est pas dirigé à l'encontre de la personne débitrice de l'obligation de procéder à l'enlèvement de ces produits dangereux.

Par des mémoires en défense enregistrés les 2 juillet 2021, 23 septembre 2021 et 8 octobre 2021, la commune de Surgères, représentée par la SCP d'Avocats Ten France, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Par une intervention enregistrée le 12 juillet 2021, la SELARL Pharmacie de l'Aunis, représentée par la SELARL Cabinet Sanzalone, demande au tribunal de rejeter la requête de Mme D, de condamner Mme D à lui verser une somme totale de 17 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de la fermeture de la pharmacie aux fins d'enlever les produits dangereux, et de son préjudice moral, et de mettre à la charge de Mme D une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'est pas débitrice, en tant que locataire, de l'obligation d'enlèvement des produits dangereux entreposés au deuxième étage de l'immeuble qu'elle loue ;

- elle est fondée à demander réparation de son préjudice moral qu'elle évalue à 10 000 euros, et du préjudice consécutif à la fermeture de la pharmacie pendant deux jours pour l'enlèvement des produits dangereux, qu'elle estime à 7 000 euros.

La requête a été communiquée au préfet de la Charente-Maritime, qui n'a pas produit d'observations.

La requête a été communiquée à la direction départementale des finances publiques de la Charente-Maritime, qui n'a pas produit d'observations.

La requête été communiquée à l'agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine, qui n'a pas produit d'observations.

Les parties ont été informées, par un courrier du 26 mai 2023, que le jugement était susceptible, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du maire à avoir pris le titre de recettes attaqué au nom de la commune, alors que l'article L. 1311-4 du code de la santé publique attribue la compétence de procéder d'office aux mesures ordonnées par le préfet en matière d'hygiène, au maire au nom de l'Etat.

Une réponse à ce moyen relevé d'office a été enregistrée le 5 juin 2023 pour la commune de Surgères, laquelle observe que son maire a agi, en prenant le titre de recettes en litige, au nom de l'Etat, et que la mention, dans l'avis des sommes à payer, de la commune de Surgères comme émettrice de la créance, relève d'une erreur matérielle de la direction générale des finances publiques.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry ;

- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique ;

- les observations de Me Lachaume représentant la commune de Surgères, et de Me Sanzalone représentant la SELARL Pharmacie de l'Aunis.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D née C est propriétaire, depuis 1971, d'un immeuble situé 66 rue Audry de Puyravault, à Surgères (17700), au sein duquel elle a consenti, depuis 1998, un bail commercial qui s'est transmis aux cessionnaires successifs du fonds de l'officine de pharmacie exploité dans ces murs. Le fonds de l'officine a été cédé, le 28 février 2008, à la SELARL Pharmacie de l'Aunis, dont M. A est le gérant. Un procès-verbal de constat d'huissier du 13 janvier 2020, effectué à la demande de la SELARL Pharmacie de l'Aunis, a constaté l'entreposage de matériels, d'affaires et de produits chimiques dans les réserves situées au second étage du bâtiment. Par un arrêté du 16 octobre 2020 portant traitement de dangers sanitaires ponctuels dans le logement situé au 1er étage au-dessus de la pharmacie située 66 rue Audry de Puyravault à Surgères, le préfet de la Charente-Maritime a mis en demeure Mme D, ou ses ayants-droit, de procéder à l'enlèvement de l'ensemble des produits dangereux dans ce logement, par une société spécialisée, et de s'assurer de leur élimination par les filières spécifiques dédiées, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de l'arrêté. Le 19 octobre 2020, la police municipale de Surgères a constaté la présence des produits dangereux. Par un titre de recettes émis et rendu exécutoire le 26 février 2021, dont l'avis des sommes à payer correspondant a été réceptionné par la requérante le 29 mars 2021, la somme de 14 263,20 euros a été mise à sa charge, pour enlèvement de produits dangereux au 66 rue Audry de Puyravault à Surgères - 26/02/2021. Mme D demande au tribunal l'annulation de ce titre de recettes et la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante.

Sur l'intervention de la SELARL Pharmacie de l'Aunis :

2. Le jugement à rendre sur la requête de Mme D n'est pas susceptible de préjudicier aux droits de la SELARL Pharmacie de l'Aunis, à laquelle le titre de recettes litigieux n'est pas adressé. Dès lors, son intervention n'est pas recevable.

Sur la compétence de la maire de la commune :

3. Aux termes de l'article L. 1311-4 du code de la santé publique : " En cas d'urgence, notamment de danger ponctuel imminent pour la santé publique, le représentant de l'Etat dans le département peut ordonner l'exécution immédiate, tous droits réservés, des mesures prescrites par les règles d'hygiène prévues au présent chapitre. / Lorsque les mesures ordonnées ont pour objet d'assurer le respect des règles d'hygiène en matière d'habitat et faute d'exécution par la personne qui y est tenue, le maire ou, le cas échéant, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou à défaut le représentant de l'Etat dans le département y procède d'office aux frais de celle-ci. / La créance de la collectivité publique qui a fait l'avance des frais est alors recouvrée comme en matière de contributions directes. Toutefois, si la personne tenue à l'exécution des mesures ne peut être identifiée, les frais exposés sont à la charge de l'Etat. ". Les mesures prises en application de ces dispositions pour assurer le respect des règles d'hygiène relèvent de la compétence de l'Etat au nom duquel le maire ou, le cas échéant, le président de l'établissement public de coopération intercommunale intervient pour assurer l'exécution d'office des mesures prescrites par le préfet.

4. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 20 octobre 2020, la maire de la commune de Surgères a informé la requérante qu'elle avait fait procéder, pour assurer l'exécution de l'arrêté du préfet de Charente-Maritime du 16 octobre 2020 portant traitement de dangers sanitaires ponctuels dans le logement situé au 66 rue Audry de Puyravault à Surgères, à l'enlèvement des produits dangereux entreposés au deuxième étage de l'immeuble dont elle est propriétaire, par les services de déminage pour l'acide picrique, et par une société spécialisée pour les autres produits, le 19 octobre 2020. S'il n'est pas contesté que cette opération a eu lieu, il résulte des dispositions citées au point précédent que seul l'Etat est compétent pour recouvrer la somme correspondant à l'avance des frais d'enlèvement des produits dangereux, en tant qu'ordonnateur de cette dépense, selon la procédure applicable aux contributions directes, sans préjudice de l'opération comptable permettant, ultérieurement, à la commune de récupérer la somme en litige auprès de l'Etat. Ainsi, la maire de la commune de Surgères, en tant qu'ordonnateur de la commune, n'avait pas compétence pour émettre et rendre exécutoire le titre contesté, dont il résulte des termes mêmes que le crédit correspondant à la somme en litige devait être affecté au budget de la commune de Surgères. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête, le titre de recettes du 26 février 2021 mettant à la charge de Mme D une somme de 14 263,20 euros au titre de l'enlèvement de produits dangereux, doit être annulé.

5. Toutefois, l'annulation de ce titre exécutoire pour incompétence n'implique pas, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, que soit prononcée la décharge de l'obligation de payer la somme de 14 263,20 euros.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme D, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Surgères demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Surgères le versement à la requérante d'une somme de 1 300 euros sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : L'intervention de la SELARL Pharmacie de l'Aunis n'est pas admise.

Article 2 : Le titre de recettes émis le 26 février 2021 par la commune de Surgères est annulé.

Article 3 : La commune de Surgères versera une somme de 1 300 euros à Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à la commune de Surgères et à la SELARL Pharmacie de l'Aunis.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bruston, présidente,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERYLa présidente,

Signé

S. BRUSTON

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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