mercredi 27 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101260 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre - JU |
| Avocat requérant | PICHON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 mai 2021, 27 octobre 2021, 21 avril 2022 et 28 mars 2023, Mme C D, représentée par Me Pichon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision en date du 11 février 2021 par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande de pension de réversion ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de procéder à la liquidation de cette pension ainsi qu'au versement des arrérages au titre des quatre années précédant le dépôt de sa demande augmentés des intérêts capitalisés ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'article 47 du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère et qu'aucune demande de complément d'information ne lui a été adressée ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait au vu des jugements produits au dossier et dès lors que les erreurs affectant certains actes ont été rectifiées ;
Par trois mémoires en défense enregistrés les 30 mars 2022, 6 septembre 2022 et 5 juillet 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens de la requérante ne sont pas fondés ;
- si la demande était accueillie, il y aurait lieu de faire application des dispositions de l'article L. 53 du code des pensions civiles et militaires de retraite.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010, notamment son article 211 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2010-1691 du 30 décembre 2010 ;
- l'arrêté du 30 décembre 2010 portant application du décret n° 2010-1691 du 30 décembre 2010 pris en application de l'article 211 de la loi n° 2010-1657 du 29 décembre 2010 de finances pour 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,
- et les observations de Me Pichon, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant marocain, a été rayé des contrôles de l'armée active le 29 octobre 1950 et a obtenu le bénéfice d'une pension militaire de retraite proportionnelle. Il est décédé le 26 avril 1989. Mme C D a demandé, le 8 septembre 2016, le bénéfice d'une pension de réversion du chef de M. A. Elle sollicite l'annulation de la décision du 11 février 2021 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande.
Sur l'office du juge :
2. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pension, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.
Sur la légalité de la décision de la ministre des armées du 11 février 2021 :
3. D'une part, aux termes de l'article 211 de la loi du 29 décembre 2010 de finances pour 2011, applicable aux demandes de pension de réversion : " I. - () les pensions civiles et militaires de retraite () servies aux ressortissants des pays ou territoires ayant appartenu à l'Union française ou à la Communauté ou ayant été placés sous le protectorat ou sous la tutelle de la France sont calculées dans les conditions prévues aux paragraphes suivants. () / V. - Les demandes de pensions présentées en application du présent article sont instruites dans les conditions prévues par le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre et par le code des pensions civiles et militaires de retraite. () / VIII. - Un décret fixe les modalités d'application du présent article, notamment () les modalités de présentation et d'instruction des demandes mentionnées aux III, IV et V./ () / XI. - Le présent article entre en vigueur au 1er janvier 2011 ". Aux termes de l'article L. 4 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa version en vigueur à la date du décès de M. A : " Le droit à la pension est acquis : / 1° Aux fonctionnaires après quinze années accomplies de services civils et militaires effectifs ; / (). ". Aux termes de l'article L. 39 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa version en vigueur à la même date : " Le droit à pension de veuve est subordonné à la condition : / a) Si le mari a obtenu ou pouvait obtenir une pension accordée dans le cas prévu à l'article L. 4 (1°), que depuis la date du mariage jusqu'à celle de la cessation de l'activité du mari, celui-ci ait accompli deux années au moins de services valables pour la retraite, sauf si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage antérieur à ladite cessation ; / b) Si le mari a obtenu ou pouvait obtenir une pension accordée dans le cas prévu à l'article L. 4 (2°), que le mariage soit antérieur à l'événement qui a amené la mise à la retraite ou la mort du mari. / Toutefois, au cas de mise à la retraite d'office par suite de l'abaissement des limites d'âge, il suffit que le mariage soit antérieur à la mise à la retraite et ait été contracté deux ans et au moins avant soit la limite d'âge en vigueur au moment où il a été contracté, soit le décès du mari si ce décès survient antérieurement à ladite limite d'âge./ Nonobstant les conditions d'antériorité prévues ci-dessus, le droit à pension de veuve est reconnu : / 1° Si un ou plusieurs enfants sont issus du mariage ; / 2° Ou si le mariage, antérieur ou postérieur à la cessation de l'activité, a duré au moins quatre années ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ". Ces dispositions posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère et il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question.
5. En l'espèce, pour rejeter la demande de Mme D, la ministre des armées s'est fondée sur les contradictions relevées dans les différents documents produits par la requérante s'agissant de sa date de naissance. Il résulte cependant de l'instruction que l'intéressée produit une nouvelle carte nationale d'identité, délivrée le 31 juillet 2016 et valable jusqu'au 29 juillet 2026, ainsi qu'une copie de son acte de naissance n°538/1960 indiquant qu'elle est née en 1928. La requérante produit également la traduction d'un jugement du tribunal de Souk El Arbaa du Gharb rendu le 2 mai 2016, dont le caractère probant n'est pas contredit en défense, dans lequel trois témoins attestent qu'elle est née en 1928 et non en 1940. Ainsi, la décision contestée est entachée d'erreur de fait. Mme D est ainsi fondée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa requête, à demander l'annulation de la décision du 11 février 2021 par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande de réversion de la pension militaire de M. A.
Sur les conclusions tendant au versement de la pension :
6. En l'absence d'autres motifs soulevés par la ministre des armées pour servir de fondement à sa décision de rejet ou d'autres motifs résultant de l'instruction, Mme D est fondée à demander le bénéfice du versement d'une pension de réversion du chef de M. A.
7. M. A est décédé le 26 avril 1989. Mme D a déposé sa demande de pension de réversion le 8 septembre 2016. Aux termes des dispositions de l'article L. 53 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Lorsque, par suite du fait personnel du pensionné, la demande de liquidation ou de révision de la pension est déposée postérieurement à l'expiration de la quatrième année qui suit celle de l'entrée en jouissance normale de la pension, le titulaire ne peut prétendre qu'aux arrérages afférents à l'année au cours de laquelle la demande a été déposée et aux quatre années antérieures ". Par application de ces dispositions, Mme D est en droit de prétendre à la liquidation de sa pension de réversion, ainsi qu'aux arrérages afférents à l'année 2016 au cours de laquelle sa demande a été déposée et aux quatre années antérieures, c'est-à-dire à compter du 1er janvier 2012. Il y a lieu, par suite, de prescrire à l'Etat de lui verser ces arrérages, augmentés des intérêts au taux légal capitalisés ainsi qu'elle le demande.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juin 2021. Par suite, elle n'est pas fondée à demander qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des frais qu'elle aurait exposés dans la présente instance. Les conclusions qu'elle présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 11 février 2021 par laquelle la ministre des armées a refusé de faire droit à la demande de réversion de la pension de M. B A, présentée par Mme D, est annulée.
Article 2 : Le ministre des armées procédera à la liquidation de la pension de réversion de Mme D ainsi qu'au versement des arrérages correspondant à compter du 1er janvier 2012, augmentés des intérêts au taux légal capitalisés.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Pichon et au ministre des armées.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
A. E La greffière,
Signé
G. FAVARD
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Conseil d'État — N° 507200
**Solution rendue** : Le Conseil d'État rejette le pourvoi de la métropole du Grand Nancy. **Motif principal** : Aucun moyen sérieux n'est retenu, la cour administrative d'appel ayant correctement qualifié la voie d'accès d'équipement public et suffisamment motivé sa décision. **Portée** : Confirmation de la condamnation de la métropole à rembourser les frais de voirie et de signalisation imposés au pétitionnaire.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 506535
Le Conseil d’État a rejeté la requête de M. B... contre la sanction de l’AFLD. Il a jugé que la procédure était régulière et que la sanction de quatre ans était proportionnée. Cette décision confirme la rigueur de la lutte antidopage en France.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 504834
Le Conseil d'État rejette le pourvoi de M. B... contre l'ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille. Aucun des moyens soulevés (insuffisance de motivation, erreur de droit, dénaturation des pièces) n'est de nature à permettre l'admission du pourvoi. La décision confirme que la requête était manifestement dépourvue de fondement sérieux.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 508061
08/04/2026