vendredi 5 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101322 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BALLOTEAU LAPEGUE CHEKROUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mai 2021, l'EURL Phone et PC, représentée par Me Chekroun, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2021 par laquelle le directeur départemental de la protection des populations de la Charente-Maritime lui a infligé deux amendes administratives d'un montant respectif de 1 500 euros et 2 500 euros ;
2°) à titre subsidiaire de ramener l'amende administrative à un montant de 35 euros maximum par infraction caractérisée ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle ignorait de bonne foi l'obligation d'information des consommateurs sur leur droit à s'inscrire sur la liste d'opposition au démarchage téléphonique ;
- elle respecte le principe de finalité du règlement général sur la protection des données dès lors qu'elle ne recueille les données téléphoniques de ses clients que sur papier, dans l'unique but de les tenir informés de la réalisation de leurs demandes et ne pratique aucun démarchage téléphonique ; concernant les demandes via le site internet, seuls le nom et l'adresse mail sont demandés ;
- l'amende de 1 500 euros est disproportionnée au regard de la réalité des faits et de l'activité de l'entreprise ;
- elle ignorait de bonne foi l'obligation de communication des coordonnées du médiateur de la consommation ; cette réglementation est récente et présente un intérêt presque nul pour le consommateur ;
- elle a créé deux nouveaux onglets " confidentialité " et " mentions légales " sur son site internet dès le lendemain du contrôle ;
- l'amende de 2 500 euros est disproportionnée au regard de la nature des faits, de l'activité de l'entreprise et de son chiffre d'affaires.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2022, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la consommation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL Phone et PC exerce une activité de réparation de smartphones, tablettes et ordinateurs. Le 17 novembre 2020, elle a fait l'objet d'un contrôle sur pièces et sur place de la direction départementale de la protection des populations de la Charente-Maritime. Par un procès-verbal daté du 21 janvier 2021, l'administration a constaté deux manquements au code de la consommation. Par une lettre du 17 février 2021, la société a été avisée que des amendes administratives étaient envisagées. Par une décision du 31 mars 2021, le directeur départemental de la protection des populations de la Charente-Maritime a prononcé deux amendes, d'un montant respectif de 1 500 euros et 2 500 euros, d'une part pour manquement à l'obligation d'information des consommateurs sur leur droit à s'inscrire sur la liste d'opposition au démarchage téléphonique, et d'autre part pour manquement à l'obligation de communication des coordonnées du médiateur de la consommation. La société demande l'annulation de cette décision de sanction.
Sur les sanctions dans leur ensemble :
2. Les sanctions administratives sanctionnent des manquements sans que soit recherchée l'intention de les commettre. Ainsi, la circonstance, à la supposer établie, que la société requérante soit de bonne foi est sans incidence sur le bien-fondé des sanctions en litige.
Sur l'amende pour méconnaissance de l'article L. 223-2 du code de la consommation :
3. L'article L. 223-1 du code de la consommation prévoit que " le consommateur qui ne souhaite pas faire l'objet de prospection commerciale par voie téléphonique peut gratuitement s'inscrire sur une liste d'opposition au démarchage téléphonique ". Il est fait interdiction à tout professionnel de démarcher téléphoniquement un consommateur inscrit sur cette liste, alors que l'article L. 223-5 interdit la vente de fichiers sur lesquels le nom de ces consommateurs figure. L'article L. 223-2 du même code dispose : " Lorsqu'un professionnel est amené à recueillir auprès d'un consommateur des données téléphoniques, il l'informe de son droit à s'inscrire sur la liste d'opposition au démarchage téléphonique. / Lorsque ce recueil d'information se fait à l'occasion de la conclusion d'un contrat, le contrat mentionne, de manière claire et compréhensible, l'existence de ce droit pour le consommateur ". Aux termes de l'article L. 242-16 du code de la consommation : " Tout manquement aux dispositions des articles L. 223-1 à L. 223-5 est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. / Cette amende est prononcée dans les conditions prévues au chapitre II du titre II du livre V () ".
4. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, qu'il a été constaté le 17 novembre 2020 que la société requérante n'informait pas ses clients de leur droit à s'inscrire sur la liste d'opposition au démarchage téléphonique, ni par un affichage en boutique, ni sur son site internet. La société soutient qu'elle respectait les principes de finalité et de proportionnalité institués par le règlement général sur la protection des données personnelles dès lors qu'elle ne recueillait les données téléphoniques de ses clients que sur papier et que seul le nom et l'adresse électronique étaient requis pour les demandes formulées via le site internet. Il ressort toutefois du procès-verbal en date du 21 janvier 2021 et n'est pas contesté en réplique que les coordonnées téléphoniques des consommateurs leur étaient demandées au niveau de la page de prise de contact du site internet et que le numéro de téléphone était l'une des mentions obligatoires pour être recontacté. Par suite, dès lors qu'il a été constaté que la société recueillait le numéro de téléphone de clients sans les avertir de leur droit à s'inscrire sur la liste d'opposition au démarchage téléphonique, l'administration était fondée à lui infliger une amende pour méconnaissance des dispositions de l'article L. 223-2 du code de la consommation, alors même que la société indique sans être démentie avoir créé deux nouveaux onglets " mentions légales " et " confidentialité " sur son site internet dès le lendemain du contrôle.
5. Il ressort des dispositions citées au point 3 qu'un manquement aux obligations prévues par l'article L. 223-2 du code de la consommation est passible, comme les manquements aux obligations prévues par les article L. 223-1 ou L. 223-5 du même code, d'une amende pouvant aller jusqu'à 375 000 euros pour une personne morale. La société soutient que l'amende de 1 500 euros prononcée à son encontre est disproportionnée au regard de la réalité des faits et de l'activité de l'entreprise. Eu égard à la nature du manquement constaté, au fait que cette société unipersonnelle recueille les numéros de téléphone afin de rappeler les clients lui ayant confié un appareil à réparer, à la situation financière de la société dont le résultat s'élevait à 1 509 euros au titre de l'exercice 2019 et au fait que l'administration qui n'invoque aucun précédent d'infraction a procédé le 26 novembre 2020 à un nouveau contrôle du site internet en constatant sa mise à jour, il y a lieu de réduire le montant de l'amende à 500 euros.
Sur l'amende pour méconnaissance des articles L. 616-1 et R. 616-1 du code de la consommation :
6. Aux termes de l'article L. 616-1 code de la consommation : " Tout professionnel communique au consommateur, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, les coordonnées du ou des médiateurs compétents dont il relève () ". Aux termes de l'article R. 616-1 du même code : " En application de l'article L. 616-1, le professionnel communique au consommateur les coordonnées du ou des médiateurs de la consommation dont il relève, en inscrivant ces informations de manière visible et lisible sur son site internet, sur ses conditions générales de vente ou de service, sur ses bons de commande ou, en l'absence de tels supports, par tout autre moyen approprié. Il y mentionne également l'adresse du site internet du ou de ces médiateurs ". Aux termes de l'article L. 641-1 du code de la consommation : " Tout manquement aux obligations d'information mentionnées aux articles L. 616-1 et L. 616-2 est passible d'une amende administrative dont le montant ne peut excéder 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale dans les conditions prévues au chapitre II du titre II du livre V. ".
7. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que la société requérante, au jour du contrôle, ne communiquait pas aux consommateurs, ni en boutique, ni sur son site internet, les coordonnées du médiateur à la consommation. La société fait valoir que cette réglementation est récente et présente un intérêt presque nul pour le consommateur. Toutefois, par ces seuls éléments, la société n'établit pas que l'administration aurait entaché sa décision d'une erreur de fait ou de droit en lui infligeant une amende pour méconnaissance des dispositions des articles L. 616-1 et R. 616-1 du code de la consommation.
8. Il ressort des dispositions citées au point 6 que tout manquement aux obligations prévues par l'article L. 616-1 du code de la consommation est passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 15 000 euros pour une personne morale. La société soutient que l'amende de 2 500 euros est disproportionnée au regard de la nature des faits, de l'activité de l'entreprise et de son chiffre d'affaires. Eu égard à la situation financière de la société et à la circonstance que l'administration qui n'invoque aucun précédent d'infraction a contrôlé le 26 novembre 2020 son site internet en constatant sa mise à jour, il y a lieu de réduire le montant de l'amende à 500 euros.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme réclamée par l'EURL Phone et PC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le montant de la sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 242-16 du code de la consommation est ramené à la somme de 500 euros.
Article 2 : Le montant de la sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 641-1 du code de la consommation est ramené à la somme de 500 euros.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Phone et PC et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Copie sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Pellissier, présidente,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
M. Pinturault, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2022.
La rapporteure,
signé
A. THEVENET-BRECHOT
La présidente,
signé
S. PELLISSIERLa greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026