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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101454

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101454

vendredi 4 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101454
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantDJOUDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le numéro 2101454 le 3 juin 2021, M. C A, représenté par Me Djoudi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 avril 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté le recours administratif préalable qu'il a formé à l'encontre de la décision du 22 décembre 2020 par laquelle la même caisse lui a notifié un indu d'aide personnalisée au logement pour la période du 1er janvier 2019 au 31 novembre 2020, d'un montant de 9 994,56 euros ;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ni lui ni son épouse ne sont à l'origine d'une fausse déclaration sur sa situation professionnelle, dès lors qu'il n'a pas travaillé pour le compte de son épouse, au cours de la période de 2017 au 1er janvier 2019, en raison de son état de santé, et n'a été déclaré en qualité de conjoint collaborateur qu'à partir du 1er janvier 2019 ;

- ni lui ni son épouse n'ont omis de déclarer aucun revenu, dès lors que l'activité de son épouse a changé de régime fiscal et social à compter du 1er janvier 2019, pour passer au régime réel simplifié, et que les sommes déposées sur son compte personnel proviennent de la vente de quatre véhicules et de deux prêts qui lui ont été consentis.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP BCJ-Brossier-Carré-Joly, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 11 novembre 2021, fixant la contribution de l'Etat à 25%.

II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2101455 le 3 juin 2021, M. C A, représenté par Me Djoudi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 avril 2021 par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de la Vienne a rejeté le recours administratif préalable qu'il a formé à l'encontre de la décision du 22 décembre 2020 par laquelle cette caisse lui a notifié un indu de prime d'activité pour la période du 1er juin 2020 au 31 octobre 2020, d'un montant de 554,54 euros ;

2°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Vienne une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ni lui ni son épouse ne sont à l'origine d'une fausse déclaration sur sa situation professionnelle, dès lors qu'il n'a pas travaillé pour le compte de son épouse, au cours de la période de 2017 au 1er janvier 2019, en raison de son état de santé, et n'a été déclaré en qualité de conjoint collaborateur qu'à partir du 1er janvier 2019 ;

- ni lui ni son épouse n'ont omis de déclarer leurs revenus, dès lors que l'activité de son épouse a changé de régime fiscal et social à compter du 1er janvier 2019, pour passer au régime réel simplifié, et que les sommes déposées sur son compte personnel proviennent de la vente de quatre véhicules et de deux prêts qui lui ont été consentis.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2023, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP BCJ-Brossier-Carré-Joly, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 12 novembre 2021, fixant la contribution de l'Etat à 25%.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°s 2101454 et 2101455 sont relatives à la situation d'un même allocataire de prestations sociales et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.

2. M. C A a bénéficié de l'aide personnalisée au logement pour la période du 1er janvier 2019 au 30 novembre 2020, de la prime d'activité au titre des mois de juin à octobre 2020, ainsi que de l'allocation adulte handicapé depuis le 1er février 2016 jusqu'au 31 janvier 2020. Par ailleurs, son épouse détient le statut d'autoentrepreneur depuis le 1er mai 2014. Par un courrier du 22 décembre 2020, la CAF de la Vienne a notifié aux époux A une dette globale de 44 390,37 euros, dont elle leur a demandé le remboursement, correspondant à des sommes indûment perçues, pour la période du 1er novembre 2017 au 30 novembre 2020, les indus d'allocation personnalisée au logement et de prime d'activité portant sur des sommes respectives de 9 994,56 euros et de 524,54 euros. Par deux courriers du 28 janvier 2021, les époux ont contesté, d'une part, auprès de la directrice de la CAF de la Vienne, la notification de l'indu relatif à l'allocation personnalisée au logement, et, d'autre part, devant la commission de recours amiable, l'indu de prime d'activité. Par un courrier du 8 avril 2021, la directrice de la CAF de la Vienne a rejeté le recours que M. A a exercé à l'encontre de la décision lui ayant notifié sa dette d'allocation personnalisée au logement de 9 994,56 euros, après avoir recueilli l'avis de la commission de recours amiable. Par un second courrier daté du 8 avril 2021, la commission de recours amiable a également rejeté le recours qu'il a formé à l'encontre de la décision lui ayant notifié un trop-perçu de prime d'activité de 524,54 euros. Par sa requête enregistrée sous le numéro 2101454, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision prise par la directrice de la CAF de la Vienne le 8 avril 2021. Par sa requête enregistrée sous le numéro 2101455, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision prise par la commission de recours amiable le même jour.

3. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide personnalisée au logement ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. D'une part, aux termes de l'article L. 351-3 du code de la construction et de l'habitation alors en vigueur : " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer / 2. Les ressources et la valeur en capital du patrimoine du demandeur, lorsque cette valeur est supérieure à 30 000 €, et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 351-5 du même code, aujourd'hui reprises à ses articles R. 822-2 à R. 822-4 : " I.-Les ressources prises en considération pour le calcul de l'aide personnalisée sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de l'année civile précédant la période de paiement prévue par l'article R. 351-4 et qui y résident encore au moment de la demande ou au début de la période de paiement. () / II.- Les ressources prises en considération s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu d'après le barème, des revenus taxés à un taux proportionnel ou soumis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu, ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 de ce code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / Les bonifications mentionnées au 1° sont établies pour chaque travailleur, membre du foyer, compte tenu de ses revenus professionnels () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : / 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; () 4° Les prestations et les aides sociales, à l'exception de certaines d'entre elles en raison de leur finalité sociale particulière ; / 5° Les autres revenus soumis à l'impôt sur le revenu ". L'article R. 844-1 de ce code dispose que : " Ont le caractère de revenus professionnels ou en tiennent lieu en application du 1° de l'article L. 842-4 : / 1° L'ensemble des revenus tirés d'une activité salariée ou non salariée ; () ".

6. Il résulte de l'instruction que le 16 janvier 2020, les services de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Vienne ont été destinataires d'un courrier électronique émanant du groupe interministériel de recherches de Poitiers, les informant de la réalisation d'une enquête patrimoniale concernant la situation des époux A, révélant de fausses déclarations de nature à laisser présumer une situation de travail dissimulé ainsi qu'une fraude sociale. En particulier, il résulte de cette enquête que, malgré la déclaration de M. A en tant que conjoint collaborateur par son épouse à compter du 1er janvier 2019 dans le cadre de son activité commerciale, M. A travaillait d'ores et déjà aux côtés de son épouse dès la création de son activité d'autoentrepreneure, en 2014, et qu'il tenait un stand d'épicerie arménienne jusqu'au printemps 2019 au sein des marchés de Châtellerault, Poitiers, Limoges et Angoulême, ce qui n'est contredit par aucune pièce du dossier. Les enquêteurs ont également relevé que, mises à part les prestations sociales, le couple avait encaissé sur ses comptes, en chèques, espèces, transferts d'argent ou encaissements de cartes bleues, plus de 46 500 euros en 2017, plus de 87 500 euros en 2018, et plus de 99 700 euros entre les mois de janvier et novembre 2019. Pour contester ces constatations, le requérant soutient que le régime fiscal et social de l'activité de son épouse a été modifié depuis le 1er janvier 2019, pour évoluer vers un régime réel simplifié, date qui correspond à sa déclaration en qualité de conjoint collaborateur, que le couple a vendu quatre véhicules dont trois lui appartenaient, justifiant un virement bancaire de 6 000 euros, et a obtenu un prêt de l'Association pour le droit à l'initiative économique (Adie), au titre duquel M. A produit un échéancier de 2017, faisant état d'un montant de prêt de 6 320 euros, puis un extrait de compte, mentionnant un virement de l'Adie le 15 février 2018 de 2 207,87 euros, et un virement de la banque Casino, de 1 000 euros. Toutefois, outre la circonstance que le montant total de ces sommes est substantiellement inférieur aux sommes encaissées au cours des années 2017 et 2018 par le couple, M. A ne fait état d'aucun élément permettant de démontrer l'origine des encaissements en litige. Au surplus, le changement de régime fiscal de l'activité de son épouse ne fait que révéler que le chiffre d'affaires de son entreprise excédait, pour l'année 2019, le seuil de 170 000 euros hors taxes de chiffre d'affaires, applicable à cette date, à partir duquel les entreprises individuelles de vente de marchandises imposées sur leurs bénéfices industriels et commerciaux (BNC) avaient l'obligation d'opter pour un tel régime fiscal, seules les entreprises dont le chiffre d'affaires était inférieur à ce seuil étant autorisées à conserver le régime de l'entreprise individuelle du micro BNC ou celui du micro-entrepreneur. Si M. A établit que l'activité de son épouse n'a généré qu'un montant de 481 euros au titre des bénéfices industriels et commerciaux à déclarer, il ne justifie pas de l'écart de près de 20 000 euros entre les montants reportés dans le bilan comptable au titre de la vente de marchandises en 2019, pour 71 989 euros, et les sommes encaissées pour la même année, relevées dans l'enquête patrimoniale, de plus de 99 700 euros sur onze mois de l'année. Par suite, c'est sans erreur d'appréciation sur cette situation que la caisse a pu considérer que l'ensemble des revenus du couple devaient être pris en compte au titre du calcul de son droit à l'allocation personnalisée au logement et à la prime d'activité.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions dirigées à l'encontre des décisions du 22 décembre 2020 par lesquelles la CAF de la Vienne a notifié à M. A des indus d'aide personnalisée au logement et de prime d'activité, que les conclusions qu'il a présentées à fin d'annulation des décisions du 8 avril 2021 par lesquelles, d'une part, la directrice de la CAF de la Vienne a rejeté le recours qu'il a exercé à l'encontre de la décision du 22 décembre 2020 lui notifiant une dette de 9 994,56 euros d'allocation personnalisée au logement, et, d'autre part, la commission de recours amiable a rejeté le recours qu'il a formé à l'encontre de la décision du 22 décembre 2020 lui notifiant un trop-perçu de prime d'activité de 524,54 euros, doivent être rejetées.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CAF de la Vienne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A les sommes que la CAF de la Vienne demande au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2101454 et 2101455 de M. A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la CAF de la Vienne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la ministre des solidarités et des familles.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.

Mis à disposition au greffe le 4 août 2023.

La magistrate désignée,

Signé

S. GIBSON-THERYLa greffière

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne à la ministre des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

N°s 2101454, 2101455

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