vendredi 5 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101551 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CALLAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juin 2021, M. A B, représenté par Me Callaud, demande au tribunal :
1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2016 et 2017 ;
2°) de prononcer la décharge de la pénalité pour manquement délibéré mise à sa charge ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 20 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les rehaussements opérés par le service sont éligibles à l'abattement de 75% des bénéfices réalisés au titre de l'année 2016 et de 50% des bénéfices réalisés au titre de l'année 2017, conformément à l'article 44 quindecies du code général des impôts ; la doctrine BOI-BIC-CHAMP-80-10-70-30 relative à l'article 44 sexies ne s'applique pas au cas d'espèce et est en tout état de cause illégale ;
- l'administration n'apporte pas la preuve du caractère intentionnel des omissions et, par suite, n'est pas fondée à appliquer la majoration de 40% prévue à l'article 1729 du code général des impôts ;
- la doctrine BOI-CF-INF-10-20-20 subordonne l'application de cette majoration au fait que le rehaussement porte sur une question de principe ayant déjà fait l'objet à l'encontre du contribuable d'une décision administrative non contestée par l'intéressé ou ayant acquis l'autorité de la chose jugée.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Lacaïle, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B exerce une activité d'infirmier libéral à Mirambeau (Charente-Maritime), commune classée en zone de revitalisation rurale. Il a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices 2016 et 2017. A cette occasion, le service a constaté des omissions de recettes, des majorations d'honoraires rétrocédés et des charges non justifiées. Une proposition de rectification en date du 26 juillet 2019 a été adressée au contribuable. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2020 pour un montant total de 398 582 euros en droits et pénalités. La réclamation préalable du 23 décembre 2020 a été rejetée par le service le 29 avril 2021. Par la présente requête, M. B demande l'application de l'abattement d'impôt sur le revenu prévu à l'article 44 quindecies du code général des impôts sur les montants rehaussés.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes de l'article 44 quindecies du code général des impôts : " I. - Dans les zones de revitalisation rurale mentionnées à l'article 1465 A, les entreprises qui sont créées ou reprises entre le 1er janvier 2011 et le 31 décembre 2020, soumises de plein droit ou sur option à un régime réel d'imposition de leurs résultats et qui exercent une activité industrielle, commerciale, artisanale au sens de l'article 34 ou professionnelle au sens du 1 de l'article 92, sont exonérées d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices réalisés () jusqu'au terme du cinquante-neuvième mois suivant celui de leur création ou de leur reprise et déclarés selon les modalités prévues à l'article 53 A. / Les bénéfices ne sont soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés que pour le quart, la moitié ou les trois quarts de leur montant selon qu'ils sont réalisés respectivement au cours de la première, de la deuxième ou de la troisième période de douze mois suivant cette période d'exonération () ". Aux termes de l'article 53 A du même code : " () les contribuables () sont tenus de souscrire chaque année, dans les conditions et délais prévus aux articles 172 et 175, une déclaration permettant de déterminer et de contrôler le résultat imposable de l'année ou de l'exercice précédent ". Aux termes de l'article 175 du même code : " Les déclarations doivent parvenir à l'administration au plus tard le deuxième jour ouvré suivant le 1er avril. Ce délai peut être prorogé chaque année selon un calendrier et des modalités fixés par l'administration et publiés sur son site internet, sans que la date limite de dépôt qui en résulte ne puisse être postérieure au 1er juillet. Dans la limite de cette dernière date, des prorogations particulières de délai peuvent être prévues pour les déclarations souscrites par voie électronique en application de l'article 1649 quater B ter ou pour des contribuables soumis à des modalités déclaratives particulières () ".
3. Il résulte des dispositions précitées de l'article 44 quindecies du code général des impôts que le manquement aux obligations déclaratives prévues à l'article 53 A du code général des impôts entraîne de ce seul fait l'exclusion du bénéfice du régime de faveur qu'il prévoit.
4. Il résulte de l'instruction que M. B, dont l'activité en zone de revitalisation rurale a débuté en 2011, a bénéficié du régime prévu à l'article 44 quindecies du code général des impôts pour l'ensemble des bénéfices commerciaux qu'il a déclarés au titre des exercices 2016 et 2017, sixième et septième année de son installation, soit un abattement respectivement de 75% et 50% de son bénéfice imposable. Dans le cadre de la vérification de comptabilité, le service a constaté des omissions de recettes, des majorations d'honoraires rétrocédés et des charges non justifiées et a procédé aux rehaussements correspondants, sans remettre en cause les abattements décomptés sur les résultats déclarés en 2016 et 2017. Dans le cadre de la présente instance, le contribuable ne conteste pas les rehaussements, ni dans leur principe ni dans leur montant, mais soutient que les bénéfices rehaussés sont éligibles aux abattements prévus par l'article 44 quindecies du code général des impôts, au même titre que les bénéfices déclarés spontanément. Toutefois, les exonérations et abattements étant d'application stricte, les résultats qui n'ont pas été déclarés dans les délais légaux ne peuvent bénéficier du régime de faveur prévu à l'article 44 quindecies du code général des impôts.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la légalité de l'instruction fiscale BOI-BIC-CHAMP-80-10-70-30, que M. B n'est pas fondé à soutenir que le service aurait dû appliquer aux bénéfices rehaussés les abattements prévus par l'article 44 quindecies du code général des impôts.
Sur les pénalités :
6. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Le manquement délibéré est caractérisé par la réunion d'un élément objectif tel que l'insuffisance, l'inexactitude ou le caractère incomplet d'une déclaration, et d'un élément subjectif, à savoir l'intention délibérée de se soustraire à l'impôt.
7. Il résulte de l'instruction que M. B, qui n'a présenté aucune comptabilité au cours des opérations de vérification, a déclaré l'existence d'un seul compte bancaire professionnel, alors que certaines recettes professionnelles avaient été encaissées sur un autre compte bancaire. En outre, les recettes minorées s'élèvent à 170 996 euros au titre de l'exercice 2016 et à 193 867 euros au titre de l'exercice 2017, soit respectivement 35% et 40% des recettes encaissées. Le contribuable ne peut utilement faire valoir qu'il n'est pas un professionnel de la comptabilité, alors que la caisse primaire d'assurance maladie recense les sommes versées aux professionnels de santé et leur adresse un relevé annuel exhaustif des recettes à déclarer. M. B a en outre indiqué des honoraires rétrocédés bien supérieurs à ceux effectivement versés à ses remplaçantes et n'a fourni aucune pièce justificative concernant certaines charges portées en déduction, pour des montants globaux de 34 845 euros en 2016, soit 41% des charges déclarées, et 12 380 euros en 2017, soit 26 % des charges déclarées. Par suite, eu égard au montant des sommes éludées et au caractère répété des agissements, le service était fondé à appliquer une majoration de 40% pour manquement délibéré, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le requérant n'avait pas fait l'objet d'un contrôle fiscal auparavant.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / () / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".
9. Le paragraphe 40 du BOI-CF-INF-10-20-20 indique que " Le caractère délibéré du manquement peut également être considéré comme établi, chaque fois que le rehaussement porte sur une question de principe ayant déjà fait l'objet, à l'encontre du contribuable, d'une décision administrative non contestée par l'intéressé ou ayant acquis l'autorité de la chose jugée ".
10. Le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de la doctrine BOI-CF-INF-10-20-20 qui ne donne pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application au point 7.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Pellissier, présidente,
Mme Thèvenet-Bréchot, première conseillère,
M. Pinturault, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2022.
La rapporteure,
signé
A. THEVENET-BRECHOT
La présidente,
signé
S. PELLISSIER La greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026