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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101564

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101564

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101564
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BERTHIAUD ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 juin 2021, 1er juin 2022, 9 septembre 2023 et 9 octobre 2023, le département de la Charente, représenté par Me Brault, doit être regardé demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner in solidum la société par actions simplifiée (SAS) Morris et Renaud, la société à responsabilité limitée (SARL) Kérosène atelier d'architecture, la SARL Groupe Alto, la SAS Apave Sudeurope, venant aux droits de la SAS CETE Apave Sudeurope, la SARL Bourloton Jean-Paul et la SAS Longeville, sur le fondement de la responsabilité décennale des constructeurs, à l'indemniser à hauteur de 173 560,90 euros toutes taxes comprises (TTC) des préjudices qu'il a subis en raison des désordres affectant le plancher de l'une des deux salles d'activités construites dans le cadre de l'aménagement du site archéologique de Chassenon ou, à défaut, de condamner chacune de ces sociétés, ainsi que la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Guillaume Laureau, agissant en qualité de mandataire ad'hoc de la SARL Cormenier, à l'indemniser de ces préjudices à hauteur, pour chacune d'elles, de la part de responsabilité déterminée par l'expert ;

2°) d'assortir les condamnations prononcées des intérêts à compter de la date d'introduction de la requête, ainsi que de leur capitalisation ;

3°) de mettre à la charge de la SAS Morris et Renaud, de la SARL Kérosène atelier d'architecture, de la SARL Groupe Alto, de la SAS Apave Sudeurope, venant aux droits de la SAS CETE Apave Sudeurope, de la SARL Bourloton Jean-Paul et de la SAS Longeville, in solidum, une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance ou, à défaut, de mettre à la charge de chacune de ces six sociétés une somme de 833,33 euros au titre de l'article L. 761-1 et de répartir les frais d'expertise entre ces six sociétés et la SELARL Guillaume Laureau, agissant en qualité de mandataire ad'hoc de la SARL Cormenier, selon les parts de responsabilité déterminées par l'expert.

Il soutient que :

- les désordres, intervenus dans les dix années suivant la réception de l'ouvrage et qui portent atteinte à sa solidité, engagent la responsabilité in solidum des constructeurs au titre de la garantie décennale ;

- si le département de la Charente n'a pas introduit d'action interruptive de prescription de la garantie décennale à l'égard de la société Cormenier avant que cette dernière ne soit définitivement liquidée le 3 juillet 2020, puis radiée le 28 juillet 2020, il a sollicité, le 14 janvier 2016, du juge des référés du tribunal administratif de Poitiers qu'il étende les opérations d'expertises ordonnées le 5 octobre 2015 à la SA MMA IARD, assureur de la société Cormenier, et il a demandé, le 25 mars 2022, au président du tribunal de commerce d'Angoulême, la désignation d'un mandataire ad-hoc aux fins de représentation de la société Cormenier à la présente instance ;

- il ressort du rapport d'expertise que les désordres résultent d'un défaut de conception et d'un défaut de suivi des travaux, imputables à la SAS Morris et Renaud, à la SARL Kérosène atelier d'architecture et à la SARL Groupe Alto, membres du groupement de maîtrise d'œuvre, du non-respect des études d'exécution par la SAS Longeville, titulaire du lot n° 4, et la SARL Bourloton Jean-Paul, titulaire du lot n° 5, de défauts d'exécution dans la mise en œuvre du support et de la structure d'assise du plancher relevant de la SARL Cormenier et d'un défaut de suivi des travaux par le contrôleur technique, la SAS CETE Apave Sudeurope ;

- ainsi qu'il ressort du rapport de l'expert, le coût des travaux de reprise s'élève à 99 135,90 euros TTC ;

- il a en outre subi des pertes d'exploitation en raison de l'impossibilité d'utiliser la salle dans laquelle les désordres ont été constatés, qui peuvent être évalués à 73 425 euros TTC par référence à la fréquentation de la seconde salle d'activités pour les années 2012 à 2015.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 28 décembre 2021 et 27 février 2023, la société anonyme (SA) MMA IARD, représentée par Me Boudet, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de la mettre hors de cause ;

2°) de rejeter les conclusions du département dirigées contre la SARL Cormenier, son assurée, ou, à titre subsidiaire, de limiter le montant des réparations ;

3°) de mettre à la charge du département une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le département de la Charente n'a présenté aucune demande de condamnation à son endroit ; en tout état de cause, la juridiction administrative serait incompétente pour connaître d'une telle demande ;

- la réception sans réserve du marché de travaux ayant été prononcée le 11 mars 2011, soit plus de dix ans avant l'introduction de la requête du département le 8 juin 2021, et aucun acte interruptif de la prescription n'ayant été accompli à l'égard de la SARL Cormenier, le département est forclos à rechercher la responsabilité décennale de ce constructeur ;

- la part de responsabilité susceptible d'être retenue à l'encontre de la SARL Cormenier ne saurait être supérieure à 10 % ;

- le département ne justifie pas de l'existence et du quantum de la perte d'exploitation dont il demande réparation, non plus que de son lien de causalité avec les désordres.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 5 janvier 2022 et 22 septembre 2023, la SAS Apave international et la SAS Apave Sudeurope, venant aux droits de la SAS CETE Apave Sudeurope, représentées par Me Berthiaud, demandent au tribunal :

1°) de mettre la SAS Apave international hors de cause ;

2°) de rejeter les conclusions du département et des autres constructeurs dirigées contre la SAS Apave Sudeurope ou, à défaut, de limiter le montant des réparations et, à titre principal, de condamner in solidum la SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture, la SARL Groupe Alto, la SARL Bourloton Jean-Paul, la SAS Longeville et la SAS Cormenier à la garantir intégralement des condamnations prononcées à son encontre ou, à titre subsidiaire, de condamner in solidum les mêmes sociétés à la garantir des condamnations prononcées à son encontre pour tout quantum excédant sa propre part de responsabilité ;

3°) de mettre à la charge du département ou de toute partie perdante une somme 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elles soutiennent que :

- la SAS CETE Apave Sudeurope, titulaire du marché de contrôle technique, est devenue, à compter du 1er janvier 2010, la SAS Apave international et ses activités françaises, y compris celles de contrôle technique, ont été cédées à la même date à la SAS Apave Sudeurope ; dès lors, la SAS Apave international doit être mise hors de cause ;

- les désordres ne sont pas imputables au contrôleur technique dès lors qu'il a vérifié la conformité des panneaux OSB 3 au référentiel applicable, défini par le maître d'œuvre ; en outre, il ressort du rapport de l'expert que les désordres résultent d'une ventilation insuffisante sous le plancher et de l'absence de pare-vapeur ou d'isolant et le contrôleur technique avait attiré l'attention sur l'isolation en périphérie dans ses chrono nos 15 et 21 ; enfin, si l'expert reproche au contrôleur technique de ne pas avoir relevé que l'épaisseur des panneaux posés n'était pas conforme à celle prévue par les pièces du marché, alors que cette non-conformité n'était pas décelable lors d'un simple examen visuel, auquel le contrôleur technique doit se borner ;

- tout appel en garantie sollicité in solidum à son encontre serait irrecevable en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 111-25 du code de la construction et de l'habitation ;

- l'APAVE ne peut en aucun cas supporter, dans l'hypothèse de l'insolvabilité de l'une des parties condamnées (Cormenier), la part de responsabilité de cette dernière, une telle part de responsabilité devant être exclusivement mise à la charge des autres parties condamnées en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 111-25 du code de la construction et de l'habitation ;

- l'indemnité à allouer au département au titre des travaux de reprise doit l'être hors taxes, le département ne justifiant ni du caractère non récupérable de la TVA, ni du taux applicable ;

- le département ne justifie pas, par les éléments qu'il produit, du montant de son préjudice d'exploitation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Guillaume Laureau, agissant en qualité de mandataire ad'hoc de la SARL Cormenier et représentée par Me Boudet, demande au tribunal :

1°) de rejeter les conclusions du département dirigées contre la SARL Cormenier ou, à titre subsidiaire, de limiter le montant des réparations ;

2°) de mettre à la charge du département une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la réception sans réserve du marché de travaux ayant été prononcée le 11 mars 2011, soit plus de dix ans avant l'introduction de la requête du département le 8 juin 2021, et aucun acte interruptif de la prescription n'ayant été accompli à l'égard de la SARL Cormenier, le département est forclos à rechercher la responsabilité décennale de ce constructeur ;

- la part de responsabilité susceptible d'être retenue à l'encontre de la SARL Cormenier ne saurait être supérieure à 10 % ;

- le département ne justifie pas de l'existence et du quantum de la perte d'exploitation dont il demande réparation, non plus que de son lien de causalité avec les désordres.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 15 septembre, 18 septembre et 9 octobre 2023, la SAS Longeville, représentée par Me Loubeyre, demande au tribunal :

1°) de rejeter les demandes du département et des autres constructeurs dirigées contre elle ou, à défaut, de limiter le montant des réparations, de ne pas prononcer de condamnation in solidum à son encontre et de condamner in solidum la SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture, la SARL Groupe Alto, la SARL Bourloton Jean-Paul, la SAS Apave Sudeurope et la SELARL Guillaume Laureau, en sa qualité de mandataire judiciaire de la SARL Cormenier, à la garantir intégralement de toute condamnation prononcée à son encontre ;

2°) de mettre à la charge du département de la Charente ou, à titre subsidiaire, de la SAS Morris et Renaud, de la SARL Kérosène atelier d'architecture, de la SARL Groupe Alto, de la SARL Bourloton Jean-Paul, de la SAS Apave Sudeurope et de la SELARL Guillaume Laureau, en sa qualité de mandataire judiciaire de la SARL Cormenier, une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres ne lui sont pas imputables, dès lors qu'étant chargée du gros œuvre, il ne relevait pas de ses compétences d'identifier que l'absence de ventilation entre le ballast et le plancher était susceptible de conduire au pourrissement de celui-ci et, qu'à cet égard, la nature du ballast qu'elle a utilisé est indifférente et, qu'enfin, le maître d'œuvre, qui était chargé de la direction de l'exécution des travaux, n'a formulé aucune remarque sur le remplissage du ballast ;

- aucune condamnation in solidum ne peut être prononcée à son égard puisqu'elle n'a pas concouru à la réalisation de l'entier dommage ;

- le département bénéficiant du fonds de compensation de la taxe sur la valeur ajoutée, les condamnations devront être prononcées hors taxes ;

- le département ne justifie pas de sa perte d'exploitation, l'activité de la salle d'activités fermée ayant pu se reporter sur celle ouverte ; en outre, seul un manque à gagner, non justifié, pourrait être indemnisé ;

- les autres constructeurs étant à l'origine des désordres, elle est fondée à les appeler en garantie.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2023, la SARL Kérosène atelier d'architecture et la SAS Morris et Renaud, représentées par Me Bernardeau, demandent au tribunal :

1°) de rejeter les demandes du département dirigées contre elles ou, à défaut, de limiter le montant des réparations et de condamner la SARL Bourloton Jean-Paul, la SAS Longeville et la SAS Apave Sudeurope à les garantir intégralement de toute condamnation prononcée contre elles ;

2°) de mettre à la charge du département de la Charente ou de toute autre partie perdante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- les désordres ne leur sont pas imputables dès lors qu'il ressort du rapport de l'expert qu'ils trouvent leurs causes dans des défauts d'exécution, imputables aux entreprises ayant réalisé les travaux, ainsi que dans une mauvaise exécution de sa mission par le contrôleur technique ;

- le département ne justifie pas de l'existence et du quantum de la perte d'exploitation dont il demande réparation ;

- un coefficient de vétusté, qui ne saurait être inférieur à 30 %, doit être appliqué au montant des travaux de reprise et la condamnation doit être prononcée hors taxes, le département pouvant bénéficier du fonds de compensation de la taxe sur la valeur ajoutée ;

- bien que la SARL Cormenier soit liquidée, sa responsabilité doit être consacrée.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2023, la SELARL JSA, en sa qualité de liquidateur de la SARL Groupe Alto, représentée par Me Bernardeau, demande au tribunal :

1°) de rejeter les demandes du département dirigées contre la SARL Groupe Alto ou, à défaut, de limiter le montant des réparations et de condamner la SARL Bourloton Jean-Paul, la SAS Longeville et la SAS Apave Sudeurope à la garantir intégralement de toute condamnation prononcée contre elle ;

2°) de mettre à la charge du département de la Charente ou de toute autre partie perdante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres ne sont pas imputables à la SARL Groupe Alto dès lors qu'il ressort du rapport de l'expert qu'ils trouvent leurs causes dans des défauts d'exécution, imputables aux entreprises ayant réalisé les travaux, ainsi que dans une mauvaise exécution de sa mission par le contrôleur technique ;

- le département ne justifie pas de l'existence et du quantum de la perte d'exploitation dont il demande réparation ;

- un coefficient de vétusté, qui ne saurait être inférieur à 30 %, doit être appliqué au montant des travaux de reprise et la condamnation doit être prononcée hors taxes, le département pouvant bénéficier du fonds de compensation de la taxe sur la valeur ajoutée ;

- bien que la SARL Cormenier soit liquidée, sa responsabilité doit être consacrée.

Par une intervention, enregistrée le 15 septembre 2022, et deux mémoires, enregistrés les 6 avril et 8 octobre 2023, la société d'assurance mutuelle Areas Dommages, représentée par Me Foucherault, demande au tribunal :

1°) de limiter la responsabilité de la SARL Bouloton Jean-Paul, son assurée, à 4 956,79 euros, à l'exclusion de toute obligation in solidum ;

2°) à défaut, de condamner in solidum la SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture, la SARL Groupe Alto, la SAS Longeville, la SAS Apave international, la SAS Apave Sudeurope, la SELARL Guillaume Laureau, en sa qualité de mandataire judiciaire de la SARL Cormenier, et la SA MMA IARD à la garantir à hauteur de 95 % des condamnations ;

3°) de rejeter toute demande présentée à son encontre au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à intervenir en sa qualité d'assureur de responsabilité civile décennale de la SARL Bourloton Jean-Paul, compte tenu de la nature et de l'objet du litige ;

- aucune condamnation in solidum ne peut être prononcée à l'égard de sa cliente, qui n'a pas concouru à la réalisation de l'entier dommage, le manquement de la SARL Bourloton Jean-Paul, qui porte sur le non-respect de l'entraxe des lambourdes métalliques, n'ayant pas concouru à la réalisation de l'entier dommage mais ayant simplement contribué à augmenter le fléchissement des planchers.

La procédure a été communiquée à la SARL Bourloton Jean-Paul, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- l'ordonnance du 5 octobre 2015 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a, sur la requête n° 1501505 présentée par le département de la Charente, ordonné une expertise ;

- l'ordonnance du 9 février 2016 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a, sur la requête n° 1600074 présentée par le département de la Charente, ordonné l'extension des opérations d'expertise à de nouvelles parties ;

- l'ordonnance du 7 décembre 2016 par laquelle le président du tribunal administratif de Poitiers a taxé et liquidé les frais de l'expertise à la somme totale de 14 273,04 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henry,

- les conclusions de M. Revel, rapporteur public,

- et les observations de Me Thomas, représentant le département de la Charente, de Me Finkelstein, représentant la SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture et la SELARL JSA, liquidateur de la SARL Groupe Alto, de Me Loubeyre, représentant la SAS Longeville, de Me Boudet, représentant la SA MMA IARD et la SELARL Guillaume Laureau, mandataire de la SAS Cormenier, et de Me Foucherault, représentant la société d'assurance mutuelle Areas Dommages.

Considérant ce qui suit :

1. Le département de la Charente a confié, le 27 avril 2006, au groupement conjoint composé notamment de la société par actions simplifiée (SAS) Morris et Renaud, mandataire du groupement, de la société à responsabilité limitée (SARL) Kérosène atelier d'architecture et de la SARL Groupe Alto, la maîtrise d'œuvre des travaux d'aménagement du site archéologique de Chassenon (Charente), comprenant, en particulier, un bâtiment d'ateliers pédagogiques composé de deux salles d'activité et de locaux annexes. Les missions de contrôle technique de l'opération ont été confiées à la SAS CETE Apave Sudeurope le 19 février 2007. Divers marchés ont été passés pour la réalisation des travaux. En particulier, le département a confié, le 29 octobre 2007, le lot n° 4 " gros œuvre " à la SAS Longeville, le lot n° 5 " charpente métallique " à la SARL Bourloton Jean-Paul et le lot n° 6 " charpente bois " à la SAS Cormenier. La réception des travaux de ces différents lots a été prononcée courant 2011, avec effet au 5 mai 2010. Après cette réception, des désordres sont apparus, dès le premier semestre 2012, sur le plancher de l'une des deux salles d'activité du bâtiment d'ateliers pédagogiques, sous la forme du pourrissement du plancher. À la demande du département, le juge des référés du tribunal administratif de Poitiers a ordonné le 5 octobre 2015 une expertise portant sur ces désordres, qui a été étendue à de nouvelles parties par une ordonnance du 9 février 2016. L'expert a rendu son rapport le 23 novembre 2016. Sur la base de ce rapport, le département demande au tribunal, à titre principal, la condamnation in solidum de la SAS Morris et Renaud, de la SARL Kérosène atelier d'architecture, de la SARL Groupe Alto, de la SAS Apave Sudeurope, venant aux droits de la SAS CETE Apave Sudeurope, de la SARL Bourloton Jean-Paul et de la SAS Longeville, sur le fondement de leur responsabilité décennale, à l'indemniser du coût des travaux de reprise de ces désordres, ainsi que du préjudice économique qui en a résulté.

Sur l'intervention de la société d'assurance mutuelle Areas Dommages :

2. Dans les litiges de plein contentieux, sont seules recevables à former une intervention les personnes qui peuvent se prévaloir d'un droit auquel la décision à rendre est susceptible de préjudicier. L'assureur d'un constructeur dont la responsabilité décennale est recherchée ne peut être regardé comme pouvant, dans le cadre d'un litige relatif à l'engagement de cette responsabilité, se prévaloir d'un droit de cette nature. Il suit de là que l'intervention de la société d'assurance mutuelle Areas Dommages, en sa qualité d'assureur de la SARL Bourloton Jean-Paul, qui n'a au demeurant pas produit de mémoire en défense, est irrecevable.

Sur la mise hors de cause des sociétés MMA IARD et Apave International :

3. En premier lieu, si le département de la Charente a appelé à la cause la société anonyme (SA) MMA IARD, assureur de la SAS Cormenier, il n'a présenté aucune conclusion contre cet assureur. Celui-ci n'est pas davantage mise en cause par les autres parties au litige. Il y a donc lieu de mettre la SA MMA IARD hors de cause.

4. En second lieu, la SAS CETE Apave Sudeurope, qui était titulaire du marché de contrôle technique, a changé de dénomination à compter du 1er janvier 2010 pour devenir la SAS Apave International. Elle a, en outre, cédé, à la même date, une partie de ses activités, dont celles au titre desquelles le marché de contrôle technique lui avait été attribué, à la SAS Apave Sudeurope. Informé de cette cession, le département de la Charente a redirigé ses conclusions, initialement présentées contre la SAS Apave International, contre la SAS Apave Sudeurope. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre la SAS Apave International hors de cause.

Sur les conclusions du département tendant à l'engagement de la responsabilité décennale des constructeurs :

En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :

5. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans.

6. Il résulte de l'instruction que les travaux ont été réceptionnés sans réserve le 11 mars 2011. Le plancher de l'une des deux salles d'activité du bâtiment d'ateliers pédagogiques s'est affaissé dès le premier semestre 2012, en raison du pourrissement de certains panneaux de bois dont il est constitué. Ces désordres qui, comme l'a relevé l'expert, portent atteinte à la solidité du plancher, empêchent d'utiliser cette salle d'activités et d'y recevoir du public. Dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'ils n'étaient pas apparents à la réception des travaux, ces désordres, qui sont apparus dans le délai d'épreuve de dix ans et sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination d'établissement recevant du public, revêtent un caractère décennal.

En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :

7. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur le fondement de la responsabilité décennale ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

8. Il résulte de l'instruction que le bâtiment dont le plancher s'est en partie affaissé est construit sur un caisson métallique de 95 cm de hauteur, tout affouillement étant impossible compte tenu de la protection dont bénéficie le sous-sol du site archéologique de Chassenon. Ces caissons sont remplis d'un ballast et surmontés de lambourdes métalliques, de bandes de " phaltex " et de panneaux de bois de type " OSB " de 18 mm d'épaisseur qui constituent la structure horizontale du plancher et supportent le revêtement de sol.

9. Il résulte notamment du rapport de l'expert que l'affaissement constaté du plancher s'explique par un pourrissement des panneaux de bois " OSB " et leur fléchissement, en raison d'une insuffisante épaisseur des panneaux posés au regard de ce que prévoyait le cahier des clauses techniques particulières du lot n° 6 " charpente bois ", qui mentionnait la pose de panneaux OSB de 22 mm, de l'absence de protection contre l'humidité de type pare vapeur en sous-face des panneaux, aucune protection de ce type n'étant prévue dans les documents contractuels rédigés par les maîtres d'œuvre, d'une insuffisance de ventilation entre le ballast et les panneaux, qui sont posés à même le ballast alors qu'une lame d'air aurait été nécessaire, de la composition inadaptée du ballast, composé de remblais de calcaires et de grave ciment qui contribuent à la remontée capillaire de l'humidité, de l'entraxe trop importante des lambourdes métalliques, supérieure à ce que prévoit la directive technique unifiée 51.1, et de la fixation inadaptée des panneaux OSB, les vis se situant seulement à 15 mm des angles alors qu'elles auraient dû en être éloignées de 25 mm.

10. Il suit de là que le département de la Charente est fondé à soutenir que les désordres sont imputables, notamment, à la SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture et la SARL Groupe Alto, maîtres d'œuvre, au titre de leurs missions de rédaction des documents contractuels et de direction et de surveillance des travaux, à la SAS Longeville, titulaire du lot " gros œuvre " et donc chargée de l'installation du ballast, à la SARL Bourloton Jean-Paul, titulaire du lot " charpente métallique " et donc chargée de la pose des lambourdes, ainsi qu'à la SAS Apave Sudeurope, chargée du contrôle technique.

En ce qui concerne les préjudices

S'agissant des travaux de reprise :

11. Le montant du préjudice dont le maître d'ouvrage est fondé à demander la réparation aux constructeurs à raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé correspond aux frais qu'il doit engager pour les travaux de réfection. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations. Il résulte de l'article 256 B du code général des impôts que les collectivités territoriales ne sont pas assujetties à la TVA pour l'activité de leurs services administratifs. Si, en vertu de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales, le fonds de compensation pour la TVA vise à compenser la TVA acquittée par les collectivités territoriales notamment sur leurs dépenses d'investissement, il ne modifie pas le régime fiscal des opérations de ces collectivités. Ainsi, ces dernières dispositions ne font pas obstacle à ce que la TVA grevant les travaux de réfection d'un immeuble soit incluse dans le montant de l'indemnité due par les constructeurs à une collectivité territoriale, maître d'ouvrage, alors même que celle-ci peut bénéficier de sommes issues de ce fonds pour cette catégorie de dépenses.

12. Il résulte du rapport de l'expert, non contesté par les parties sur ce point, que le montant des travaux de réfection du plancher de la salle d'activité s'élève à 82 613,25 euros hors taxes. En outre, contrairement à ce que soutiennent certains défendeurs, la circonstance que le département puisse bénéficier du fonds de compensation pour la TVA ne fait pas obstacle, ainsi qu'il a été dit au point précédent, à ce que la TVA grevant ces travaux soit incluse dans le montant de l'indemnité à lui allouer. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les membres du groupement de maîtrise d'œuvre défendeurs, il n'y pas lieu, en l'espèce, d'appliquer un coefficient de vétusté, les désordres étant apparus moins de deux ans après la mise en service de l'ouvrage.

S'agissant du préjudice d'exploitation :

13. Le département demande l'indemnisation des pertes d'exploitation qu'il prétend avoir subies, entre 2012 et 2015, en raison de l'indisponibilité de la salle d'activité dans laquelle les désordres ont été constatés. Il fait valoir que les deux salles d'activité du parc permettent d'accueillir des visites de groupes scolaires, de centres de loisirs et de groupes d'adultes et soutient qu'en conséquence, si les deux salles d'activité du parc avaient été disponibles sur la période 2012-2015, le nombre d'entrées pour ces trois catégories de visiteurs aurait été deux fois plus important. Pour établir le montant de son préjudice, le département se prévaut d'un tableau récapitulant l'ensemble des entrées réalisées pour ces groupes entre 2012 et 2015, selon lequel ces entrées ont représenté un montant total de 73 425 euros TTC. Il demande une indemnisation d'un même montant.

14. Toutefois, d'une part, le tableau fourni par le département n'est accompagné d'aucun justificatif des entrées que celui-ci prétend avoir réalisées. D'autre part, et à supposer même que les chiffres que comporte ce tableau soient exacts, ils ne suffisent pas à établir qu'en cas d'ouverture de la seconde salle au public, le parc aurait nécessairement accueilli deux fois plus de groupes, le département ne produisant aucun élément permettant d'établir que des réservations pour des visites de groupes auraient été refusées sur la période pour laquelle l'indemnisation est demandée. Il résulte au contraire des données fournies par le département que le nombre total d'entrées pour ces trois catégories d'usagers s'est élevé à 4 591 en 2012, année d'apparition des désordres, et à 4 472 pour l'année suivante, ce qui est supérieur au nombre d'entrées enregistrées pour ces publics en 2010 et 2011, à savoir, respectivement, 4 425 et 3 729 entrées, ce qui indique que l'indisponibilité de la seconde salle n'a entrainé aucune baisse de fréquentation du site. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas allégué par le département qu'il ne pouvait entreprendre les travaux de réfection dès la constatation des dégâts, le préjudice d'exploitation allégué, qui n'est pas établi, ne saurait être mis à la charge des différents constructeurs dont la responsabilité est recherchée, que ce soit à titre solidaire ou sur la base du partage de responsabilité déterminé par l'expert.

15. En définitive, le département de la Charente est seulement fondé à demander la condamnation in solidum de la SAS Morris et Renaud, de la SARL Kérosène atelier d'architecture, de la SELARL JSA, liquidateur de la SARL Groupe Alto, de la SAS Longeville, de la SARL Bourloton Jean-Paul et de la SAS Apave Sudeurope à lui verser une indemnité de 99 135,90 euros TTC.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

16. Le département de la Charente a droit, comme il le demande, aux intérêts de la somme de 99 135,90 euros à compter de la date d'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal.

17. En outre, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée lors de l'introduction de la requête le 8 juin 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 8 juin 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les appels en garantie :

18. Dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire d'un marché peut rechercher la responsabilité quasi délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires.

En ce qui concerne les fautes de chacun des participants aux opérations de construction et leurs parts de responsabilité :

19. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expert, que les désordres résultent principalement du pourrissement des panneaux de bois OSB 3 qui forment le plancher de la salle d'activités. Si l'utilisation de panneaux de ce type n'était pas nécessairement contre-indiquée, puisqu'ils peuvent être installés en milieu humide en l'absence d'humidification directe, il appartenait aux maîtres d'œuvre, qui s'étaient vu confier notamment les éléments de mission " études d'exécution ", " assistance pour la passation des marchés de travaux ", " direction et exécution des travaux " et " ordonnancement, pilotage et coordination du chantier ", de s'assurer, tant au stade de la rédaction des pièces contractuelles que dans la direction du chantier, de la protection des panneaux de bois contre l'humidité, notamment en prévoyant une lame d'air en sous-face des panneaux, l'utilisation d'un remblai adapté ou encore la pose d'un pare-vapeur. Il leur appartenait également de s'assurer que les panneaux posés étaient de l'épaisseur prévue par les pièces contractuelles, afin d'assurer la solidité du plancher. Les fautes ainsi commises par les maîtres d'œuvre doivent être regardées comme ayant contribué à la réalisation des désordres à hauteur de 60 %, cette part de responsabilité devant être répartie à parts égales entre la SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture et la SARL Groupe Alto en l'absence de toute précision, dans les documents contractuels, sur les missions dévolues à chacun de ces membres du groupement de maîtrise d'œuvre.

20. En deuxième lieu, la SAS Cormenier, titulaire du lot n° 6 " charpente bois ", a méconnu les pièces contractuelles en posant des panneaux de 18 mm au lieu de 22 mm et a méconnu les règles de l'art en ne respectant pas un éloignement de 25 mm au moins entre les angles des panneaux et les vis les soutenant. En outre, en sa qualité de spécialiste de la réalisation de structures en bois, elle aurait dû refuser de poser les panneaux à même le ballast et sans protection contre l'humidité. Les fautes ainsi commises par la SAS Cormenier doivent être regardées comme ayant contribué à la réalisation des désordres à hauteur de 25 %.

21. En troisième lieu, la SARL Bourloton Jean-Paul, chargée du lot n° 5 " charpente métallique ", n'a pas respecté l'entraxe des lambourdes métalliques telle que définie par le document technique unifié 51.1, ce qui a contribué au fléchissement des panneaux OSB. La faute ainsi commise par cette société doit être regardée comme ayant contribué à la réalisation des désordres à hauteur de 5 %.

22. En quatrième lieu, le contrôleur technique n'a relevé ni la non-conformité de l'épaisseur des panneaux posés à celle prévue dans le cahier des clauses techniques particulières du lot n° 6 " charpente bois ", ni l'inadéquation de la pose de panneaux OSB 3 sans protection contre l'humidité et ventilation suffisante, ni la non-conformité de l'écartement des lambourdes métalliques au document technique unifié 51.1. Les fautes ainsi commises par la SAS CETE Apave Sudeurope doivent être regardées comme ayant contribué à la réalisation des désordres à hauteur de 10 %.

23. En dernier lieu, la seule circonstance que la SAS Longeville, chargée du gros œuvre, a posé un ballast trop haut et dont la composition était susceptible de faire remonter l'humidité, n'est pas de nature à caractériser une faute susceptible d'engager sa responsabilité à l'égard des autres participants aux opérations de construction dès lors, notamment, qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait ainsi méconnu des documents contractuels ou des consignes des maîtres d'œuvre, ni qu'elle aurait violé les règles de l'art applicables à son corps de métier.

En ce qui concerne les appels en garantie formés par la SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture et la SELARL JSA, liquidateur de la SARL Groupe Alto :

24. La SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture et la SELARL JSA, liquidateur de la SARL Groupe Alto, demandent que la SARL Bourloton, la SAS Longeville et la SAS Apave Sudeurope soient condamnées à les garantir chacune intégralement de toute condamnation prononcée contre elles. Il résulte toutefois de ce qui a été dit aux point 19 à 23 ci-dessus qu'il y seulement lieu de condamner la SARL Bourloton Jean-Paul et la SAS Apave Sudeurope à garantir chacun des maîtres d'œuvre à hauteur, respectivement, de 5 % et de 10 % des condamnations prononcées à leur encontre.

En ce qui concerne les appels en garantie formés par la SAS Apave Sudeurope :

25. La SAS Apave Sudeurope demande la condamnation in solidum de la SAS Morris et Renaud, de la SARL Kérosène atelier d'architecture, de la SARL Groupe Alto, de la SARL Bourloton Jean-Paul, de la SAS Longeville et de la SAS Cormenier à la garantir intégralement des condamnations prononcées à son encontre. Il résulte toutefois de ce qui a été dit aux points 19 à 23 ci-dessus qu'il y a seulement lieu de condamner in solidum la SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture, la SELARL JSA, liquidateur de la SARL Groupe Alto, la SARL Bourloton Jean-Paul, la SAS Longeville et la SELARL Guillaume Laureau, en sa qualité de mandataire judiciaire de la SAS Cormenier, à la garantir à hauteur de 90 % des condamnations prononcées à son encontre, sans que la SELARL Guillaume Laureau puisse utilement se prévaloir de l'absence d'interruption à l'égard de la SAS Cormenier du délai décennal dès lors que la responsabilité de cette dernière se trouve, en l'espèce, engagée sur le fondement quasi délictuel.

En ce qui concerne les appels en garantie formés par la SAS Longeville :

26. La SAS Longeville demande la condamnation in solidum de la SAS Morris et Renaud, de la SARL Kérosène atelier d'architecture, de la SARL Groupe Alto, de la SARL Bourloton Jean-Paul, de la SAS Apave Sudeurope et de la SELARL Guillaume Laureau, en sa qualité de mandataire judiciaire de la SARL Cormenier, à la garantir intégralement de toute condamnation prononcée à son encontre. Compte tenu, d'une part, des dispositions de l'article L. 111-24 du code de la construction et de l'habitation, qui, comme le fait valoir le contrôleur technique, font obstacle à la condamnation de celui-ci solidairement avec les autres constructeurs sur un fondement quasi-délictuel et, d'autre part, de ce qui a été dit aux points 19 à 23 ci-dessus, la SAS Longeville est seulement fondée à demander à être garantie des condamnations prononcées à son encontre par la SAS Morris et Renaud à hauteur de 20 %, par la SARL Kérosène atelier d'architecture à hauteur de 20 %, par la SELARL JSA, liquidateur de la SARL Groupe Alto, à hauteur de 20 %, par la SARL Bourloton Jean-Paul à hauteur de 5 %, par la SAS Apave Sudeurope à hauteur de 10 % et par la SELARL Guillaume Laureau, en sa qualité de mandataire judiciaire de la SARL Cormenier, à hauteur de 25 %, laquelle ne peut, ainsi qu'il a été dit au point précédent, se prévaloir utilement de l'absence d'interruption du délai de prescription décennale.

Sur les frais liés au litige :

27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 14 273,04 euros par ordonnance du président du tribunal du 7 décembre 2016, à la charge solidaire de la SAS Morris et Renaud, de la SARL Kérosène atelier d'architecture, de la SELARL JSA, liquidateur de la SARL Groupe Alto, de la SARL Bourloton Jean-Paul, de la SAS Apave Sudeurope et de la SELARL Guillaume Laureau, en sa qualité de mandataire judiciaire de la SARL Cormenier.

28. Par ailleurs, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Morris et Renaud, de la SARL Kérosène atelier d'architecture et de la SELARL JSA, liquidateur de la SARL Groupe Alto, une somme de 800 euros chacune à verser au département de la Charente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter l'ensemble des autres conclusions présentées par les parties sur le fondement du même article.

D É C I D E :

Article 1er : L'intervention de la société d'assurance mutuelle Areas Dommages n'est pas admise.

Article 2 : La SA MMA IARD et la SAS Apave International sont mises hors de cause.

Article 3 : La SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture, la SELARL JSA, en sa qualité de liquidateur de la SARL Groupe Alto, la SAS Longeville, la SARL Bourloton Jean-Paul et la SAS Apave Sudeurope sont condamnées in solidum à verser au département de la Charente une indemnité de 99 135,90 euros avec intérêts au taux légal à compter du 8 juin 2021. Les intérêts échus à la date du 8 juin 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : La SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture et la SELARL JSA, en sa qualité de liquidateur de la SARL Groupe Alto, la SARL Bourloton Jean-Paul, la SAS Longeville et la SELARL Guillaume Laureau, en sa qualité de mandataire judiciaire de la SAS Cormenier, sont condamnées à garantir in solidum la SAS Apave Sudeurope à hauteur de 90 % des condamnations pouvant être réclamées à cette dernière en vertu de l'article 3.

Article 5 : La SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture, la SELARL JSA, en sa qualité de liquidateur de la SARL Groupe Alto, la SARL Bourloton Jean-Paul, la SAS Apave Sudeurope et la SELARL Guillaume Laureau, en sa qualité de mandataire judiciaire de la SAS Cormenier sont condamnées à garantir la SAS Longeville à hauteur, respectivement, de 20 %, 20 %, 20 %, 5 %, 10 % et 25 % des condamnations pouvant être réclamées à cette dernière en vertu de l'article 3.

Article 6 : La SARL Bourloton Jean-Paul et la SAS Apave Sudeurope sont condamnées à garantir la SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture et la SELARL JSA, en sa qualité de liquidateur de la SARL Groupe Alto, à hauteur, respectivement, de 5 % et de 10 % des condamnations pouvant être réclamées à chacune de ces trois sociétés en vertu de l'article 3.

Article 7 : Les frais de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 14 273,04 euros, sont définitivement mis à la charge solidaire de la SAS Morris et Renaud, de la SARL Kérosène atelier d'architecture, de la SELARL JSA, liquidateur de la SARL Groupe Alto, de la SARL Bourloton Jean-Paul, de la SAS Apave Sudeurope et de la SELARL Guillaume Laureau, en sa qualité de mandataire judiciaire de la SARL Cormenier.

Article 8 : La SAS Morris et Renaud, la SARL Kérosène atelier d'architecture et la SELARL JSA, liquidateur de la SARL Groupe Alto, verseront, chacune, une somme de 800 euros au département de la Charente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10 : Le présent jugement sera notifié au département de la Charente, à la société anonyme MMA IARD, à la société par actions simplifiée Apave international, à la société par actions simplifiée Apave Sudeurope, à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Guillaume Laureau, agissant en qualité de mandataire ad'hoc de la société à responsabilité limitée Cormenier, à la société par actions simplifiée Longeville, à la société par actions simplifiée Morris et Renaud, à la société à responsabilité limitée Kérosène atelier d'architecture, à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée JSA, en sa qualité de liquidateur de la société à responsabilité limitée Groupe Alto, à la société à responsabilité limitée Bourloton Jean-Paul et à la société d'assurance mutuelle Areas Dommages.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. HENRY

Le président,

Signé

L. CAMPOYLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète de la Charente en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D.GERVIER

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