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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101691

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101691

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101691
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSIMON-WINTREBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 25 juin 2021, 2 septembre 2021 et 19 décembre 2023, ainsi qu'un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 7 mars 2024, la commune de Niort, représentée par la SELARL Caradeux Consultants, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal :

- au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE0, de condamner in solidum les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin, Iris Conseil Aménagement, F et D et ses associés, M. C F et Mme E D, à lui verser les sommes de 588 917,78 euros Hors Taxes (HT), soit 706 701,34 euros Toutes Taxes Comprises (TTC) correspondant aux travaux de reprise et aux honoraires de maîtrise d'œuvre, et de 21 383,96 euros HT, soit 25 660,75 euros TTC, au titre des travaux de mise en sécurité, augmentées des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts ;

- au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE1, de condamner in solidum les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin, Somebat et A2I Infra à lui verser les sommes de 173 866,66 euros HT, soit 208 639,99 euros TTC correspondant aux travaux de reprise et aux honoraires de maîtrise d'œuvre, et de 3 299,30 euros HT, soit 3 959,16 euros TTC en remboursement des travaux de mise en sécurité, augmentées des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts ;

- au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE3, de condamner in solidum les Sociétés Colas France, Somebat et A2I Infra à lui verser les sommes de 310 685,40 euros HT, soit 372 822,48 euros TTC, correspondant aux travaux de reprise et honoraires de maîtrise d'œuvre, et de 17 092,80 euros HT, soit 20 511,36 euros TTC, au titre des travaux de mise en sécurité, augmentée des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts ;

- au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE4, de condamner in solidum les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et A2I Infra à lui verser la somme de 316 473,96 euros HT, soit 379 768,75 euros TTC, correspondant aux travaux de reprise et honoraires de maîtrise d'œuvre ;

2°) à titre subsidiaire :

- au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE0, d'une part, de condamner, la société Eurovia Poitou Charentes Limousin à lui verser les sommes de 387 059,16 euros HT, soit 464 470,99 euros TTC et de 13 899,57 euros HT, soit 16 679,48 euros TTC, correspondant respectivement aux travaux de reprise et frais de maîtrise d'œuvre, et aux travaux de mise en sécurité, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, et, d'autre part, de condamner solidairement les sociétés Iris Conseil Aménagement, F et D et ses associés, M. C F et Mme E D, à lui verser les sommes de 201 858,62 euros HT, soit 242 230,34 euros TTC, et de 7 484,39 euros HT soit 8 981,27 euros TTC, correspondant respectivement aux travaux de reprise et frais de maîtrise d'œuvre, et aux travaux de mise en sécurité, augmentée des intérêts au taux légal et de la capitalisation de ces intérêts ;

- au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE1, d'une part, de condamner solidairement les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et Somebat à lui verser les sommes de 128 523,02 euros HT, soit 154 227,62 euros TTC et de 2 144,55 euros HT, soit 2 573,46 euros TTC, correspondant respectivement aux travaux de reprise et frais de maîtrise d'œuvre, et aux travaux de mise en sécurité, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, et, d'autre part, de condamner la société A2I Infra à lui verser les sommes de 45 343,64 euros HT, soit 54 412,37 euros TTC et de 1 154,75 euros HT, soit 1 385,70 euros TTC, au titre respectif des travaux de reprise et frais de maîtrise d'œuvre, et des travaux de mise en sécurité, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;

- au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE3, d'une part, de condamner solidairement les sociétés Colas France et Somebat à lui verser les sommes de 201 945,51 euros HT, soit 242 334,61 euros TTC et de 11 110,32 euros HT, soit 13 332,38 euros TTC, correspondant respectivement aux travaux de reprise et frais de maîtrise d'œuvre, et aux travaux de mise en sécurité, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, et, d'autre part, de condamner la société A2I Infra à lui verser les sommes de 108 739,89 euros HT, soit 130 487,87 euros TTC et de 5 982,48 euros HT, soit 7 178,98 euros TTC, au titre respectif des travaux de reprise et frais de maîtrise d'œuvre, et des travaux de mise en sécurité, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;

- au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE4, de condamner les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et A2I Infra à lui verser respectivement les sommes de 205 708,07 euros HT, soit 246 849,68 euros TTC et de 110 765,89 euros HT, soit 132 919,07 euros TTC assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge, solidairement, des parties requises, ou l'une à défaut de l'autre, la somme de 81 966,24 euros TTC au titre des frais d'expertise et des études d'investigation prescrites par l'expert judiciaire, ainsi que la somme de 7 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- A partir de l'année 2016, sont apparus des désordres de nature décennale affectant la Place de la Brèche, qui avait fait l'objet de travaux entre les années 2006 et 2013, consistant en l'affaissement ou l'apparition d'ornières dans le pavage des voies de bus, la désagrégation sans tassement de pavés et la fissuration de joints de pavés de granit, la désagrégation ou l'affaissement des pavages en granit sur les passages piétons, la dégradation des bandes structurantes en granit sur les voies de circulation et la fissuration, le bris ou le descellement de dalles calcaires en zone piétonne ;

- les désordres affectant les pavages des voies de circulation dans les DCE 0, 1, 3 et 4, causés par l'inadaptation du revêtement au trafic, la mauvaise qualité du mortier de pose et l'incompatibilité des mortiers de pose et de joint, sont imputables aux équipes de maîtrise d'œuvre pour défaut de conception, aux titulaires des marchés de travaux pour défaut de conseil, ainsi qu'aux entreprises sous-traitantes pour l'incompatibilité des mortiers, responsables du choix de mortier inadapté, à raison de 35 % incombant à la maîtrise d'œuvre, de 45 % aux entreprises titulaires et de 20 % aux entreprises sous-traitantes ;

- les désordres affectant les zones piétonnes en dalle calcaire dans les DCE 0 et 1, causés par la mauvaise qualité du mortier de pose et la faible adhérence entre le mortier et les dalles, est principalement imputable à l'entreprise sous-traitante, à hauteur de 60 %, ainsi qu'aux entreprises titulaires du lot n° 1 dans le DCE 0 et du lot n° 6 dans le DCE 1, à hauteur de 20 %, et à la maîtrise d'œuvre, à hauteur de 20 % ;

- elle est fondée à obtenir, à titre principal, la condamnation in solidum des constructeurs impliqués dans l'opération de travaux, dont les fautes ont contribué à la réalisation du dommage dans son entier, ou, à titre subsidiaire, leur condamnation individuelle, par DCE, en vertu du partage de responsabilité proposé par l'expert judiciaire ;

- le coût des travaux de reprise correspond à la seconde option exposée dans l'expertise, soit le remplacement du pavage existant par un revêtement en béton bitumeux, à laquelle il convient d'ajouter une option tenant à l'application d'une couche de roulement hydro décapée / grenaillée sur les voies circulées afin de préserver le cachet architectural de la place, pour un montant total de 1 389 943,80 euros HT comprenant le coût de la maîtrise d'œuvre ;

- le montant des travaux de mise en sécurité effectués au cours de l'expertise justifie une indemnisation de 41 776,06 euros HT, et les frais d'expertise et de sondage une réparation de 81 966,24 euros TTC.

Par un mémoire enregistré le 17 décembre 2021, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 5 avril 2024, la SARL Aménagement de Travaux Publics Urbains (ATPU), représentée par la SELARL Jurica, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, à l'irrecevabilité des demandes formées à son encontre, à titre subsidiaire, au rejet de toutes les conclusions présentées à son encontre, notamment par les sociétés Sareco, MMA et Iris Conseil Aménagement, à titre infiniment subsidiaire, à la condamnation des sociétés Studio Milou Architecte, F et D, Iris Conseil Aménagement et Sareco à la relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de tout succombant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- à titre principal, d'une part, sa responsabilité décennale n'est pas susceptible d'être engagée dans l'instance eu égard à sa qualité de sous-traitante de la société Eurovia Poitou Charentes Limousin, seule responsable, le cas échéant, des désordres à l'égard tant du maître de l'ouvrage que des autres locateurs d'ouvrage, et, d'autre part, les juridictions administratives ne sont pas compétentes pour apprécier sa responsabilité dans l'affaire ni pour statuer sur les demandes de la société MMA à son encontre ;

- à titre subsidiaire, la demande de garantie formulée par la société Sareco n'est pas justifiée en l'absence de faute contractuelle de sa part au stade de l'exécution des travaux, qui se sont limités, pour elle, à la mise en œuvre des matériaux sous la direction de la société Eurovia Poitou Charentes Limousin ;

- à titre infiniment subsidiaire, elle est fondée, en cas de condamnation, à être garantie et relevée indemne par les sociétés Studio Milou Architecture, F D, Iris Conseil Aménagement et Sareco.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 janvier 2023 et 8 février 2024, la société Iris Conseil Aménagement, représentée par l'AARPI Axial Avocats, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, ou, à titre subsidiaire, au rejet des demandes de la commune de Niort tendant à la condamnation in solidum des parties requises, et de celles qui sont dirigées à son encontre concernant les désordres affectant les dalles calcaires, à la diminution du droit à indemnisation de la commune à hauteur d'au moins 20 % compte tenu de sa propre responsabilité dans la survenue des désordres, à la condamnation des sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et F D, et de M. F et Mme D, à la relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre en principal, intérêts, frais et dépens au titre des désordres affectant la zone couverte par le DCE 0, à la limitation de sa part de responsabilité à 10 % des dommages, soit 44 114,58 euros TTC pour les travaux de reprise, 8 197 euros TTC pour les frais d'expertise sous réserve de leur justification par la commune de Niort, et 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la commune de Niort sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les désordres en litige ne rendant pas les ouvrages concernés impropres à leur destination, ils ne revêtent pas de caractère décennal, hormis pour ceux qui ont nécessité la réalisation des travaux de mise en sécurité pour la somme de 57 131 euros ;

- à titre subsidiaire, d'une part, aucune mission de direction d'exécution des travaux ne lui ayant été confiée, sa responsabilité décennale n'est pas susceptible d'être engagée au titre des dégradations affectant les revêtements des zones piétonnes en dalles calcaires, d'autre part, s'agissant du caractère inadapté de la technique de pose du revêtement en pavés, sa part de responsabilité dans les désordres ne saurait excéder 10 % alors que l'annexe E de la norme NFP 98-335 n'était pas encore entrée en vigueur lors de la phase de conception, et, enfin, le principe de la condamnation in solidum n'est pas justifié ;

- à titre infiniment subsidiaire, elle est fondée, en cas de condamnation, à être garantie et relevée indemne au principal, intérêts, frais et dépens par les intervenants dont les fautes ont contribué à la survenue des dommages, notamment les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et F D.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 juin 2023 et 6 février 2024, ainsi qu'un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 26 mars 2024, la SARL Somebat, la société A2I Infra et la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), représentées par la SCP Montaigne Avocats, concluent, à titre principal, au rejet des demandes présentées par la commune de Niort à leur encontre au titre des DCE 1, 3 et 4 concernant la société A2I Infra et du DCE 3 concernant la société Somebat, ou, à titre subsidiaire, au rejet de toute condamnation prononcée in solidum, à la réduction du droit à indemnisation de la commune de Niort à concurrence d'au moins 20 % correspondant à la part de responsabilité de la collectivité dans la survenue des désordres, à la limitation de la part de responsabilité de la société A2I Infra à 15 % au titre de la maîtrise d'œuvre dans le cadre des DCE 1, 3 et 4, au rejet de toute condamnation de la société Somebat au titre du DCE 3, au rejet des demandes formulées par la société Colas France à leur encontre et de la demande d'indemnisation par la commune relative à la mise en œuvre d'une couche de roulement hydro-décapée grenaillée, à la condamnation de la société Studio Milou Architecture et de son assureur la MAF à relever indemne la société A2I Infra de toute condamnation prononcée à son encontre, à la condamnation de la société Colas France et de son assureur à relever indemne la société Somebat des condamnations mises à sa charge au titre du DCE 3, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la commune de Niort sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

Concernant la société A2I Infra :

- à titre principal, aucune faute conceptuelle ne peut lui être reprochée, la commune de Niort ayant manqué à son devoir d'information envers les concepteurs concernant les prévisions de circulation en centre ville, le plan de programmation communiqué prévoyant d'ailleurs un désengorgement ;

- à titre subsidiaire, sa part de responsabilité, surévaluée, doit être ramenée à 15 % dans le cadre de l'exécution des travaux relevant des DCE 1, 3 et 4 ;

- à titre infiniment subsidiaire, elle est fondée à être relevée indemne de toute condamnation prononcée à son encontre, in solidum par la société Studio Milou Architecture et son assureur la MAF ;

Concernant la société Somebat :

- dans le cadre du DCE 3, elle s'est bornée à fournir et poser les dalles en pierre et n'a pas réalisé les mortiers à l'origine des désordres, excluant ainsi toute responsabilité de sa part à l'égard de la commune de Niort et de la société Colas France ;

- dans le cadre du DCE 1, sa part de responsabilité doit être limitée à 60 % des frais de remise en état des pierres ;

Concernant les travaux de reprise :

- seule la variante en enrobé et béton lavé doit être mise en œuvre dans le cadre des travaux de reprise, sans la couche de roulement hydro décapée grenaillée, non retenue par l'expert et excédant la remise en état des ouvrages ;

- aucune condamnation in solidum ne peut être prononcée alors en l'absence de preuve que les parties requises ont chacune concouru à l'entier préjudice.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 juin 2023 et 24 janvier 2024, ainsi que deux mémoires récapitulatifs produits en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistrés les 12 et 29 mars 2024, la SAS Eurovia Poitou Charentes Limousin, représentée par la SCP Equitalia Avocats, conclut :

- Concernant le DCE 0, à titre principal, au rejet de la requête, frappée de prescription, et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Niort en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens, ou, à titre subsidiaire, au rejet de toutes les demandes dirigées à son encontre par la commune de Niort et dans le cadre d'appels en garantie, et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Niort et de toute partie à l'origine d'un appel en garantie à son encontre, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens de l'instance, ou, à titre très subsidiaire, à la limitation du montant de sa condamnation à la somme globale de 535 061,74 euros HT, soit 642 074,08 euros TTC, au titre des travaux de réfection et de mise en sécurité, à l'application d'un coefficient de vétusté de 30 % au montant des travaux retenus, à la réduction du droit à indemnisation de la commune de Niort à raison de 70 % du montant des condamnations prononcées devant rester à sa charge en raison de ses fautes, à la limitation de sa participation à 10 % des sommes allouées après les déductions précitées concernant les frais d'instance et les dépens, à la condamnation in solidum des sociétés Studio Milou Architecture, F et D, Iris Conseil Aménagement et Sareco à la relever indemne et garantir de toutes les condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre en principal, frais, intérêts et accessoires, et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge solidaire de ces mêmes sociétés en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens de l'instance ;

- Concernant les DCE 1 et 4, à titre principal, au rejet de toutes les demandes dirigées à son encontre par la commune de Niort et dans le cadre d'appels en garantie, et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Niort et de toute partie à l'origine d'un appel en garantie à son encontre, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens de l'instance, ou, à titre subsidiaire, à la limitation du montant de sa condamnation à la somme globale de 486 159,92 euros HT soit 583 391,90 euros TTC, au titre des travaux de réfection et de mise en sécurité, à l'application d'un coefficient de vétusté de 30 % au montant des travaux retenus, à la réduction du droit à indemnisation de la commune de Niort à raison de 70 % du montant des condamnations prononcées devant rester à sa charge en raison de ses fautes, à la limitation de sa participation à 10 % des sommes allouées après les déductions précitées concernant les frais d'instance et les dépens, à la condamnation in solidum des sociétés Studio Milou Architecture, F et D, Iris Conseil Aménagement et Sareco à la relever indemne et garantir de toutes les condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre en principal, frais, intérêts et accessoires, et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge solidaire de ces mêmes sociétés en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

* A titre principal :

- les conclusions de la requête concernant les prestations effectuées dans le cadre du DCE 0 sont non fondées dès lors que le délai de garantie décennale, qui a commencé à courir à compter du 14 avril 2008, date à laquelle le lot n° 1 qu'elle a exécuté a été réceptionné, n'a pas été interrompu par la requête de la commune en référé expertise enregistrée le 6 octobre 2016, qui ne portait que sur les désordres survenus dans le cadre des DCE 1, 3 et 4 ;

- les désordres relatifs au DCE 3 ne lui sont pas imputables dès lors qu'ils affectent les prestations relevant du lot n° 14 alors qu'elle était titulaire du lot n° 13 ;

- les désordres affectant les DCE 3 et 4 ayant pour seule origine une conception inadaptée des voiries au trafic et non la qualité des matériaux utilisés ou de l'exécution, ils ne lui sont pas imputables et incombent à la maîtrise d'œuvre, à laquelle était confiée la mission d'études d'exécution, et qui, seule, a été destinataire du programme établi par la commune concernant l'évolution des fonctions de la place de la Brèche ;

- le maître de l'ouvrage a commis une faute au stade de la définition de ses besoins en l'absence de précision sur le trafic journalier de bus prévu sur les voies entourant la place de la Brèche, de sorte que la commune de Niort est entièrement responsable des dommages dont elle se plaint ;

* A titre subsidiaire :

- seule la seconde solution réparatoire prévoyant la mise en œuvre d'un revêtement en béton bitumeux est justifiée, à l'exclusion de la couche de roulement hydro décapée qui apporterait une plus-value à l'ouvrage ;

- les travaux de mise en sécurité ne pourront être indemnisés que pour la moitié de la somme de 50 131,27 euros TTC, à défaut pour la commune d'avoir entretenu la voirie ;

- un coefficient de vétusté de 30 % doit être appliqué pour tenir compte de l'amortissement partiel de l'ouvrage depuis la réception des travaux ;

- il n'y a pas lieu d'assortir l'indemnisation des intérêts au taux légal dès lors que la commune pouvait entreprendre les travaux dès le dépôt du rapport de l'expert ;

- la demande de frais de procès de la commune est excessive ;

- les désordres étant imputables aux sociétés Sareco, Iris Conseil Aménagement, F D, Studio Milou Architecture et A2I Infra en leur qualité d'entreprises des groupements de maîtrise d'œuvre, en charge des études d'exécution et de contrôle des travaux, elles devront la relever indemne et la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 juin 2023, 15 décembre 2023 et 9 février 2024, la société Colas France, représentée par l'AARPI Cotte et François, conclut, à titre principal, au rejet de toute demande dirigée à son encontre, principale ou en garantie, tendant à sa condamnation in solidum, ou, à titre subsidiaire, à la diminution à de plus justes proportions les condamnations prononcées à son encontre au titre des désordres affectant la dégradation de la voirie, à la limitation du montant de la solution réparatoire à hauteur de 264 878,27 euros HT outre les frais de maîtrise d'œuvre, au rejet de toute demande principale ou en garantie au titre des travaux conservatoires réalisés au cours de l'expertise judiciaire pour 17 092,80 euros HT, au rejet de la demande de la commune de Niort tendant au remboursement, au titre des frais d'expertise judiciaire, des sommes imputables à la taxation de l'expert sapiteur, et à la condamnation des sociétés A2I Infra, Somebat et FBTP à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de tout succombant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- à titre principal, d'une part, n'étant pas intervenue dans le cadre des travaux relevant des DCE 0, 1 et 4, aucune condamnation in solidum n'est justifiée à son égard, et, d'autre part, son éventuelle responsabilité ne peut être engagée que dans le cadre des désordres résultant des travaux réalisés au titre du lot n° 14, sur l'avenue du 14 juillet, l'avenue Bujault, l'allée Foraine et une partie de seulement de l'Avenue de la République ;

- à titre subsidiaire, d'une part, en l'absence de défaut d'exécution, les désordres affectant la voirie sont exclusivement ou principalement imputables au défaut de conception du projet, lequel n'a pas pris en compte la création de la halte routière destinée à accueillir 7 lignes de bus urbains et 10 lignes de cars interurbains, prévue dans un programme annexé au cahier des clauses techniques particulières (CCTP) des lots de maîtrise d'œuvre et non à celui du DCE 3, la maîtrise d'œuvre étant également responsable de la qualité des joints utilisés entre les pavés de granit, qu'elle a validée, et de la qualité des mortiers de pose, conforme au projet tel qu'il a été conçu, d'autre part, la solution réparatoire consistant en une variante en enrobé et béton lavé, à 264 878,27 euros HT, suffit à permettre la réparation intégrale du dommage, excluant la prise en compte, demandée par la commune de Niort, de la couche de roulement hydro décapée/grenaillée qui apporterait, pour 17 563 euros HT supplémentaires, une amélioration à l'ouvrage, les travaux de mise en sécurité n'étaient pas nécessaires et doivent être exclus de l'indemnisation, les frais imputables à la taxation de l'expert sapiteur doivent rester à la charge de la commune de Niort dès lors qu'elle a refusé de désigner un maître d'œuvre chargé de concevoir les travaux réparatoires, et, enfin, elle est fondée à être garantie, en cas de condamnation, par la société A2I Infra qui a une part de responsabilité prépondérante dans la survenue des désordres du DCE 3, par la société Somebat, pour la moitié de la part de responsabilité imputée, le cas échéant, au groupement formé par les entreprises Somebat et Colas, et par la société FBTP, sa sous-traitante pour la mise en œuvre du mortier de pose.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 juillet 2023 et 5 février 2024, ainsi qu'un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 7 mars 2024, la société FBTP, représentée par la SCP B2F Avocats, conclut, à titre principal, à sa mise hors de cause et au rejet de toute demande formulée à son encontre, y compris l'appel en garantie formé par la société Colas France, ou, à titre subsidiaire, au rejet de toute demande indemnitaire de la commune de Niort excédant les réparations nécessaires à une remise en état à l'identique, à la diminution de sa part de responsabilité à 10 % du chiffrage de la réfection en pavage, et, en cas de condamnation prononcée à son encontre au-delà de ce quantum, à la condamnation des sociétés Sud-Ouest Pavage, Colas France, Studio Milou Architecture et A2I Infra à la relever indemne en principal, frais et accessoires.

Elle soutient que :

- à titre principal, le lien de causalité entre un éventuel manquement à ses obligations contractuelles, au demeurant non démontré, et les désordres survenus au titre de la pose du pavage n'est pas établi, dès lors que ses prestations se sont limitées à mettre en œuvre les matériaux fournis par la société Colas France, seule potentielle responsable de ces désordres, et qu'en tout état de cause, ils sont imputables à un défaut de conception ;

- à titre subsidiaire, en raison de l'intervention d'une autre entreprise sous-traitante pour poser les pavés, la société Sud-Ouest Pavage, sa propre part de responsabilité ne saurait excéder 10 % du chiffrage de la réfection, qui ne peut être prévue qu'à l'identique, soit en pavages, solution moins onéreuse que celle du revêtement de chaussée en enrobé, toute condamnation à son encontre au-delà de ce quantum de 10 % justifiant que les sociétés Sud-Ouest Pavage, Colas France, Studio Milou Architecture et A2I Infra la relève indemne en principal, frais et accessoires.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2023 et 8 février 2024, ainsi que deux mémoires récapitulatifs produits en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistrés les 5 avril et 22 mai 2024, la société Atelier d'Architecture F D, Mme E D, M. F et la Mutuelle des architectes français (MAF), représentés par la SCP Drouineau 1927, conclut, à titre principal, au rejet pour irrecevabilité des demandes de la commune de Niort à l'encontre de la MAF, comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître, à titre subsidiaire, au rejet des demandes de la commune de Niort dirigées à leur encontre, à titre très subsidiaire, à la condamnation des autres parties requises, dont les sociétés Iris Conseil Aménagement, Eurovia Poitou Charentes Limousin et A2I Infra, à les garantir et relever indemnes, parfaitement et intégralement, de toutes condamnations prononcées à leur encontre, et, en tout état de cause, à l'application aux sommes allouées à la commune de Niort d'un coefficient de vétusté de 40 % minimum, au rejet de tous les appels en garantie formulés à leur encontre, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge solidaire de la commune de Niort et de tout défaillant, et versée à chacune et chacun d'entre eux.

Ils soutiennent que :

* A titre principal :

- le tribunal administratif n'est pas compétent pour statuer sur les demandes présentées à l'encontre de la MAF par la commune de Niort et la société A2I Infra ;

- la requête de la commune de Niort est irrecevable faute pour le maire d'être habilité à ester en justice au nom de la commune ;

- les demandes dirigées à l'encontre de la société de fait F et D, radiée du registre du commerce et des sociétés depuis le 31 décembre 2018, sont irrecevables ;

- elles ne sont pas non plus recevables à l'encontre de M. F et de Mme D, en l'absence d'intérêt à agir de la commune alors qu'ils n'étaient ni l'un ni l'autre ses cocontractants dans le cadre de l'opération de travaux en litige ;

* A titre subsidiaire :

- seuls les désordres affectant la zone du DCE 0 sont susceptibles d'engager la responsabilité de M. F et Mme D, de sorte qu'aucune demande de condamnation in solidum ou d'appel en garantie excédant cette zone ne pourra prospérer ;

- les désordres sont au moins en partie imputables à la commune de Niort, qui n'a pas respecté ses obligations programmatiques en se bornant à indiquer que la halte routière recevrait 7 lignes de bus et 10 lignes de cars interurbains ;

- les désordres liés à l'inadaptation du revêtement au trafic de bus, en cas d'engagement de la responsabilité de la maîtrise d'œuvre, sont imputables au bureau d'études spécialisé dans le domaine de la voirie et des réseaux divers, Iris Conseil Aménagement, à qui incombait la définition des besoins en phase d'avant-projet détaillé, les études d'avant-projet et les études d'exécution ;

- les désordres relatifs à la mauvaise qualité d'exécution des travaux relèvent exclusivement de la société Eurovia Poitou Charentes Limousin, spécialisée dans les travaux de voirie ;

- en cas de condamnation, seule la seconde solution réparatoire prévoyant la mise en œuvre d'un revêtement en béton bitumeux est justifiée, à l'exclusion de la couche de roulement hydro décapée qui apporterait une plus-value à l'ouvrage ;

- un coefficient de vétusté de 40 % doit être appliqué pour tenir compte de l'importante dépréciation de l'ouvrage entre la réception des travaux et la date d'apparition des désordres en 2016 ;

- toute indemnisation ne pourra être versée qu'en euros HT compte tenu de la possibilité pour la commune de récupérer la TVA par le biais du fonds de compensation ;

- les appels en garantie des sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin, FBTP et ATPU à l'encontre de la société Milou Architecture ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2024, ainsi que deux mémoires récapitulatifs produits en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistrés les 4 avril et 21 juin 2024, dont le second n'a pas été communiqué, la SAS Sareco, représentée par Me Simon-Wintrebert, conclut, à titre principal, au rejet pour irrecevabilité de l'appel en garantie de la société Eurovia Poitou Charentes Limousin, au rejet de toute demande formulée à son encontre et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Eurovia Poitou Charentes Limousin sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers de l'instance, à titre subsidiaire, au rejet de toutes les demandes de la société Eurovia Poitou Charentes Limousin au titre des travaux relevant du DCE 0, à la limitation du quantum des demandes au strict chiffrage de l'expert judiciaire concernant les travaux de reprise, au rejet des demandes de la commune au titre des travaux de mise en sécurité, à l'application d'un coefficient de vétusté de 30 % à l'ensemble des sommes allouées en indemnisation, au rejet de la demande d'intérêts, au rejet ou à la réduction des frais d'instance au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au rejet des appels en garantie formulés à son encontre, à la condamnation in solidum des sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU, de M. F et Mme D à la relever et garantir indemne de toute condamnation prononcée à son encontre en principal, frais et accessoires, et au rejet de leurs conclusions contraires, ainsi qu'à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge solidaire de ces parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers de l'instance.

Elle soutient que :

- à titre principal, l'appel en garantie de la société Eurovia Poitou Charentes Limousin, présenté à son encontre le 16 juin 2023 soit plus de quinze ans après la date de réception des travaux dans la zone du DCE 0, prononcée le 14 avril 2008, est irrecevable pour tardiveté ;

- à titre subsidiaire, sa mission ayant été circonscrite à l'esquisse du projet, seule la défaillance de la société Eurovia Poitou Charentes Limousin est à l'origine des désordres relevant du DCE 0, d'autant plus que l'expert ne lui attribue aucune part de responsabilité dans la survenue des dommages, justifiant ainsi, en cas de condamnation à son encontre, que sa part de responsabilité soit limitée à 10 % de l'indemnisation due au titre de ce DCE, à l'exclusion du coût de remise en état des dalles calcaires et du coût des travaux de mise en sécurité, impossibles à ventiler par DCE, et à condition, d'une part, que soit exclue du coût des travaux de reprise la somme demandée par la commune pour mettre en œuvre une couche de roulement hydro décapée-grenaillée, non justifiée, et, d'autre part, qu'un coefficient de vétusté de 30 % soit appliqué.

La requête a été communiquée à Me Lucie Jouve, de la SELAFA mandataires judiciaires associés, représentant la société Studio Milou Architecture, qui n'a pas produit de mémoire.

Par des mémoires en intervention enregistrés les 10 et 14 septembre 2021, 14 décembre 2023, ainsi que des mémoires récapitulatifs enregistrés les 4 avril et 21 juin 2024, dont le second n'a pas été communiqué, les sociétés Covea Risks, MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles, représentées par Me Simon-Wintrebert, demandent au tribunal, à titre principal, de prononcer la mise hors de cause de la société Covea Risks présentée à tort comme assureur de la société Iris Conseil Aménagement, renvoyer la commune de Niort à diriger sa procédure vers l'assureur de la société Iris Conseil Aménagement devant les juridictions judiciaires compétentes, rejeter les demandes de la commune de Niort et mettre à sa charge la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens, ou, à titre subsidiaire, de limiter le quantum des demandes au strict chiffrage de l'expert judiciaire, de rejeter les demandes de la commune au titre des travaux de mise en sécurité, d'appliquer un coefficient de vétusté de 30 % à l'ensemble des sommes allouées en indemnisation, de rejeter la demande d'intérêts, de rejeter ou réduire les frais d'instance au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de condamner in solidum les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU, M. F et Mme D à les garantir et relever indemnes de toutes condamnations prononcées à leur encontre en principal, frais et accessoires, et de rejeter leurs conclusions contraires, ainsi que de mettre à la charge solidaire de ces mêmes partie la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers de l'instance.

Elles soutiennent que :

- à titre principal, la société Covea Risks, qui n'a plus d'existence juridique depuis sa radiation le 31 décembre 2015, doit être mise hors de cause, d'une part en raison de ce que son portefeuille ayant été repris par les sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles dans le cadre d'une opération de fusion, et qu'en tout état de cause, elle n'était plus l'assureur de la société Iris Conseil Aménagement à compter du 1er juillet 2005, et, d'autre part, en l'absence de caractère décennal des désordres en litige, qui n'affectent pas la structure de la chaussée, et qui ont pour origine la défaillance de la commune dans la définition de ses besoins en matière de trafic urbain ;

- à titre subsidiaire, en l'absence de mission de direction des travaux (DET) confiée à la société Iris Conseil Aménagement, aucune somme ne peut lui être imputée au titre de la remise en état des dalles en calcaire, et le défaut de définition des besoins en trafic par la commune de Niort fait obstacle à l'engagement de sa responsabilité décennale au titre de la remise en état des pavés en granit ;

- en toute hypothèse, la part de responsabilité de la société Iris Conseil Aménagement ne saurait excéder 10 %, auquel cas elles sont fondées à appeler en garantie les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU, M. F et Mme D au titre de leurs manquements contractuels respectifs tels qu'ils sont exposés dans l'expertise ;

- en cas de condamnation prononcée à l'encontre de la société Iris Conseil Aménagement, doivent être exclus les coûts des travaux de reprise la somme demandée par la commune pour mettre en œuvre une couche de roulement hydro décapée-grenaillée, non justifiée, de la remise en état des dalles calcaires et des travaux de mise en sécurité, impossibles à ventiler par DCE, les sommes allouées devant faire l'objet de l'application d'un coefficient de vétusté de 30 %.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n°s 1602257, 1701313, 1800563 du 29 octobre 2020 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 25 275,84 euros.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des marchés publics ;

- la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 ;

- la loi n°2013-100 du 28 janvier 2013 ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gibson-Théry,

- les conclusions de Mme Thèvenet-Bréchot, rapporteure publique,

- les observations de Me Dubos, représentant la commune de Niort, Me Gaufichon, représentant les sociétés Somebat et A2I Infra, Me Viel représentant la société ATPU, Me Simon-Wintrebert représentant la société Sareco, les sociétés MMA IARD, MMA IARD Assurances Mutuelles et Covea Risks, Me Froidefond représentant la société FBTP, Me Loubeyre représentant les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et SMABTP, Me Barriquault représentant M. F, Mme D, la société F D et la société MAF, et Me Apetok représentant la société Colas France.

Une note en délibéré, présentée pour la société Colas France et non communiquée, a été enregistrée le 2 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Niort a décidé de procéder à des travaux de restructuration de la Place de la Brèche comprenant la construction d'un parking souterrain de 530 places sur 2 niveaux, la création d'espaces publics constitués de voiries et jardins et celle d'un pôle d'échanges bus de 10 arrêts. Deux Sèvres Aménagement a passé à cette fin, en qualité de maître d'ouvrage délégué, les marchés de travaux au nom et pour le compte de la commune. La maîtrise d'œuvre de ces travaux a été confiée, par un marché du 22 mars 2005, à deux groupements constitués, pour le groupement A chargé de l'aménagement du périmètre " haut " de la place, des sociétés Studio Milou Architecture, mandataire solidaire, Bureau Technique du Poitou, ECS et Sareco, et, pour le groupement B chargé de l'aménagement du périmètre " bas " de la place, des sociétés F et D, Jacqueline Osty Paysagiste et Iris Conseil Aménagement. L'exécution des travaux a été réalisée en cinq phases correspondant à cinq zones de la place de la Brèche, dont le DCE 0 correspond à l'esplanade de la République, le DCE 1 à l'aménagement de l'avenue des Martyrs de la résistance, le DCE 2 au parking souterrain, le DCE 3 aux espaces publics, jardins et voiries et le DCE 4 au pôle d'échange et espaces secondaires. La Société Studio Milou Architecture a sous-traité à la Société A2I Infra les études d'ingénierie de voirie et réseaux divers de la place de la Brèche pour les travaux relevant des DCE 1, DCE 3 et DCE 4. Dans le cadre du DCE 0, dont la maîtrise d'œuvre était assurée par le groupement B, le lot n°1 relatif à la voirie et aux réseaux divers (VRD) - génie civil, a été attribué par un marché conclu le 20 mars 2006 à la SAS Eurovia Poitou Charentes Limousin, qui avait pour sous-traitante la SARL ATPU concernant la pose de bordures et de pavés. Pour l'exécution des travaux du DCE 1, dont la maîtrise d'œuvre était assurée par le groupement A, le lot n°5 relatif aux travaux de terrassement, de VRD et d'assainissement a été confié à la SAS Eurovia Poitou Charentes Limousin en vertu d'un marché du 8 janvier 2010, et le lot n° 6, portant sur les travaux de béton, de pavage et de pierre, a été attribué par un marché du 8 janvier 2010 à deux entreprises groupées en cotraitance, la SARL Somebat et la SAS Eurovia Poitou Charentes Limousin, laquelle avait pour sous-traitante la SARL ATPU s'agissant de la pose de pavés en granit. Dans le cadre du DCE 3, dont la maîtrise d'œuvre incombait au groupement A, l'exécution des travaux du lot n° 13 relatif au terrassement, VRD, assainissement, a été confiée, par un marché du 2 août 2010, à la SAS Eurovia Poitou Charentes Limousin, et le lot n° 14 portant sur le béton, le pavage et les pierres, a été attribué au groupement d'entreprises formés par la SARL Somebat et la société Screg Ouest par un marché conclu le 2 août 2010. Sont également intervenues pour l'exécution des travaux de ce lot les sociétés Sud Ouest Pavage et FBTP en leur qualité de sous-traitantes de la société Screg Ouest. Pour l'exécution des travaux du DCE 4, dont la maîtrise d'œuvre relevait du groupement A, les lots n° 1 relatif au terrassement, VRD, assainissement, et n° 2 portant sur le béton, pavage, pierre, ont été confiés, par deux marchés du 12 mars 2012, à la SAS Eurovia Poitou Charentes Limousin, laquelle a sous-traité à la société Sud Ouest Pavage les travaux de poses de pavés en granit. A la suite de l'apparition de désordres affectant les dallages des espaces piétonniers et les voiries, la commune de Niort a demandé au juge des référés du tribunal de désigner un expert chargé de se prononcer sur ces désordres. Par une ordonnance n° 1602257 du 11 janvier 2017, le juge des référés a désigné M. A en qualité d'expert, lequel a rendu son rapport définitif le 27 octobre 2020. La commune de Niort demande au tribunal la condamnation in solidum, au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE 0, des sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin, Iris Conseil Aménagement, F et D et ses associés, M. C F et Mme E D, à lui verser la somme totale de 732 362,09 euros TTC, au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE 1, les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin, Somebat et A2I Infra à lui verser la somme totale de 212 599,15 euros TTC, au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE 3, les Sociétés Colas France, Somebat et A2I Infra à lui verser la somme totale de soit 393 333,84 euros TTC, et, au titre des préjudices résultant des désordres affectant la zone du DCE 4, les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et A2I Infra à lui verser la somme totale de 379 768,75 euros TTC.

Sur l'étendue du litige :

En ce qui concerne le désistement des sociétés Colas France et Iris Conseil Aménagement de leurs conclusions :

2. Aux termes de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative : " () le président de la chambre chargée de l'instruction peut demander à l'une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l'instance en cours, en l'informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés () / () le président de la chambre chargée de l'instruction peut en outre fixer un délai, qui ne peut être inférieur à un mois, à l'issue duquel, à défaut d'avoir produit le mémoire récapitulatif mentionné à l'alinéa précédent, la partie est réputée s'être désistée de sa requête ou de ses conclusions incidentes. La demande de production d'un mémoire récapitulatif informe la partie des conséquences du non-respect du délai fixé ".

3. Par une lettre du 5 mars 2024, il a été demandé à chaque partie de produire, en application de ces dispositions, dans le délai d'un mois, un mémoire récapitulatif reprenant les conclusions et les moyens qu'elle entendait, à l'issue de l'instruction, soumettre au tribunal, à défaut de quoi elle serait réputée s'être désistée de sa requête ou de ses conclusions incidentes.

4. Selon les dispositions du deuxième alinéa de l'article R. 611-8-1, les parties en défense qui ne produisent pas de mémoire récapitulatif doivent être regardées comme s'étant désistées de leurs conclusions incidentes. En l'espèce, la société Iris Conseil Aménagement, représentée par l'AARPI Axial Avocats, et la société Colas France, représentée par l'AARPI Cotte et François, n'ont pas produit de mémoire récapitulatif malgré la demande de production dont elles ont accusé réception le 6 mars 2024. Elles sont donc réputées s'être désistées de leurs conclusions incidentes.

En ce qui concerne les exceptions d'incompétence opposées par la société MAF et la société ATPU :

5. Le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé.

6. D'une part, en application des principes dont s'inspirent les articles 1792 à 1792-5 du code civil, est susceptible de voir sa responsabilité engagée de plein droit, avant l'expiration d'un délai de dix ans à compter de la réception des travaux, à raison des dommages qui compromettent la solidité d'un ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, toute personne appelée à participer à la construction de l'ouvrage, liée au maître de l'ouvrage par un contrat de louage d'ouvrage ou qui, bien qu'agissant en qualité de mandataire du propriétaire de l'ouvrage, accomplit une mission assimilable à celle d'un locateur d'ouvrage, ainsi que toute personne qui vend, après achèvement, un ouvrage qu'elle a construit ou fait construire.

7. La société A2I Infra conclut, à titre subsidiaire, à la condamnation de la société Studio Milou Architecture et de son assureur la MAF à la relever indemne de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre. Toutefois, il est constant que la société A2I Infra est intervenue dans l'opération de travaux en litige en qualité de sous-traitante de la société Studio Milou Architecture, afin de prendre en charge les missions de bureau d'études techniques du groupement A de maîtrise d'œuvre en matière d'ingénierie de voirie et réseaux divers concernant les travaux de la place de la Brèche. A cet égard, la société A2I Infra était liée à la société Studio Milou Architecture par un contrat de droit privé, au titre duquel il résulte de l'instruction qu'elle a bénéficié du paiement direct de ses prestations par le maître de l'ouvrage pour un montant maximum de 199 522,70 euros, en vertu d'une déclaration de sous-traitance signée par la société A2I Infra le 12 avril 2011. En outre, il n'est pas contesté que la société MAF, en tant qu'assureur de la société Studio Milou Architecture, n'a pas la qualité de constructeur dans le cadre des travaux litigieux. Par suite, l'exception d'incompétence des juridictions administratives opposée par la société MAF aux conclusions d'appel en garantie présentées par la société A2I Infra à son encontre doit être accueillie.

8. D'autre part, s'il appartient, en principe, au maître d'ouvrage qui entend obtenir la réparation des conséquences dommageables d'un vice imputable à la conception ou à l'exécution d'un ouvrage de diriger son action contre le ou les constructeurs avec lesquels il a conclu un contrat de louage d'ouvrage, il lui est toutefois loisible, dans le cas où la responsabilité du ou des cocontractants ne pourrait pas être utilement recherchée, de mettre en cause, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité des participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs.

9. La commune de Niort ne recherche pas la responsabilité décennale de la société ATPU, laquelle se voit uniquement appelée en garantie par la société Sareco dans l'hypothèse où cette dernière serait condamnée à indemniser la commune de Niort dans le cadre de la présente instance. Toutefois, le principe rappelé au point précédent n'a ni pour objet ni pour effet de décliner la compétence de la juridiction administrative au profit de la juridiction judiciaire en cas d'appel en garantie entre deux constructeurs à une même opération de travaux au seul motif que l'un des deux était le sous-traitant d'un autre constructeur, dont la responsabilité décennale peut être utilement recherchée par le maître de l'ouvrage. Dans ces conditions, en l'absence de contrat de droit privé liant ces deux sociétés, la juridiction administrative est compétente, en application du principe rappelé au point 5 du présent jugement, pour statuer sur l'appel en garantie formé par la société Sareco à l'encontre de la société ATPU.

En ce qui concerne les interventions des sociétés Covea Risks, MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles :

10. Une intervention ne peut être admise que si son auteur s'associe soit aux conclusions du requérant, soit à celles de l'un des défendeurs. En l'absence de production par le défendeur, auquel le pourvoi a été communiqué, d'un mémoire tendant au rejet de la requête, une intervention en défense est irrecevable.

11. La société Iris Conseil Aménagement étant réputée s'être désistée de ses conclusions incidentes, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, les interventions des sociétés Covea Risks, MMA IARD et MMA IARD Assurances Mutuelles ne sont pas recevables.

En ce qui concerne l'intervention de la SMABTP :

12. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct () ". Les interventions qui ne sont pas présentées par mémoire distinct sont, conformément à ces dispositions, irrecevables. Le juge n'est pas tenu d'inviter l'intervenant à régulariser sa demande.

13. Il résulte de l'instruction que la SMABTP a uniquement été appelée en la cause en raison de ce que la commune de Niort a présenté sa requête " en présence " de cette société, sans toutefois former de demande à son encontre, et qu'aucune autre conclusion n'est d'ailleurs non plus dirigée contre elle. Dans ces conditions, le mémoire que la SMABTP a présenté, commun à celui des sociétés Somebat et A2I Infra, qui ne contient au demeurant aucune conclusion propre à la SMABTP hormis la demande de frais de procès, doit être regardé comme une intervention à la présente instance. Par suite, en l'absence de mémoire distinct, l'intervention de la SMABTP est irrecevable.

En ce qui concerne la compétence du maire pour représenter la commune de Niort à l'instance :

14. Aux termes de l'article L. 2122-2 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ".

15. Si la MAF, la société F D et M. F et Mme D soutiennent que le maire de la commune n'est pas compétent pour défendre la commune dans le cadre de la présente instance, il résulte de l'instruction que M. B, le maire de la commune de Niort, a reçu, par des délibérations du 26 mai 2020 et du 2 octobre 2023, délégation du conseil municipal, pour " défendre la commune dans les actions intentées contre elle, devant quelque juridiction que ce soit ". Par suite, le moyen de l'incompétence du maire de la commune de Niort pour défendre la collectivité à l'instance doit être écarté.

En ce qui concerne l'intérêt pour agir de la commune à l'égard de la société de fait F et D, et de M. F et Mme D :

16. Aux termes de l'article 1872-1 du code civil régissant les sociétés en participation, applicable aux sociétés de fait en vertu de l'article 1873 du même code : " Chaque associé contracte en son nom personnel et est seul engagé à l'égard des tiers. / Toutefois, si les participants agissent en qualité d'associés au vu et au su des tiers, chacun d'eux est tenu à l'égard de ceux-ci des obligations nées des actes accomplis en cette qualité par l'un des autres, avec solidarité, si la société est commerciale, sans solidarité dans les autres cas. () ".

17. Il résulte de l'instruction que le groupement de maîtrise d'œuvre B avait pour mandataire la " SDF F et D ", c'est-à-dire la " société de fait " créée entre M. F et Mme D, selon l'acte d'engagement conclu le 22 mars 2005. Dès lors, le présent jugement rendu à l'encontre de la société de fait F et D pourra être exécuté à l'encontre de M. F et de Mme D, nonobstant l'absence de personnalité morale de la société créée de fait entre eux.

Sur la responsabilité des constructeurs :

18. D'une part, il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres, apparus après la réception de l'ouvrage et dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité. La réception définitive des ouvrages constitue le point de départ du délai de l'action en garantie décennale ouverte à la collectivité publique contre les constructeurs.

19. D'autre part, dans l'hypothèse, décrite au point 8, dans laquelle il est loisible au maître de l'ouvrage de rechercher, sur le terrain quasi-délictuel, la responsabilité de participants à une opération de construction avec lesquels il n'a pas conclu de contrat de louage d'ouvrage, mais qui sont intervenus sur le fondement d'un contrat conclu avec l'un des constructeurs, le maître d'ouvrage peut notamment invoquer la violation des règles de l'art ou la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires mais ne saurait se prévaloir de fautes résultant de la seule inexécution, par les personnes intéressées, de leurs propres obligations contractuelles.

En ce qui concerne la prescription de l'action décennale au titre du DCE 0 :

20. Il résulte des articles 2224, 2239, 2241 et 2242 du code civil que la demande adressée à un juge de diligenter une expertise interrompt le délai de prescription jusqu'à l'extinction de l'instance et que, lorsque le juge fait droit à cette demande, le même délai est suspendu jusqu'à la remise par l'expert de son rapport au juge. Alors même que l'article 2244 du code civil dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 réservait un effet interruptif aux actes "signifiés à celui qu'on veut empêcher de prescrire", termes qui n'ont pas été repris par le législateur aux nouveaux articles 2239 et 2241 de ce code, il ne résulte ni des dispositions de la loi du 17 juin 2008 ni de ses travaux préparatoires que la réforme des règles de prescription résultant de cette loi aurait eu pour effet d'étendre le bénéfice de la suspension ou de l'interruption du délai de prescription à d'autres personnes que le demandeur à l'action, et notamment à l'ensemble des participants à l'opération d'expertise.

21. La société Eurovia Poitou Charentes Limousin soutient que, d'une part, compte tenu de la date de réception des travaux relevant du DCE 0 en 2008, et, d'autre part, la requête en référé expertise ne visant pas expressément les désordres relevant de ces travaux, la demande de la commune de Niort tendant à rechercher sa responsabilité sur le fondement de la garantie décennale concernant ces désordres lorsque sa requête a été enregistrée le 21 juin 2021, était prescrite. Toutefois, en faisant notamment état, dans sa requête en référé expertise enregistrée le 6 octobre 2016, des désordres apparus sur les espaces publics et plus particulièrement sur les dallages des espaces piétonniers et les voiries, la commune de Niort a nécessairement inclus l'ensemble des désordres de cette nature apparus à la suite de l'exécution des marchés de travaux conclus en vue de restructurer la place de la Brèche, y compris les lots attribués à la société Eurovia Poitou Charentes Limousin dans le cadre du DCE 0 correspondant à l'esplanade de la République. A cet égard, la commune a demandé au tribunal d'ordonner une expertise judiciaire afin de " permettre à la fois un relevé précis des désordres, une identification des personnes responsables, et la détermination de la nature et du coût des travaux de réparations ", induisant que tous les désordres affectant les pavages et dallages soient examinés, quelle que fût la zone concernée de la place de la Brèche. En outre, l'expert lui-même a inclus dans le périmètre de son examen, dès le début des opérations d'expertise et sans aucune ambiguïté, les désordres affectant la zone du DCE 0. Dans ces conditions, le délai de prescription de la garantie décennale ayant été interrompu à l'égard de la société Eurovia Poitou Charentes Limousin par sa citation en justice dans le cadre du référé expertise enregistré le 6 octobre 2016, la demande indemnitaire présentée par la commune de Niort concernant les désordres affectant la zone du DCE 0 n'est pas frappée de prescription.

En ce qui concerne la nature et l'imputabilité des désordres :

22. D'une part, alors même qu'il entend se placer sur le terrain quasi-délictuel, le maître d'ouvrage ne saurait rechercher la responsabilité de participants à l'opération de construction pour des désordres apparus après la réception de l'ouvrage et qui ne sont pas de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination. Il incombe au juge administratif, lorsqu'est recherchée devant lui la responsabilité décennale des constructeurs, d'apprécier, au vu de l'argumentation que lui soumettent les parties sur ce point, si les conditions d'engagement de cette responsabilité sont ou non réunies et d'en tirer les conséquences, le cas échéant d'office, pour l'ensemble des constructeurs.

23. Il résulte de l'instruction que la commune de Niort n'était pas liée, dans le cadre des travaux en litige, à la société A2I Infra par un contrat de louage d'ouvrage, dès lors qu'il est constant que cette dernière était sous-traitante de la société Studio Milou Architecture, mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre A, concernant les études de voirie et réseaux divers du périmètre haut de la place de la Brèche. Toutefois, la commune de Niort entend obtenir la condamnation de la société A2I Infra sur le terrain quasi-délictuel en raison de la radiation du registre du commerce et des sociétés de la société Studio Milou Architecture au 17 juin 2020, dont elle ne peut utilement rechercher la responsabilité décennale en l'absence de production de mémoire de la SELAFA mandataires judiciaires associés, représentant la société Studio Milou Architecture. A cet égard, il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Niort entende se prévaloir de fautes contractuelles commises par la société A2I Infra dans le cadre de l'exécution du contrat de sous-traitance, de droit privé, qu'elle a conclu avec la société Studio Milou Architecture, mais uniquement des erreurs de conception qu'elle a commises en matière de voirie et réseaux divers, en violation des règles de l'art. Dans ces conditions, la responsabilité de la société A2I Infra peut être recherchée sur le terrain quasi-délictuel.

24. D'autre part, le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur le fondement des principes qui régissent la garantie décennale ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

25. En premier lieu, il résulte de l'instruction et en particulier du rapport d'expertise de du 27 octobre 2020 que les désordres en litige affectent exclusivement le pavage de la voirie en pavés de granit et celui des zones piétonnières en dalles calcaire, y compris leurs mortiers de pose et de joints, mais à l'exclusion des formes de fondation de chaussée constituées des couches successives en grave non traitée et grave ciment, et qu'ils sont la conséquence de manquements tant dans la conception que dans l'exécution des travaux de restructuration de la place de la Brèche. Tout d'abord, en ce qui concerne les pavés de granit et les bandes structurantes en granit, les désordres affectant les circulations et les passages piétons, qui relèvent des DCE 0, 1, 2, 3 et 4, se traduisent, d'une part, par des pavages affaissés ou orniérés dans les voies réservées aux bus, les passages piétons et les zones de freinage et redémarrage de véhicules, et, d'autre part, par la fissuration et la désagrégation des joints des pavés de granit. Les sondages effectués révèlent, selon l'expert, que " la relative compressibilité du mortier du lit de pose, par rapport à la grande rigidité des pavés et de leurs joints est à l'origine des fissures entre joints et pavés, ou même de ruptures de pavés lorsque la résistance de ceux-ci est inférieure à celle du joint et de son adhérence ", qui affecte la résistance du revêtement aux efforts horizontaux et permet la pénétration d'eau par les fissures, dégradant ainsi le mortier de pose et produisant les affaissements observés dans les zones les plus sollicitées, l'absence de drainage du lit de pose ayant aggravé la pénétration et la stagnation d'eau sous les pavés, détériorant le lit de pose. En ce qui concerne les désordres affectant les dalles en pierre calcaire, relevant des DCE 0 et 1, qui constituent le revêtement des zones piétonnes de la place elle-même, ils résultent également d'une mauvaise qualité du mortier de pose faiblement dosé en ciment, auquel s'ajoute une faible adhérence entre le mortier et les dalles. Ainsi, s'agissant des pavés de granit, la cause des désordres relève, d'une part, de l'inadaptation de la technique de pose des pavés au trafic des bus, imputable à la maîtrise d'œuvre et aux entreprises titulaires des lots " voirie ", et, d'autre part, de la mauvaise qualité d'exécution des travaux, l'incompatibilité entre les mortiers de joints et de pose étant imputable tant à l'entreprise titulaire qu'à la maîtrise d'œuvre au titre de sa mission de direction des travaux, et la mauvaise qualité du mortier de pose étant imputable principalement à l'entreprise exécutante, et accessoirement à la maîtrise d'œuvre au titre de sa mission de direction des travaux. S'agissant des dalles calcaires, les désordres, qui résultent exclusivement de la mauvaise qualité du mortier de pose, pauvre en ciment, incompatible avec la rigidité et le format des dalles, sont dus à un défaut de mise en œuvre par l'entreprise exécutante, décelable par l'entreprise titulaire ainsi que par la maîtrise d'œuvre d'exécution.

26. En deuxième lieu, en l'absence de stipulations contraires, les entreprises qui s'engagent conjointement et solidairement envers le maître de l'ouvrage à réaliser une opération de construction, s'engagent conjointement et solidairement non seulement à exécuter les travaux, mais encore à réparer le préjudice subi par le maître de l'ouvrage du fait de manquements dans l'exécution de leurs obligations contractuelles ainsi qu'au titre de la garantie décennale des constructeurs. Un constructeur ne peut échapper à sa responsabilité conjointe et solidaire avec les autres entreprises co-contractantes, au motif qu'il n'a pas réellement participé aux travaux révélant un tel manquement, que si une convention, à laquelle le maître de l'ouvrage est partie, fixe la part qui lui revient dans l'exécution des travaux. Toutefois, d'une part, il résulte de l'acte d'engagement du lot n° 6 " béton - pavage pierre " du DCE 1 qu'il incombait tant à la société Somebat qu'à la société Eurovia Poitou Charentes Limousin, groupées solidairement, de mettre en œuvre du béton dans le cadre de ce lot, et, d'autre part, l'acte d'engagement du lot n° 14 " béton - pavage pierre ", conclu entre les mêmes entreprises cotraitantes solidaires, prévoit que la " mise en œuvre de la couche d'assise pour la pose de pierre " est " effectuée par Somebat ". Dans ces conditions, la société Somebat, qui a participé comme l'entreprise Eurovia Poitou Charentes Limousin à l'exécution des travaux objet des désordres constatés sur les pavages, s'est engagée conjointement et solidairement, avec la société Eurovia Poitou Charentes Limousin, à réparer le préjudice subi par le maître de l'ouvrage au titre de la garantie décennale.

27. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le plan de circulation produit par la commune de Niort a été établi postérieurement, en 2017, à l'apparition des désordres. Il ne peut donc, ainsi qu'il est soutenu en défense, servir de fondement à l'engagement de la responsabilité des constructeurs sur le fondement de la garantie décennale ou quasi-délictuel. Toutefois, bien que l'expert note que les informations fournies dans le programme initial établi par le maître de l'ouvrage à l'attention des équipes de maîtrise d'œuvre ayant déposé une offre, ne sont pas aussi précises que celles qui ressortent du plan de circulation de 2017, il résulte de ce programme que les travaux devaient conduire à " affirmer le rôle déterminant devant être joué à l'avenir par les transports en commun et les modes doux de déplacement en centre-ville ", tout en permettant le maintien de la circulation automobile. En outre, il prévoyait une " halte routière " constituée par la " fonction de pôle d'échange de la place ", au titre de laquelle les équipes de maîtrise d'œuvre postulantes devaient prendre en compte " les problématiques différentes des 7 lignes de bus urbains (TAN), des 10 lignes de car interurbains (scolaires et RDS) et des cars de tourisme ", et prévoir, " afin de se prémunir d'une éventuelle augmentation du nombre de lignes (bus ou cars) ", " 15 emplacements pour les cars interurbains et 10 pour les bus urbains ". Dès lors, même en l'absence, relevée par l'expert, de précision du trafic journalier de bus prévu, et malgré l'évolution non contestée par la commune du plan de circulation des bus, le nombre de lignes déjà communiquées dans le programme " induit inévitablement ", ainsi que le souligne l'expertise, " un trafic journalier largement supérieur à 50 véhicules de plus de 3.5 T ", correspondant au classement " T4 " mis en œuvre pour réaliser les voiries de la place de la Brèche. Dans ces conditions, et alors que les entreprises titulaires des marchés en litige étaient destinataires du programme élaboré par la commune, annexé aux différents CCTP, et n'ont, pas plus que la maîtrise d'œuvre, émis d'observations à ce sujet, alors qu'elles sont spécialisées dans le domaine de la voirie et des réseaux divers, il ne résulte ni des pièces produites, ni des constatations de l'expert que le maître de l'ouvrage aurait commis un manquement à l'origine des désordres en cause, de nature à exonérer, totalement ou partiellement, les constructeurs de leur responsabilité.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne la TVA :

28. Aux termes du premier alinéa de l'article 256 B du code général des impôts : " Les personnes morales de droit public ne sont pas assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'activité de leurs services administratifs, sociaux, éducatifs, culturels et sportifs lorsque leur non assujettissement n'entraîne pas de distorsions dans les conditions de la concurrence ". Aux termes du I de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales : " Les attributions ouvertes chaque année par la loi à partir des ressources du Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée des collectivités territoriales visent à compenser la taxe sur la valeur ajoutée acquittée par les collectivités territoriales et leurs groupements sur leurs dépenses d'investissement ainsi que sur leurs dépenses pour : / 1° L'entretien des bâtiments publics et de la voirie ; / () ".

29. Le montant du préjudice dont le maître d'ouvrage est fondé à demander la réparation aux constructeurs à raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé correspond aux frais qu'il doit engager pour les travaux de réfection. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée, élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations.

30. Il résulte de l'article 256 B du code général des impôts que les collectivités territoriales ne sont pas assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'activité de leurs services administratifs. Si, en vertu de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales, le fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée vise à compenser la taxe sur la valeur ajoutée acquittée par les collectivités territoriales notamment sur leurs dépenses d'investissement, il ne modifie pas le régime fiscal des opérations de ces collectivités. Ainsi, ces dernières dispositions ne font pas obstacle à ce que la taxe sur la valeur ajoutée grevant les travaux de réfection d'un immeuble soit incluse dans le montant de l'indemnité due par les constructeurs à une collectivité territoriale, maître d'ouvrage, alors même que celle-ci peut bénéficier de sommes issues de ce fonds pour cette catégorie de dépenses.

En ce qui concerne l'indemnisation due au titre de la remise en état de l'ouvrage :

31. D'une part, le maître de l'ouvrage a droit à la réparation intégrale des préjudices qu'il a subis lorsque la responsabilité décennale des constructeurs est engagée, sans que l'indemnisation qui lui est allouée à ce titre puisse dépasser le montant des travaux strictement nécessaires à la remise en ordre de l'ouvrage tel qu'il avait été commandé. En outre, le principe de la réparation intégrale n'implique pas de contrôle sur l'utilisation des fonds alloués à la victime qui conserve leur libre utilisation.

32. D'autre part, lorsque la remise en état de l'ouvrage comporte des travaux supplémentaires par rapport au marché initial, indispensables à la réalisation d'un ouvrage dans les règles de l'art, la charge définitive en incombe, en principe, au maître de l'ouvrage. Le maître d'ouvrage n'a droit à une indemnisation que dans la mesure où il est amené à supporter un coût final supérieur à celui qui aurait dû être celui de l'ouvrage si sa conception et sa réalisation n'avaient été entachées d'aucun vice.

33. En premier lieu, il résulte du rapport de l'expert que ce dernier a proposé deux solutions de reprise de l'ouvrage, sur la base des propositions chiffrées de son sapiteur économiste de la construction. La première solution consiste en la réfection des dalles calcaires, ainsi que des pavages en granit, dont l'aspect fini serait proche de l'état initial mais avec des mortiers de pose et de joints compatibles entre eux et avec le trafic, impliquant toutefois une étude particulière pour définir précisément la technique de mise en œuvre. Cette solution est chiffrée par l'expert à 1 582 122,27 euros HT soit 1 898 546,72 euros TTC. La deuxième solution de reprise proposée par l'expert consiste à remplacer les dalles calcaires et à réaliser, à la place du pavage, une voirie en béton bitumineux adaptée au trafic, pour un coût estimé à 1 170 822,27 euros HT, soit 1 404 986,72 euros TTC. Les deux solutions comprennent le montant des prestations de maîtrise d'œuvre, évalué à 10 % du montant total des travaux, non contesté en défense.

34. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la commune de Niort envisage de passer un marché de travaux visant à la mise en œuvre d'un revêtement en enrobé sur les voiries concernées par les désordres. A cet égard, le choix de cette solution, moins-disante que la première au fini esthétique similaire à l'état initial, mais adaptée au trafic et permettant de réaliser les ouvrages dans les règles de l'art, ne peut conduire à réaliser des travaux supplémentaires ou une plus-value. Par suite, la solution de reprise sur la base de laquelle l'indemnisation au titre de la remise en état doit être évaluée est la deuxième solution proposée par l'expertise et exposée au point précédent.

35. En troisième lieu si la vétusté d'un bâtiment peut donner lieu, lorsque la responsabilité contractuelle ou décennale des entrepreneurs et architectes est recherchée à l'occasion de désordres survenus sur un bâtiment, à un abattement affectant l'indemnité allouée au titre de la réparation des désordres, il appartient au juge administratif, saisi d'une demande en ce sens, de rechercher si, eu égard aux circonstances de l'espèce, les travaux de reprise sont de nature à apporter une plus-value à l'ouvrage, compte tenu de la nature et des caractéristiques de l'ouvrage ainsi que de l'usage qui en est fait. Cette vétusté doit s'apprécier à la date d'apparition des désordres.

36. Ainsi que l'invoque la commune de Niort sans être sérieusement contredite, compte tenu de la longévité des ouvrages de voirie de revêtement de sol extérieur réalisés, dont la réception s'est échelonnée entre 2008 et 2013, et de la date d'apparition des désordres, constatés pour la première fois en 2015, et en l'absence de démonstration d'une faute du maître de l'ouvrage dans l'entretien des ouvrages, il n'y a pas lieu d'appliquer un abattement pour vétusté.

37. Il résulte de ce qui précède que l'indemnisation due à la commune de Niort en réparation des désordres aux fins de remise en état des ouvrages doit être fixée à la somme de 1 404 986,72 euros TTC.

En ce qui concerne l'indemnisation due au titre des travaux de réparation provisoire :

38. Si l'expert a relevé que la commune de Niort n'avait produit les factures relatives aux travaux de mise en sécurité réalisés en cours d'expertise que tardivement, par son dire du 29 septembre 2020, il a toutefois également noté que ces travaux portaient sur une surface d'intervention de 810 m² cohérente, en raison du caractère évolutif des désordres, avec leur surface estimée de 700 m² lors de l'examen du 26 septembre 2018 mené au contradictoire de toutes les parties. En outre, contrairement à ce qui est soutenu en défense, l'expert, dans sa note aux parties n° 14 du 30 novembre 2018, estime justifiés ces travaux identifiés dans neuf zones pour un montant de 57 631 euros, selon le devis produit par la commune.

39. Compte tenu des factures produites par la commune pour un montant total de 50 131,27 euros TTC correspondant à ces travaux de mise en sécurité réalisés par la société Eurovia Poitou Charentes Limousin, il y a lieu de fixer l'indemnisation à allouer à la commune de Niort à ce titre à cette somme totale de 50 131,27 euros TTC, à raison de 25 660,76 euros TTC au titre des travaux effectués dans la zone du DCE 0, 3 959,16 euros TTC au titre de ceux qui l'ont été dans la zone du DCE 1 et 20 511,36 euros TTC concernant les travaux réalisés au titre du DCE 3.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

40. La commune de Niort a droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité de 1 404 986,72 euros à compter du 21 juin 2021, date d'enregistrement de sa requête, et à la capitalisation de ces intérêts à compter du 21 juin 2022, date à compter de laquelle les intérêts étaient dus depuis un an, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les appels en garantie :

41. Le recours entre constructeurs, non contractuellement liés, ne peut avoir qu'un fondement quasi-délictuel. Les coauteurs obligés solidairement à la réparation d'un même dommage ne sont tenus entre eux que chacun pour sa part, déterminée à proportion du degré de gravité des fautes qu'ils ont personnellement commises, caractérisées par un manquement dans les règles de leur art. Ils ne peuvent, en outre, être solidairement condamnés à garantir l'un d'eux que si leur faute personnelle a concouru à la survenance d'un dommage commun.

En ce qui concerne les désordres affectant les pavés de granit :

42. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert, que les désordres affectant les voies de passage en pavés de granit sont imputables tant à la maîtrise d'œuvre, au titre de ses missions d'études d'exécution (EXE) et de direction des travaux (DET), qu'aux entreprises titulaires des lots relatifs à la voirie, en raison, d'une part, de l'inadaptation de la technique de pose du revêtement au trafic de bus, et, d'autre part, du défaut d'exécution des travaux, due à la mauvaise qualité des mortiers de joints et à leur incompatibilité avec les mortiers de pose. En vertu de l'expertise, dont les conclusions sur ce point ne sont pas sérieusement remises en question par les parties, l'inadaptation de la technique de pose a pour origine, à parts égales, le choix erroné de la technique de mise en œuvre des pavés relevant de la conception par la maîtrise d'œuvre, ainsi qu'il a été dit au point 25, et le défaut de conseil par les entreprises titulaires, spécialisées en voirie et réseaux divers, sur cette technique de mise en œuvre. En outre, la mauvaise qualité d'exécution des travaux est principalement imputable aux entreprises de voirie, d'une part, la mauvaise qualité du mortier de pose relevant à 60 % de l'entreprise exécutante sous-traitante qui n'a pas posé un mortier de la qualité adéquate, 20 % de l'entreprise titulaire qui n'a pas contrôlé cette qualité, et 20 % de la maîtrise d'œuvre au titre de sa mission DET, et, d'autre part, l'incompatibilité des mortiers entre eux relevant à 60 % de l'entreprise titulaire responsable du choix des mortiers, à 20 % de l'entreprise exécutante qui n'a pas émis d'observations à ce sujet et pour les 20 % restants à la maîtrise d'œuvre au titre de sa mission DET.

43. Dans ces conditions, s'agissant de la remise en état de la voirie en pavés de granit, au titre du DCE 0, les sociétés Iris Conseil Aménagement, F D, Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU doivent être condamnées solidairement à verser à la commune une somme de 485 260,47 euros HT, soit 582 312,56 euros TTC. Au titre du DCE 1, les entreprises A2I Infra, Eurovia Poitou Charentes Limousin, et ATPU doivent être condamnées solidairement à verser à la commune une somme de 62 988,71 euros HT, soit 75 586,45 euros TTC. Au titre du DCE 3, les sociétés A2I Infra, Colas France, Somebat et FBTP doivent être condamnées solidairement à verser à la commune une somme de 291 366,10 euros HT, soit 348 439,32 euros TTC. Enfin, au titre du DCE 4, les sociétés A2I Infra et Eurovia Poitou Charentes Limousin doivent être condamnées à verser à la commune une somme de 316 473,96 euros HT, 379 768,75 euros TTC.

44. S'agissant des travaux de mise en sécurité réalisés au cours de l'expertise, doivent être condamnées solidairement les sociétés Iris Conseil Aménagement, F D, Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU à verser à la commune une somme de 25 660,75 euros TTC au titre du DCE 0, les entreprises A2I Infra, Eurovia Poitou Charentes Limousin et Somebat à lui verser une somme de 3 959,16 euros TTC au titre du DCE 1, et les sociétés A2I Infra, Colas France, Somebat et FBTP à lui verser une somme de 20 511,36 euros TTC au titre du DCE 3.

45. Il résulte de ce qui précède, compte tenu des appels en garantie formulés par les parties, qu'il y a lieu, pour la zone du DCE 0, de condamner la société Iris Conseil Aménagement à garantir les sociétés F D, Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU à hauteur de 25 % des sommes mises à leur charge, la société F D à garantir les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU à hauteur de 10 % des sommes mises à leur charge, et la société Eurovia Poitou Charentes Limousin à garantir la société F D à hauteur de 45 % des sommes mises à sa charge. En raison du désistement de ses conclusions par la société Iris Conseil Aménagement, aucune société n'est susceptible d'être condamnée à la garantir. Au titre du DCE 3, la société Colas France doit être condamnée à garantir la société Somebat à hauteur de 22,5 % de la somme mise à sa charge, ainsi que la société FBTP à hauteur de 10 % de la somme mise à sa charge, sans que les appels en garantie de la société Colas France puisse prospérer en raison du désistement de ses conclusions par cette partie.

En ce qui concerne les désordres affectant les dalles calcaires :

46. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que pour les zones retenues au titre de ce désordre, soit celles qui ne laissent apparaître aucune trace de circulation de véhicules, les désordres résultent exclusivement de la mauvaise qualité du mortier de pose, pauvre en ciment, incompatible avec la rigidité et le format des dalles. Ils ont donc pour origine principale un défaut d'exécution par l'entreprise sous-traitante, responsable des désordres à hauteur de 60 %, ainsi qu'un manque de contrôle de cette exécution par l'entreprise titulaire et par la maîtrise d'œuvre au titre de sa mission DET, justifiant qu'une part de responsabilité de 20 % leur soit attribuée à chacune au titre de ces désordres.

47. En tenant compte de leurs parts respectives de responsabilité dans la survenue de ces dommages, les sociétés Iris Conseil Aménagement, Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU doivent être condamnées solidairement à verser à la commune une somme de 28 417,31 euros HT, soit 34 100,77 euros TTC concernant le DCE 0, et les sociétés A2I Infra, Eurovia Poitou Charentes Limousin et Somebat doivent être condamnées à lui verser une somme de 103 397,95 euros HT, soit 124 077,54 euros TTC concernant la zone du DCE 1. En outre, au titre du DCE 0, il y a lieu de condamner la société Iris Conseil Aménagement à garantir les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU à hauteur de 20 % des sommes mises à leur charge, sans qu'une condamnation puisse être prononcée au profit de la société Iris Conseil Aménagement pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 45.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

48. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " les dépens comprennent les frais d'expertise () ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

49. Si la commune de Niort n'a pas, ainsi que le relève l'expert, désigné de maître d'œuvre, contrairement à ses demandes, afin d'élaborer les études d'exécution détaillées et la consultation d'entreprises pour les travaux de remise en état, il résulte de l'ordonnance du 11 janvier 2017 qui l'a missionné qu'il lui appartenait de définir les travaux et leurs modalités techniques et financières, au besoin en s'appuyant sur les travaux d'un sapiteur économiste de la construction, dont le tribunal a estimé sa désignation, par une ordonnance du 27 février 2019, utile à la solution du litige. Il y a donc lieu, contrairement à ce que soutiennent les parties en défense, d'intégrer ce coût de l'expertise réalisée par le sapiteur économiste de la construction aux dépens. En outre, les frais des sondages réalisés au cours de l'expertise, pour un montant de 48 023,15 euros TTC, doivent également être intégrés aux frais d'expertise.

50. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge définitive des sociétés Iris Conseil Aménagement, F D, Eurovia Poitou Charentes Limousin, ATPU, A2I Infra, FBTP, Colas France et Somebat les frais et honoraires de l'expert, liquidés et taxés à la somme de 32 757,84 euros TTC euros par une ordonnance du 29 octobre 2020, ainsi que les frais de sondage de 48 023,15 euros TTC, portant le montant total des dépens à la somme de 80 780,99 euros TTC. Compte tenu du pourcentage moyen de responsabilité de chacune de ces parties dans le cadre des désordres en litige, il y a lieu de mettre à la charge de la société A2I Infra une somme de 20 195,25 euros TTC, de la société Eurovia Poitou Charentes Limousin une somme de 18 579,63 euros TTC, de la société Somebat une somme de 13 732,77 euros TTC, de la société ATPU une somme de 12 117,15 euros TTC, des sociétés Colas France et Iris Conseil Aménagement une somme de 5 654,67 euros TTC chacune, de la société FBTP une somme de 3 231,24 euros TTC, et de la société de fait F et D une somme de 1 615,62 euros TTC.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

51. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Niort, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, verse aux sociétés parties à l'instance les sommes qu'elles réclament au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge des sociétés Iris Conseil Aménagement, F D, Eurovia Poitou Charentes Limousin, ATPU, A2I Infra, FBTP, Colas France et Somebat une somme de 700 euros chacune à verser à la commune de Niort en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

52. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées à ce titre par les autres parties à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de leurs conclusions incidentes par les sociétés Iris Conseil Aménagement et Colas France.

Article 2 : Les interventions des sociétés Covéa Risks, MMA IARD et MMA IARD assurances mutuelles ne sont pas admises.

Article 3 : Les sociétés Iris Conseil Aménagement, F D, Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU sont condamnées à verser à la commune de Niort, au titre du DCE 0, la somme de 582 312,56 euros TTC en réparation des désordres affectant les pavés de granit de la place de la Brèche, et la somme de 25 660,75 euros TTC au titre des travaux de mise en sécurité, assorties des intérêts au taux légal à compter du 21 janvier 2021 et de leur capitalisation le 21 juin 2022 et à chaque date anniversaire.

Article 4 : Les sociétés A2I Infra, Eurovia Poitou Charentes Limousin, Somebat et ATPU sont condamnées à verser à la commune de Niort, au titre du DCE 1, la somme de 75 586,45 euros TTC en réparation des désordres affectant les pavés de granit de la place de la Brèche, et la somme de 3 959,16 euros TTC au titre des travaux de mise en sécurité, assorties des intérêts au taux légal à compter du 21 janvier 2021 et de leur capitalisation le 21 juin 2022 et à chaque date anniversaire.

Article 5 : Les sociétés A2I Infra, Colas France, Somebat et FBTP sont condamnées à verser à la commune de Niort, au titre du DCE 3, la somme de 348 439,32 euros TTC en réparation des désordres affectant les pavés de granit de la place de la Brèche, et la somme de 20 511,36 euros TTC au titre des travaux de mise en sécurité, assorties des intérêts au taux légal à compter du 21 janvier 2021 et de leur capitalisation le 21 juin 2022 et à chaque date anniversaire.

Article 6 : Les sociétés A2I Infra et Eurovia Poitou Charentes Limousin sont condamnées à verser à la commune de Niort, au titre du DCE 4, la somme de 379 768,75 euros TTC en réparation des désordres affectant les pavés de granit de la place de la Brèche, assortie des intérêts au taux légal à compter du 21 janvier 2021 et de leur capitalisation le 21 juin 2022 et à chaque date anniversaire.

Article 7 : Au titre des désordres affectant les pavages du DCE 0, les sociétés F D, Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU seront garanties par la société Iris Conseil Aménagement à hauteur de 25 % des sommes mises à leur charge, les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU seront garanties par la société F D à hauteur de 10 % des sommes mises à leur charge, et la société F et D sera garantie à hauteur de 45 % des sommes mises à sa charge par la société Eurovia Poitou Charentes Limousin.

Article 8 : Au titre des désordres affectant les pavages du DCE 3, la société Somebat sera garantie par la société Colas France à hauteur de 22,5 % de la somme mise à sa charge, et la société FBTP sera garantie à hauteur de 10 % de la somme mise à sa charge par la société Colas France.

Article 9 : Les sociétés Iris Conseil Aménagement, Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU sont condamnées à verser à la commune de Niort, au titre du DCE 0, la somme de 34 100,77 euros TTC en réparation des désordres affectant les dalles calcaires de la place de la Brèche, assorties des intérêts au taux légal à compter du 21 janvier 2021 et de leur capitalisation le 21 juin 2022 et à chaque date anniversaire.

Article 10 : Les sociétés A2I Infra, Eurovia Poitou Charentes Limousin et Somebat sont condamnées à verser à la commune de Niort, au titre du DCE 1, la somme de 124 077,54 euros TTC en réparation des désordres affectant les dalles calcaires de la place de la Brèche, assorties des intérêts au taux légal à compter du 21 janvier 2021 et de leur capitalisation le 21 juin 2022 et à chaque date anniversaire.

Article 11 : Au titre des désordres affectant les dalles calcaires du DCE 0, les sociétés Eurovia Poitou Charentes Limousin et ATPU seront garantis par la société Iris Conseil Aménagement à hauteur de 20 % des sommes mises à leur charge.

Article 12 : Les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 32 757,84 euros TTC euros par une ordonnance du 29 octobre 2020, et les frais de sondage d'un montant de 48 023,15 euros TTC sont mis à la charge définitive de la société A2I Infra, pour une somme de 20 195,25 euros TTC, de la société Eurovia Poitou Charentes Limousin pour une somme de 18 579,63 euros TTC, de la société Somebat pour une somme de 13 732,77 euros TTC, de la société ATPU pour une somme de 12 117,15 euros TTC, des sociétés Colas France et Iris Conseil Aménagement pour une somme de 5 654,67 euros TTC chacune, de la société FBTP pour une somme de 3 231,24 euros TTC, et de la société de fait F et D pour une somme de 1 615,62 euros TTC.

Article 13 : Les sociétés Iris Conseil Aménagement, F D, Eurovia Poitou Charentes Limousin, ATPU, A2I Infra, FBTP, Colas France et Somebat verseront chacune une somme de 700 euros à la commune de Niort au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 14 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 15 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Niort, aux sociétés Iris Conseil Aménagement, F et D, Eurovia Poitou Charentes Limousin, ATPU, A2I Infra, FBTP, Colas France, Somebat, Sareco, Covéa Risks, MMA IARD, MMA IARD assurances mutuelles, à M. C F, à Mme E D, à la SMABTP et à la SELAFA Mandataires judiciaires associés représentant Studio Milou Architecture.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,

Mme Gibson-Théry, première conseillère,

M. Tiberghien, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

S. GIBSON-THERY

Le président,

Signé

P. CRISTILLELa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet des Deux-Sèvres en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

S. GAGNAIRE

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