mardi 23 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101706 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | DENIZEAU GABORIT TAKHEDMIT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juin 2021, Mme C D, représentée par la SCP Denizeau-Gaborit-Takhedmit, demande au juge des référés :
1°) de condamner, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, le centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers à lui verser, à titre de provision, la somme de 16 986, 40 euros au titre des préjudices subis à la suite de sa maladie professionnelle ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Poitiers la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable dès lors que, d'une part, l'illégalité des décisions de placement en congé maladie ordinaire du 23 juillet 2019, ainsi que celle des décisions implicites de rejet de ses recours gracieux sont constitutives d'une faute, et d'autre part, le CHU de Poitiers a reconnu, par une décision du 14 mai 2019, l'imputabilité au service de sa pathologie, engageant ainsi sa responsabilité sans faute ;
- le montant de l'obligation n'est pas sérieusement contestable dans la mesure où l'expertise judiciaire a permis d'objectiver la nature et l'étendue de ses préjudices ;
- ses préjudices comprennent un préjudice moral à hauteur de 3 000 euros, un déficit fonctionnel temporaire de 10% pendant 1 008 jours, un déficit fonctionnel permanent de 2% à la date de consolidation du 9 décembre 2020, des souffrances endurées qui doivent être chiffrées à 4 000 euros, un préjudice esthétique temporaire à hauteur de 500 euros et permanent à hauteur de 1 000 euros, un préjudice d'agrément qui s'élève à 2 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2022, le centre hospitalier universitaire de Poitiers, représenté par la SCP KPL, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le montant de l'indemnisation demandée est sérieusement contestable dès lors que les différentes demandes provisionnelles présentées par la requérante au titre de la pathologie imputable au service sont surévaluées ou ne sont pas fondées.
La requête et les écritures ont été communiquées à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Charente-Maritime, qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- le rapport d'expertise du docteur A enregistré le 9 décembre 2020
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, recrutée en 1992 par le centre hospitalier universitaire (CHU) en qualité d'infirmière, a fait l'objet d'un arrêt de travail, le 7 mars 2018, en raison d'une épicondylite et d'une épitrochléite droites reconnues imputables au service par deux décisions du CHU de Poitiers respectivement prises le 7 août 2018 et 14 mai 2019. Par un avis du 4 juillet 2019, la commission de réforme a estimé que son état de santé n'était pas consolidé au titre de l'épicondylite et que l'épitrochléite pouvait être regardée comme consolidée au 25 mars 2019 avec possibilité de rechute. En exécution du jugement n° 1902076 du 9 mars 2021, Mme D a été placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 25 mars 2019. Le 19 juin 2020, l'intéressée a saisi le juge des référés d'une demande d'expertise. Par une ordonnance du 13 août 2020, le juge des référés a confié la mission d'expertise au docteur A, qui a remis son rapport le 9 décembre 2020. Par une lettre recommandée du 19 avril 2021, le conseil de Mme D a adressé au CHU de Poitiers une réclamation préalable par laquelle elle a demandé l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de ses pathologies imputables au service. Le CHU de Poitiers a implicitement rejeté sa demande Mme D demande au tribunal de lui octroyer une provision d'un montant de 16 986, 40 euros, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, correspondant à l'indemnisation de ses préjudices.
Sur les conclusions tendant au versement d'une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
En ce qui concerne le caractère non sérieusement contestable de l'obligation :
3. Compte tenu des conditions posées à son octroi et de son mode de calcul, l'allocation temporaire d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions, qui instituent ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
S'agissant de la responsabilité pour faute :
4. Par un jugement n° 1902076 du 9 mars 2021, le tribunal administratif de Poitiers a annulé les décisions du CHU de Poitiers du 23 juillet 2019 plaçant Mme D en congé de maladie ordinaire à compter du 25 mars 2019, ainsi que les décisions implicites de rejet du 18 septembre 2019. Ainsi, la requérante est fondée à soutenir que le CHU de Poitiers a commis une illégalité fautive. Toutefois elle n'établit la réalité d'aucun préjudice découlant directement de cette illégalité. L'indemnité qu'elle demande à ce titre présente donc un caractère sérieusement contestable.
S'agissant de la responsabilité sans faute :
5. Il résulte de l'instruction que les pathologies de Mme D ont été reconnues imputables au service par des décisions des 7 août 2018 et 14 mai 2019. Dès lors, quand bien même aucune faute ne peut être reprochée au centre hospitalier universitaire de Poitiers, sa responsabilité à l'égard de Mme D se trouve engagée en application du principe exposé au point 3. En conséquence, la requérante dispose d'une créance non sérieusement contestable à l'encontre du CHU de Poitiers pour l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis.
En ce qui concerne les préjudices subis par Mme D :
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
6. En premier lieu, si l'expert ne retient aucun déficit fonctionnel temporaire total ou partiel antérieurement à la consolidation de l'état de santé de Mme D fixée au 9 décembre 2020, elle a nécessairement souffert de troubles dans ses conditions d'existence en raison de l'opération chirurgicale pratiquée le 28 novembre 2019 et de la poursuite de soins de kinésithérapie et de mésothérapie. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui accordant la somme de 1 200 euros à titre de provision.
7. En deuxième lieu, la requérante se prévaut des souffrances qu'elle a endurées et qui ont été évaluées à 2 sur 7 par l'expert. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant une provision de 1 500 euros.
8. En troisième lieu, dès lors que, selon le rapport de l'expert, le préjudice esthétique temporaire se définit par le seul port d'une orthèse sur une durée d'un mois, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui accordant, à titre provisionnel, la somme de 100 euros.
S'agissant des préjudices permanents :
9. En premier lieu, à compter de la consolidation de son état de santé, Mme D a subi un déficit fonctionnel permanent évalué à 2% par l'expert, imputable à sa maladie professionnelle. Compte tenu de son âge à la date de la consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.
10. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a subi un préjudice esthétique évalué à 0,5 sur 7 par l'expert et dont il sera fait une juste appréciation en lui accordant une provision d'un montant de 500 euros.
11. En troisième lieu, la seule circonstance que le rapport de l'expert indique que le préjudice d'agrément est défini, ne permet pas d'en établir la réalité alors que la requérante n'apporte pas le moindre élément de nature à justifier les demandes qu'elle présente à ce titre.
Sur les frais liés au litige :
12. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Poitiers une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Poitiers est condamné à verser à Mme D une provision de 5 300 euros.
Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Poitiers versera la somme de 1 300 euros à Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, au centre hospitalier universitaire de Poitiers.
Copie en sera adressée pour information à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime et au docteur M. A, expert.
Fait à Poitiers, le 23 août 2022.
La juge des référés,
Signé
S. B
La République mande et ordonne au ministre de de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026