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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2101731

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2101731

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2101731
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET ROCHE BOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Auto pièces Chambon, représentée par Me Bousquet, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision en date du 4 mai 2021 par laquelle le préfet de la Charente-Maritime lui a infligé une amende administrative de 6 000 euros pour non-respect des termes de la mise en demeure prononcée à son égard par l'arrêté préfectoral du 3 septembre 2020 ;

2°) à titre subsidiaire, de réduire le montant de cette amende administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est cru, à tort, en situation de compétence liée ;

- les griefs sur lesquels le préfet s'est fondé ne sauraient, sans erreur manifeste d'appréciation, justifier cette amende administrative, quand bien même la mise en demeure dont elle a fait l'objet n'a pas été contestée ; les faits qui lui sont reprochés étaient en cours de régularisation à la date de l'arrêté contesté malgré des délais très contraints au regard de l'ancienneté de l'exploitation et des difficultés personnelles et organisationnelles de l'exploitant liées aux conséquences des états d'urgence sanitaire mis en œuvre dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid 19 ;

- le montant de l'amende est disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2023, le préfet de la Charente-Maritime conclut à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la réduction du montant de l'amende administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Auto pièces Chambon ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Auto pièces Chambon qui vient aux droits de deux exploitants successifs installés depuis 1992 sur la commune de Chambon (Charente-Maritime), exerce depuis 2018 une activité de récupération, dépollution et démontage de véhicules hors d'usage pour laquelle elle bénéficie d'un agrément au titre des installations classées pour la protection de l'environnement, renouvelé le 16 mars 2018. Lors d'une visite d'inspection le 19 juin 2020, l'inspecteur de l'environnement a constaté plusieurs défauts de conformité et par un arrêté en date du 3 septembre 2020, le préfet de la Charente-Maritime a mis en demeure cette société d'y remédier. Lors d'une visite inopinée le 27 janvier 2021, l'inspecteur de l'environnement a constaté la persistance de plusieurs défauts de conformité constatés le 19 juin 2020 et l'apparition de nouveaux faits susceptibles d'aggraver le risque de pollution du sol et des eaux ou de remettre en cause la gestion du risque incendie sur le site. Par deux arrêtés en date du 4 mai 2021, le préfet de la Charente-Maritime a, d'une part, suspendu l'activité de la SARL Auto pièces Chambon et, d'autre part, lui a infligé une amende administrative d'un montant de 6 000 euros. La SARL Auto pièces Chambon conteste cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine () II.- Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : () 4° Ordonner le paiement d'une amende administrative au plus égale à 15 000 €, recouvrée comme en matière de créances de l'Etat étrangères à l'impôt et au domaine () Les amendes et les astreintes sont proportionnées à la gravité des manquements constatés et tiennent compte notamment de l'importance du trouble causé à l'environnement () Les mesures mentionnées aux 1° à 4° du présent II sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé () ". Selon l'article L. 171-11 du code de l'environnement : " Les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. ".

Sur la régularité de l'arrêté en litige :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été pris au visa, notamment, de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, qui institue le pouvoir de mise en demeure dont dispose l'autorité préfectorale pour contraindre l'exploitant d'une installation classée pour l'environnement de satisfaire aux prescriptions applicables en vertu du même code et, s'il n'a pas été déféré à la mise en demeure dans les délais impartis, d'ordonner le paiement d'une amende administrative. Il expose que le rapport de l'inspecteur de l'environnement du 4 février 2021, qui a été établi à la suite de la visite d'inspection effectuée dans les installations le 27 janvier 2021, avait confirmé que l'exploitant ne respectait pas les dispositions mentionnées dans l'arrêté de mise en demeure en date du 3 septembre 2020 et que, compte tenu des risques environnementaux qui découlent des inobservations relevées et de l'avantage concurrentiel qui en résulte pour la société requérante, il y a lieu, au regard des intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement, de lui infliger une amende administrative en application des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement précité. Cet arrêté, qui comporte, de la sorte, l'exposé des considérations de droit et de fait qui le fondent, est suffisamment motivé.

4. En second lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièces du dossier que le préfet se serait cru, à tort, en situation de compétence liée pour infliger une amende à l'intéressée.

Sur le principe de l'amende administrative :

5. Aux termes de l'arrêté du 3 septembre 2020 pris sur le fondement du I de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, la SARL Auto pièces Chambon a été mise en demeure de se mettre en conformité au regard des prescriptions mentionnées dans cet arrêté, à savoir, d'exercer son activité selon la surface et le nombre de véhicules hors d'usage dûment autorisé dans le délai d'un mois, d'entreposer les véhicules hors d'usage non dépollués sur un sol imperméabilisé et équipé de rétention dans le délai d'une semaine, d'équiper son installation de moyens de lutte contre l'incendie appropriés aux risques en installant une réserve d'au moins 120 m3 dans le délai de trois mois, d'imperméabiliser les différentes aires d'entreposage des véhicules hors d'usage non dépollués en installant un ensemble de collecte de l'ensemble des eaux et écoulements susceptibles d'être pollués lors d'un sinistre, y compris les eaux utilisées lors d'un incendie en installant un dispositif de traitement de ces eaux dans l'objectif de prévenir toute pollution des sols dans le délai de trois mois, d'équiper les points de rejet du site d'un ou de plusieurs dispositifs d'isolement dans le délai de trois mois et de réaliser l'ensemble des opérations de dépollution des véhicules hors d'usage dans le délai d'une semaine à compter de la notification de cet arrêté. La persistance de ces défauts de conformité a été constatée par l'inspecteur de l'environnement lors de sa visite du 27 janvier 2021, après l'expiration des délais qui avaient été impartis à la requérante pour se mettre en conformité avec ces prescriptions techniques. Par suite, la SARL Auto pièces Chambon se trouvait dans une situation où le préfet de la Charente-Maritime pouvait légalement lui infliger l'amende litigieuse. La société ne peut se prévaloir utilement de ce que plusieurs des manquements constatés serait antérieurs à sa reprise de l'exploitation ou que des difficultés organisationnelles ou de recrutement auraient fait obstacle à la mise en conformité de son installation dans les délais qui lui étaient prescrits. Elle ne peut pas davantage se prévaloir de ce que la période d'urgence sanitaire liée à la lutte contre la pandémie de Covid 19 ne lui a pas permis de respecter ces délais dès lors que l'arrêté du 3 septembre 2020 est postérieur à la période de sauvegarde mise en place pendant la période d'urgence sanitaire.

Sur le caractère disproportionné de l'amende administrative :

6. Compte-tenu des manquements constatés et de l'importance des défauts relevés ainsi que de leurs conséquences sur l'environnement rappelés au point précédent, l'amende administrative de 6 000 euros qui a été infligée à la SARL Auto pièces Chambon ne présente pas un caractère disproportionné.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de la SARL Auto pièces Chambon doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Auto pièces Chambon est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Auto pièces Chambon et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

Y. A

Le président,

Signé

L. CAMPOY

La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

D. GERVIER

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