mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2101732 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET ROCHE BOUSQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 juillet 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Auto pièces Chambon, représentée par Me Bousquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 4 mai 2021 par lequel le préfet de la Charente-Maritime l'a mise en demeure de respecter certaines prescriptions techniques ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les défauts relevés par le préfet ne sauraient, sans erreur manifeste d'appréciation, justifier une nouvelle mise en demeure, alors qu'ils étaient, pour certains, déjà régularisés et, pour d'autres, en cours de régularisation malgré des délais très contraints au regard de l'ancienneté de l'exploitation et des difficultés personnelles et organisationnelles de l'exploitant liées aux conséquences des états d'urgence sanitaire mis en œuvre dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid 19 ;
- les détecteurs de fumées ayant été installés dans les locaux techniques, le préfet ne pouvait lui reprocher l'absence de ce type d'équipements ;
- le délai de trois mois qui lui a été imparti pour l'aménagement d'un point de rejet destiné à permettre un prélèvement aisé d'échantillons est trop bref ;
- elle s'était déjà engagée à transmettre une analyse des eaux de rejet sous un délai d'un mois à la date des contrôles ;
- s'agissant de l'interdiction d'empilement de véhicules hors d'usages (VHU) et du nettoyage de la dépollution de la totalité de la surface d'emprise du site et d'entreposage des pièces grasses dans des conteneurs étanches ou dans des emballages étanches, l'article 41 de l'arrêté ministériel du 26 novembre 2012 ne lui faisait pas l'obligation formelle d'avoir à nettoyer et dépolluer la totalité de la surface d'emprise du site, ni d'avoir à analyser les terres excavées ; par ailleurs, elle a commandé des bacs de rétention, le site a été nettoyé en surface, l'ensemble des pièces issues des VHU ont été ramassées et les résidus, plus petits, mélangés à la terre, ont été mis dans un bac étanche et seront envoyés dans une installation dûment autorisée
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il y a lieu de substituer l'article 46 de l'arrêté du 26 novembre 2012, relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n°2712-1 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, à l'article 41 du même arrêté comme base légale de l'obligation d'analyse des terres excavées et le nettoyage et la dépollution de l'ensemble de l'emprise du site ;
- les autres moyens soulevés par la SARL Auto pièces Chambon ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 26 novembre 2012 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2712-1 (installation d'entreposage, dépollution, démontage ou découpage de véhicules terrestres hors d'usage) de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Boutet, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) Auto pièces Chambon qui vient aux droits de deux exploitants successifs installés depuis 1992 sur la commune de Chambon (Charente-Maritime), exerce depuis 2018 une activité de récupération, dépollution et démontage de véhicules hors d'usage (VHU) pour laquelle elle bénéficie d'un agrément au titre des installations classées pour la protection de l'environnement renouvelé le 16 mars 2018. Lors d'une visite d'inspection le 19 juin 2020, l'inspecteur de l'environnement a constaté plusieurs défauts de conformité et par un arrêté en date du 3 septembre 2020, le préfet de la Charente-Maritime a mis en demeure la SARL Auto pièces Chambon d'y remédier. Lors d'une visite inopinée le 27 janvier 2021, l'inspecteur de l'environnement a constaté la persistance de plusieurs défauts de conformité constatés le 19 juin 2020 et l'apparition de nouveaux faits susceptibles d'aggraver le risque de pollution du sol et des eaux ou de remettre en cause la gestion du risque incendie sur le site. Par un arrêté du 4 mai 2021, le préfet de la Charente-Maritime a mis en demeure la SARL Auto pièces Chambon de respecter les dispositions techniques issues des articles 13, 19, 29, 31, 33 et 41 de l'arrêté ministériel du 26 novembre 2012. La SARL Auto pièces Chambon conteste cette dernière mise en demeure.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I.-Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations, ouvrages, travaux, aménagements, opérations, objets, dispositifs et activités, l'autorité administrative compétente met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine. () ".
3. En premier lieu, dans son rapport du 4 février 2021, l'inspecteur de l'environnement a constaté que les voies d'accès au site étaient, compte tenu de l'augmentation notable du nombre de véhicules hors d'usage (VHU) et de leur empilement, encombrées, voire inaccessibles. Si la société requérante soutient que des véhicules ont été évacués, elle n'établit pas le rétablissement d'une voie " engins " à la date du présent jugement. Les difficultés de recrutement et l'hospitalisation de son dirigeant qu'elle invoque pour justifier ce défaut de mise en conformité sont sans incidence sur le bienfondé de la mise en demeure sur ce point. C'est par suite à bon droit que le préfet de la Charente-Maritime l'a mise en demeure de se conformer à l'article 13-II de l'arrêté ministériel du 26 novembre 2012 susvisé qui dispose que : " Une voie " engins " au moins est maintenue dégagée pour la circulation sur le périmètre de l'installation et est positionnée de façon à ne pouvoir être obstruée par l'effondrement de tout ou partie de cette installation. ()".
4. En deuxième lieu, lors des visites d'inspection des 19 juin 2020 et 27 janvier 2021, l'inspecteur de l'environnement n'a pas constaté la présence de détecteurs de fumée dans les locaux techniques tels qu'exigés par les dispositions de l'article 19 de l'arrêté du 26 novembre 2012. La société requérante n'apporte pas d'éléments permettant d'établir, comme elle l'allègue, que ces détecteurs auraient bien été installés. Elle n'est, par suite, pas fondée à contester la mise en demeure du préfet de se conformer à ces dispositions.
5. En troisième lieu, selon l'article 29 de l'arrêté du 26 novembre 2012 : " Les points de rejet dans le milieu naturel sont en nombre aussi réduit que possible. Ils sont aménagés pour permettre un prélèvement aisé d'échantillons. ". L'installation de trappes d'accès au dispositif de traitement des eaux du site, qui figurait déjà dans les prescriptions de l'arrêté du 3 septembre 2020, n'avait pas été réalisée par la société requérante au jour de la visite d'inspection du 27 janvier 2021. Si la société requérante soutient que cette carence est due à un besoin de financement bancaire et à la brièveté des délais impartis pour la réalisation des travaux, elle n'apporte, en tout état de cause, aucun élément justifiant les difficultés qu'elle invoque. Par suite, sa contestation des prescriptions de l'arrêté contesté doit, sur ce point, être écartée.
6. En quatrième lieu, l'article 31 de l'arrêté du 26 novembre 2012 fixe les valeurs limites de rejet des eaux résiduaires, tandis qu'il ressort notamment des dispositions de l'article 33, que " une mesure des concentrations des valeurs de rejet visées à l'article 30 est effectuée tous les ans par un organisme agréé par le ministre chargé de l'environnement. ". La société requérante conteste le maintien de l'obligation de transmettre l'analyse des eaux de rejet dans l'arrêté en litige alors qu'elle s'était engagée à la faire dans le délai d'un mois. Il résulte toutefois de l'instruction que lors de sa visite d'inspection du 10 juillet 2020, l'inspecteur de l'environnement a relevé le défaut de transmission de ces mesures annuelles et que, suite à la transmission de mesures effectuées le 22 juin 2020 faisant état d'un dépassement des valeurs limites des rejets, la requérante s'était engagée, par ses courriers des 8 et 21 février 2021, à transmettre à l'inspection de l'environnement de nouvelles analyses dans le délai d'un mois. Or, il n'est pas établi qu'à la date du présent jugement, ces éléments auraient été transmis à l'administration. Il s'ensuit que le préfet était fondé à mettre en demeure la société requérante de transmettre les résultats des analyses évoquées ci-dessus assorties, le cas échéant, d'une proposition d'action corrective dans un délai de quatre mois.
7. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article 41 de l'arrêté du 26 novembre 2012 : " I. Entreposage des véhicules terrestres hors d'usage avant dépollution : / L'empilement des véhicules terrestres hors d'usage est interdit, sauf s'il est utilisé des étagères à glissières superposées (type rack. () III. Toutes les pièces et fluides issues de la dépollution des véhicules sont entreposés à l'abri des intempéries. / Les conteneurs réceptionnant des fluides extraits des véhicules terrestres hors d'usage (carburants, huiles de carters, huiles de boîtes de vitesse, huiles de transmission, huiles hydraulique, liquide de refroidissement) sont entièrement fermés, étanches et munis de dispositif de rétention. Les pièces grasses extraites des véhicules (boîtes de vitesses, moteurs) sont entreposées dans des conteneurs étanches ou contenues dans des emballages étanches. Les batteries, les filtres et les condensateurs contenant des polychlorobiphényles (PCB) et des polychloroterphényles (PCT) sont entreposés dans des conteneurs spécifiques fermés et étanches, munis de rétention.() ".
8. D'une part, lors de sa visite du 27 janvier 2020, l'inspecteur de l'environnement a constaté que les véhicules en attente de dépollution étaient empilés, en contradiction avec les dispositions citées au point précédent. Si l'exploitant soutient que des consignes ont été transmises pour interdire ce mode de stockage des véhicules en attente de dépollution, et qu'il veillera à ce que le personnel recruté respecte ces obligations, il n'établit pas que cette situation aurait cessé.
9. D'autre part, la simple présentation du devis n°21020004 en vue de commander dix bacs de rétention ne suffit pas à justifier que cette commande aurait été réalisée, ni que les moteurs ne seraient plus entreposés à même le sol. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à contester la mise en demeure de respecter les dispositions précitées de l'arrêté du 26 novembre 2012.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 46 de l'arrêté du 26 novembre 2012 : " Contrôle par l'inspection des installations classées. / L'inspection des installations classées peut, à tout moment, réaliser ou faire réaliser des prélèvements d'effluents liquides ou gazeux, de déchets ou de sol, et réaliser ou faire réaliser des mesures de niveaux sonores. Les frais de prélèvement et d'analyses sont à la charge de l'exploitant. ".
11. Comme le soutient le préfet en défense, la mise en demeure de procéder à l'analyse des terres excavées et de transmettre les analyses et bordereaux de suivi des déchets à l'inspecteur de l'environnement trouve son fondement dans l'article 46 de l'arrêté du 26 novembre 2012 cité au point précédent, qui peut être substitué à l'article 41 du même arrêté mentionné dans la décision attaquée dès lors que cette substitution n'a pas pour effet de priver la requérante d'une garantie et que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce motif. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de substitution de base légale demandée sur ce point par le préfet de la Charente-Maritime.
12. En revanche, ni l'article 41, ni l'article 46 de l'arrêté précité n'ont pour objet ou pour effet d'obliger un exploitant à nettoyer et à dépolluer la surface d'emprise d'une installation classée. Par suite, l'arrêté attaqué doit être annulé en tant qu'il met en demeure la SARL Auto pièces Chambon de nettoyer et de dépolluer l'emprise de son installation.
13. En dernier lieu, si la société requérante soutient que certaines prescriptions présentent un caractère disproportionné dès lors qu'elles figuraient déjà dans le premier arrêté de mise en demeure en date du 3 septembre 2020 et qu'elles étaient déjà satisfaites ou en voie de l'être après avoir été retardées par des difficultés liées au recrutement de personnel, à l'hospitalisation de l'exploitant et à des délais contraints liés notamment à la période d'urgence sanitaire due à la lutte contre la pandémie de Covid 19, il résulte de ce qui a été dit plus haut que les manquements reprochés à l'intéressée sont caractérisés, que de nouvelles prescriptions ont, en outre, dû être édictées pour tenir compte de l'évolution de sa situation et qu'un délai de huit mois sépare les deux arrêtés de mise en demeure alors que les prescriptions figurant dans l'arrêté initial auraient dû être réalisées dans des délais allant de quinze jours à trois mois maximum. Par ailleurs, l'arrêté du 3 septembre 2020 est, en tout état de cause, postérieur à la période de sauvegarde mise en place pendant la période d'urgence sanitaire. Par suite, la requérante n'est pas fondée à prétendre que les prescriptions de l'arrêté en litige seraient disproportionnées.
14. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 4 mai 2021 doit être annulé uniquement en ce qu'il met en demeure la SARL Auto pièces Chambon de nettoyer et de dépolluer l'emprise de son installation et que le surplus des conclusions à fin d'annulation de la société requérante doit être écarté.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Charente-Maritime en date du 4 mai 2021 est annulé en tant qu'il met en demeure la SARL Auto pièces Chambon de nettoyer et de dépolluer l'emprise de son installation.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Auto pièces Chambon et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Charente-Maritime.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Pinturault, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
Le rapporteur,
Signé
Y. A
Le président,
Signé
L. CAMPOY
La greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026